‹ Joséphine DandurandChapitre 1 sur 10 · Présentation, par Robertine Barry

Présentation, par Robertine Barry

Mme Dandurand, née Joséphine Marchand, est une autre de nos femmes de lettres distinguée. Fille d’un fin lettré, – M. Félix-Gabriel Marchand, en ce moment premier ministre de la province de Québec, – Mme Dandurand débuta par des articles remarqués dans le Franco-Canadien, de Saint-Jean, journal fondé par son père et M. Ch. Laberge. Elle avait alors dix-sept ans. Puis, elle écrivit simultanément dans l’Opinion Publique, le Journal du Dimanche, le Canada Artistique, l’Électeur,etla Patrie qui sollicitèrent cette précieuse collaboration. En 1890 parurent les Contes de Noël, recueil de récits frais et gracieux qui feront les délices de nos heures de lecture. Elle fonda le Coin du Feu en 1892. Cette revue féminine, – la première du genre parue au Canada, – reçut dès son apparition la faveur du public et sut la conserver tout le temps de sa publication. Mme Dandurand en fit presque seule les frais de rédaction : chroniques, critiques littéraires, études de mœurs, bibliographie, etc., elle y pratiqua tous les genres avec une plume alerte et expressive. Mme Dandurand a inauguré dans le Coin du Feu le plébiscite littéraire, qui fut honoré du concours de personnages, tels que MM. Paul Bourget, Jules Simon, J.-I. Tarte, F.-G. Marchand, sir Wilfrid Laurier, sir Adolphe Chapleau, M. le juge Routhier et autres personnages de marque. Fondé dans l’intérêt des familles et surtout dans le but d’inspirer à la jeunesse canadienne-française, la dignité, le respect d’elle-même et le goût de la culture intellectuelle, ce magazine vécut quatre ans. Il disparut parce que sa fondatrice ne pouvait suffire à l’accomplissement d’autres devoirs toujours croissants.

En 1894, à une séance du Conseil national des Femmes, tenue à Ottawa, et dont Mme Dandurand était alors la vice-présidente, elle prononça sur l’union et la concorde qui doivent régner entre les deux races, un discours qui a été cité dans la chambre des Communes, de même qu’un article sur les institutrices mérita l’honneur de fournir à un orateur du conseil législatif de Québec de puissants arguments en faveur de cette classe de femmes si méritantes et suffisamment appréciée de notre société. Mme Dandurand a publié, en 1896, trois saynètes : Rancune, la Carte postale etCe que pensent les fleurs qui ont déjà essuyé les feux de la rampe, où on les a saluées avec de vifs applaudissements.

Au mois de mars 1898, notre éminente collègue a été promue au grade d’officier d’Académie par le gouvernement français, pour la situation distinguée qu’elle s’est faite dans les lettres françaises et pour les efforts patriotiques en faveur de la diffusion de la bonne littérature au Canada. Elle y a effectivement contribué, en effet, par l’œuvre des Livres gratuits qu’elle a fondée, il y a deux ans, au profit de la classe ouvrière et des personnes pauvres de la campagne, privées dans leur isolement du secours de lectures instructives ou récréatives. Cette œuvre se développe et prospère tous les jours.

Les femmes du Canada : leur vie et leurs œuvres, 1900, p. 212-213.

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