LXXX - IL EST ÉTERNEL
LES DERNIÈRES PAROLES DU LIVRE DE JEAN
Il fit beaucoup, n’ayant que peu de temps à vivre, Et celui qui voudrait tout écrire en détail Ne pourrait pas suffire à l’immense travail, Et le monde serait trop étroit pour le livre.
Homme divin, au pied de ta croix qui chancelle, Arbre toujours debout quoique battu du vent, Je viens, humble inspiré de l’âme universelle, A l’heure d’un grand soir, t’adorer en rêvant.
Des scribes nous ont dit qu’avant ton Évangile, Bien avant toi, Bouddha se fit homme étant roi, Et que ta gloire ainsi comme une autre est fragile, Et que tu n’es plus rien, si Dieu n’est plus en toi.
Ils ont dit, pour nier tu charité sublime, Qu’elle prouve la peur des maux qu’on craint pour soi, Comme si le peureux, penché sur la victime, Était moins beau, quand il secourt malgré l’effroi.
Ce n’est pas tout: l’horreur mystique sort des tombes Chaque fois que ton nom retentit sur l’autel; Des chrétiens se sont faits vendeurs de tes colombes: Ils n’ont plus le vrai sens de ton Verbe immortel.
On a fait de ton nom sortir tous les scandales, Et l’on a vu tes fils, des prêtres et des rois, Ton sceptre en main, les pieds chaussés dans tes sandales, Imitant tes bourreaux, reclouer l’Homme en croix.
Eh bien, qu’importe à ceux que ta lumière inonde! En es-tu moins la vie et l’espoir incarné, Le vrai Verbe vivant, le vrai salut du monde? Seul tu conçus l’amour, seul tu nous l’as donné!
Nul de tes précurseurs n’est vivant dans notre âme, Pour nous c’est ton nom seul qui signifie amour; Dix-neuf siècles déjà se sont transmis ta flamme, Et chaque heure est ton heure et chaque jour ton jour!
Quelques versets tombés de ta lèvre divine, Quelques gestes inscrits dans un livre inspiré, Le drame d’une mort où l’espoir se devine, Voilà de quoi le monde est encor pénétré.
Par de pauvres chansons qui disent ta légende, Par des drames naïfs et des acteurs de bois, Ta parole aux enfants se transmet simple et grande Et souffle en eux de tous les côtés à la fois.
Certes, nous sommes loin des beautés de ta vie: L’avarice et la haine occupent nos instants; Notre fange a couvert ta trace mal suivie, Mais ton pur souvenir nous sauve en tous les temps.
C’est un dernier rayon de ta lointaine étoile, C’est un mot familier qui te répète en nous, C’est Véronique avec ta face sur son voile, C’est le Cyrénéen essuyant tes genoux;
C’est Pilate, lavant ses mains du sang du Juste, C’est l’amitié de Jean qui n’abandonne pas, Et nos cœurs sont la Table où ton Verbe s’incruste, Et ton nom retentit sous chacun de nos pas.
Ta vie est le flambeau dont l’univers s’éclaire. Sans la simplicité de tes légendes d’or, Ton cœur n’entrerait pas dans le cœur populaire Qui sent, lorsque l’esprit ne conçoit pas encor.
L’amour n’est pas un fruit des veilles du génie. La mère et son enfant se l’expliquent tout bas: Ta charité, ce n’est qu’une femme infinie Qui voit des fils partout et ne distingue pas.
C’est ce cœur élargi que tu nous fais comprendre, C’est l’homme ayant pitié de l’homme faible et nu, C’est l’âme de chacun se faisant mère tendre Pour protéger dans tous l’avenir inconnu.
Un seul flambeau qu’on penche en allume cent mille; Ton seul cœur généreux suffit au genre humain, Et ce mot: AIMEZ-VOUS, où tient tout l’Évangile, Multiplie à jamais tes poissons et ton pain.
Pour que le boiteux marche et que l’aveugle voie, Tu parlas de tendresse... et le sourd te comprit! Et les infirmités tressaillirent de joie... Voilà ton grand miracle: il est tout en esprit.
L’âme humaine, c’était Lazare. Elle était morte. Tu vins pleurer sur elle. Oh! comme tu l’aimais! Et maintenant, toujours plus vivante et plus forte, Les yeux sur ton amour, elle y marche à jamais.
Elle y marche à travers le crime et la souffrance... Comme Pierre, elle t’a trahi, mais en t’aimant, Et le chaos du mal n’est rien qu’une apparence Où ton verbe caché monte invinciblement.
Deux mille ans ont à peine ouvert le gland du chêne Qui tiendra sous ton nom l’univers abrité... Ta victoire sur tous les cœurs n’est pas prochaine, Mais qu’importe le temps à ton éternité?
Le monde passera, car il faut que tout meure, La terre sous nos pieds, le ciel sur notre front; Mais par delà la mort ta parole demeure: Heureux les derniers nés du monde: ils te verront!
TABLE
Dédicace 1 Les pèlerins, prière dans le soir 5
Les bergers dans la montagne 17 L’hôtellerie de Bethléem 25 Les bergers dans l’étable 27 Naissance de la pitié 33 La fuite en Égypte 35 L’enfant au berceau 39 A douze ans 41 Le grand chagrin 47 Il croissait devant Dieu 49 Jean-Baptiste 55 La tentation 61 Le filet 65 Discours sur la montagne 67 La paix en retour 77 Le lumignon 79 Bons grains 81 La fille de Jaïre 85 Le bon Samaritain 87 Le pain multiplié 89 Les fourmis 91 Trop peu d’ouvriers 93 Les colombes 95 La barque engravée 97 La Proue 99 Il commande aux tempêtes 101 L’infini miracle 103 Les petits enfants 107 Les commérages 111 La femme 113 La Samaritaine 115 Marie-Magdeleine 117 Marthe et Marie 121 L’inscription sur la terre 125 Le bœuf 129 L’âne 131 L’argile 133 Chez Marie, mère du Christ 137 Le sommeil 147 Le triomphe 149 Sur le parvis du Temple 153 La colère 161 L’indignation publique 165 Le banquet 169 La sueur de sang 171 La grande solitude 177 La preuve est en nous 181 Le baiser de Judas 183 L’épée 185 Le regard 187 Le soufflet 191 Judas 193 La justice du peuple 197 La vengeance 203 Le roseau 205 La croix 207 Le bois vert 209 Le Juif errant 211 Le Cyrénéen 213 Véronique 217 La face sur le voile 219 L’horizon du Calvaire 221 Le trou dans le roc 223 Le bourreau sur l’échelle 225 Les invectives de la foule 227 Les deux larrons 231 Au bon voleur 233 Le doute suprême 237 Le testament d’amour 241 Où sont les autres? 243 Jean 247 Le chemin vers Dieu 251 Propos de foule 255 C’est lui qui veille 261 L’homme meurt seul 263 La gloire des lys 265 Joseph d’Arimathie chez Pilate 271 Magdeleine 275 La visite au tombeau 277 La résurrection 279 Les dernières paroles du livre de Jean 281
Il est éternel 283
15735-11.--CORBEIL. Imprimerie CRÉTÉ.