‹ Jean Rivard, le défricheurChapitre 2 sur 27 · Avant-propos

Avant-propos

Les pensées d’un homme fort et laborieux produisent toujours l’abondance ; mais tout paresseux est pauvre.
Salomon.
La hardiesse et le travail surmontent les plus grands obstacles.
Fénélon.
Jeunes et belles citadines qui ne rêvez que modes, bals et conquêtes amoureuses ; jeunes élégants qui parcourez, joyeux et sans soucis, le cercle des plaisirs mondains, il va sans dire que cette histoire n’est pas pour vous.

Le titre même, j’en suis sûr, vous fera bâiller d’ennui.

En effet, « Jean Rivard »… quel nom commun ! que pouvait-on imaginer de plus vulgaire ? Passe encore pour Rivard, si au lieu de Jean c’était Arthur, ou Alfred, ou Oscar, ou quelque petit nom tiré de la mythologie ou d’une langue étrangère.

Puis un défricheur… est-ce bien chez lui qu’on trouvera le type de la grâce et de la galanterie ?

Mais, que voulez-vous ? Ce n’est pas un roman que j’écris, et si quelqu’un est à la recherche d’aventures merveilleuses, duels, meurtres, suicides, ou d’intrigues d’amour tant soit peu compliquées, je lui conseille amicalement de s’adresser ailleurs. On ne trouvera dans ce récit que l’histoire simple et vraie d’un jeune homme sans fortune, né dans une condition modeste, qui sut s’élever par son mérite, à l’indépendance de fortune et aux premiers honneurs de son pays.

Hâtons-nous toutefois de dire, mesdames, de peur de vous laisser dans l’erreur, que Jean Rivard était, en dépit de son nom de baptême, d’une nature éminemment poétique, et d’une tournure à plaire aux plus dédaigneuses de votre sexe.

À l’époque où se passent les faits qu’on va lire, il approchait de la vingtaine. C’était un beau jeune homme brun, de taille moyenne. Sa figure mâle et ferme, son épaisse chevelure, ses larges et fortes épaules, mais surtout des yeux noirs, étincelants, dans lesquels se lisait une indomptable force de volonté, tout cela, joint à une âme ardente, à un cœur chaud et à beaucoup d’intelligence, faisait de Jean Rivard un caractère remarquable et véritablement attachant. Trois mois passés au sein d’une grande cité, entre les mains d’un tailleur à la mode, d’un coiffeur, d’un bottier, d’un maître de danse, et un peu de fréquentation de ce qu’on est convenu d’appeler le grand monde, en eussent fait un élégant, un fashionable, un dandy, un cavalier dont les plus belles jeunes filles eussent raffolé.

Mais ces triomphes si recherchés dans certaines classes de la société n’avaient aucun attrait pour notre héros, et Jean Rivard préféra, comme on le verra bientôt, à la vie du lion de ville celle du lion de la forêt.

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