‹ Histoires naturellesChapitre 6 sur 6 · L'ARAIGNÉE - L'ESCARGOT

L'ARAIGNÉE - L'ESCARGOT

Une petite main poilue crispée sur des cheveux.

LE PAPILLON

Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleurs.

LA GUÊPE

Elle finira pourtant par abîmer sa taille!

LA PUCE

Un grain de tabac à ressort.

Dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentré, l'escargot bout comme un nez plein.

LE VER

En voilà un qui s'allonge comme une belle nouille.

LA COULEUVRE

De quel ventre est-elle tombée, cette colique?

LES FOURMIS

Chacune d'elle ressemble au chiffre 3.

Et il y en a! il y en a!

Il y en a 333333333333... jusqu'à l'infini.

CHAUVES-SOURIS

La nuit s'use à force de servir.

Elle ne s'use point par le haut, dans ses étoiles. Elle s'use comme une robe qui traîne à terre, entre les cailloux et les arbres, jusqu'au fond des tunnels malsains et des caves humides.

Il n'est pas de coin où ne pénètre un pan de nuit. L'épine le crève, les froids le gercent, la boue le gâte. Et chaque matin, quand la nuit remonte, des loques s'en détachent, accrochées au hasard.

Ainsi naissent les chauves-souris.

Et elles doivent à cette origine de ne pouvoir supporter l'éclat du jour.

Le soleil couché, quand nous prenons le frais, elles se décollent des vieilles poutres où, léthargiques, elles pendaient d'une griffe.

Leur vol gauche nous inquiète. D'une aile baleinée et sans plumes, elles palpitent autour de nous. Elles se dirigent moins avec d'inutiles yeux blessés qu'avec l'oreille.

Mon amie cache son visage, et moi je détourne la tête par crainte du choc impur.

On dit qu'avec plus d'ardeur que notre amour même, elles nous suceraient le sang jusqu'à la mort.

Comme on exagère!

Elles ne sont pas méchantes. Elles ne nous touchent jamais.

Filles de la nuit, elles ne détestent que les lumières, et, du frôlement de leurs petits châles funèbres, elles cherchent des bougies à souffler.

LE CERF

J'entrai au bois par un bout de l'allée, comme il arrivait par l'autre bout.

Je crus d'abord qu'une personne étrangère s'avançait avec un pot de fleurs.

Puis je distinguai le petit arbre nain, aux branches écartées et sans feuilles.

Enfin le cerf apparut net et nous nous arrêtâmes tous deux.

Je lui dis:

--Approche. Ne crains rien. Si j'ai un fusil, c'est par contenance, pour imiter les hommes qui se prennent au sérieux. Je ne m'en sers jamais et je laisse ses cartouches dans leur tiroir.

Le cerf écoutait et flairait mes paroles. Dès que je me tus, il n'hésita point: ses jambes remuèrent comme des tiges qu'un souffle d'air croise et décroise. Il s'enfuit.

--Quel dommage! lui criai-je. Je rêvais déjà que nous faisions route ensemble. Moi, je t'offrais, de ma main, les herbes que tu aimes, et toi, d'un pas de promenade, tu portais mon fusil couché sur ta ramure.

UNE FAMILLE D'ARBRES

C'est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre.

Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

De loin, ils semblent impénétrables. Dès que j'approche, leurs troncs se desserrent. Ils m'accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu'ils m'observent et se défient.

Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s'écarter.

Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu'à la chute en poussière.

Ils se flattent de leurs longues branches, pour s'assurer qu'ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s'essouffle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d'accord.

Je sens qu'ils doivent être ma vraie famille. J'oublierai vite l'autre. Ces arbres m'adopteront peu à peu, et pour le mériter j'apprends ce qu'il faut savoir:

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

TABLE DES MATIÈRES

Le Chasseur d'images Les Hirondelles de cheminée Les Pigeons La Poule La Dinde La Pintade Canards Le Paon L'Oie Le Cygne L'Épervier Le Coq Le Cochon Le Bouc Les Moutons Le Cheval Le Chien La Souris Les Lapins L'Ane Le Boeuf Le Taureau Les Mouches d'eau Le Grillon Les Grenouilles Le Crapaud La Chenille La Sauterelle La Cage Merle! L'Alouette Le Goujon La Demoiselle La Pie L'Araignée Le Papillon La Guêpe La Puce L'Escargot Le Ver La Couleuvre Les Fourmis Chauves-Souris Le Cerf Une Famille d'Arbres

IMPRIMERIE E. FLAMMARION, 26, RUE RACINE, PARIS.

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