Chapitre 26 Le cheval sans fin
J’ai toujours aimé les voyages et semblable au juif errant je ne restais jamais dans le même lieu : tantôt en voiture, tantôt à cheval, tantôt à pied, j’étais toujours par monts et par vaux.
Un soir vers la brune accablé de lassitude, je dis tout haut : si j’avais un cheval, je serais bien heureux ; à peine avais-je fini ce souhait qu’un cavalier passa et me dit : Monsieur, vous avez l’air bien fatigué, vous avez encore trois lieues à faire, si vous voulez profiter de la croupe de mon cheval il ne tient qu’à vous. J’hésitais, cependant la nécessité me força à accepter et me voilà derrière le cavalier : nous n’avions pas fait cinq cents pas qu’un second voyageur se présente, même offre, encore acceptée ; bientôt après un troisième, un quatrième, un cinquième, un sixième ; enfin un douzième est à la file, et le cheval de s’allonger pour laisser de la place au dernier venu.
Depuis longtemps la peur s’était emparée de moi : je n’osais respirer, et j’étais plus mort que vif. Mais que devins-je, lors que je vis que la maudite monture allait d’une vitesse égale à la foudre et prenait un chemin nouveau.
Ah ciel ! m’écriai-je, notre Seigneur était en même compagnie que nous, ils étaient treize, et le treizième était Judas, qui le vendit, nous avons certainement un Judas parmi nous, Jésus ne nous abandonnez pas. Au même instant des hurlements épouvantables se firent entendre ; et bientôt après je ne sentis plus rien autour de moi ; cependant j’allais toujours avec une rapidité extraordinaire, et je me trouvai presqu’à la même place où j’avais rencontré mon maudit cavalier.
Voilà, Messieurs, ce qui m’a dégoûté de voyager, et m’a rendu moins incrédule sur les esprits.
Nous ne savions que dire de cette aventure, lorsque le second commença son récit.
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