XXXIV - XXXV - L’ANE
LE BŒUF
Comme il passait au bord d’un champ où, tête basse, Un bœuf tirait l’araire et creusait des sillons, Un instant il rêva, l’œil fixé sur sa trace, Puis, ouvrant les deux mains, il sema des rayons.
Et songeant au bon grain, à l’ivraie, au mystère, L’homme que le travail des hommes attendrit, Bénit l’humble animal qui labourait la terre, En murmurant: «Le pain du corps soutient l’esprit.»
Or, comme il cheminait en suivant son beau songe, Sous un frêle olivier, tout au bord du chemin, Un vieil âne pelé, qui tirait sur sa longe, Avançant les naseaux, vint effleurer sa main.
Et Jésus s’arrêta, songeant à cette crèche Où l’âne, avec le bœuf, l’accueillirent enfant, Ou tous deux, à genoux dans de la paille fraîche, Sur ses petits bras nus soufflaient le réchauffant.
Longtemps il regarda cette humble et lourde tête, Ces poils longs et rugueux, ces deux gros yeux surpris Puis sa main caressa, sur les flancs de la bête, La trace du bâton qui les avait meurtris.
Vers l’âne enfin Jésus pencha sa face auguste, Et le pauvre animal, se mettant à trembler, Soufflait, tout haletant, sur les lèvres du Juste, Ce grand soupir des cœurs qui ne peuvent parler.