CHAPITRE XVI.
Comment une certaine portion de l’armée de Rollon monta sur une certaine montagne, et comment Ebble, comte du Poitou, se cacha dans la maison d’un foulon pour éviter les Normands.
OR une certaine portion de l’armée de Rollon fuyant devant les Francs qui la poursuivaient, arriva aux Loges, et monta sur le sommet d’une certaine montagne. Ebble, comte du Poitou, venant trop tard pour le combat, apprit que les Païens avaient occupé les hauteurs de cette montagne. Il les poursuivit aussitôt, et afin qu’ils ne pussent lui échapper, il investit avec ses chevaliers tout le tour de la montagne; mais au milieu de la nuit, les Normands faisant irruption de vive force au travers du camp des Francs, échappèrent ainsi au péril qui les menaçait. Ebble [p. 51] apprenant que Rollon allait se précipiter sur ses compagnons, se glissa dans la maison d’un certain foulon, et y demeura caché toute la nuit, tremblant de frayeur. Au point du jour, les Francs ayant reconnu que les Païens leur avaient échappé, pressèrent leurs chevaux de leurs éperons, et se mirent à leur poursuite. Les ayant atteints, ils n’osèrent cependant les attaquer, attendu que les Païens s’étaient fortifiés comme dans un camp en s’entourant de cadavres d’animaux, qu’ils avaient couverts de sang; ainsi n’ayant pu réussir dans leur expédition, les Francs prirent aussitôt la fuite, et les Normands, s’étant sauvés, allèrent avec joie retrouver leur duc Rollon.