Aveux infâmes
Cette tactique de guerre, au demeurant, n’a pas été élaborée en secret dans des caves et dans des conciles secret, MAIS EN PLEIN JOUR. Le banditisme blanc s’est attaqué délibérément et ouvertement aux citoyens les plus prestigieux des nations où une police inféodée au Ministère de l’intérieur, tenu lui-même au licou par le capitalisme réactionnaire, lui avait donné tous les moyens de s’installer et de prospérer à l’aise et en paix.
Et si nous voulions dresser un réquisitoire complet contre ces choses, ce seraient les déclarations des Blancs qui, à elles seules, nous en fourniraient la matière. Les commentaires de la presse blanche, française et internationale, jettent une lumière crue sur l’intention bien calculée de PROVOQUER ET D’UTILISER LE MEURTRE DES IMPORTANTES PERSONNALITES ETRANGERES COMME MOYEN DE LUTTE POLITIQUE.
« Stern est une figure symbolique, s’écrie la Renaissance, le 29 avril ; le coup de feu de Stern, c’est la terreur qui vient de commencer ». Et, quelques jours après, ce journal revient sur la même idée et sur la même menace d’assassinats futurs, et il imprime : « Le coup de feu de Stern a été entendu, et il sera répété... Le coup de feu de Stern, ce n’est nullement la fin, c’est le début ».
La même feuille précise encore, afin que nul n’en ignore : « L’acte de Stern est une sorte de geste contre l’aide des étrangers aux bolcheviks ».
Le 26 avril, le compte rendu d’une importante réunion de l’Union Centrale Russe contient encore plus nettement l’annonce motivée de nouveaux attentats :
« Dans tous les discours, un certain ton se fit entendre, qui est nouveau pour l’émigration. On peut penser que ce nouveau ton est le résultat de ce quelque chose de nouveau qui commence à se réaliser... avec les coups de revolver de Stern. Ces coups de feu montrent à tous les étrangers qui soutiennent le pouvoir soviétique, la responsabilité qui les attend. Stern nous est cher. Tout autre qui contribuera, en dehors de la Russie, au renversement du pouvoir soviétique, nous sera également cher. L’acte de Stern, c’est une date historique. Il faut commencer à agir, et c’est justement nous les émigrés, qui devons remplir le rôle de pionniers en cela ».
Bajanov, à cette réunion, s’écrie : « L’ennemi des Russes, c’est celui qui soutient le pouvoir soviétique, et de tels étrangers seront réduits en poussière ».
Donc, que meurent les ambassadeurs ou chefs d’Etat, pour qu’il y ait la guerre, que meurent sous les coups de la meute des puissances déchaînées, les 160 millions d’ouvriers et de paysans de la République socialiste, pour que rentrent dans leur argent et dans leurs honneurs MM. et Mmes les émigrés, quitte pour ceux-ci de livrer ensuite aux vainqueurs les ruines du pays où s’édifie actuellement la civilisation socialiste.
Plus clair encore, s’il est possible, était l’appel « A tous les Russes au cœur généreux » les conjurant « de se pénétrer de l’esprit de Stern ».
Un des rédacteurs de la Renaissance, Yoblonovsky, dans le Journal Aujourd’hui, qui paraît à Riga, met, lui aussi, des points sur les i :
« L’acte de Stern a produit une grande impression dans monde. Il signifie un changement dans la tactique des terroristes russes. Et le sens politique de ce changement peut être déterminé d’une façon très simple : Ne tirez pas sur les moineaux bolcheviks, il est plus avantageux pour nous de changer de cible et de TIRER SUR LES ETRANGERS. L’avantage de cela est clair : un coup de revolver sur un étranger en vue peut causer aux bolcheviks des désagréments sérieux et même provoquer des complications politiques ».
Le journal de Kérensky, Dni, que dit-il, à Paris même, à propos de la tentative d’assassinat d’un ambassadeur étranger ? ceci : « Nous avons devant nous le cas classique d’un acte terroriste sacrificatoire au nom de la défense des droits du peuple. Stern n’est pas seul. La flamme de la terreur individuelle commence à flamber ».
Ne pas être en guerre avec la Russie soviétique, c’est outrager les précieux personnages dédorés et redorés de l’émigration, dont les organismes tentaculaires vivent aux dépens des pays étrangers, et c’est mériter la mort.
« Le sentiment condensé de la fierté nationale outragée a retenti dans les coups de revolver de Stern, retenti dans toute la Russie, retenti dans le monde entier.
«… Cet acte a trouvé probablement son écho sonore sensationnel dans les cœurs (coeurs) de beaucoup d’étrangers collaborateurs du plan quinquennal. Que ceux qui doivent l’entendre l’entendent bien, ce coup de feu, tant qu’il n’est pas encore trop tard ».
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