XXXI
DÉCHÉANCE DES ENSEIGNES ET RÈGNE DES AFFICHES
Depuis la révolution du 4 Septembre 1870, la dernière heure des enseignes de Paris paraît avoir sonné. Le jour même où cette révolution s’accomplissait, sans émeute et sans résistance, les enseignes furent plus compromises que les hommes; on s’attaqua de préférence à celles dont le sujet semblait avoir quelque complicité avec l’Empire et porter plus ou moins le cachet napoléonien; on ne fit pas même grâce aux souvenirs militaires de l’armée française; tout ce qui rappelait ou pouvait rappeler, de près ou de loin, la première ou la seconde époque impériale, fut condamné sans forme de procès et proscrit sans rémission. Dans l’espace de vingt-quatre heures, on enleva ces enseignes maudites et vouées à la haine des bons républicains, et l’on effaça consciencieusement toutes les inscriptions qui les concernaient. Il y avait pourtant un progrès sensible dans les mœurs de la populace, qui ne s’attaqua point matériellement aux enseignes et qui se contenta de les voir disparaître. A peine si quelques-unes furent insultées et maltraitées avant leur enlèvement.
C’était la cinquième fois, depuis 1814, que la politique prenait à parti ces pauvres enseignes, que la chute d’un gouvernement rendait tout à coup compromettantes et coupables; non seulement les plus beaux magasins perdaient avec leurs enseignes le fleuron de leur couronne, mais encore une foule d’industriels, qui avaient attaché à leurs marques de fabrique les emblèmes de l’Empire, de la Royauté ou de la République, reconnaissaient que ces emblèmes, après leur avoir été favorables, pouvaient tout à coup leur devenir dangereux et nuisibles. Il y avait toujours eu, à Paris, deux ou trois cents enseignes que la réaction mettait hors la loi chaque fois que le gouvernement venait à changer en France; il y avait aussi mille ou douze cents boutiques qui, au moment d’un cataclysme révolutionnaire, se trouvaient plus ou moins menacées pour avoir appelé la protection du gouvernement déchu, en acceptant comme un honneur l’étiquette impériale, royale ou républicaine. Cet état de choses, toujours identique dans ses résultats, donna donc à réfléchir aux marchands les plus naïfs, et chacun jugea prudent de s’abstenir désormais, dans son enseigne, de toute manifestation politique. Or, comme on peut voir de la politique dans ce qui lui ressemble le moins, on en vint tout naturellement à supprimer l’enseigne. On se souvenait en effet que, selon le temps et les circonstances, l’enseigne avait été une forme caractérisée d’opposition, de protestation ou de flagornerie.
Les enseignes ne se relevèrent guère de cette proscription vague et indistincte. Nous avons indiqué déjà, dans les chapitres précédents, les autres raisons qui les firent abandonner peu à peu par un grand nombre de commerçants, et nous n’y reviendrons pas ici. Signalons seulement la grande part que prirent naturellement à la disparition des anciennes enseignes, dont beaucoup étaient si intéressantes, les démolitions opérées à Paris dans ces vingt-cinq dernières années. Les anciennes enseignes n’ayant été remplacées presque nulle part, et ce genre d’annonce commerciale tendant à passer de mode, on comprend que la rareté des enseignes se soit faite de jour en jour. Aussi peut-on prévoir que celles qui existent encore finiront par disparaître à leur tour, quoique, même parmi les plus récentes, quelques-unes soient vraiment jolies: telles, par exemple, la Petite Fermière, de la rue Lepic; la Fraternité, au nº 54 de la rue Monge, etc., tableaux ingénieux et assez bien peints.
Peut-être l’enseigne sculptée survivra-t-elle cependant, mais plus artistique et par conséquent plus rare, si l’on peut considérer comme durable l’espèce de résurrection qu’elle a subie depuis une dizaine d’années en entrant comme motif d’architecture dans la décoration générale de la maison, transformation dont nous avons donné déjà des exemples et dont nous reparlerons tout à l’heure.
En tout cas, nous demandons grâce pour quelques-unes des anciennes enseignes qui subsistent encore, qu’on doit regarder comme de véritables œuvres d’art, et qui présentent un curieux spécimen de ce que furent les enseignes sculptées dans leur beau temps; par exemple, il serait très regrettable de voir détruire l’enseigne du Griffon, rue du Faubourg-Saint-Antoine, sculpture très fine et très élégante du XVIIIᵉ siècle, dans un médaillon d’architecture; le Vieux Satyre, au coin des rues du Four et Montfaucon; l’enseigne du Cherche-Midi, celle de la cour du Dragon, le
[Illustration]
Centaure, de la rue des Lombards, le Soleil d’Or, de la rue Saint-Sauveur, la Truie qui file, de la rue Saint-Antoine, l’Arbre de Jessé, au coin de la rue des Prêcheurs, les Trois Canettes, l’Hercule, rue Grégoire-de-Tours, le Lion d’Argent, rue des Prouvaires, enseignes dont nous avons reproduit les figures.
Il y a des enseignes, comme plusieurs de celles que nous venons de citer, qui dureront aussi longtemps que les maisons sur lesquelles l’artiste les a taillées dans la pierre de la façade; comme aussi le Croissant, de la rue Montorgueil, nº 9; une enseigne d’architecte, au nº 57 de la même rue; le Mouton, de la rue du Four; un curieux et très bon bas-relief, grandeur nature, non signé, mais daté de 1868, représentant deux ouvriers prenant des mesures
[Illustration]
sur une pierre de taille, et divers attributs du métier, au nº 12 de la rue Monge, indiquant sans doute que la maison est celle d’un entrepreneur ou d’un architecte. Mais vienne à passer par là le tracé d’une nouvelle voie, et voilà tout à bas, sans que peut-être on songe à porter l’enseigne intéressante ou curieuse au musée Carnavalet, gardien naturel de tout ce qui se rattache à l’histoire de Paris.
Ainsi, hélas! qu’a-t-on fait du Pélican, qu’on voyait encore, en 1862, déchirant ses flancs pour nourrir ses petits, sur le quai du Marché-Neuf, presque en face de la Morgue; du Petit Saint-Antoine, de la rue Saint-Sauveur, au coin de la rue Montorgueil, sculpture grossière, mais
[Illustration]
originale et intéressante par son caractère archaïque, bien que ne remontant pas au delà du XVIIᵉ siècle? Que sont devenus la Bouteille d’Or, grand bas-relief de la rue de la
[Illustration]
Cité, et le Puits, de la rue Saint-Honoré, tableau peint dans un cadre de sculpture fleuronnée d’assez bon style; et tant d’autres enseignes curieuses? Pauvres enseignes, à peine reste-t-il de vous un souvenir!
En renonçant à l’enseigne, on en a conservé cependant le titre, comme une espèce de raison commerciale, et ce titre est resté en inscription sur la boutique, aussi bien que sur les factures et les prospectus des marchands. Cette enseigne nominative est une sérieuse propriété que le commerçant a le droit de défendre vis-à-vis des contrefacteurs. Aussi la plupart des maisons de commerce en vogue se distinguent-elles par leurs enseignes nominales, inscrites en grosses lettres au frontispice des magasins. Le possesseur
[Illustration]
titulaire d’une enseigne se montre très jaloux de son droit acquis, lorsque la concurrence essaye de le lui disputer: de là des procès qui ont souvent donné lieu à des dommages-intérêts considérables. Quelques-unes de ces enseignes sont devenues des fiefs, que leurs propriétaires n’échangeraient pas contre des duchés-pairies, s’il en était encore. C’est à la nouveauté que revient la palme dans ce genre d’illustration: le Louvre, le Bon Marché, le Printemps, etc., remplissent l’univers de leurs noms,--c’est-à-dire de leurs enseignes,--et vous pouvez être certain que, pour une femme, ce grand nom historique: le Louvre, n’éveille plus aujourd’hui l’idée du royal palais ni du merveilleux musée, mais celle du magasin «le plus vaste du monde». D’autres, comme Pygmalion, les Statues de Saint-Jacques, le Gagne-Petit, relevés en façade sur les grandes rues nouvelles, ont ressuscité l’enseigne sculptée, en la faisant concourir à la décoration générale de la maison; ce sont quelquefois de véritables œuvres d’art. Le magasin de Pygmalion expose en cariatides, de chaque côté de son entrée principale, un Pygmalion et une Galathée fort habilement modelés. Les Statues de Saint-Jacques sont d’anciennes statues, retrouvées sur l’emplacement de Saint-Jacques de l’Hôpital. Les frères Saint, jouant sur leur nom de famille, ont décoré la façade de leur magasin de toilerie, rue du Pont-Neuf, des statues fort bien exécutées des saints patrons des quatre frères. D’autres encore que des magasins de nouveautés ont également adopté l’enseigne décorative. Le journal le Figaro s’est installé, en 1874, dans un très élégant hôtel qu’il a fait construire, rue Drouot, avec une façade des plus luxueuses, au milieu de laquelle son patron tient tout naturellement la place d’honneur, parmi de nombreux ornements présentant partout les armes de la maison, un F et une plume croisés. La statue, qui est en bronze, est l’œuvre très réussie de MM. Amy et Boisseau[307]. Enfin, rue des Écoles, on voit, non loin du square Monge, une maison couverte de sculptures dorées, plus riches que de bon goût, mais surmontée du buste de l’illustre mathématicien, qui est bien à sa place tout près de l’École polytechnique, dont il fut l’un des fondateurs. Signalons encore, dans la rue Bergère, l’ornementation de l’hôtel du Comptoir d’escompte, bâti vers 1880, où figurent, avec les statues du Commerce et de l’Industrie, des médaillons en mosaïque sur fond d’or représentant les cinq parties du monde. Mais ce sont là, jusqu’à présent, des exceptions et nous craignons bien que les enseignes matérielles et décoratives, qui semblaient être naguère l’accessoire obligé des boutiques, ne reprennent jamais entièrement possession de leurs antiques prérogatives.
On a cherché, néanmoins, à les remplacer de différentes manières et même à plus grands frais. On inventa des tableaux mécaniques, qui n’étaient, à vrai dire, que des enseignes en ronde bosse, compliquées et ingénieuses; mais si ces enseignes mouvantes avaient le privilège d’attirer beaucoup de spectateurs émerveillés et tenus en contemplation, ces spectateurs n’étaient que des curieux qui fournissaient bien peu de chalands. On inventa ensuite les enseignes lumineuses, qui produisirent d’abord beaucoup d’effet et qui, le soir, encombraient de badauds immobiles les boulevards et les rues où elles étaient offertes en spectacle aux passants. On n’a pas oublié celles d’un magasin de toilettes de femme, boulevard Saint-Denis, au coin de la rue du Faubourg-Saint-Martin: il y a quinze ou vingt ans, dès que la nuit était assez obscure, les dix fenêtres de l’entresol de ce magasin se changeaient en transparents, où l’on voyait successivement les portraits en pied de Rachel dans tous ses rôles et dans tous ses costumes.
On tenta aussi de remettre à la mode un genre d’enseigne vivante, qui avait eu grand succès, sous le Directoire, lorsqu’on installa aux portes du Jardin turc, sur le boulevard du Temple, de véritables Turcs, en chair et en os, choisis parmi les plus beaux hommes qu’on avait pu trouver pour ce rôle fatigant et stationnaire, que les belles-de-nuit se plaisaient à rendre difficile. On avait tenté depuis un essai analogue, au Palais-Royal, dans le café des Mille Colonnes, où l’on exhibait à la porte les monstrueuses nudités de la Vénus hottentote, que l’on peut aller voir en squelette, dans la salle des monstres humains, au Cabinet d’histoire naturelle du Jardin des Plantes.
Mais ce qui devait contribuer le plus à la décadence des enseignes, ce furent les affiches illustrées, qui n’étaient qu’un nouveau procédé de publicité commerciale, imité des toiles peintes que les bateleurs exposent dans les foires pour attirer les curieux, par la représentation figurée des animaux rares et extraordinaires qu’on voit au naturel dans leurs baraques. Ces affiches parlantes, avec des figures dessinées ou peintes, ont existé dans l’ancienne Rome; on en voit encore quelques-unes à Pompéi, et ces affiches étaient réellement des enseignes, quand l’image de deux serpents peints en noir sur une muraille défendait au passant de s’y arrêter pour satisfaire un besoin naturel. Nous trouvons à chaque pas, dans nos rues, des inscriptions municipales qui expriment la même défense que les deux serpents de l’antiquité romaine. Les affiches illustrées, qui n’ont reparu que de nos jours, n’ont pas tardé à ressusciter l’enseigne à l’état éphémère, mais sans cesse renouvelable avec des variantes continuelles. Ce n’est plus l’enseigne à demeure, immobilisée au-dessus d’une boutique: c’est l’enseigne qui se multiplie à l’infini et s’étale à la fois sur tous les murs de Paris; c’est l’enseigne qui se montre à tout le monde, dans toutes les rues de la capitale et qui ne disparaît, au bout de quelques jours, que pour reparaître bientôt sous une nouvelle forme, avec de nouvelles promesses et de nouvelles couleurs.
On avait d’abord imité, dans ces enseignes murales, les proportions gigantesques des anciennes enseignes de Paris au XVIIIᵉ siècle, alors qu’on voyait pendre à la boutique d’un marchand de vin une bouteille grosse comme celles que Rabelais a mises dans les mains de Gargantua, et à la boutique d’un cordonnier une botte énorme, telle qu’en portaient les ogres des contes de fées. On aperçoit encore, sur quelques grands murs nus, qui attendent le moment où ils seront cachés par de hautes constructions, les derniers échantillons de ces immenses affiches: A la Redingote grise, avec l’image grandiose de la fameuse redingote du Petit Caporal, c’est un marchand d’habits; A la Vigne de la Terre promise, avec un cep de vigne chargé de grappes de raisin qui donneraient chacune de quoi remplir un litre, c’est un marchand de vin; Au Chapeau rouge, avec le modèle de ce chapeau à larges bords qui coifferait bien une des statues assises de la place de la Concorde, c’est un chapelier. Cette bigarrure d’affiches peintes d’une façon presque indélébile, à des hauteurs prodigieuses, partout où un mur nu leur a permis de se déployer, aurait bientôt fait de Paris la ville des enseignes colossales, si l’affiche illustrée, de petite dimension, en noir et en couleurs, n’était venue mettre les annonces des marchands à la portée des yeux du passant, dans toutes les rues où la paroi d’une muraille libre pouvait être conquise et louée par l’afficheur.
Il y a bien cinquante ans que ce système d’affiches marchandes a été inauguré à Paris, d’abord avec une extrême réserve, et surtout au profit de la librairie, qui annonçait ainsi ce qu’elle nommait des nouveautés. La plupart des affiches étaient en noir, avec des gravures sur bois; plus tard, les dessins dont elles étaient ornées furent coloriés au pinceau, et, à une époque plus rapprochée, ce coloriage se fit avec des tampons d’imprimeur; puis, enfin, avec le secours de la lithographie en couleurs.
Aujourd’hui, ces chromo-lithographies qu’on affiche sur les murs sont de véritables enseignes qui ont l’apparence de gouaches et d’aquarelles.
Nous ne saurions mieux faire apprécier l’intérêt et la curiosité de ces tableaux de papier peint qu’en décrivant, d’après un article de journal (le Petit Parisien, 20 janvier 1883), la singulière et splendide collection d’affiches illustrées que M. Dessolier est parvenu à réunir dans vingt volumes in-folio maximo, contenant plus de 7 000 pièces, divisées en trois séries: la première comprend les affiches relatives aux publications de librairie; la seconde, les affiches des théâtres, bals et concerts; la troisième, qui n’est pas la moins intéressante, les affiches-enseignes du commerce et de l’industrie. On peut imaginer les efforts d’intelligence, de patience et d’adresse qu’il a fallu mettre en œuvre pour rassembler, depuis quarante ans, une pareille collection, qui, nous l’espérons, viendra un jour prendre sa retraite à la bibliothèque de la Ville.
«Les premières affiches illustrées, dit le Petit Parisien, collectionnées par notre héroïque amateur, ne remontent pas au delà de 1830. Il possède les affiches dessinées par Raffet, pour le Némésis et le Napoléon en Égypte, de Barthélemy et Méry; pour le Compagnon du tour de France, de George Sand; pour une Bible, pour l’Algérie ancienne et moderne. Il y a des affiches, dessinées par Tony Johannot, par Meissonier (avec grandissement, par Gavarni); par Célestin Nanteuil, pour Robert Macaire et Don César de Bazan; par Manet, par Félix Braquemont, ainsi que toutes les ravissantes fantaisies de Chéret, aujourd’hui le maître triomphant de l’affiche d’art, illustrée et coloriée.
»Cette collection, où la Confiturerie Saint-James et les Machines à coudre coudoient les plus délicieuses excentricités de Chéret et de Grévin, donne d’innombrables renseignements sur les mœurs, les costumes, les voyages, les succès d’un jour, les spectacles, les modes, les plaisirs, les préoccupations, les caprices quotidiens, les folies sociales et politiques de Paris depuis un demi-siècle.»
Le journaliste, dans la piquante énumération de ces affiches, n’a oublié que les enseignes des marchands, qui figurent aussi avec éclat dans la précieuse et originale collection de M. Dessolier.
Quant aux enseignes de Paris, peintes ou sculptées, que les démolitions successives de tant de vieilles maisons ont fait recueillir, quelques-unes ont été transportées au musée Carnavalet. Notre ami M. Jules Cousin a bien voulu en faire pour nous un petit catalogue descriptif et raisonné, qui formera l’Appendice naturel de l’Histoire des Enseignes de Paris.
APPENDICE
LES ENSEIGNES DU MUSÉE CARNAVALET
Après le Musée des enseignes, qui fait l’objet de notre vingt-neuvième chapitre, venons aux enseignes des musées.
Aujourd’hui que le goût des choses du passé s’est largement développé, par un sentiment général de réaction contre le vandalisme aveugle qui a promené à travers Paris la pioche municipale d’abord et ensuite la flamme de la Commune,--à peu près aussi criminelles l’une que l’autre aux yeux de l’archéologue et du vrai Parisien,--il n’est si vulgaire souvenir d’autrefois qui ne passe à l’état de relique et n’excite l’intérêt des curieux. Le nouveau musée Carnavalet, spécialement consacré à l’histoire de Paris, ne pouvait négliger les anciennes enseignes, malheureusement bien rares déjà quand on commença à le former. Les démolisseurs de la noble cité se préoccupaient médiocrement de ces pauvres enseignes et même des monuments historiques plus importants; pourvu que les grandes voies stratégiques s’ouvrissent et que les millions vinssent remplir la caisse des spéculateurs, tout était pour le mieux dans le nouveau Paris uniforme et maussade qu’ils avaient rêvé, et qu’ils ont malheureusement réalisé. Pardonnons-leur, mes frères, car ils n’ont jamais su ce qu’ils faisaient!
Le principal instigateur de ce grand massacre du passé eut pourtant un semblant de remords, inspiré sans doute par les lamentations de ces nomades de Parisiens et par les observations des quelques athéniens égarés dans son entourage, auxquelles d’ailleurs il ne comprenait rien. «Les gens de qualité s’intéressent-ils à ces petites drôleries? demanda-t-il entre deux adjudications.--Oui, monsieur le baron.--Je m’y intéresserai donc.» Et c’est ainsi que fut institué le musée historique municipal, destiné à recueillir les épaves de la grande dévastation.
Ce musée--assez mal dirigé d’ailleurs à ses débuts, et que MM. Ferdinand Duval et Hérold durent ramener dans la bonne voie par un vigoureux coup de balai--recueillit de 1867 à 1870, dans le chaos des démolitions, quelques enseignes curieuses.
Deux ou trois seulement avaient auparavant trouvé asile à l’hôtel de Cluny. Ce sont:
La Truie qui file, de la rue de la Cossonnerie, petit bas-relief du XVIᵉ siècle en pierre peinte, et les Trois Barbeaux, de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, belle enseigne du XVIIᵉ siècle, dont nous avons déjà parlé ci-dessus, p. 392 et 397.
Nous ne savons de quelle maison provient une autre enseigne en fer repoussé, donnée au même musée par M. Mathieu Meusnier; elle représente, dans un encadrement formé de rinceaux et de figures chimériques, les outils du tonnelier.
La collection d’enseignes conservées à Carnavalet est beaucoup plus riche.
Nous avons déjà mentionné et représenté la Fontaine de Jouvence (p. 41), le Chapeau fort (p. 223), le Chat noir, de la rue Saint-Denis, enseigne de la maison où, dit-on, est né Eugène Scribe, souvenir qui lui donne plus de prix que la renommée de sa confiserie.
Une autre très jolie enseigne de la rue Saint-Denis, nº 77, vient d’être offerte au musée par le propriétaire, M. Faynaud, en train de reconstruire sa maison; c’est l’Éducation de la Vierge, charmant bas-relief de la fin du XVIᵉ ou du commencement du XVIIᵉ siècle, qui décorait le trumeau central du premier étage, entre les deux fenêtres de l’étroite façade. La Vierge enfant, malheureusement décapitée, épelle sur un livre tenu par sainte Anne, sa mère.
L’enseigne du Puits de Rome, jadis rue Phélipeaux, se voit à l’entrée de la bibliothèque; le puits et l’inscription sont tracés en or sur une plaque de marbre noir:
1666. CE CAREFOUR EST VULGAIREMENT APELÉ LE PUIS DE ROME
Dans l’escalier de dégagement de l’ancien Bureau des Drapiers, réédifié au fond du jardin, ont été groupées les autres enseignes, presque toutes en fer repoussé. Il est regrettable que l’on n’ait pas pris note de la provenance en temps utile; il serait aujourd’hui fort difficile de la constater, à moins de faire appel aux souvenirs de ceux qui ont pu les voir en place il y a quelque vingt ans. Avis aux visiteurs du musée.
[Illustration]
Voici d’abord quatre enseignes de serruriers particulièrement soignées, car le maître forgeait son enseigne lui-même, et tenait à donner par là un échantillon avantageux de son talent:
1º Très belle potence fleuronnée, formée de rinceaux sortant d’une corne d’abondance, mêlés de feuillages et de cartouches très compliqués; une grande clef, également ornée, pend à l’extrémité de la tige.
2º Une autre clef suspendue à une potence, dans le même genre, mais plus simple et plus petite.
3º Deux clefs passées en sautoir et surmontées d’une couronne de fleurs de lis.
4º Enfin deux clefs dorées ordinaires.
Ces quatre enseignes paraissent dater du XVIIIᵉ siècle.
Serait-ce encore un serrurier qui aurait pris pour enseigne ce grand cadran d’horloge en fer forgé et ajouré, au-dessous duquel flambe un cœur couronné? La devise devait être: A l’Exactitude. L’exactitude est de tous les métiers; et ce grossier cadran de fer qui n’offre aucune trace de dorure ne conviendrait guère à un horloger. Il paraît être du XVIIᵉ siècle.
Du même temps serait ce casque largement empanaché qui rappelle celui de l’ancienne statue de Louis XIII, sur la place Royale, et les galantes coiffures des Romains du carrousel de 1662 ou des héros d’opéra. Cette enseigne de heaumier armurier pourrait bien être contemporaine du Grand Cyrus; mais nous doutons fort qu’elle provienne de Paris, où nous l’aurions certainement remarquée avant sa mise au rebut.
Nous reconnaissons, par exemple, les Trois Rats (p. 90), et le profil du Grand Necker coiffé de la perruque dite à queue de rat. Loin de nous la pensée malséante d’établir une comparaison quelconque entre ces rongeurs et le ministre populaire des beaux jours de 89. Nous trouvons même assez irrévérencieux que cette illustre tête ait servi d’enseigne à un perruquier.
Nous préférons de beaucoup pour cet usage la Perruque à marteaux peinte sur une plaque de tôle qui figure tout à côté. Le sens n’est pas douteux et le modèle est plus rare, la simple peinture ne résistant pas, comme le relief, aux intempéries de la rue.
Voici un grand éperon à chaîne, du XVIIᵉ siècle, propre à figurer, à côté du casque ci-dessus mentionné, à la porte d’un éperonnier; nous doutons aussi de son origine parisienne; il nous paraît trop remarquable pour n’avoir pas attiré l’attention sur place.
[Illustration]
Autant en dirai-je de cette enseigne classique en forme de bannière, suspendue à sa belle potence fleuronnée du commencement du XVIIᵉ siècle. La bordure est élégamment ajourée dans le goût flamand, elle représente d’un côté, en peinture sur fond d’or, saint Jean-Baptiste accompagné de l’agneau pascal; de l’autre, les outils du métier de foulon: une cuve, une presse à drap et un fouloir. Cette belle enseigne aurait été, dit-on, retrouvée dans un grenier; mais on ne peut désigner la maison. Je la croirais plutôt sortie de la boutique d’un marchand de bric-à-brac, qui aura eu la bonne fortune de la récolter dans quelque tournée de province.
Je reconnais, au contraire, sans qu’il soit besoin d’en préciser l’origine, les enseignes ordinaires de nos marchands de vin:
[Illustration]
Ici le Bon Coing doré et appétissant; là le Gros Raisin ou la Belle Grappe enclos dans une couronne de pampres.
Voici la Fontaine de Bacchus: trois futailles superposées coulant vermeil dans une large cuve; le tout se détache sur un fond composé de deux flèches en sautoir, enguirlandées de pampres et surmontées d’une tête de Silène. Jolie composition en fer repoussé et colorié.
Un peu plus haut, ce petit Bacchus en bois ou en plâtre doré, à cheval sur un baril, est tout moderne. Il provient du fameux cabaret du Lapin blanc de la rue aux Fèves, illustré par Eugène Sue, ou plutôt d’après Eugène Sue; car il est constant qu’à l’époque de la publication des Mystères de Paris la rue aux Fèves, si elle recélait plusieurs tapis-francs, n’en possédait aucun à l’enseigne du Lapin blanc. Un Méridional, le père Mauras, eut l’idée d’exploiter la popularité du roman, et fonda après coup, dans ladite rue, un cabaret du Lapin blanc, auquel il ne fallut pas dix ans d’existence pour devenir authentique. Le cabaretier montrait jusqu’à la cave où s’étaient passées les scènes les plus palpitantes de la chronique du prince Rodolphe et de la tendre Goualeuse. La clientèle y croyait et les étrangers y venaient voir. Il ne fallut rien moins que la démolition de toute la Cité, en 1860, pour démolir en même temps la légende devenue authentique; le père Mauras essaya vainement de la transplanter, avec ses tables et son comptoir, dans le quartier Sainte-Geneviève, où elle ne put reprendre racine. M. Heuzey, ancien acteur des Variétés, qui avait connu les êtres, a raconté la chose par le menu dans son Histoire de la Cité. Elle valait la peine d’être notée ici.
Voici encore la Gerbe d’Or, accostée de deux bouquets d’épis. Nous en avons parlé plus haut; elle a toujours de nombreux similaires dans différents quartiers de Paris, non seulement chez les boulangers, mais chez les orfèvres, joailliers, etc.
Le Petit Moine et le Petit Lion se valent comme plastique; l’un n’a pas l’air moins rébarbatif que l’autre; le premier égrène dévotement son chapelet, le second passe fièrement, la tête de face, léopardé en terme de blason.
Voici le Bras d’Or commun; un vigoureux biceps tendu horizontalement.
Puis une autre paire de bras plus intimes, rentrant dans la catégorie des enseignes en rébus: Aux Bras croisés; un bras d’homme habillé et un bras de femme découvert, croisés en sautoir.
[Illustration]
Nous aurons terminé cette rapide revue quand nous aurons indiqué, dans la salle de la Révolution, un navire en fer repoussé, sur champ de gueules, qui pourrait bien être une enseigne des Armes de Paris (XVIIIᵉ siècle); et un fort curieux poteau du XVIᵉ siècle, en chêne sculpté, provenant d’une maison du faubourg Saint-Honoré.
Est-ce une enseigne ou un simple blason de communauté? Ce poteau carré était-il primitivement à l’extérieur ou à l’intérieur du bâtiment?
Quoi qu’il en soit, il nous appartient de droit, car la sculpture, fort élégante et du plus pur style Henri II, représente, soutenu par un enlacement de lauriers, un écusson chargé d’une paire de ciseaux ouverts, cantonnée en chef d’une fleur de marguerite, en flanc et en pointe de trois croissants. Ce sont, à très peu près, les armoiries des tailleurs de robes de la ville et faubourgs de Paris, et il n’est pas téméraire de supposer qu’à un moment cette galante corporation, parisienne entre toutes, ait remplacé les simples houppettes de passements qui accompagnaient les ciseaux ouverts de ses armoiries[308] par les croissants du Roi et la fleur symbolique de la princesse Marguerite.
FIN
TABLE DES MATIÈRES
Pages. Introduction
Origine des enseignes dans l’antiquité 1
I. Jurisprudence et police des enseignes à Paris 11
II. Origines des enseignes en France, inscriptions et monogrammes, enseignes des maisons et des hôtels 27
III. Enseignes des marchands, du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle 47
IV. Noms des rues, provenant de leurs enseignes 66
V. Enseignes sculptées, forgées, émaillées; enseignes en pierre, en bois, en plomb, en fer, en terre cuite, en émaux ou faïence 79
VI. Enseignes d’encoignure, ou poteaux corniers 100
VII. Enseignes des corporations, des confréries et des métiers 107
VIII. Enseignes des hôtelleries et des auberges 121
IX. Enseignes des cabarets et des marchands de vin 138
X. Enseignes des barbiers, des étuvistes, des chirurgiens, des apothicaires et des médecins 151
XI. Enseignes des imprimeurs et des libraires 162
XII. Enseignes des académies, des théâtres, des lieux publics, des tripots et des mauvais lieux 180
XIII. Les vieilles enseignes 191
XIV. Enseignes historiques et commémoratives 201
XV. Enseignes satiriques et épigrammatiques 218
XVI. Enseignes de sainteté et de dévotion 229
XVII. Anecdotes sur quelques enseignes 242
XVIII. Enseignes armoriées 256
XIX. Enseignes en rébus 269
XX. Enseignes à inscriptions, à proverbes, à devises et enseignes imaginaires 279
XXI. Enseignes singulières, grotesques, ridicules 288
XXII. Les enseignes-adresses des marchands 297
XXIII. Le jeu des enseignes de Paris 313
XXIV. Enseignes avec inscriptions en vers 323
XXV. Enseignes relatives à des pièces de théâtre 337
XXVI. Les enseignes pendant la Révolution 352
XXVII. Les enseignes au XIXᵉ siècle 366
XXVIII. Imagiers et peintres d’enseignes 390
XXIX. Musée des enseignes 404
XXX. Orthographe des enseignes 421
XXXI. Déchéance des enseignes et règne des affiches 432
Appendice.
Les enseignes du Musée Carnavalet 447
PARIS.--IMPRIMERIE CHAIX (S.-O.).--14040-4.
LIBRAIRIE DE E. DENTU
DU MÊME AUTEUR
L’Esprit des Autres, recueilli et raconté, 6ᵉ édit., 1 vol. in-18 elzévir 5»
L’Esprit dans l’Histoire, recherches et curiosités sur les mots historiques. 4ᵉ édit., 1 vol. in-18 elzévir 5»
Le Vieux-Neuf, histoire ancienne des découvertes modernes, nouvelle édition, 3 vol. in-18 15»
Paris-Capitale, 1 vol. in-18 3 50
La Comédie de Jean de La Bruyère, 2 vol. in-16 6»
Histoire du Pont-Neuf, 2 vol. in-16 6»
Le Mystère de Robert le Diable, 1 vol. grand in-18 3 50
LIVRES D’AMATEURS
ARSÈNE HOUSSAYE.--Molière, sa Femme et sa Fille, 1 vol. in-folio, illustré de gravures et eaux-fortes 100»
--Histoire du 41ᵉ Fauteuil de l’Académie française, nouvelle édition, ornée de portraits, 1 vol. in-8º, sur papier vergé de Hollande 20»
EDMOND ET JULES DE GONCOURT.--Sophie Arnould, d’après ses mémoires et sa correspondance, 1 vol. petit in-4º, avec portraits et fac-similé 10»
--L’Amour au XVIIIᵉ siècle, 1 vol. in-16, avec eaux-fortes 10»
--La Saint-Huberty, d’après ses mémoires et sa correspondance, par Ed. de Goncourt, 1 vol. in-16, avec vignettes et eaux-fortes 8»
JULES CLARETIE.--Un enlèvement aux XVIIIᵉ siècle, d’après des documents tirés des Archives nationales, 1 vol. in-16, avec eaux-fortes de Lalauze 10»
CHAMPFLEURY.--Le Violon de faïence, nouvelle édition, 1 vol. in-8º, avec illustrations en couleurs 25»
--Histoire de la Caricature, 5 vol. gr. in-18 jésus, orné de 500 vign. 25»
--Henry Monnier, sa Vie et son Œuvre, 1 vol. in-8º, orné de 100 gravures, fac-similé 10»
--Les Vignettes romantiques, histoire de la littérature et de l’art de 1825 à 1840, 1 vol. gr. in-8º jésus, orné de 150 gravures, fac-similé 50»
EMMANUEL GONZALÈS.--Les Caravanes de Scaramouche, suivies de Giangurgolo et de Maître Rageneau, avec une préface par Paul Lacroix, 1 vol. in-16, avec vignettes et eaux-fortes, encadrement en couleur 10»
CATULLE MENDÈS.--Pour lire au bain, avec 150 dessins de Besnier, 1 vol. petit in-8º 10»
AUGUSTE SAULIÈRE.--Ce qu’on n’ose pas dire, 1 vol. gr. in-18 jésus, orné de 50 vignettes et 10 eaux-fortes de Henry Somm 10»
HENRI MONNIER.--Scènes populaires dessinées à la plume, nouvelle édition, illustrée de 80 dessins de l’auteur, 2 v. in-8º de chacun 650 pages 20»
CHARLES VINCENT.--Chansons, Mots et Toasts, précédés d’un Historique du Caveau par E. Dentu, 1 vol. in-8º, avec portraits et vignettes à l’eau-forte par Le Nain 10»
EN PRÉPARATION
Le Nouveau Decaméron, par les plus illustres conteurs de notre temps, dix journées, ornées de vignettes et eaux-fortes, par les principaux artistes.
PARIS, IMPRIMERIE CHAIX (S.-O.).--14414-4.
FOOTNOTES:
[1] Ferienschriften (Écrits rédigés pendant les vacances). Fribourg, 1826.
[2] 23ᵉ question du livre V des Symposiaques, ou Propos de table.
[3] Voyage en Grèce, par Pierre Lebrun, 1824, in-8º.
[4] Histoire des hôtelleries, cabarets, etc., par Francisque Michel et Édouard Fournier. Paris, 1854, gr. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 49.
[5] Dictionnaire des Antiquités romaines, par Antony Rich, traduit par Cheruel. Paris, Firmin Didot, 1861, verbo Insigne.
[6] Rutilius Numantianus, Itinerarium.
[7] Ferussac, Bulletin des sciences historiques, t. XVIII, 1831, p. 348.
[8] Historia naturalis, lib. XXXV, cap. 37.
[9] Cicero, de Oratore, lib. II, 66.
[10] Horat., Satir., lib. II, 7.
[11] Quintil., Inst. orat., VI.--Dezobry, Rome au siècle d’Auguste, 3ᵉ édit., 1870, t. Iᵉʳ, p. 169.
[12] Grævius, t. III, 30, et XII, 396.--Aringhi, Roma subterranea, II, 19.--Galsano Volpi, Vetus Latium, VI, 160.
[13] Mariæ Turgii, Notæ ad inscriptionem Ursi togati.
[14] Dom Martin, la Religion des Gaulois, liv. Iᵉʳ.
[15] Miscellanea eruditæ antiquitatis, cura et studio J. Sponii. Lugduno, 1685, in-fol., p. 199.
[16] Breton, Pompeia.--Mazois, les Ruines de Pompéi, in-fol., t. II.--Recherches historiques sur les enseignes, par de La Querrière. Rouen, 1852, in-8º, p. 2 et 3.
[17] Persius, satir. I.--Dict. des Antiquités romaines et grecques, par Rich, trad. par Cheruel, au mot Anguis.
[18] Voy., outre les ouvrages cités:--Dictionnaire des arrêts, par P.-J. Brillon. Paris, 1727, in-fol., t. III, au mot Enseigne.--Dictionnaire universel de police, par Des Essarts. Paris, 1787, in-4º, t. III, au même mot.
[19] Inventaire sommaire des Archives hospitalières, 1870, in-4º, p. 171, nº 2577.
[20] Levasseur, Histoire des Classes ouvrières en France. Paris, Guillaumin, 1859, t. II, p. 35.
[21] Le bon François, au véritable Mazarin déguisé sous le nom de Franc bourgeois de Paris. Paris, Nicolas Vivenay, 1651, in-4º. Voyez la Bibliographie des Mazarinades, par Moreau. Paris, Renouard, 1850, 3 vol. in-8º, t. Iᵉʳ, p. 180, nº 586.
[22] Lettres de Guy Patin, édit. de Reveillé-Parise. Paris, Baillière, 1846, 3 vol. in-8º, t. III, p. 625.
[23] Lettre du 2 novembre 1669.
[24] Levasseur, Histoire des Classes ouvrières en France, t. II, p. 33.
[25] Et, au contraire, une ordonnance de Henri II, de 1556, prescrivait--pour la confusion des hérétiques--qu’au lieu d’enseigne, chaque propriétaire mettrait sur le portail de sa maison l’image d’un saint.
[26] De la Mare, Traité de la Police, continué par Lecler de Brillet, t. IV, p. 332-37.
[27] Dictionnaire universel de Commerce, etc., par Jacq. Savary des Brullons. Paris, Estienne, 1723, 2 vol. in-fol., article Enseignes.
[28] Traité de la Police, continué par Lecler de Brillet, t. IV, p. 422.
[29] Voyage de Lister à Paris en 1698, traduit pour la première fois, publié et annoté par la Société des Bibliophiles français. Paris, 1872, gr. in-8º, p. 30.
[30] Chronique de la Régence et du règne de Louis XV, ou Journal de Barbier, première édition complète. Paris, Charpentier, 1857, in-12, t. VII, p. 416.
[31] Voir le chapitre LXVI, t. Iᵉʳ du Tableau de Paris, de Mercier.
[32] La Poix de Freminville, Dictionnaire ou Traité de Police générale. Paris, 1769, in-4º, p. 304 et 305.
[33] Institutiones oratoriæ, VI, 3, 28.
[34] Le Livre des Proverbes français, par Le Roux de Lincy. Paris, Ad. Delahays, 1859, 2 vol. in-12, t. II, p. 166.
[35] Publié par H. Géraud, dans la collection des Documents inédits. Paris, Imp. royale, 1837, in-4º.
[36] Plusieurs archéologues ont cru pourtant reconnaître la désignation d’une enseigne de maison dans cette mention que la Taille de 1392 a faite d’une petite marchande: «Agnès de la Lanterne, regratière.» On sait, en effet, qu’en 1411 il y avait une maison de la Lanterne dans la rue des Marmousets.
[37] Publié, par Buchon, dans la Collection des Chroniques nationales françaises, t. IX.
[38] Revue archéologique (livraisons du 1ᵉʳ avril et du 1ᵉʳ juin 1860).
[39] Dans la collection de Documents sur l’histoire de Paris, publiée sous les auspices du Conseil municipal. Région du Louvre et des Tuileries, t. Iᵉʳ. Paris, Impr. impér., 1866, in-4.
[40] Ad. Berty, Topographie historique du vieux Paris, t. Iᵉʳ, p. 47 et suiv.
[41] Voir ci-après le chapitre III.
[42] Ces renseignements sont tirés d’une savante notice, encore inédite, de M. le docteur Chéreau, sur Jacques Coictier et sa famille.
[43] Description historique de la ville de Paris, par Piganiol de la Force, 1765, t. VII, p. 64.
[44] Le Philologue, par J.-B. Gail. Paris, Gail neveu, 1819, t. VI, p. 96 et 97.--Le même, t. IX, p. 101 et suiv., p. 119.
[45] Œuvres de Brantôme, les Dames illustres, édit. de la Haye, 1740, t. Iᵉʳ, p. 60 et suiv.
[46] Voir, à ce sujet, les Enigmes des rues de Paris. Paris, E. Dentu, in-18, 1860, p. 280-285, et l’Esprit dans l’histoire, 5ᵉ édit., p. 158.
[47] Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, par Henri Sauval, 1733, 3 vol. in-fol., t. II, p. 358.
[48] Revue universelle des Arts, publiée par Paul Lacroix (bibliophile Jacob). Paris et Bruxelles, 1855, t. Iᵉʳ, gr. in-8º, p. 390-91.--Une notice explicative imprimée chez Lahure fut affichée sur la maison même en 1855. Elle est reproduite in extenso dans la Revue d’architecture de César Daly, t. XIII, col. 202.
[49] Voir un article de M. Firmin Maillard, intitulé: les Enseignes, qui a paru dans le Journal de Paris, nº du 1ᵉʳ octobre 1869.
[50] Voir ci-après les chapitres VIII et