‹ Jean-Christophe Volume 1, L'Aube, Le Matin, L'AdolescentChapitre 1 sur 4 · III. LA FIN DU VOYAGE

III. LA FIN DU VOYAGE

1. Les Amies. 2. Le Buisson Ardent. 3. La Nouvelle Journée.

Nous substituons ici à l'ordre des faits l'ordre des sentiments,--à l'ordre logique et un peu extérieur l'ordre artistique et intime, qui groupe les œuvres par affinités d'atmosphère et de tonalités.

L'œuvre entière se présente ainsi en quatre livres, pareils à quatre mouvements de symphonie:

Le premier embrasse la jeune vie de Christophe (L'Aube, Le Matin, L'Adolescent), l'éveil de ses sens et de son cœur dans le nid familial, dans l'étroit horizon de la petite patrie,--jusqu'à l'épreuve d'où il sort meurtri, mais avec l'illumination soudaine de sa mission, de la vie de souffrances viriles et de combats qui est son lot.

Le second livre (La Révolte, La Foire sur la Place) rassemble en une seule Révolte les chevauchées du jeune Siegfried, naïf, intolérant et excessif, qui est parti en guerre contre le mensonge social et artistique de son temps, ses coups de lance à la don Quichotte contre les muletiers, les alcades et les moulins à vent, contre les Foires sur la Place d'Allemagne et de France.

Le troisième (Dans la Maison, Antoinette, Les Amies), dans une atmosphère douce et recueillie, qui contraste avec les frénésies d'enthousiasme et de haine du livre précédent, est un chant élégiaque à l'Amitié et au pur Amour.

Le quatrième enfin (Le Buisson Ardent, La Nouvelle Journée) est la grande Épreuve du milieu de la vie, la rafale du Doute et des passions dévastatrices, la tempête de l'âme, qui menace de tout détruire, et qui se résout en la sérénité finale, aux primes lueurs de l'Aurore surnaturelle.

Chaque volume de l'édition originale, dans les Cahiers de la Quinzaine (février 1904 — octobre 1912), portait cette inscription, qui figurait jadis, dans les cathédrales gothiques, sur le socle des statues de saint Christophe, placées à l'entrée de la nef:

Christofori faciem die quacumque tueris, Illa nempe die non morte mala morieris.

Elle exprimait le vœu secret de l'auteur que son Jean Christophe fût pour ses lecteurs ce qu'il était pour lui-même: un bon compagnon et un guide, à travers les épreuves.

Les épreuves sont venues pour tous; et le vœu de l'auteur n'a pas été déçu, s'il en croit la réponse qui lui est arrivée de toutes les parties du monde. Il le renouvelle aujourd'hui. Plus que jamais dans l’ère de tourmentes qui s'est ouverte et qui n'est pas près de finir, puisse Christophe rester l'ami fort et fidèle, qui souffle la joie de vivre et d'aimer,--malgré tout!

ROMAIN ROLLAND.

Paris, 1er janvier 1921.

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