CHAPITRE XIV.
Comment le roi Lothaire ayant réuni les ennemis du duc Richard, savoir, Baudouin, comte de Flandre, Geoffroi d’Anjou et Thibaut de Chartres, voulut encore le tromper, mais il ne le put.
CES mauvaises fraudes ainsi déjouées, le roi Lothaire, sur les instigations de Thibaut, cherchant de nouveau d’autres moyens de dissimuler ses perfides projets, envoya au duc un député chargé de lui porter ces paroles : « Jusques à quand refuseras-tu, ô duc, de me rendre le service que tu me dois? Ignores-tu que je suis le roi des Francs, que tu es tenu de servir en chevalier, dont tu ne dois jamais méconnaître les avis et les ordres? Mes ennemis et les tiens ne se réjouiront-ils pas de nos dissensions? Renonce donc dès à présent à cette résistance de ton cœur obstiné, hâte-toi de te mettre [p. 99] en marche et de te rendre auprès de moi, afin qu’unis par les liens d’une paix inviolable, nous jouissions ensuite, dans une douce concorde, des avantages que nous pouvons nous assurer réciproquement; que le roi se réjouisse de son illustre duc, et le duc de son roi très-chéri. » Séduit par les apparences de ce message perfide, le duc mande aussitôt au roi qu’il se rendra très-volontiers à son appel. Le roi, vivement réjoui de cette réponse, appelle les ennemis du duc, savoir Baudouin de Flandre, Geoffroi d’Anjou et Thibaut de Chartres, et se rend avec eux sur le bord de la rivière d’Eaune pour cette détestable conférence. De son côté, le duc arrive sur l’autre côté de la rivière avec une escorte de chevaliers. Alors, desirant savoir ce qui se passait chez le roi, il envoya quelques-uns des siens chargés de lui rapporter quels étaient ceux de ses amis les plus familiers qui étaient avec lui. Ses envoyés ayant trouvé les comtes ci-dessus nommés, qui faisaient leurs dispositions pour attaquer le duc, revinrent en toute hâte auprès de celui-ci, et l’invitèrent à se retirer de ce lieu, de peur que, victime de la trahison du roi, il ne fût attaqué par ses ennemis, et que ceux-ci n’eussent à se réjouir bientôt de sa mort. Aussitôt, déterminé par les siens, le duc traversa la rivière de Neufchâtel, s’arrêta quelques momens de l’autre côté, empêcha les ennemis qui s’étaient mis à sa poursuite de passer la rivière au gué; et enfin, échappant au coup de main que le roi voulait tenter, retourna promptement à Rouen, suivi de tous les siens. Ayant ainsi mis au grand jour les artifices du roi, le duc se convainquit de l’inimitié que ce prince lui portait.
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