CHAPITRE IV.
Que les Danois sont descendans des Goths. — Pourquoi ils sont appelés Danois ou North-Manns, et comment cette race s’est autant multipliée.
L’AUTRE peuple des Goths, sortant avec son roi, nommé Berig, de l’île de Scanza, qui était comme l’atelier des peuples ou le berceau des nations, et descendant bientôt après de ses navires, donna aux terres sur lesquelles il aborda le nom de Scanza, en mémoire du pays qu’il venait de quitter. De là se portant plus avant et pénétrant dans l’intérieur de la Germanie, il occupa les Palus-Méotides et se répandit dans diverses autres contrées. Il fit une seconde station dans la Dacie, appelée aussi Danemarck, et eut dans ce pays beaucoup de rois merveilleusement savans et versés dans la science philosophique, tels que Zeutan, Dicinée, Zamolxis, et beaucoup d’autres encore. Aussi les Goths furent-ils toujours plus instruits que tous les autres peuples barbares, et presque semblables aux Grecs. Ils disaient que le dieu Mars était né parmi eux, et l’apaisait par des sacrifices de sang humain. Ils prétendaient en outre que les Troyens étaient issus de leur race, et racontaient qu’Anténor, à la suite d’une trahison qu’il avait commise, s’échappa avant la destruction de cette ville, avec deux mille chevaliers et cinq cents hommes de suite; qu’après avoir long-temps erré sur la mer, il aborda en Germanie; qu’il régna ensuite dans la Dacie et la nomma Danemarck, [p. 11] du nom d’un certain Danaüs, roi de sa race. C’est pour ce motif que les Daces sont appelés par leurs compatriotes Daniens ou Danais. Ils se nomment aussi North-Manns, parce que dans leur langue le vent borée est appelé North et que Mann veut dire homme; en sorte que cette dénomination de North-Manns signifie les hommes du Nord. Mais quoi qu’il en soit de ces noms, il est reconnu que les Danois tirent leur origine des Goths. Dans la suite, ces Danois se multiplièrent à tel point que toutes les îles se trouvant remplies d’hommes, un grand nombre d’entre eux furent forcés à émigrer des lieux qu’ils occupaient, par des lois que publièrent leurs rois. Or cette race allait ainsi toujours croissant, par la raison que les hommes, adonnés à une extrême luxure, s’unissaient à beaucoup de femmes. Les fils devenus grands, leur père les chassait tous loin de lui, à l’exception d’un seul, qu’il instituait héritier de ses biens.