I. – Miss Jethro me reçoit.
Les circonstances m’ont heureusement servi, et j’ai pu découvrir la demeure de miss Jethro sans rencontrer toutes les difficultés que je redoutais.
» Une fois admis, non sans quelque peine, en sa présence, je lui ai franchement exposé le but de ma visite.
» – Je viens, lui ai-je dit, chercher auprès de vous des explications, devenues urgentes et nécessaires, sur l’assassinat commis à l’auberge de Zeeland.
» Miss Jethro tressaillit et prit un air de froideur hautaine.
» – Quelle idée avez-vous de me questionner sur un fait auquel je suis si absolument étrangère ? Je ne sais rien et je n’ai rien à vous dire.
» Je m’attendais à ce refus et j’étais en mesure d’y parer.
» – Fort bien ! dis-je, veuillez excuser mon importunité. Si je vous interrogeais, c’était dans un intérêt de justice et d’humanité. Il est un homme sur lequel pèsent à cette heure les plus redoutables soupçons. Est-il innocent ou coupable ? C’est la question de vie et de mort qui s’agite en ce moment pour lui. On assurait que vous étiez à même de détourner de sa tête cette accusation capitale. Vous me dites qu’il n’en est rien. Cela suffit, et je m’en rapporte à votre conscience.
» – Monsieur ! monsieur !… dit avec agitation miss Jethro, le nom de cet homme, je vous prie ?
» – M. Miles Mirabel.
» Elle devint affreusement pâle.
» – Ah ! le malheureux ! il est soupçonné ? accusé ?… Je croyais, j’espérais qu’il était hors de danger. Mais quoi ! l’évidence semble être, en effet, contre lui. On a fini par savoir, n’est-ce pas, que c’était lui qui s’était échappé, au matin, de l’auberge de Zeeland ?…
» Je m’inclinai en silence.
» – Monsieur, vous faites appel à ma conscience ; ma conscience est bien forcée de vous répondre : « Cet homme n’est pas coupable ! cet homme n’est pas coupable ! »
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