CHAPITRE V.
Comment Louis, forcé par la nécessité, voulut conclure un traité d’amitié avec Henri, roi d’outre-Rhin, et que celui-ci ne voulut y consentir qu’avec l’intervention de Guillaume, marquis des Normands. — Par où Louis, ayant supplié instamment le duc, obtint par lui le secours et l’alliance qu’il recherchait auprès du roi Henri.
POUSSÉ à bout par la méchanceté des Francs, le roi Louis envoya des députés à Henri, roi d’outre-Rhin, lui demandant une entrevue pour conférer avec lui de certaines choses et conclure un traité de solide amitié. Ce roi répondit qu’il ne voulait consentir à ce traité qu’avec la garantie du duc Guillaume. Ayant appris cette réponse par ses envoyés, Louis alla tout de suite trouver le duc pour lui demander son assistance contre les Francs, qui l’attaquaient. [p. 67] Le duc le reçut honorablement, comme il convient de recevoir un roi, et lui promit de lui prêter secours en toutes choses. En outre ils demeurèrent quelque peu ensemble, passant joyeusement leur temps au milieu de festins royaux. Ayant envoyé en avant le chevalier Tedger auprès du roi Henri, le duc et le roi Louis partirent aussitôt après, avec une grande armée, pour se rendre à la conférence, et emmenèrent avec eux pour la même affaire Hugues-le-Grand et Héribert, princes des Francs. Ils marchèrent rapidement vers le fleuve de la Meuse, et les deux rois se rencontrèrent au lieu qui s’appelle Veuséde: Henri dressa ses tentes sur l’une des rives du fleuve, et Louis s’arrêta en face, sur l’autre rive, avec son armée. Guillaume, aussi fidèle que rempli de sagesse, donnant d’utiles et honorables conseils, conclut entre eux un traité d’amitié tel que les deux rois le sanctionnèrent l’un et l’autre par leurs sermens. De là Louis s’en retourna en France avec les siens, et rendit au duc mille actions de grâces pour ses bons offices.