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Chapitre 17 Spectre qui demande vengeance

Dans le treizième siècle, le comte de Belmonte (dans le Montferrat), conçut un amour violent pour la fille d’un de ses serfs. Elle se nommait Abélina. Il devait jouir sur elle du droit de seigneur ; mais on ne se pressait pas de la marier, et sa flamme impatiente s’offensait de ces lenteurs.

Un jour, il rencontra à la chasse la jeune Abélina qui gardait les troupeaux de son père ; il lui demanda pourquoi on ne lui donnait pas un époux ? – « Vous en êtes la cause, Monseigneur, répondit-elle. Les jeunes gens ne peuvent plus souffrir le déshonneur et la honte du droit que vous avez de passer avec leurs femmes la première nuit des noces ; et nos parents ne veulent pas non plus nous marier, jusqu’à ce que le droit de cuissage soit aboli. »

Le seigneur de Belmonte cacha son dépit, et fit dire au père de la jeune fille qu’il demandait à le voir.

Le vieux Cecco (c’est le nom du père d’Abélina), se hâta de se rendre au château. La nuit arrive, et contre son usage, Cecco ne rentre pas à la maison. Minuit sonne ; Cecco n’est pas revenu ; serait-il mort ?… Au moment où sa femme et sa fille commençaient à perdre toute espérance, une ombre d’une grandeur démesurée apparaît sans bruit au milieu de la chambre : les deux femmes épouvantées osent à peine lever les yeux. Le fantôme s’approche et leur dit : « Je suis l’âme de votre Cecco ».

« – Ô mon père ! s’écrie Abélina, quel barbare vous a ôté la vie ?

« – Le tyran de Belmonte vient de m’assassiner, répondit le fantôme, et tu es la cause innocente de ma mort. J’allai, comme tu m’en apportais l’ordre, au château du monstre. Plût au ciel que je n’en eusse jamais trouvé l’entrée ! Mais je ne pouvais échapper à ses mains cruelles. Aussitôt qu’on m’eût introduit dans une chambre un peu sombre, je mis le pied sur une bascule qui s’enfonça ; je tombai dans un puits profond, garni de fers tranchants : j’y laissai bientôt la vie, et j’ai franchi les portes de la redoutable éternité. J’attends ma sentence ; je vais être jugé sur mes œuvres ; mais je compte sur la clémence ineffable de mon Dieu, et ma conscience est pure. Si tu chéris ton père, si tu pleures sa mort, ô ma fille ! songes à me venger, et à délivrer ton pays. Et toi, femme bien aimée, sèche tes larmes, demeure en paix. Les jours sereins s’avancent, la tyrannie va tomber… »

Alors l’ombre devint éclatante de lumière et disparut au milieu d’un nuage, ne laissant de traces de son apparition que l’empreinte de la main qu’elle avait posé sur le dos d’une chaise.

La prophétie du spectre s’accomplit ; car peu de temps après, les paysans de Belmonte s’étant révoltés, tuèrent leur seigneur, détruisirent le village et fondèrent librement la petite ville de Nice de la Paille.

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