‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 69 sur 187 · CHAPITRE III.

CHAPITRE III.

De la rébellion de Guillaume, frère naturel du duc, à qui celui-ci avait donné le comté d’Hiesme. — Comment ce même Guillaume fut pris, se réconcilia ensuite avec son frère, reçut du duc le don du comté d’Eu et une femme nommée Lezscenina, et en eut trois fils.

EN ce même temps, l’insolence de quelques méchans remplit d’orgueil et poussa à la rébellion un certain frère du duc, né du même père, et nommé Guillaume. Cet homme, ami de son frère, ayant reçu de lui en présent le comté d’Hiesme, afin qu’il s’acquittât envers lui des devoirs du chevalier, fut séduit par les artifices des méchans, dédaigna son seigneur suzerain, et renonça à son service de fidélité. Après que le duc lui en eut fait plusieurs fois des reproches par ses messagers, comme il ne voulait pas se désister [p. 113] de son audacieuse rébellion, il fut fait prisonnier, de l’avis et par l’aide du comte Raoul, enfermé à Rouen dans la tour de la ville, et expia sa témérité par une détention de cinq années. Quelques-uns de ses compagnons, qui persistèrent dans ses projets séditieux, furent vaincus par le duc dans de fréquens combats; les uns perdirent la vie, les autres furent exilés de leur pays. Enfin, au bout de cinq ans, Guillaume prit la fuite s’étant échappé de sa tour par le fait d’un de ses chevaliers, et à l’aide d’une très-longue corde attachée à une fenêtre fort élevée; se cachant le jour pour n’être pas découvert par ceux qui le cherchaient, et marchant seulement la nuit, il finit par penser en lui-même qu’il vaudrait mieux, pour lui, tenter, au péril de sa vie, de solliciter la clémence de son frère, qu’aller chercher, sans l’espoir de rien obtenir, les secours de quelque roi ou de quelque comte. Tandis que, dans une telle disposition d’esprit, il suivait un certain jour son chemin, il rencontra le duc, qui prenait le divertissement de la chasse dans la forêt de Vernon. Aussitôt, se roulant par terre à ses pieds, il lui demanda avec douleur le pardon de ses fautes. Le duc, touché de compassion, et de l’avis du comte Raoul, le releva de terre, et lorsqu’il eut appris par son récit les détails de son évasion, non seulement il lui remit ses fautes, mais en outre, et dès ce moment, il l’aima avec beaucoup de bienveillance, et comme un frère très-chéri. Peu de temps après, il lui donna le comté d’Eu, et une très-belle jeune fille, nommée Lescelina, fille d’un certain homme très-noble, nommé Turquetil. Guillaume eut d’elle trois fils, savoir Robert qui fut, après sa mort, héritier de son comté, [p. 114] Guillaume, comte de Soissons, et Hugues, évêque de Lisieux. Ces querelles ainsi terminées, la terre de Normandie demeura en repos sous la main du duc.

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