‹ JésusChapitre 72 sur 77 · L’ANE. - L’ANE.

L’ANE. - L’ANE.

Les hommes sont hideux d’avoir pris pour victime Celui qui défendit d’immoler des taureaux.

LE BŒUF.

Chez les ânes jamais on n’a vu pareil crime.

Jamais parmi les bœufs on ne vit de bourreaux.

LES PETITS POISSONS.

Nous les petits poissons qu’il offrait à la foule, Nous plaindrons-nous d’avoir été ce qui nourrit, Lorsque, grain sous la meule ou raisin que l’on foule, Lui-même il s’est donné, pain et vin de l’esprit?

LA BREBIS.

Il m’a prise en ses bras quand je m’étais perdue; Il aimait ses brebis; ce fut un doux berger. J’étais bien loin; ma voix, à grand’peine entendue, Le guidait, à travers les monts et le danger.

LA COLOMBE.

Il a plus d’une fois baisé mes blanches ailes.

LE PASSEREAU.

Il m’a pris bien souvent dans le creux de sa main.

LA COLOMBE.

Mon bec rose a baisé ses mains blanches et belles.

LE MOINEAU.

J’ai gazouillé d’amour au bord de son chemin.

LA GLOIRE DES LYS.

Ne vous lamentez plus, ô fleurs, bêtes et choses: Nous ferons oublier à tous cet affreux jour; Sous l’azur, les lys blanc, bien plus beaux que les roses, Par-dessus sa misère élèvent son amour.

Devant ses pieds sanglants, sous l’effroi des prodiges, Laissons les criminels s’écraser à genoux; Nous, toujours blancs et purs, droits sur nos fermes tiges, Nous dirons qu’il fut jeune et blanc comme un de nous.

Il était pur et blanc, droit comme nous le sommes, Et ses oiseaux chéris le diront dans leurs chants. Ce fut un étranger divin parmi les hommes, Ce n’était qu’un ami parmi les fleurs des champs.

Laissez l’homme gémir, passereaux et colombes! Et nous, les innocents, les lys qu’il regretta, Croissons, multiplions, couvrons toutes les tombes, Et par pitié cachons l’horreur du Golgotha.

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