HYPÉRION À DIOTIMA
Tu aurais dû me calmer, Diotima ! tu aurais dû m’engager à ne rien précipiter, à marcher lentement dans le sentier de la victoire, à la guetter comme le créancier sordide guette un débiteur. Mon amie ! je ne saurais te faire comprendre ce que je souffre de mon inaction. Le sang se dessèche dans mes veines, tellement j’ai soif de marcher en avant, et il faut rester là, assiéger une ville, faire tous les jours la même chose. Nos soldats demandent l’assaut, mais qui commanderait ensuite à leurs passions tumultueuses ? qui entreprendrait de réaliser nos espérances, si les liens de la discipline et de l’amour étaient déchirés ?
Il me semble que Misitra se rendra sous peu ; mais je voudrais être déjà au-delà. Je me sens affaissé dans le camp comme aux approches d’un orage. Je suis dans un état d’irritation indéfinissable et mes gens me déplaisent ; leur licence me fait frémir. Mais pourquoi te retracer ces sombres images ? ― Au reste l’antique Lacédémone vaut bien qu’on souffre avant de la posséder.