DEUXIEME PARTIE.
BIBLIOGRAPHIE.
Le recueil des œuvres de Bluet d'Arbères dont on ne rencontre jamais l'ensemble complet, et dont les exemplaires incomplets différent entr'eux dans le contenu des pièces qui les composent, formait dans l'origine 173 livres, ou morceaux numérotés, même 180, si l'on s'en rapporte à une note de l'abbé de St Léger, écrite en 1778, d'après l'exemplaire du baron d'Heiss; mais plusieurs de ces livres ne nous sont pas parvenus.
Ce qu'on en connaît jusqu'ici se réduit aux livres 1 à 85, et 91 à 103; à quoi il faut ajouter les livres 104 à 113, découverts depuis quelques années. Les livres 105 à 113 sont imprimés séparément. Il en est de même des livres 141 à 173, formant un volume composé de 200 feuillets, avec des gravures sur bois, et un titre ainsi conçu:
Dernières œuvres de Bernard de Bluet d'Arbères, &c. contenant les interpretations de la vie de Jesus Christ, imprimées à Paris, depuis le jour de Noël 1604, jusqu'au IXème jour d'avril 1605.
Ce volume supplémentaire dont trois ou quatre exemplaires seulement ont échappé à la destruction, se trouvait dans le catalogue de la vente des livres de M. le Comte de Mac-Carthy, et provenait de la Bibliothèque de M. Girardot de Préfond qui l'avait acheté 300 francs.
Le Bibliophile Jacob nous apprend[50] que ces trois ou quatre exemplaires furent trouvés en feuilles parmi de vieux papiers, dans les archives de la société des Jésuites, après l'expulsion de cette société par arrêt du Parlement en 1762. Ces livres de 141 à 173 avaient été condamnés à être détruits, comme renfermant des opinions bizarres et très hétérodoxes, sur la vie de Jésus Christ, qui auraient pu mettre l'auteur en danger d'être brûlé, comme hérétique, si sa folie n'eût été bien notoire. Les imprimeurs de Paris reçurent l'ordre de ne plus imprimer ses ouvrages, ce qui dut le priver de ses moyens d'existence ordinaires.
[50] Bulletin du Bibliophile Techener. Juillet 1859.
Ce recueil des Dernières œuvres de Bluet, étant extrêmement rare, M. Paul Lacroix en a donné, dans le Nº du Bulletin du Bibliophile indiqué ci-dessous, une description minutieuse, et de nombreux extraits des endroits les plus remarquables. Nous y renvoyons les curieux.
Quant à l'autre recueil des œuvres de notre auteur, en voici le titre tout au long:
“L'Intitulation et Recueil de toutes les œuvres de Bernard de Bluet d'Arbères, Comte de Permission, Chevalier des Ligues des XIII Quantons de Suisse; et Ledict Comte de Permission vous advertit qu'il ne sçait ny lire ny escrire, et n'y a jamais aprins; mais par l'inspiration de Dieu et conduite des anges, et pour la bonté et miséricorde de Dieu. Et le tout sera dédié à haut et puissant Henry de Bourbon, roy de France et de Navarre, grand Empereur Theodoze, premier fils de l'Eglise, Monarque des Gaules le premier du monde, par la grâce, bonté, et miséricorde de Dieu.
“C'est pour faire déclaration des livres qui ont esté imprimez en son nom, qui ont eu leur suite et effect; m'en observant trois de toutes mes œuvres, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de m'appeler. Et en sera donné de tous mes livres, reliez tous en un, des déclarations à tous les dominateurs et grands seigneurs de la terre, qui sont de mes amis, et sera dattée (sic) le jour et le temps qu'ils les auront receuz et seront imprimés, et seront prins pour tesmoignage pour déclarer la vérité des visions qui n'ont pas encore eu leurs effects, pour déclarer la vérité de celles qui auront leurs effects, s'il plaist à Dieu. Mai 1600, in 12º.”
Ce titre principal a une gravure sur bois, représentant le Calvaire, avec l'inscription, in hoc signo vinces.
Dans l'analyse suivante, nous ne présenterons aux lecteurs des extraits de ce que l'auteur veut bien appeler des livres, que lorsqu'ils contiendront quelque chose de remarquable, ou qui puisse compléter, sous certains rapports, la Biographie qui précède.
Le 1er Livre d'Oraisons, partie de 72 pages d'impression, a en tête une assez jolie gravure sur bois, représentant allégoriquement l'Arbre de vie. Cette gravure est reproduite plusieurs fois dans le cours de l'ouvrage.
Dans une courte préface l'auteur nous dit qu'il a commencé de faire imprimer le 19 Mai 1600, ce livre d'oraisons, qu'il a été réimprimé de nouveau, au nombre de deux mille exemplaires.
Ces prières ne manquent pas d'onction et d'un certain mérite, quoiqu'elles renferment deux ou trois propositions singulières, telle, entr'autres, que la distinction entre la pucelle et la vierge: “La première, dit-il, c'est avoir mauvaise volonté sans effect, la seconde c'est estre sans mauvaise volonté et sans effect.”
Nous consignerons ici une remarque que M. Paul Lacroix a faite le premier, et qui est importante, sous le rapport bibliographique, pour l'œuvre entière de Bluet; c'est qu'après avoir fait imprimer, à un nombre inégal, une édition de ses livres qui forment ordinairement 12 ou 21 pages in 18º, et en avoir distribué lui-même une partie, l'auteur faisait imprimer à part pour chaque livre deux feuillets qui n'étaient pas seulement destinés à figurer en tête de ce livre comme titre détaché et supplémentaire, mais qui devaient servir de prospectus pour attirer de nouveaux acheteurs, afin de vendre le reste de l'édition, et quelquefois une édition nouvelle. Ces titres-prospectus qu'il distribuait dans les rues, manquent souvent aux anciens exemplaires, ou se trouvent dans quelques-uns, sans les livres pour lesquels ils sont faits. Ceci sert à expliquer certaines différences entre les trois exemplaires que nous avons examinés, et la description donnée par De Bure le jeune.
Le deuxième livre d'oraisons, également imprimé à 2000 exemplaires, le 15 Mai, contient cinq cens clauses et est couvert de bleu céleste, dit Bluet, dans un des exemplaires que nous avons eus entre les mains. Dans un autre il n'y avait que le titre-prospectus dont nous venons de parler, c'est-à-dire deux feuillets contenant seulement le titre et une figure.
Pour les six livres suivants, aucun de nos trois exemplaires ne renfermant les livres complets, nous transcrirons les détails curieux donnés par M. Paul Lacroix, d'après l'exemplaire de M. Techener.
“Le 3ème livre, des sentences sans repliques, contenait trente-six feuillets, et fut tiré aussi à 2000 exemplaires. Il n'en restait plus que trois, lorsque le Comte de Permission fit paraître le titre-prospectus en deux feuillets, qui existe seul aujourd'hui, le livre étant perdu.
“Le 4ème livre, des prophéties, n'existe pas davantage, quoique les Bibliographes aient cité son titre-prospectus en deux feuillets où l'on apprend que ce livre contenant 60 feuilles, avait été dédié à Henri IV et tiré à deux mille exemplaires. Il n'en restait plus que quatre, tous les autres ayant été donnés au mois de Juin 1600.
“Le cinquième livre, des songes, contenait 24 feuilles. Il avait aussi été tiré à 2000, dont trois seulement restaient, après la distribution des exemplaires. Malheureusement ce livre-là n'est plus représenté que par son titre-prospectus.
“Le sixième livre, des visions, imprimé le 29 octobre 1600, contenait 24 feuilles; il était dédié au Comte de Laval: douze exemplaires seulement survécurent à la distribution générale de 2000 que le Comte de Permission avait fait imprimer.
“Le septième livre, de professie. Le titre-prospectus de ce livre offre un portrait de Henri de Bourbon, Prince de Condé, à l'âge de neuf ans, en 1597. Le livre tiré à 2000, dont il ne restait plus que cent, après la distribution, contenait douze feuilles, suivant ce titre-prospectus que les bibliographes n'ont pas connu: or comme il est composé de 24 pages, on doit en conclure que Bluet désigne les feuillets par le nom de feuilles.
“On trouve dans ces titres-prospectus la preuve irrécusable de l'existence de plusieurs livres en grand format, in 4º sans doute, qui ne sont jamais parvenus sous les yeux des bibliographes. On lit sur le titre-prospectus du 27ème livre du Chariot Triomphant: “Est en grand volume, et ne peult pas entrer en cestuy rang. Puis au dessous: Le 29ème livre est en grand volume, qui ne peult pas entrer aussi en cestuy rang.”
Dans la seconde édition du 7ème livre de professies l'auteur annonce que cette pièce a été réimprimée le 1er Janvier 1601 à cinq cents exemplaires, et dédiée à Monseigneur de Nantouillet.
Le 8ème livre, de 24 pages, contient l'interprétation et l'explication de la gravure qui représente l'arbre de vie. Ce livre est dédié: “à la plus belle demoyselle et Princesse Anne de Montofye, Duchesse de Lucé, Royne, nymphe des nymphes, et fille unique de la noble Senahic.”
A la fin de cette pièce se trouvent deux pages imprimées en italiques, indiquant la date précise de huit des livres de Bluet, et la couleur emblématique, selon lui, dont chaque livre était recouvert. Le verso du dernier feuillet contient une espèce d'apostrophe au Duc de Savoie, en latin.
Le 9ème Livre, des Rois, 24 pages, dédié à Henry de Bourbon, Roy de France, pour lequel 400 exemplaires ont été imprimés. Néanmoins ce livre se termine par les mots: “Le Comte de Permission en a fait imprimer deux mil copies.”
Dans d'autres exemplaires, ce livre est dédié à M. le Prince de Conty.
Ce n'est qu'une série de noms de fantaisie que l'auteur se plaît à donner aux Rois et aux grands seigneurs de l'Europe, dans le genre de ce qui suit: “Le Roy d'Espagne s'appellera Alexandre le Grand, monarque des trésors des Indes, parceque Alexandre possedait de grands pays, et qu'il étoit fils de Philippe. L'Archiduc d'Autriche s'appellera l'empereur des Attrapes, parcequ'il a attrapé la Bourgogne, et s'en est faict Prince; parcequ'il a attrapé les Pays-Bas, qui sont la Flandre, et parcequ'il a attrapé la Princesse d'Espagne, pour en faire sa femme.”
Le 10ème livre n'est composé que de comparaisons et d'épithètes bizarres, comme celles du livre précédent. Il a de même aussi une gravure de l'arbre de vie. On doit en avoir tiré deux éditions, car il est dédié à Monsieur de Beaumont, dans un exemplaire, et à Henri de Savoye, Duc de Nemours, dans l'autre, et chose assez singulière, l'impression, dans tous deux, est datée du 16 Mars 1601.
Le 11ème livre fut imprimé le 24 du même mois, “par le commandement du Comte de Permission qui en a faict la composition; et en sera imprimé deux rammes, dequoy en sera dédié deux cens coppies à Haulte et Puissante Damoiselle De Lorraine.”
M. Paul Lacroix nous apprend que dans d'autres exemplaires, la dédicace est adressée à Marie de Médicis Reine de France, et aussi à Ysabeau de la Tour. Ce livre traite “de toutes les premières du monde, Princesses, Roynes, dames et damoiselles de grande qualité, de noms, de surnoms et interpretations.”
Le 12ème livre traite “des grands seigneurs qui sont compris dans les terres du Duc de Savoye, Roy David, soit en Piedmont, soit en Savoye, et s'appellera le livre sans oubly.” Imprimé à 2000 exemplaires le 5 avril 1601, et portant en tête une gravure de l'arbre de vie.
Le 13ème livre a un de ces titres-prospectus d'un feuillet dont nous avons déjà parlé plus haut, d'après M. Lacroix, et au bas, on lit pour la première fois, selon le même bibliographe, cet avis, que Bluet a répété sur quelques autres titres-prospectus: “Le Comte de Permission prétend donner tous ses livres reliez ensemble, à tous ceux à qui il en a dédiez.”
Le 14ème livre, six pages, plus un feuillet non chiffré, fig.
Le 15ème livre, 12 pages, fig.
Le 16ème livre, 12 pages. M. Lacroix cite deux titres différents de ce livre, l'un de deux feuillets, avec le portrait du Comte de Permission agenouillé et entouré d'emblèmes; l'autre d'un seul feuillet, sans figure.
Le 17ème livre traite des visions du Comte de Permission et est dédié à Antoine Zamet, baron de cinquante mille escus, frère du Grand Abraham. 12 pages, sans fig.
Le 18ème livre renferme quelques détails sur la paillardise, et sur les Cornes de Moïse, d'un genre assez singulier.
Le 19ème livre est dédié à Bastien Zamet, le grand Abraham, marquis d'un million d'or, par la grace de Dieu. Douze pages, fig. Dans un autre exemplaire la dédicace est à Sebastian Zamet,--Grand Abraham, père de familles de toutes les Europes, riche de deux millions d'or par la grace de Dieu.
Le 20ème livre nous apprend que Bluet avait un frère boiteux, probablement gardien de troupeau, comme lui, d'après l'allusion qu'il fait.
Douze pages, et portraits en tête, de H. Du Plessis, R. Du Plessis, et Isabelle Du Plessis, la tant belle desirable.
Le 21ème livre, 24 pages, fig. du prophète Nahum. Dédié à Henry IIII, Roy de France et de Navarre. C'est une espèce de sermon à la manière de l'auteur, sur les dissentions entre les Catholiques et les Protestans. Quelques passages sont assez curieux, celui-ci entr'autres: “Voyla les prédicateurs des deux religions; la plus part de leurs prédications, c'est d'inciter de se couper la gorge les uns avec les autres. Voila le prédicateur de la religion Philistienne qui preschera que ces pauvres papaux font un Dieu de paste, et d'un goubelet d'argent, qu'ils sont idolastres. Voyla les autres prédicateurs de la religion Catholique, qui dirent: Ces Calvinistes sont des chiens qui mangent de la chair en tout temps. Le Comte de Permission vous avertit de la part de Dieu, que cela n'est point bon de rapporter toutes ces paroles... que de trente mille qui vont à l'église, il n'y en a pas un qui fasse son devoir.”
Le 22ème livre a douze gravures sur bois, qui remplissent plus de la moitié des pages, et qui sont tirées d'une Danse des morts.
“Il faut que je me résolve,” (dit Bluet, avec tristesse s'apercevant sans doute que ses livres ne se plaçaient plus aussi bien) “de me mettre en bon estat, comme cestuy là qui s'en va mourir et rendre l'esprit, avec une vraye repentance d'avoir offensé Dieu; et je ne pense estre que trop riche quand je n'aurois que deux chemises, si je vois mon frère Chrestien qui n'en a qu'une.”
Le 23ème livre, 12 pages, fig. Dédicace à Henri de Bourbon, Duc de Montpensier. Il y a deux titres différents pour ce livre, d'après les exemplaires.
Le 24ème livre, 12 pages, sans fig. M. Lacroix cite un titre de 2 feuillets avec les instruments de la Passion, et figure très singulière et très équivoque.
Le 25ème livre, 12 pages, fig. Deux titres différents.
Le 26ème livre. “Ce livre s'appellera, dit Bluet, le renouvellement des prophéties, dont la figure du prophete Nahum sera en teste.” 8 pages, fig.
Le 27ème livre; un titre de deux feuillets, avec figures. Un autre titre sans fig. Ce livre, dit M. Lacroix, qui avait été imprimé en grand volume, n'existe plus.
Le 28ème livre; un titre de deux feuillets, fig., 12 pages.
Le 29ème livre; titre de deux feuillets, avec armoiries des treize Cantons. Ce livre qui avait aussi été imprimé en grand volume, n'existe plus.
Le 30ème livre est une série de visions des plus bizarres, telles que: “Je voyois le soleil à ma fenêtre, lequel me crioit: ouvre moi la porte, que j'entre en la maison; je veux entrer et tu me fermes tousjours la porte.--Autre vision, que j'estois transporté en la Turquie, avec la femme du Grand Turc, et qu'elle lisoit mes livres, et pleuroit des livres que se devoyent imprimer. Les enfants du Grand Turc et de la Turquesse ne se pouvoient lever que je ne les levasse.”
Ce livre, dans quelques exemplaires, est en double, et montre qu'il y en a eu deux éditions, chacune du même nombre de pages (24), avec une addition de neuf lignes en plus petits caractères, dans l'un d'elles.
Les 31ème et 32ème livres ne présentent aucune observation. L'un a un titre de deux feuillets, avec portraits, et se compose de 10 pages, aussi avec portraits; l'autre a douze pages et traite “des discours et interprétations des noms et surnoms des demoiselles de la Royne de France.”
Le 33ème livre est dédié à Marie de Médicis, Impératrice de hasard et de fortune, et se compose de douze pages imprimées le premier jour de l'an 1603. Bluet a l'idée originale dans ce livre d'appliquer aux damnés le contraste du froid et du chaud: “Quand il est jour au monde, ceux des enfers sont tourmentés par la glace et la froidure; d'autant qu'ils ont eu la chaleur à mal faire, Dieu les veut refroidir par la glace; et quand il est nuict au monde, ceux des enfers sont tourmentés par le feu.”
Le 34ème livre est dédié à la haute et puissante dame Henriette de Balsac, Marquise de Verneuil, Royne de beau plaisir.
Au nombre de ces visions qui n'ont aucune suite, il y en a d'assez curieuses: “Autre vision que je voyois la ressemblance de Madame la Princesse et Duchesse de Nemours, et elle s'est venue présenter à moy, en chemise, et me dist: mon amy, j'ay froid, poussez moy un peu dans ceste chambre. Autre vision que je voyois une grande Duchesse qui avoit perdu ses souliers, &c.”
Le 35ème livre de 12 pages, avec figure, présente encore des visions. Elles commencent par le récit d'un enlèvement de Bluet par un diable qui le transporte aux lieux où il est né, le pose au milieu des marais où il gardait les vaches. Puis ils se battent ensemble. Plus loin, il est aux prises avec un autre diable à cheval. Bluet lui met le mors d'une bride dans la bouche, et appelle au secours: “Je voyois le Pape et Messieurs les Cardinaux qui ne me vouloient point secourir. Je leur ay dit: sauve qui pourra, car je m'en vais le laisser aller, je ne le peus plus tenir,” &c. &c.
Les 36ème, 37ème et 38ème Livres, de 12 et 24 pages, avec figures, ne renferment également que des visions. L'une d'elles montre jusqu'à quel point la malheureuse cervelle du Comte de Permission était bouleversée par la vanité: “Il m'est apparu que j'étois transporté en la maison d'une grande dame de mes amies; j'étois accoustré d'un habit à l'antiquité, portant une palle de feu en ma main; il y avoit une table toute pleine de vesselle d'argent doré... trois capucins qui avoient une face reflambante ont dict à la compagnie qu'ils étoient venus pour me veoir, je leur suis allé parler, les larmes leur distiloient des yeux, et m'ont dict: vous avez la plus grande obligation à cestuy grand Dieu de là haut; il n'y a jamais eu pape, et n'y aura qui aye jamais pu faire ce que vous avez faict. Vos livres regneront jusqu'à la consommation du monde, vous serez tenu à merveille au dernier temps, ce que vous n'estes pour le présent; monstrez nous de vos œuvres. Je leur en ai monstré. Quand ils ont eu de mes œuvres, ils ont commencé à chanter à haulte voix: Gloire soit donnée au Grand Dieu Eternel, et bénédictions soient données à vos actions et à vos œuvres.”
“Je leur ay dict: cela n'est rien pour le présent, au prix de ce que je feray pour l'avenir, s'il plaist à Dieu. Je vais oster toutes les difficultés de toutes les divisions, y compris la Turquie,” &c. &c.
Il y a un second 38ème livre, de 12 pages, intitulé: des sentences, &c., imprimé le 27 février 1603, et dédié “à Anthoine Zamet Jacob, fils aîné du grand Abraham, et de la Victoire de Laurier, sa mère.”
Livre 39ème, deux feuillets, fig.
Entre ce livre et le 40ème dont nous allons parler, il se trouve deux morceaux, dans l'un des exemplaires que nous avons lus, qui ne portent aucune indication soit de série, soit de classification quelconque, et qui ne sont point mentionnés par les bibliographes. Ils n'ont ni titre, ni gravure. Il est donc impossible de deviner où ces morceaux devraient être placés. Ils sont néanmoins complets en eux-mêmes, paginés de 1 à 12, et indépendants de tout autre livre. Voici les premières lignes de chacune de ces pièces: “Autre vision que je voyois que les gens du Roy de France venoient me dire: chauffez un peu ceste serviette pour le Roy nostre maistre, et moy approchant la serviette proche du feu, elle ne se vouloit point eschauffer.”
“Quand le ciel est bien clair, le soleil étend ses rayons sur le monde; subitement vient la nuée qui se met devant le soleil, et tout à l'heure le soleil retire ses rayons, et sont cachés,” &c.
Les livres 40, 41, 42, 43, et 44 ne nous présentent que deux observations à faire. Au bas de la 1ère page du 41ème livre se trouve la remarque suivante: “Le quarante deuxième livre qui est le tableau du Paradis et de l'Enfer, est en grand volume, et ne peult pas entrer en cestuy rang.”
A partir du 43ème livre, De Bure, dans son catalogue des Œuvres de Bluet, avance que les livres suivants n'ont pas de figures. Néanmoins presque tous ces livres en ont en tête, mais le 43ème qui commence par une gravure représentant St Pierre et St Paul, en contient une à mi-page, au verso et au recto, jusqu'à la fin des douze pages.
Livre 45; “Figure qui représente les douleurs qu'a enduré la Vierge Marie.” Tel est l'intitulé de ce livre de douze pages, collection de visions bizarres dans le goût de celle ci: “Le Grand Turc m'est venu dire: Comte de Permission, allez au grand juge et sauveur vostre maistre, qu'il luy plaise prolonger son grand jugement, et me donner un petit de temps, que je me puisse amender, pour demander miséricorde; j'aboliray la loi et la religion de Mahomet l'enchanteur, je la fouleray sous les pieds, et observeray vos ordonnances, moy et tous mes royaumes et empires.”
Les livres 46, 47, 48 ont chacun 12 pages et une gravure.
Livre 49; idem. “Le Duc de Nemours me fit donner douze ducats, m'en allant à Chamberry, pour m'accoustrer, et je m'accoustris depuis les pieds jusques à la teste, tout de frize noire, et les dames me demandoient qui m'avoit donné cestuy habit; je leur dis que c'estoit le Duc de Nemours, la fleur de mes amis, et ne le vois plus, à mon grand regret.”
Les livres 50 à 57 ne présentent pas d'observations à faire.
Le livre 58ème de douze pages, a en tête une petite gravure sur bois, passablement indécente, et dont nul bibliographe n'a parlé. Le titre porte: “Dédié à haulte et puissante Dame, princesse et duchesse de Guise, Royne de Sabat. Iceluy livre traicte du remède comment les femmes mettent les hommes en tentation, et comment les hommes doivent résister.”
L'auteur explique la gravure de la manière suivante: “L'homme sera couché à la renverse, la femme sera aussi couchée vis-à-vis de l'homme. Une des gorges d'un serpent à deux gorges et à quatre griffes, tirera la langue de l'homme, et l'autre gorge engouffre la partie honteuse de l'homme. Sur la femme il y aura un dragon qui aura une grande queue, laquelle entrera dedans la partie honteuse de la femme, les deux griffes sur les deux mamelles. Il ne faudra pas que l'homme dise à Dieu: les belles femmes m'ont monstré leurs testins, elles m'ont induict à mal faire; il n'y aura poinct d'excuse.”
Tout ce livre est fort curieux, mais trop long pour le transcrire ici.
Livre 59; douze pages. Portrait d'Argentine Provane, la plus belle damoyselle qui soit en Italie, de là les monts, à laquelle le livre est dédié.
Le verso de la dernière page est rempli par dix portraits en buste, du Duc de Savoie et de ses enfants.
Livre 60; douze pages, gravure. “Comme je m'en allay trouver Abraham, j'ay rencontré Monsieur l'Ambassadeur d'Espagne qui m'a convié pour aller disner avec luy; j'y suis allé, et il m'a faict donner un escu, après que j'ay eu disné.”
La plupart de ceux que Bluet mentionne à cette époque comme leur ayant donné un de ses gros livres, lui font remettre un écu. Le Prince d'Orange lui fait présent d'un doublon d'Espagne, et Dom Pierre de Balançon, d'un beau pourpoint de satin.
Les livres 61 à 65 n'offrent pas de remarques à faire.
Livre 66; douze pages (le titre porte par erreur lxvii). En tête est le portrait du Comte de Permission, ressemblant beaucoup à celui de Ronsard, et entouré par deux branches de laurier. Au revers est un portrait d'Argentine de Provane, fille du Grand Chancelier du Duc de Savoie “qui eust esté ma femme, si je ne fusse demeuré en France,” dit l'auteur.
Les livres 67, 68, et 69 ne m'ont pas présenté d'observations à faire.
Le livre suivant, indiqué comme le octante deuxième, et intitulé le Livre des trois couronnes à cause de la gravure qui se trouve en tête, répond, dit Bluet, “et suit au soixante-neufiesme livre, et est des visions depuis le cinq Novembre, jusqu'à présent.”
Il a 12 pages, comme les précédents.
Le livre 70ème est dédié au Duc de Maine, et imprimé le 10 Novembre 1603. Il traite de la vie de l'auteur, ainsi que plusieurs des livres suivants, comme nous l'avons indiqué dans la biographie du Comte de Permission.
Le livre 75ème est celui où se trouve la gravure indécente qui manque à la plupart des exemplaires.
Le livre 77ème renferme plusieurs aventures où l'on voit que tout le monde s'amusait aux dépens du pauvre Bluet, et le raillait surtout de son peu de courage.
Le livre 78ème porte en tête la gravure d'une chapelle sur roulettes. “C'est une chapelle, dit-il, que j'avois faicte à Chambery, et m'y tenois tout droit, et me couchois tout de mon long dedans, et la pouvois porter sous mon bras, et y faisois mes oraisons aux églises et ailleurs. Je voyois et on ne me voyoit poinct, et estant dedans je la faisois aller où je voulois, avec ses roues et autre subtilité et industrie.”
Cette description est très énigmatique, nous paraît-il, et il est fort difficile de comprendre comment Bluet pouvait en même temps s'y coucher tout de son long, et aussi, lorsqu'il voulait, la mettre sous son bras et l'emporter.
Le livre 79ème a aussi la gravure de la chapelle, mais entièrement différente en construction et accessoires.
Le livre 81ème a une petite gravure représentant le portrait en pied de sa maîtresse Antoinette Coynder, qu'il manqua épouser, dit-il, lorsqu'il eut quitté l'état de berger. Puis vient un autre portrait en pied de la servante de Madame la Comtesse de Fournon “à laquelle je failly me marier quand j'eus quitté la paysanne.”
Le livre 82ème continue la série des portraits en pied des personnes qu'on a voulu lui faire épouser. Le troisième est celui de Damoiselle du Gayet qui s'appelloit Adriane de Quincin. Le quatrième est celui de la fille d'un écuyer de chevaux, nommé George Estrajo.
Livre 83ème. Nouveaux portraits en pied de Mademoiselle de Senamy, de la belle Catherine de Gratian, la fille de chambre de la Marquise d'Ais; de Lucrèce de Lalee, damoiselle de la Tornette; de Peronne Pobel. “Bref, ajoute-t-il, je dis avec vérité que j'ay eu autant de maîtresses, qu'il y a de mois en l'année. J'ay failly de me marier à toutes.”
Le livre 84ème contient le portrait d'Argentine Provane, “la plus belle qui soit et qui jamais aye esté en toute l'Italie. Il n'y a peintre, si brave soit-il, qui puisse imiter sa rare et excellente beauté.”
Le livre 85ème est dédié à Henriette de Balsac, Marquise de Verneuil, Royne de beau plaisir. “Ce livre traicte de la continuation de ma vie, tant de fortune que de mon infortune pour ne m'estre pas sceu gouverner selon les fantaisies et dissimulations du monde: Chacun mesure la capacité des esprits d'autruy, comme ils mesurent la leur; mais celuy qui compte sans son hoste, est sujet à compter deux fois. Les penseurs feroient beaucoup si ce n'estoit leurs contre-penseurs. En Dieu je me console.”
Le 91ème livre traite de l'interprétation du Royaume de France et des provinces et duchés qui appartiennent au Grand Empereur Théodose.
Le 92ème est la continuation du même sujet.
Le 93ème contient l'interprétation du nom des possessions du Roy du Levant.
Le 94ème livre est intitulé le livre de la désolation et lamentation, et dédié au Nonce du Pape. “Le sujet en est, dit-il, l'interprétation de l'Annonciation de la Vierge Marie.” Ce livre de 12 pages, malgré ce qu'il annonce, ne se compose que de plusieurs courtes oraisons et prières.
Le livre 95ème est dédié “à Catherine de Lorraine, Princesse et Duchesse de Nevers, Royne de toute Vertu, l'Excellence de la France.”
Ce livre est également rempli d'oraisons. Portraits des prophètes Elie et Enoch, Jérémie et David.
Livre 96ème. En tête se trouve le singulier intitulé suivant, en lettres Italiques: “Il n'y a nul rapport au contenu de ce livre dédié à la Princesse de Dombes et de Montpensier: Pere Cothon s'appellera Rembourré parceque le coton sert à rembourrer les pourpoints, et luy comme plein de vérités, rembourre le vice.”
En tête, figure du prophète Isaïe, qui fut le premier, dit Bluet, qui ait prophétisé l'avénement du fils de Dieu.
Le livre 97ème est intitulé: Le Prophète Daniel, et donne son portrait. Ce livre traite de l'interprétation du Duché de Nemours, et autres royaumes et principautés. “Le Duché de Nemours s'appellera Tentation d'amitié, parceque Amour est amitié: un amoureux et une amoureuse qui se baisent, pour armoiries.” Une gravure en marge les représente.
“Rome en Genevois, s'appellera aveugle, parceque celuy qui est borgne n'est pas aveugle: un homme borgne pour armoiries.” Gravure d'un borgne.
Tout est de cette force, durant douze pages.
Le livre 98ème est dédié à Monsieur le Grand, de France, gouverneur pour le premier du monde, de la Duché de Bourgogne.
Nous avons cité plus haut le volume des dernières œuvres de Bluet d'Arbères, volume séparé et excessivement rare, de 200 feuillets, avec des gravures sur bois, et qui commence au livre 141 et finit au 173ème. Nous nous proposions d'en donner également une analyse détaillée, mais ce travail a été si bien exécuté par le Bibliophile Jacob, dans le Bulletin du Bibliophile de Techener, du mois de Juillet 1859, page 450, que nous avons préféré y renvoyer les curieux.[51]
[51] Nous consignerons ici, en finissant, une note de Beuchot dans le 33ème volume de son édition des œuvres de Voltaire, où il est question du Comte de Permission: “Fréron reproche à Voltaire, y est-il dit, d'avoir tiré presque mot pour mot l'épisode de l'hermite, dans Candide, d'une pièce de 150 vers, intitulée The Hermit, par Th. Parnell. Avant Parnell, plusieurs auteurs avaient traité le même sujet, et entr'autres Bluet d'Arbères, dans le livre 105 de ses œuvres. C'est en 1604 qu'avaient paru les livres 104 et 115, dont on ne connaît encore qu'un seul exemplaire, découvert en 1824.”
JEAN MARIE CHASSAIGNON.
“Les cataractes de l'imagination, déluge de la scribomanie, vomissement littéraire, hémorhagie encyclopédique, monstre des monstres, par Epiménide l'inspiré--Dans l'antre de Trophonius, au pays des visions.--4 vol. in 12º, 1779.”
Certes, ce titre seul annonce que notre auteur eût pu être mis dans une maison de santé, sans grande injustice, d'autant mieux que ce n'est ni ce titre, ni cet ouvrage seulement, qui prouvent le dérangement des idées de l'auteur, mais encore la manière de traiter ses sujets.
Une mauvaise gravure représentant l'auteur en robe de chambre, assis à son bureau, ayant derrière lui la Renommée et la Muse de l'histoire, se trouve vis-à-vis du titre du 1er volume. Au dessous sont gravés les cinq vers suivants:
Muses, retirez-vous, je cède à mon génie, Un cœur comme le mien est au dessus des lois. La crainte fit les dieux, l'audace fit les rois. Qui consulte est un lâche et ne sait point écrire. Servons d'exemple, et n'imitons personne.
Chassaignon a certainement tenu parole, car il n'a imité qui que ce soit, mais ses vœux sont restés inexaucés, il n'a heureusement servi d'exemple à personne.
Dans une longue préface de près de cent pages, il avoue qu'il écrit dans un genre inconnu à son siècle, et il apostrophe ainsi ceux qui douteraient de son mérite: “Mais lis encore une fois, insolent faquin, lis, dégoûté scélérat, lis, bourreau mécréant, qui doute de notre supériorité originale,” et à ses critiques trop rhéteurs et puristes il dit: “d'un seul éclat de mon imagination, je foudroierais ce pusillanime troupeau d'esclaves, nés pour aligner des mots, symétriser des phrases et couper les ailes du génie.”
Comme nous l'avons déjà fait observer, les monomanes ont souvent la connaissance parfaite du dérangement de leurs idées. Ce fait est prouvé par la science. Aussi notre auteur décrit très bien lui-même comment ses accès de folie commencent: “Je n'écris jamais plus d'une heure de suite, souvent même je cesse au bout d'un quart d'heure, une crispation dans les nerfs, un éblouissement dans la vue, une palpitation de cœur, une ébullition de cerveau, m'empêchent de tenir la plume, de regarder le papier, et même de combiner mes idées. Souvent au moment où j'entre en verve, mes fibres organiques s'ébranlent et se déchirent, je retiens une explosion qui m'accablerait.”
Cet état du cerveau explique suffisamment les jugements littéraires qu'il énonce: “l'Esprit des lois, le Cid, Cinna, Emile et Mahomet n'ont pour moi que d'arides beautés. Voltaire, J. Jacques, Corneille, et Montesquieu n'ont pas senti ce que je sens. Je préfère moi à tous ces fastidieux personnages.”
Il raconte plusieurs des visions qu'il eut; une entr'autres pendant la nuit qui lui représente l'enfer: “Horrescentes stetêre comæ, dit-il, la plume m'échappe ici de frayeur; encore une minute, et j'expirais. J'écrivis ma vision à un incrédule qui en perdit la tête, et mourut.”
Ayant conçu le plan d'une satire sanglante qui retracerait un tableau des scélératesses qui ravagent notre globe, il évoque tous les souvenirs les plus capables de lui donner ce qu'il nomme des convulsions poétiques. “Que la rage, la haine et la vengeance, s'écrie-t-il, broient mes couleurs avec leurs bras de fer... Un frénétique accès s'empare de ma verve, l'Etna est dans ma tête, le Vésuve est dans mon cœur.”
Monté à ce diapason, il consacre un chapitre à l'expression du désir que les “coups de sa plume soient aussi destructifs que les dents de l'Ichneumon qui pénètre dans les entrailles du crocodile, et les lui déchire; aussi terribles que des tenailles rougies qui emportent des lambeaux de chair et arrachent le cœur... que ces satyres ressemblent au tonneau armé en dedans de lames tranchantes, dans lequel les Carthaginois firent rouler Régulus tout nu... qu'elles soient aussi meurtrières que le poison qu'Agrippine reçut de l'empoisonneuse Locuste”... et une foule de souhaits semblables, remplissent six pages.
Enfin il conclut en disant que si quelqu'un était tenté de le persifler: “Ah! je l'en préviens, je lui fais effacer ses écrits dans des larmes de sang; j'imprime sur son front le fer de la satire, rougi sur une braise infernale, et on le verra convulsionner sous le poignard du remords... je le contraindrai à se pendre de honte et de desespoir!”
Je pense qu'après cette tirade, personne ne doutera que notre forcené méritait d'être mis aux Petites Maisons.
Les chapitres suivants sont consacrés à la critique de la littérature de l'époque. Après un assez long examen des meilleurs écrivains français, il conclut en disant qu'il n'en finirait pas s'il prenait à tâche de relever tous les solécismes, barbarismes, expressions impropres, vers boursoufflés, images incohérentes, mots vagues, rebattus, rimes oiseuses, négligences basses, licenses choquantes, fatiguantes répétitions, &c. &c., dont fourmillent les chefs-d'œuvres de Boileau, Racine, Corneille, Voltaire, Crébillon, Rousseau, &c. &c.
Après cet examen vient un volume et demi de notes, sous le titre de: Détachement ou Entrailles du monstre, titre qu'il justifie par le motif suivant: “Ces notes étaient d'abord consubstantiellement renfermées dans les volumes, et y occasionnaient une espèce d'engorgement et d'obstruction. Pour dégager la masse, vider le ventricule, et éclaircir le chaos, on a cru devoir en détacher les parties hétérogènes, indigestes et compliquantes, et donner ces notes en supplément.” Cette explication aurait pu trouver place dans quelques endroits du Médecin malgré lui.
Vers le milieu du 4ème volume se trouve une espèce de Post-face de deux feuillets, imprimés en encre rouge, et intitulés: Fin du Monstre et de ses entrailles, suivie (sic) de la fin du monde et d'une esquisse des Enfers.
L'ouvrage se termine par deux cents pages presque toutes consacrées à une amère critique des œuvres de Voltaire, ce que l'on ne devinerait guère sous le titre, en encre rouge, de: Arrière-Monstre, plus terrible que le Monstre: Paraphrase des prophéties d'Ezéchiel, &c. &c., visions, enfers, apocalypse nouvelle. Offrande au Clergé.
Le lecteur ne doit pas s'imaginer pourtant que ces quatre volumes ne soient remplis que d'extravagances; l'auteur y déploie une très grande érudition, et prouve par ses citations et ses extraits sans nombre, qu'il avait immensément lu, et, qui plus est, retenu ses lectures. Malheureusement tout est si incohérent, qu'il serait difficile de les lire en entier. C'est évidemment le produit d'un cerveau en délire.
Dans un autre ouvrage: Les nudités, ou les crimes du peuple, 8º, 1793, Chassaignon nous a retracé les malheurs que les aberrations de son esprit attirèrent sur lui. M. J. Lamoureux, dans l'article qu'il lui a consacré dans la Nouvelle Biographie Universelle, par Firmin Didot, t. 10, p. 42, a très bien résumé ces événements. Nous y renvoyons les curieux et nous nous contenterons d'indiquer les autres ouvrages de Chassaignon.
1º. Eloge de la Brotade (Poème de Julien Pascal), par un enthousiaste. Genève (Lyon) 1779, in 12º.
2º. Les Etats Généraux de l'autre monde, vision prophétique. Le Tiers Etat rétabli pour jamais dans tous ses droits, par la résurrection des bons Rois, et la mort éternelle des tyrans. Langres (Lyon) 1789, in 8º.
3º. Etrennes à Messieurs les Rédacteurs du Courrier de Lyon, Autun (Lyon) 1790, in 8º.
4º. Les Ruines de Lyon, Ode, 1794, in 8º.
Ces ouvrages, dit M. Breghot du Lut (Mémoires biographiques et littéraires, 1828, in 8º), sont devenus fort rares, et contiennent la plupart, au milieu de beaucoup de folies, des choses très sensées et très spirituelles.
Il publia en 1793 une défense de Chalier, ce disciple de Marat, condamné à mort. Ce fut peut-être ce qui lui permit de traverser le règne de la Terreur sain et sauf. On l'avait porté sur la liste des émigrés. Il adressa une réclamation aux Représentants du peuple, dans laquelle il dit, entr'autres choses originales, “Comme on sait que les penseurs ont l'âme cosmopolite, les affections vagabondes, l'imagination aîlée et émigrante, on s'est diverti à mettre mon nom sur la liste des émigrés, et cette petite malice ne tend à rien moins qu'à me faire mourir de faim et de soif.”
Heureusement pour lui, ce ne fut pas la fin qui lui était destinée. Il mourut tranquillement, mais l'esprit toujours exalté, à Thoissy, département de l'Ain, à l'âge de 60 ans, dans un modeste domaine dont il avait hérité.
Son frère, épicier à Lyon, sa ville natale, fit servir à envelopper les marchandises de son commerce, les nombreux manuscrits laissés par le défunt, et parmi lesquels se trouvait une tragédie de Cromwell.
ALEXANDRE CRUDEN.
Ce savant était fils d'un des magistrats d'Aberdeen en Ecosse, et naquit en 1701. Sa folie bien caractérisée, et d'autre part la preuve qu'il nous a laissée de sa science philologique et de ses patientes recherches, en font un des phénomènes les plus curieux de l'aberration mentale. A dix-neuf ans il prit ses degrés de Maître-es-Arts, et se destinait à devenir ministre de la religion, mais toute sa carrière fut interrompue par un événement qui bouleversa à jamais ses facultés mentales.
Durant ses études à l'Université, il conçut une passion violente pour la fille d'un des ministres de sa ville natale, mais celle-ci ne répondit pas à ses sentiments, et comme il continuait ses poursuites avec une obstination que rien ne pouvait vaincre, le père de la jeune personne fut obligé de lui interdire sa maison. Ce désappointement produisit un effet si terrible sur son organisation qu'il fut frappé de folie immédiatement après, au point que l'on dut l'enfermer dans une maison de santé. Cet événement fut peut-être un bonheur pour lui, car on découvrit plus tard que la jeune fille avait été la victime d'une passion coupable pour l'un de ses frères.
Au bout de quelque temps les soins assidus des amis de Cruden, et son application à l'étude qu'il avait toujours conservée, durant ses moments de lucidité, finirent par donner un peu de calme à son esprit malade, et l'on put le rendre à la liberté. Afin de détourner le cours de ses idées, il quitta Aberdeen et vint s'établir à Londres en 1722. Il y donna pendant quelque temps des leçons particulières, puis alla habiter l'Ile de Man, et obtint enfin la place de correcteur d'imprimerie dans la Métropole. Ses connaissances et son assiduité au travail lui firent des protecteurs, et il fut recommandé à Sir Robert Walpole, par l'influence duquel il fut nommé, en 1735, libraire de la Reine Caroline, épouse de George II. Depuis longtemps il s'occupait d'un grand ouvrage, La Concordance de la Bible. On sait que dans l'origine les Saintes Ecritures n'avaient aucune division en chapitres ni en versets, divisions qui furent établies plus tard pour faciliter la lecture et les citations. C'est la corrélation des divers passages qui forme la base du travail de Cruden, qui appliqua à la Bible ce qu'on avait fait pour les auteurs Grecs et Latins, afin de trouver à volonté les concordances du texte. La préface de la première édition donne un résumé historique de tout ce qui a été fait avant lui, dans ce genre, et établit d'une manière très claire les avantages de cette œuvre de patience qui l'occupa toute sa vie. On peut se faire une idée de l'immense labeur exigé pour un pareil livre, lorsqu'on se rappelle que le premier essai se fit sous la direction d'Hugo de St Marc, qui pour cela employa, en 1247, cinq cents moines à la fois.
Maintenant que Cruden avait un poste qui lui laissait quelque loisir, il mit la dernière main à son ouvrage, et la première édition en fut publiée en 1737. Elle était dédiée à la Reine, à laquelle il en présenta un exemplaire, et qui lui promit son appui, et lui assura qu'elle ne l'oublierait point. Malheureusement pour l'auteur, elle mourut seize jours après, et ainsi s'évanouit tout espoir pour lui d'être aidé pécuniairement. C'était un terrible coup, car il avait engagé son modique avoir tout entier dans cette immense entreprise. Aussi sa profonde anxiété, jointe sans doute à une trop grande tension d'esprit par suite d'un excès de travail, le privèrent de nouveau de l'usage de sa raison, et on dut l'enfermer dans la maison de santé de Bethnal Green. A sa sortie il publia un pamphlet satirique, plein de bizarreries, dans lequel il se plaignait des mauvais traitements qu'il prétendait avoir reçus; il intenta en même temps une action contre le médecin et le directeur de l'établissement, mais l'examen judiciaire de la cause, et le plaidoyer qu'il voulut faire lui-même, prouvèrent que si sa mise en liberté était sans danger pour ses amis, ses facultés intellectuelles étaient néanmoins décidément dérangées. Malgré cela, il reprit ses occupations de correcteur d'imprimerie, et continua pendant plusieurs années à revoir les feuilles de plusieurs éditions des classiques Grecs et Latins, sans donner d'autres signes de son état mental qu'une grande taciturnité et une constante mélancolie.
Un événement montra que son ancienne blessure ne s'était pas cicatrisée. Un jour un de ses amis, Mr Chalmers, lui proposa, afin de le distraire, de le présenter chez un des marchands de la Cité, qui par le plus grand des hasards se trouvait être un des frères de celle qui avait été la cause de sa folie. Ce fut elle-même qui vint ouvrir la porte. A cette vue Cruden se jette en arrière, et saisissant violemment et d'un air effaré la main de son ami: C'est elle! s'écrie-t-il, ah! elle a toujours les mêmes beaux yeux noirs!--
Mr Chalmers le ramena en toute hâte chez lui, et eut beaucoup de peine à calmer son agitation. Il n'y eut pas de seconde entrevue, mais il ne prononçait jamais le nom de cette jeune femme, sans qu'une sombre douleur ne s'emparât de lui aussitôt.
En 1753 sa sœur fut obligée de le faire garder de nouveau à vue, dans une maison de Chelsea, et lorsqu'au bout de quelque temps, ses excentricités paraissaient avoir disparu, une idée bizarre s'empara de lui. Convaincu qu'on lui devait une réparation pour la perte de sa liberté, et qu'il ne pouvait l'obtenir de la justice ordinaire, ainsi qu'il en avait déjà eu la preuve, il écrivit à sa sœur et à plusieurs de ses amis, leur proposant, avec la plus grande simplicité, de lui fournir eux-mêmes une légère compensation, de l'injustice qu'il avait soufferte, par un moyen très facile. C'était de subir à leur tour un emprisonnement à Newgate. Sa sœur, disait-il, en serait quitte en lui payant une amende de dix ou quinze livres, et pourrait choisir entre les prisons de Newgate, de Reading, d'Aylesbury, ou le château de Windsor, où elle resterait enfermée durant quarante huit heures seulement.
Le reste de la vie de Cruden s'écoula dans une espèce de paisible hallucination. Il croyait avoir reçu du ciel une mission spéciale de corriger les mœurs publiques, et quoiqu'il continuât paisiblement ses occupations quotidiennes à l'imprimerie, ordinairement jusqu'à une heure de la nuit, il trouvait encore le temps de travailler à corriger sa Concordance de la Bible, dont il se proposait de donner une nouvelle édition. Elle fut publiée en 1761, l'auteur en présenta un exemplaire au Roi, qui lui octroya une indemnité de deux mille cinq cents francs.
Jouissant maintenant de quelque repos, sa manie religieuse l'absorba tout entier. Dans ses visions, des voix célestes lui disaient qu'il avait une grande mission à remplir. Il crut que pour le faire efficacement, son autorité devait être reconnue par le Roi en conseil, et il demanda à être nommé Correcteur du peuple par acte du Parlement, et à être créé chevalier.
Il nous donne lui-même de curieux détails sur ses démarches, à cet effet, auprès des chambellans et des Ministres d'Etat. Comme il était fort connu, on ne le rudoyait jamais, mais on cherchait à échapper à ses importunités. Il se plaint souvent de ce qu'on l'évite, excepté, raconte-t-il, un Lord qui, ayant la goutte dans les pieds, fut forcément obligé de lui donner audience.
Une autre de ses manies fut de faire la cour à la fille d'un baronnet, et, malgré tous les refus, il continua à importuner la jeune personne de ses poursuites incessantes. Pour éviter une esclandre son père la fit partir pour un voyage; Cruden aussitôt fit circuler dans le public des prières imprimées où il implorait l'assistance de Dieu pour qu'elle et sa suite revinssent sans accident dans leurs foyers. A son retour, il distribua également des actions de grâce pour remercier le ciel.
Toujours résolu à être de fait ou de droit le correcteur de la moralité publique, il parcourait les rues, une éponge dans sa poche, et effaçait sur les murs les inscriptions qui lui paraissaient n'être pas conformes à l'honnêteté, ou il arrachait les affiches.
En 1769 il fit une excursion dans sa ville natale, et en sa qualité de correcteur du peuple, y fit des lectures publiques en Latin et en Anglais, sur la nécessité d'une réforme générale des mœurs. Il distribuait des pamphlets sur le même sujet à tous ceux qui voulaient les lire.
Il mourut d'une façon aussi extraordinaire qu'il avait vécu. Un matin, la femme qui le soignait dans son modeste logis à Islington, le trouva dans le privé, mort et agenouillé dans l'attitude de la prière.
Parmi les nombreux pamphlets que Cruden publia, un des plus curieux est: The adventures of Alexander the Corrector, in 8º, Londres, 1754.
Il y a une naïveté dans les détails, et une conviction si profonde de la mission qu'il est appelé à remplir, qu'on ne peut s'empêcher d'être convaincu que le malheureux ne recouvra jamais l'usage complet de sa raison. Cette brochure, ainsi que toutes les autres, du même auteur, est assez rare, et il serait fort difficile de les réunir toutes.
SIR THOMAS AMES GEVAEFT.
On vit paraître en Belgique, en 1839, un volume des œuvres d'un écrivain dont le nom inscrit au titre, paraît être un pseudonyme, mais dont les idées, quel qu'il fût, avaient un cachet évident de folie. Nous croyons ce volume très peu connu, et comme il rentre tout-à-fait dans notre cadre, nous en donnerons une courte analyse.
L'auteur commence par une préface où il adresse au peuple Belge un avis sur les droits d'auteur. “Plusieurs des principaux articles de votre belle constitution sont sortis de ma plume, dit-il, et quoique jusqu'ici, je n'aie reçu de récompense des éminents services que j'ai rendus à la cause des Belges, malgré tous les titres que j'ai fait valoir au gouvernement, je ne puis contempler mon ouvrage sans ressentir ce noble sentiment d'orgueil, connu seulement aux hommes savants et vertueux.”
“L'impression de mes beaux poèmes, tous dédiés à des têtes couronnées, et dont le manuscrit est déposé, est le prélude de celle de mes œuvres complettes, et ce, en ma triple qualité d'historien, de Jurisconsulte et de poète Anglo-Français.”
Ces beaux poèmes sont d'abord des méditations sur le tombeau de Saint Louis, dédiées Au Saint Père Grégoire XVI, Pontife Suprême; puis vient LA CRÉATION, Poème dédié à sa Majesté Louise, Reine des Belges; en troisième lieu: LE DERNIER JUGEMENT, dédié à sa Majesté Louis Philippe I, Roi des Français. Le quatrième poème, écrit en Anglais est intitulé: The Shipwreck, et dédié à sa Majesté Léopold I, Roi des Belges.
Viennent enfin plusieurs morceaux plus courts ayant pour titres: La Vertu; La Vérité; Le Patriotisme, et trois esquisses en anglais et en prose, sur le caractère de la poésie de Jérémie, d'Isaïe et de David.
Notre auteur a les idées les plus excentriques sur la versification française qu'il décrit à sa façon: “Les vers alexandrins, dit-il, n'admettent à la rigueur que douze syllabes ou six pieds, mais le poète d'un génie supérieur ne se laisse pas dominer par de pareilles entraves. Se trouvant dans les champs si vastes de la poésie, il dédaigne la rigoureuse sévérité susdite, sévérité qu'il sacrifie à ses sublimes conceptions qui, semblables à un torrent impétueux, renversent tous les obstacles qui s'y opposent. L'homme qui a écrit sur un sujet aussi vaste (que ceux que traite notre poète) doit posséder à peu près toutes les connaissances humaines; il doit avoir acquis par une grande expérience, l'autorité nécessaire à faire adopter ses opinions par tous ceux qui se distinguent dans les connaissances susdites: Cet homme, c'est le fils de l'écriture Sainte; cet homme, c'est moi, et alors même que je n'en eusse d'autres preuves, mes œuvres le prouvent, et par mes œuvres je veux que l'histoire me juge. Partant de ces principes et en vertu de mes droits, j'ai introduit dans la langue française plusieurs nouvelles expressions, inconnues à elle jusqu'à ce jour, et sauf à les expliquer moi-même; je déclare en même temps loin de moi toute vanité, loin de moi toute crainte de faire usage d'un droit, dont la postérité, peut-être même mes contemporains, me tiendra, me tiendront, compte un jour.
“La langue de l'écriture Sainte fourmille de tant de beautés de toutes espèces, qu'il est juste que les cinq langues dont les Pères de l'Eglise ont fait et feront toujours usage, s'entraident, surtout dans les compositions élevées.”
“J'ose espérer, dit l'auteur, en terminant sa préface, qu'un public éclairé et impartial saura apprécier les difficultés qui entourent les compositions de ce genre, qui ont le bien-être de l'humanité pour but, et qu'il me rendra justice avec la loyauté, l'impartialité et la bonne foi qui caractérisent les nations civilisées de l'Europe.”
Dans son adresse au Pape Grégoire XVI, il donne quelques détails sur lui-même. Nous en citerons quatre strophes qui serviront en même temps de spécimen de sa versification:--
Le Créateur même daigna jeter sur moi Thomas Ames HMC HAZ, fils de la Croix Ses yeux célestes et pleins de miséricorde, Afin que je suivisse de ses préceptes l'ordre; Et afin que je fusse connu de tous sous les cieux, Il imprima les signes célestes dans mes yeux.
A l'âge de treize ans, âge encore bien tendre Je reçus des mains mêmes du Primat de Londres Guillaume Pointer, digne vicaire de mon PÈRE PIUS SEPTIMUS HEIPHA[52] de Jesus Christ le Vicaire, La première dignité dont m'investit l'Eglise, Qui me donna plus tard le beau titre de fils.
[52] Heipha. Expression hébraïque qui signifie l'Ecriture Sainte, et quelquefois même le céleste séjour. Elle résume également les cinq langues de l'Ecriture Sainte, l'Hébreu, le Grec, le Latin, le Français et l'Anglais, mais cette partie seulement des langues Française et Anglaise qui a pour base l'histoire et les trois langues Savantes de l'antiquité. (Cette note appartient à notre auteur.)
A l'âge de vingt ans, moins quelques mois, Par ordre du SAINT PERE gardien de la Foi, Je reçus de mes grades et titres plein droit De prendre place en la famille des Rois;[53] Ce choix, ratifié d'avance per omnes Chefæ, Fut accepté comme gage de bonheur et de paix.
[53] Vide l'almanach de Gotha. (Note de l'auteur.)
Hail,[54] father PIUS! Hail, Pontife suprême! Hail, illustre Père du dévoué Thommæ CM! Salve ad te, Pater Heipha, Père de la foi! Tes cendres sont bénies jusqu'à la SAINTE CROIX! Le ciel se réjouit de ce choix digne de toi, Et la couronne céleste relève la Tiare!
[54] Cette belle salutation de l'Eglise Catholique dérive non du Saxon ainsi que les auteurs et même les lexicographes Anglais le prétendent; mais de la belle salutation hébraïque Hallelujah; salutation composée des attributs célestes, et dont les saints mêmes sont fiers! (Note de l'auteur.)
Hail! Ave! Salve! Ad Sir Ilius Gregorius XVI. MG.
En foi de quoi et en vertu de mes droits, Je Signe Ego Sir Thomas Ames Gevaeft, &c., Primus Jurisconsultus, Primus Doctor, Primus Professoris, Oig.
In Heipha. Dies script. A. D. Oig, plus trois! Resurrexit Roma, Mater Mea!
Une lueur de raison laisse toutefois apercevoir à Sir Thomas Ames que ses vers Alexandrins, ainsi qu'il les qualifie, sont passablement défectueux, mais il pense que cela ne fait qu'ajouter à leur beauté. “Quoique la mesure métrique, dit-il, ou quantité soit parfois dépassée, il n'en est pas moins vrai que le temps y fait ample compensation, et la cadence variée et vive qui en est la conséquence naturelle, loin de fatiguer l'oreille, relève la monotonie qui existe si souvent dans les compositions poétiques françaises de quelqu'étendue.”
TABLE ALPHABETIQUE
Des auteurs dont les écrits sont cités dans cet Essai.
Page Ames (Sir Thomas) 177 Arcilla (de) 40 Bernardi, Joseph 75 Billard, Edme 44 Busch 32 Caissant (le Chevalier) 94 Carfrae, John 13 Cheneau 31 Clare, John 55 Clennell, Luc 53 Cottle, Elisabeth 33 Cruden, Alexandre 42 D'Arbères, Bluet 107 Dachet 96 Davenne, François 92 Démons 89 Desjardins, G. 57 Dosche, François 27 Dubois, Guillaume 109 Ferrand, Olivier 56 Flores (Miguel de) 76 Fusnot, C. 82 Fuzy, Antoine 24 Gagne, Paulin 61 Geneviève 9 Gragani 74 Hall, Robert 101 Hécart 68 Herpain, dit Usamer 98 Kant 73 Lalou 69 Le Barbier, Pierre Lucien 77 Lee, Nathaniel 41 Lloyd, Thomas 45 Martin, William 80 Martorex 69 Mason, John 27 Milman 49 Monfrabeuf, de Thenorgues 111 Morin, Simon 25 O'Donnelly 32 Paoletti 21 Parizot, Jean P. 28 Pentecôte 47 Postel, Guillaume 22 Smart, Christophe 42 Soubira, J. A. 29 Steward, John 83 Vallée, Geoffroy 23 Wezel, Johan Carl 48 Wirgman, Thomas 77
JOHN CHILDS AND SON, PRINTERS.
AUTRES OUVRAGES
DU MEME AUTEUR.
1º HISTOIRE DE CHARLES LE BON, d'après Gualbert. Un vol. gr. in 8º.
Bruxelles, Imprimerie Normale, 1831.
2º CHRONIQUES, TRADITIONS ET LEGENDES de l'ancienne histoire des Flandres. Un vol. in 8º.
Lille, 1833.
3º ANNALES DE BRUGES depuis les temps les plus reculés jusqu'au XVIIème siècle. Un vol. gr. in 8º, orné des portraits en pied de tous les Comtes et Comtesses de Flandre.
Bruges, Van De Casteele, 1833.
4º LE ROMAN DU RENARD, traduit pour la première fois, d'après un ancien manuscrit flamand, augmenté de notes et d'une analyse des anciens poèmes français du Renard. Un vol. in 8º.
Bruxelles, 1834, Hauman.
5º GUIDE DANS BRUGES, ou description des monuments et des objets d'art que cette ville renferme. 1 vol. in 12º.
Bruges, Bogaert-Dumortier, 1834.
6º CHRONIQUE DE L'ABBAYE DE ST ANDRE, par Li Miusis, traduit pour la première fois; suivie de mélanges historiques et littéraires. 1 vol. in 8º.
Bruges, 1834, Van De Casteele.
7º LA VISION DE TONDALUS, RÉCIT MYSTIQUE du XIIIème siècle. 1 vol. in 8º.
Publié par la Société des Bibliophiles de Mons, 1835.
8º CHRONIQUE DES FAITS ET GESTES DE L'EMPEREUR MAXIMILIEN, durant son mariage avec Marie de Bourgogne. 1 vol. in 8º, fig.
Bruxelles, Wahlen, 1835.
9º ALBUM PITTORESQUE DE BRUGES. 1 vol. in folº, avec Lithographies.
Bruxelles, De Mat, et Bruges, Bogaert-Dumortier, 1836.
10º LA BELGIQUE ILLUSTREE par les sciences, les arts et les lettres. 1 vol. in 8º.
Bruxelles, Wahlen, 1836.
11º LES AVENTURES DE TIEL ULENSPIEGEL, édition illustrée par Lauters, et augmentée de notes bibliographiques. 1 vol. in 8º.
Bruxelles, Société des Beaux Arts, 1839.
12º GALERIE DES ARTISTES BRUGEOIS depuis Van Eyck, jusqu'aujourd'hui. 1 vol. in 8º.
Bruges, Van De Casteele.
13º DE L'ORIGINE DU FLAMAND, avec une esquisse de la littérature flamande, d'après l'anglais du Revd Bosworth, avec additions et annotations. 1 vol. gr. in 8º.
Tournai, Hennebert frères, 1840.
14º CHASSE DE STE URSULE, peinte par Memling, et lithographiée de grandeur naturelle par Mr Manche et Ghémaer, accompagnée d'un texte historique, biographique et artistique. Grand in folº avec quinze Planches.
Bruges, Bogaert-Dumortier, 1840.
15º HISTOIRE DE MARIE DE BOURGOGNE, édition illustrée et augmentée de documents inédits. 1 vol. in 4º.
Bruxelles, Wahlen, 1841.
16º PRECIS ANALYTIQUE DES DOCUMENTS que renferme le dépôt des archives de la Flandre Occidentale. 3 vol. in 8º.
Bruges, Van De Casteele, 1840-42.
17º OLD FLANDERS, OR POPULAR TRADITIONS AND LEGENDS OF BELGIUM. 2 vols. 8º.
London, Newby, 1845.
18º MEMOIRES HISTORIQUES relatifs à une Mission à la cour de Vienne en 1806, par Sir Robert Adair, traduit de l'anglais, avec un choix de ses Dépêches. 1 vol. in 8º.
Bruxelles, A. Wahlen, 1845.
19º TABLEAU FIDELE DES TROUBLES DE LA FLANDRE, de 1500 à 1585, par Beaucourt de Noortvelde, augmenté d'une introduction et de notes. 1 vol. gr. in 8º.
Publié par la Société des Bibliophiles de Mons, 1845.
20º DESCRIPTION BIBLIOGRAPHIQHE ET ANALYSE d'un livre unique qui se trouve au Musée Britannique. 1 vol. gr. in 8º, avec toutes les vignettes employées par les Elseviers.
Au Meschacébé (Bruxelles), 1849.
21º MACARONEANA, ou mélanges de littérature Macaronique des différents peuples de l'Europe. 1 vol. in 8º.
Brighton et Paris, Gancia, 1852.
TRÜBNER & CO.'S
LIST OF NEW PUBLICATIONS.
(Eulenspiegel Redivivus.)
THE MARVELLOUS ADVENTURES AND RARE CONCEITS
OF
Master Tyll Owlglass.
EDITED, WITH AN INTRODUCTION, AND A CRITICAL AND BIBLIOGRAPHICAL APPENDIX,
BY KENNETH R. H. MACKENZIE, F.S.A.
WITH SIX COLOURED FULL-PAGE ILLUSTRATIONS, AND TWENTY-SIX WOODCUTS, FROM ORIGINAL DESIGNS BY ALFRED CROWQUILL.
Price 10 s. 6 d. bound in embossed cloth, richly gilt, with appropriate Design; or neatly half-bound morocco, gilt top, uncut, Roxburgh style.
“Tyll's fame has gone abroad into all lands: this, the narrative of his exploits, has been published in innumerable editions, even with all manner of learned glosses, and translated into Latin, English, French, Dutch, Polish, &c. We may say that to few mortals has it been granted to earn such a place in universal history as Tyll: for now, after five centuries, when Wallace's birthplace is unknown even to the Scots, and the Admirable Crichton still more rapidly is grown a shadow, and Edward Longshanks sleeps unregarded save by a few antiquarian English,--Tyll's native village is pointed out with pride to the traveller, and his tombstone, with a sculptured pun on his name,--namely, an Owl and a Glass,--still stands, or pretends to stand, at Möllen, near Lübeck, where, since 1350, his once nimble bones have been at rest.”--Thomas Carlyle, Essays, II. pp. 287, 288.
OPINIONS OF THE PRESS.
“A volume of rare beauty, finely printed on tinted paper, and profusely adorned with chromolithographs and woodcuts, in Alfred Crowquill's best manner. Wonderful has been the popularity of Tyll Eulenspiegel ... surpassing even that of the ‘Pilgrim's Progress.’”--SPECTATOR, October 29, 1859.
“A book for the antiquary; for the satirist, and the historian of satire; for the boy who reads for adventures' sake; for the grown person, loving every fiction that has character in it.... Mr Mackenzie's language is quaint, racy, and antique, without a tiresome stiffness. The book as it stands is a welcome piece of English reading, with hardly a dry or tasteless morsel in it. We fancy that few Christmas books will be put forth more peculiar and characteristic, than this comely English version of the ‘Adventures of Tyll Owlglass.’”--ATHENÆUM, November 5, 1859.
“Mr Mackenzie has made diligent use of all editions, and has judiciously founded his version ... on the old English translation of Henry the Eighth's time. By this means he has imparted the flavour of antiquity to the style, whilst he has freed it from the incumbrances of the obsolete language and spelling.... He has, in truth, executed his work with great judgment, and, as far as we can judge, with considerable talent, for he has imparted to his little narrative the force and vigour of original composition.... It will delight young and old; and the careful, artistic, and humorous designs of Mr Crowquill will equally please the children, both of large and small growth. Altogether, we cannot doubt its popularity, especially as a Christmas gift.”--LEADER, Nov. 5, 1859.
“There are, indeed, few languages in Europe into which the adventures of this arch-mystificator have not been translated.... The bibliographical appendix, which the editor has added to the volume, will be of great interest and value to those who are curious in researches of that kind; but to all the reading public this edition of the ‘Adventures of Tyll Owlglass’ will be very welcome, as one of the prettiest and pleasantest volumes of the season.”--CRITIC, Nov. 5, 1859.
“This can hardly fail to become one of the most popular among the books of the winter season.... We must add, in justice to Mr Mackenzie, that no labour has been spared to make the present edition as complete as possible. The translation is racy and vigorous, but we have not met with a single phrase which could be described as ‘slang’.... We must also call attention to the appendices at the end of the volume, which furnish the reader with a succinct account of all that is worthy to be known respecting the literary history of Owlglass.”--MORNING HERALD, Nov. 9, 1859.
“Ordinary English readers know little of Tyll Eulenspiegel, or, as his name is translated, Tyll Owlglass, a famous person in German mediæval story, and one whose acquaintance they will be glad to make through Mr Mackenzie's version.... Mr Mackenzie's translation is well calculated to popularize this work. The book is beautifully printed, and the illustrations by Alfred Crowquill worthy of his fame.”--LITERARY GAZETTE, Nov. 12, 1859.
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PREPARING FOR PUBLICATION,
DEDICATED, BY PERMISSION, TO
HIS ROYAL HIGHNESS PRINCE ALBERT.
In one volume 8vo, handsomely printed, uniform with DR. LIVINGSTONE'S TRAVELS, and accompanied by a Portrait of the Author, numerous Illustrations, and a Map,
NARRATIVE OF
MISSIONARY RESIDENCE
AND
TRAVEL IN EASTERN AFRICA,
DURING THE YEARS 1837-1855.
BY J. L. KRAPF, PH. D.
One of the Agents of the Church Missionary Society in Abyssinia and the Equatorial Countries of Eastern Africa.
The present volume will be acceptable at once to the friends of Missions, to those interested in geographical discoveries, and to the lovers of adventure. Few Missionaries have undergone greater sufferings and been exposed to greater perils than those first fully disclosed in this work as having been voluntarily fronted by Dr Krapf. The value of his geographical discoveries it is scarcely possible to over-estimate. The land journeys of Dr. Krapf in Eastern Africa extended to upwards of nine thousand miles, and were made mostly on foot--for the luxury of oxen, enjoyed by Dr. Livingstone, was beyond the reach of the German missionary in his travels from the coast into the interior.
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REYNARD THE FOX.
After the German Version of Goethe.
By THOMAS J. ARNOLD, Esq.
“Fair jester's humour and merry wit Never offend, though smartly they bit.”
WITH SEVENTY ILLUSTRATIONS, AFTER THE CELEBRATED DESIGNS BY WILHELM VON KAULBACH.
Royal 8vo. Printed by CLAY, on toned paper, and elegantly bound in embossed cloth, with appropriate Design after KAULBACH, richly tooled front and back, price 16 s. Best full morocco, same pattern, price 24 s.; or neatly half-bound morocco, gilt top, uncut edges, Roxburgh style, price 18 s.
“The translation of Mr Arnold has been held more truly to represent the spirit of Goethe's great poem than any other version of the legend.”
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ON THE
STUDY OF MODERN LANGUAGES
IN GENERAL, AND OF
THE ENGLISH LANGUAGE IN PARTICULAR.
BY DR. DAVID ASHER.
In one Volume 12mo, cloth.
“I have read Dr Asher's Essay on the Study of the Modern Languages with profit and pleasure, and think it might be usefully reprinted here. It would open to many English students of their own language some interesting points from which to regard it, and suggest to them works bearing upon it which otherwise they might not have heard of. Any weakness which it has in respect of the absolute or relative value of English authors does not materially affect its value.”--RICHARD C. TRENCH.
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Uniform with “TYLL OWLGLASS,” a Second Edition of
THE TRAVELS
AND
SURPRISING ADVENTURES
OF
BARON MUNCHAUSEN.
WITH THIRTY ORIGINAL ILLUSTRATIONS,
(Ten full-page Coloured Plates and Twenty Woodcuts), by ALFRED CROWQUILL.
Crown 8vo. ornamental cover, richly gilt front and back, price 7 s. 6 d.
“The travels of Baron Munchausen are perhaps the most astonishing storehouse of deception and extravagance ever put together. Their fame is undying and their interest continuous; and no matter where we find the Baron,--on the back of an eagle, in the Arctic Circle, or distributing fudge to the civilized inhabitants of Africa,--he is ever amusing, fresh, and new.”
BOSTON POST, Feb. 10, 1859.
“A most delightful book.... Very few know the name of the author. It was written by a German in England, during the last century, and published in the English language. His name was Rudolph Erich Raspe. We shall not soon look upon his like again.”
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THE EPIDEMICS
OF
THE MIDDLE AGES.
FROM THE GERMAN OF J. F. C. HECKER, M.D.
Translated by G. B. Babington, M.D. F.R.S.
THIRD EDITION,
Completed by the Author's Treatise on CHILD-PILGRIMAGES.
Octavo cloth, pp. 384, price 9 s.
CONTENTS: THE BLACK DEATH--THE DANCING MANIA--THE SWEATING SICKNESS--CHILD-PILGRIMAGES.
This volume is one of the series published by the Sydenham Society, and, as such, originally issued to its members only. The work having gone out of print, this new edition--the third--has been undertaken by the present proprietors of the copyright, with the view not only of meeting the numerous demands from the class to which it was primarily addressed by its learned author, but also for extending its circulation to the general reader, to whom it had, heretofore, been all but inaccessible, owing to the peculiar mode of its publication; and to whom it is believed it will be very acceptable, on account of the great and growing interest of its subject-matter, and the elegant and successful treatment thereof. The volume is a verbatim reprint from the second edition, but its value has been enhanced by the addition of a paper on “Child-Pilgrimages,” never before translated; and the present edition is therefore the first and only one in the English language which contains all the contributions of DR HECKER to the history of medicine.
“Dr Hecker's volume is one of rare excellence, and one not to be met with and discussed lightly. He is the only historian of epidemics at present known, and he has the rare faculty of making a medical book an interesting one; likely, it appears, unfortunately, to be the only work upon the subject for many years.”--SPECTATOR.
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A DICTIONARY
OF
ENGLISH ETYMOLOGY.
BY HENSLEIGH WEDGWOOD, ESQ.
Vol. I., embracing Letters A to D. 8vo, 507 pages. Cloth boards, 14 s.
Dictionaries are a class of books not usually esteemed light reading, but no intelligent man were to be pitied who should find himself shut up on a rainy day, in a lonely house, in the dreariest part of Salisbury Plain, with no other means of recreation than that which Mr Wedgwood's Dictionary of English Etymology could afford him. He would read it through from cover to cover at a sitting, and only regret that he had not the second volume to begin upon forthwith. It is a very able book, of great research, full of delightful surprises, a repertory of the fairy tales of linguistic science.--SPECTATOR.
TRÜBNER & CO., 60, PATERNOSTER ROW.
Notes du transcripteur
On a conservé l'ortographe de l'original, en particulier dans les citations. On a cependant corrigé plus de deux cents erreurs manifestement introduites par les typographes londoniens, dont la connaissance de la langue française ne s'étendait pas jusqu'à la maîtrise du genre des noms (“le pomme”, “le folie”, etc.), des règles de grammaire élémentaires d'accord ou de conjugaison, ni de l'usage des accents (“l'àge”, “gôut”, etc.). On a également restitué quatre-vingt accents manquant dans les petits caractères, sans doute en raison du matériel typographique disponible.
End of Project Gutenberg's Histoire littéraire des Fous, by Octave Delepierre