‹ InfernaliaChapitre 4 sur 37 · Chapitre 2 Le vampire Arnold-Paul

Chapitre 2 Le vampire Arnold-Paul

Un paysan de Médreïga (village de Hongrie), nommé Arnold-Paul, fut écrasé par la chute d’un chariot chargé de foin. Trente jours après sa mort, quatre personnes moururent subitement, et de la même manière que meurent ceux qui sont molestés des vampires. On se ressouvînt alors qu’Arnold-Paul avait souvent raconté, qu’aux environs de Cassova, sur les frontières de la Turquie, il avait été tourmenté longtemps par un vampire turc ; mais que sachant que ceux qui étaient victimes d’un vampire, le devenaient après leur mort, il avait trouvé le moyen de se guérir en mangeant de la terre du vampire turc, et en se frottant de son sang. On présuma que si ce remède avait guéri Arnold-Paul, il ne l’avait pas empêché de devenir vampire à son tour. En conséquence, on le déterra pour s’en assurer ; et quoiqu’il fût inhumé depuis quarante jours, on lui trouva le corps vermeil ; on s’aperçut que ses cheveux, ses ongles, sa barbe s’étaient renouvelés, et que ses veines étaient remplies d’un sang fluide.

Le bailli du lieu, en présence de qui se fit l’exhumation, et qui était un homme expert dans le vampirisme, ordonna d’enfoncer dans le cœur de ce cadavre un pieu fort aigu et de le percer de part en part ; ce qui fut exécuté sur le champ. Le vampire jeta des cris effroyables et fit les mêmes mouvements que s’il eût été vivant. Après quoi on lui coupa la tête et on le brûla dans un grand bûcher. On fit subir ensuite le même traitement aux quatre personnes qu’Arnold-Paul avait tuées, de peur qu’elles ne devînsent vampires à leur tour.

Malgré toutes ces précautions, le vampirisme reparut au bout de quelques années ; et dans l’espace de trois mois, dix-sept personnes, de tout âge et de tout sexe, périrent misérablement ; les unes sans être malades, et les autres après deux ou trois jours de langueur. Une jeune fille nommé Stanoska, s’étant couchée un soir en parfaite santé, se réveilla au milieu de la nuit, toute tremblante, jetant des cris affreux, et disant que le jeune Millo, mort depuis neuf semaines, avait manqué de l’étrangler pendant son sommeil. Le lendemain Stanoska se sentit très malade, et mourut au bout de trois jours de maladie.

Les soupçons se tournèrent sur le jeune homme mort, que l’on pensa devoir être un vampire ; il fut déterré, reconnu pour tel, et exécuté en conséquence. Les médecins et les chirurgiens du lieu examinèrent comment le vampirisme avait pu renaître au bout d’un temps si considérable, et après avoir bien cherché, on découvrit qu’Arnold-Paul, le premier vampire, avait tourmenté, non seulement les personnes qui étaient mortes peu de temps après lui, mais encore plusieurs bestiaux dont les gens morts depuis peu avaient mangé, et entre autres le jeune Millo. On recommença les exécutions, on trouva dix-sept vampires auxquels on perça le cœur ; on leur coupa la tête, on les brûla, et on jeta leurs cendres dans la rivière. Ces mesures éteignirent le vampirisme dans Médréïga.

q