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Chapitre 1

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JOURNAL DE JEAN HÉROARD SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE DE LOUIS XIII

TYPOGRAPHIE FIRMIN DIDOT.—MESNIL (EURE).

JOURNAL

DE

JEAN HÉROARD

SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

DE LOUIS XIII

(1601-1628)

EXTRAIT DES MANUSCRITS ORIGINAUX

Et publié avec autorisation de S. Exc. M. le Ministre de l'Instruction publique

PAR

MM. EUD. SOULIÉ ET ED. DE BARTHÉLEMY

TOME SECOND 1610-1628

PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET Cie IMPRIMEURS DE L'INSTITUT, RUE JACOB, 56

1868

Tous droits réservés.

JOURNAL

DE

JEAN HÉROARD

SUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE

DE LOUIS XIII

ANNÉE 1610.

Première journée de royauté: discours prononcé au Palais; dîner de la Reine: elle refuse de prendre la serviette des mains du Roi; le cœur de Henri IV donné aux Jésuites.—Serment de fidélité du régiment des gardes.—Rêverie et regrets du Roi sur la mort de son père.—Retour du comte de Soissons.—Mme de Verneuil.—Le premier bienfait du Roi.—Cérémonie à Notre-Dame.—Le mémoire des chiens du Roi.—Héroard retenu premier médecin du Roi.—Craintes pour la sûreté du Roi.—Correction faite à deux vers latins.—Supplice de Ravaillac.—Bon naturel du Roi pour son premier page.—Le Roi fouetté.—Du Bourdet et Olyvète.—Visite à la reine Marguerite.—Maisons d'Issy.—Chasses dans les Tuileries.—Promenade sur la Seine.—Réponse du Roi à son sous-gouverneur.—Crainte envers la Reine.—Un lion dans les Tuileries; humanité du Roi.—L'imprimeur Robert Estienne.—Réponse au maréchal de la Châtre.—Poids du Roi.—Audience du duc des Deux-Ponts.—Sentence inventée par le Roi; instinct de la justice.—Eau bénite au corps de Henri IV.—Le corps du feu Roi sort du Louvre; dissension à ce sujet.—Service des officiers du feu Roi.—Départ de M. de Rohan.—Mot sur les ivrognes.—Retour du prince de Condé.—Complaisance de la reine Marguerite pour le Roi.—Le barbier Renard.—Le garde du Roi.—Les poires de Cuisse-Madame.—Soldat aux gardes fait prisonnier.—Chasse à Meudon; premier coup d'épée à un sanglier.—Grâce de l'estrapade à un soldat.—Dîner à Ruel; le Roi fait le bon compagnon.—Cérémonie des chevaliers de Saint-Lazare.—Première pierre du pavillon neuf de Vincennes.—Audience du parlement de Toulouse.—Les chansons du feu Roi.—Grâce à deux soldats.—Souvenir du sacre de la Reine.—Première pierre du collége du Roi.—Librairies du collége de Navarre et des Cordeliers.—Départ de M. de Vendôme.—Les reliques de la Sainte-Chapelle.—M. de Mainville et les chiens pour voleur.—La veillée des femmes de chambre.—Noise aux Feuillants pour les honneurs.—Prise de Juliers.—Audience de l'ambassadeur d'Espagne; révérence de deux Navarrais.—La capitainerie de Saint-Germain-en-Laye.—Livre couvert de diamants.—Le Roi fouetté.—Audience de l'ambassadeur d'Angleterre; signature du traité d'alliance.—Serments de Concini.—Départ du Parlement pour le sacre.—Correction du Roi au privilége des emblèmes d'Horace.—Départ pour Reims; le Roi en voyage.—Le Roi n'est pas grand parleur.—Des Yveteaux et ses leçons.—Soldats de plomb.—Entrée à Reims.—Les musiciens de la chambre.—Cérémonie du sacre; remarque sur le duc d'Épernon.—Le Roi est fait chevalier du Saint-Esprit; susceptibilité du cardinal de Joyeuse.—Départ de Reims; le Roi en voyage.—Le Roi touche neuf cents malades des écrouelles.—Coupe-queue au jeu.—Réception de la ville de Paris.—Le comte Henri de Nassau.—Le Roi dîne à Ruel avec ses frères et sœurs.—Audience de l'ambassadeur de Venise.—Le musicien La Chapelle.—Le jeu de _gilet_.—Cimeterre à la turque.—Les estafiers d'Espagne.—Le Roi fait l'ambassadeur de Venise chevalier de l'accolade.—Les deux musiques.—Audience de l'ambassadeur de Hongrie.—Marchandises de la Chine.—Gazette de Rome.—Le Roi n'aime pas la flatterie.—Deux loups pris au bois de Boulogne.—Fiançailles de M. de Guise.—Mot sur les sermons.—Un chien enragé; traitement contre la rage.—Les pelotes de neige.

_Le 15 mai, samedi, à Paris._—Éveillé à six heures et demie, doucement. M. de Souvré lui baille par écrit ce qu'il avoit à dire, allant au Parlement, qui se tenoit aux Augustins: «Messieurs, il a plu à Dieu appeler à soi notre bon Roi, mon seigneur et père. Je suis demeuré votre Roi comme son fils, par les lois du royaume. J'espère que Dieu me fera la grâce d'imiter ses vertus et suivre les bons conseils de mes bons serviteurs, ainsi que vous dira monsieur le chancelier.» A sept heures et un quart levé, bon visage, gai; vêtu d'un habillement bleu. A huit heures et demie déjeûné, il ne sut manger; bu de la tisane. Il avoit du ressentiment et si[1] l'innocence de son âge lui donnoit par intervalles quelque gaieté. Mené à la messe; à neuf heures et demie dîné. Il est contraint de quitter le dîner pour aller au Palais accompagner la Reine. Il monte à cheval, assuré, _intrepidus, facie serena_, et va par le Pont neuf aux Augustins, puis à la messe à Saint-Victor. Ramené à deux heures; M. de Vendôme prend la serviette du maître d'hôtel pour la servir à la Reine, qui alloit dîner; M. de Souvré va à lui, et lui dit qu'il la donne au Roi, qui la prend soudain. M. de Souvré lui ayant dit que quand la Reine la refuseroit qu'il ne laissât pas de la présenter, il y court, la présente instamment; jamais elle ne la voulut prendre de sa main. MM. de la Ville le viennent saluer; à six heures trois quarts soupé. Il va au petit cabinet, là où les Jésuites, en nombre de douze, conduits par le P. Coton, le viennent saluer et lui représentent les grandes obligations qu'ils avoient au feu Roi son père, surtout de ce qu'il leur avoit donné son cœur, lui offrent leur service, et, au partir de là, vont trouver la Reine, conduits par M. de la Varenne, lequel assura Sa Majesté que le feu Roi lui avoit dit et commandé qu'il vouloit qu'ils l'eussent. Sur cette assurance, ils vont en la chambre, où, ayant mis le cœur entre M. le prince de Conty et le P. Coton, tous deux à genoux, et après par lui dites quelques paroles, ils emportent le cœur du Roi pour le porter à la Flèche. A huit heures et un quart il dit qu'il est las, est dévêtu, mis au lit, pouls plein, égal, posé, chaleur douce. Il prie Dieu, se joue, s'endort à neuf heures, peu après s'éveille et commande à M. de Préaux de lui lire une histoire. Il écoute attentivement, ferme les yeux; M. de Préaux cesse, croyant qu'il dormît: _Non, non, je dors pas, lisez_; à neuf heures et demie il s'endort.

[1] Pourtant.

_Le 16, dimanche, à Paris._—A huit heures trois quarts déjeûné; il va donner le bonjour à la Reine puis, à neuf heures, est mené à la messe en Bourbon. Mené en carrosse aux Tuileries, en allant par la rue Saint Honoré, il commande à l'exempt: _Faites mettre mes gardes en haie aux côtés de mon carrosse_. M. le duc d'Épernon, colonel de l'infanterie de France, avec M. de Créquy, colonel du régiment des gardes, et tous les capitaines du régiment, tous le genou en terre, lui viennent prêter le serment de fidélité, M. d'Épernon portant la parole. Il les remercie et les embrasse.

_Le 17, lundi, à Paris._—Éveillé à huit heures, pouls plein, égal, posé, chaleur douce. Sa nourrice, qui avoit couché au côté de son lit, lui demande ce qu'il avoit à rêver; il répond: _C'est que je songeois_, puis demeure longtemps pensif. Sa nourrice lui dit: «Mais que rêvez-vous?» Il répond: _Dondon, c'est que je voudrois bien que le Roi mon père eût vécu encore vingt ans. Ha! le méchant qui l'a tué_; et le jour de devant il avoit dit à Mme de Montglat: _Mamanga, je voudrois bien n'être pas si tôt Roi et que le Roi mon père fût encore en vie_. Levé, vêtu, prié Dieu, déjeûné; il va donner le bonjour à la Reine, puis étudié, écrit, tiré des armes, dansé. Mené à la messe en la chapelle de la Reine.—M. le comte de Soissons arrive, qui, le mercredi précédent, s'en étoit allé malcontent du feu Roi pour n'avoir point voulu permettre à sa femme les fleurs de lys sur la robe, au jour du couronnement de la Reine; le Roi et la Reine vont sept ou huit pas au devant de lui. A six heures et demie soupé; arrive Mme de Verneuil, qui venoit de se jeter aux pieds de la Reine. Amusé doucement à fondre du plomb jusques à neuf heures trois quarts.

_Le 18, mardi, à Paris._—M. de Souvré lui dit qu'il rêve la nuit, et lui demande que c'est qui le fait rêver; il répond: _C'est que je songe que l'on me chatouille, qu'on me fait comme cela_, dit-il en se chatouillant. Soupé avec prunes de Brignole confites; il en donne quatre à Mathurine, disant qu'il faut le demeurant pour ses gentilshommes servants; il donne des dragées de fenouil à M. de Souvré puis à M. de Praslin et à M. de Vitry, capitaines des gardes; c'est le premier bienfait qu'ils ont eu du Roi.

_Le 20, jeudi, à Paris._—A neuf heures et demie déjeûné, mené chez la Reine, et, à dix heures trois quarts, en cérémonie et à cheval ouïr la messe à Notre-Dame. Il ne se vit jamais une si grande acclamation de peuple criant: _Vive le Roi!_ et mêlée de larmes. M. de Paris le reçoit à l'entrée, en cérémonie; M. le prince de Conty porta l'offrande.

_Le 22, samedi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il fait prendre une cane dans l'étang par ses chiens, y a goûté à cheval. Mis au lit, il commande à M. de Heurles d'apporter du papier et de l'encre: _Écrivez_, lui dit-il, _les noms de mes chiens_, et les lui nomme, puis en baille le mémoire à M. le Grand.

_Le 24, lundi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il se fait tirer par deux valets de pied dans un petit carrosse à bras, puis y fait atteler deux de ses bidets.

_Le 25, mardi, à Paris._—A neuf heures et demie déjeuné; il va donner le bonjour à la Reine, là où je reçus l'honneur du commandement qu'elle me fit de servir le Roi en qualité de premier médecin. Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; mené à la chapelle de l'antichambre de la Reine, il ne sort point de tout ce jour hors du château, sur des avis que l'on lui avoit donné que ce jour étoit périlleux pour lui. Les ambassadeurs résidents viennent voir la Reine; il étoit près d'elle et Messieurs et Mesdames.

_Le 26, mercredi, à Paris._—Son précepteur lui demande s'il se ressouvenoit bien de ces deux vers qu'il lui avoit appris, il y avoit quelque temps, et les lui nomme:

_Cæsareos fateor titulos habet Austria multos, At Cæsar verus Carolus unus erat._

Il répond: _Non, je ne veux pas dire ainsi_, et les récita ainsi:

_Cæsareos fateor titulos habet Austria multos, At Cæsar verus Henricus unus erat[2]._

[2] Héroard a écrit en marge cette note: _Mirus amor in patrem et judicium de patre_.

A trois heures goûté; il a reçu les ambassadeurs de l'Archiduc et des États.

_Le 27, jeudi, à Paris._—A onze heures et un quart dîné; il met des guignes sèches dans sa pochette, hâtivement, de peur que M. de Souvré ne s'en aperçût.—Ce jourd'hui fut tiré à quatre chevaux Ravaillac, qui avoit tué le Roi.

_Le 28, vendredi, à Paris._—Il commande à M. de Drouet, capitaine aux gardes, de ne faire point partir hors de garde sa compagnie, avant qu'il eût dîné. C'étoit pour y voir Bompar, son premier page, qu'il lui avoit donné, sortant hors de page. Il le faisoit voir à chacun, à la Reine même, qu'il mena aux fenêtres, témoignant en cela son bon naturel. Mis au lit, il se joue, cause, raille; M. de Préaux le veut reprendre de quelque chose, il lui dit quelque injure.

_Le 29, samedi, à Paris._—Levé, il vient au cabinet, où M. de Souvré lui ramentoit l'injure du jour précédent et en fut fouetté. Mené en carrosse ouïr vêpres aux Chartreux, il se promène après au cloître; il faisoit grand chaud. En soupant il railloit le sieur Du Bourdet, qu'il avoit connu page de la chambre et qui avoit la tête petite, lui disant: _Velà tête d'Olyvette[3]; il a le visage fait comme un oiseau[4]; avez-vous fait faire votre tête exprès? Je pense qu'oui._

[3] Folle de Mme de Guise. (_Note d'Héroard._)

[4] Il avoit le nez aquilin. (_Note d'Héroard._)

_Le 30, dimanche, à Paris._—Mené chez la Reine, puis à la messe, en Bourbon. Amusé jusques à deux heures et demie; mené en carrosse à la Sainte-Chapelle, ouïr vêpres, à trois heures et demie, il va au jardin du bailliage, et sous le petit pavillon a goûté.

_Le 31, lundi, à Paris._—Levé, il dit en entrant au cabinet: _La Reine ma mère est éveillée, laissez entrer tout le monde_. Mené en carrosse à vêpres aux Célestins, puis à la Roquette, il y fait un tour, est ramené par l'Arsenal au Louvre.

_Le 1er juin, mardi, à Paris._—Mené à la chapelle de l'antichambre de la Reine, puis à onze heures trois quarts dîné; il oublioit à boire, comme il advenoit assez souvent. Mené en carrosse à vêpres, aux Cordeliers, puis à l'hôtel de Luxembourg au faubourg Saint-Germain; il y fait courir un marcassin dans le parc. A sept heures et un quart soupé; il lui faut faire ressouvenir de boire[5].

[5] Héroard note en ces termes les accès de distraction de Louis XIII: «_Nota_, pour son naturel.»

_Le 2, mercredi, à Paris._—A deux heures trois quarts mené en carrosse à l'hôtel de Luxembourg au faubourg Saint-Germain[6]; il y court dans le parc un marcassin apporté, avec ses petits chiens; à trois heures et demie il y a goûté puis couru un lièvre. Mené chez la reine Marguerite, il y court un renard porté dans le parc.

[6] Il y retourne encore le lendemain, et y fait courir un petit sanglier «par ses lévriers à lièvre».

_Le 5, samedi, à Paris._—Mené en carrosse à Issy, il se joue à des belles et plaisantes maisons (_sic_).

_Le 6, dimanche, à Paris._—A trois heures mené en carrosse aux Tuileries, où il avoit fait porter un sanglier de deux ans donné par M. de Guise; il met ses bassets après, puis des lévriers à lièvre; ils le lassent, il se jette dans l'étang, ce qui lui donne beaucoup de plaisir. Il avoit soif, chaud; M. de Souvré ne lui veut point permettre de boire.

_Le 9, mercredi, à Paris._—A six heures et un quart soupé, peu, par impatience de s'aller promener sur la rivière; à sept heures et un quart il entre en bateau couvert, descend jusques au droit de Chaillot, est ramené de même, avec des chevaux, à neuf heures.

_Le 10, jeudi, à Paris._—Mené à la chapelle de Bourbon et à la procession dedans la cour du Louvre. A douze heures et demie dîné; M. de Préaux, son sous-gouverneur, lui dit sur ce qu'il faisoit grand chaud, et il avoit chaud: «Sire, si Votre Majesté a chaud, quand elle a une serviette blanche elle se peut essuyer.»—_C'est tout un, il n'y a remède, nous en aurons bien d'autres_[7], dit le Roi résolument et comme de chose qui devoit advenir. Mené en carrosse ouïr vêpres à Saint-Germain-des-Prés. A six heures soupé avec impatience de s'aller promener aux Tuileries; il va à pied jusques aux Tuileries, où il s'embarque et va jusques au droit de la Savonnerie; ramené par eau à neuf heures. Mis au lit il se joue, fait des culbutes, fait lire le livre _De l'État et affaires de France_ du sieur du Haillan[8].

[7] Héroard a écrit en marge: _Responsum serium fatidicum, quod Deus avertat_.

[8] _De l'État et succès des affaires de France_, en quatre livres; par Bernard Girard, sieur du Haillan, in-8º. La 1re édition de ce livre est de l'année 1570; «les deux dernières éditions, de 1609 et 1613, sont les plus amples.» (_Bibliothèque historique de la France_, par le P. Lelong, tome II, page 767.)

_Le 11, vendredi, à Paris._—A six heures et un quart soupé, mené à cheval jusques auprès des Bonshommes, ramené de même à neuf heures.

_Le 12, samedi, à Paris._—Il donne, pendant son dîner, de toutes ses viandes à un petit nain[9], et le fait servir par ses gentilshommes. Joué en la galerie, il fait armer sa compagnie (c'étoient ses petits gentilshommes), leur fait prendre des piques qu'il avoit fait faire. Après souper, il va en son cabinet, est tancé par M. de Souvré, auquel il avoit dit qu'il portoit une épée, mais qu'il ne s'en savoit pas aider. M. de Souvré le lui fait sentir, le lui pardonne pour l'avoir dit à lui; mais afin qu'il ne le dise pas à la Reine, il se met à genoux devant M. de Souvré[10]; l'accord se fait, il en avoit un grand repentir. Mené jouer en la galerie, il est ramené à neuf heures, va chez la Reine.

[9] _Voy._ au 26 juin suivant.

[10] Héroard a écrit en marge: «Sa crainte envers la Reine.»

_Le 14, lundi, à Paris._—Déjeuné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé, mené aux Feuillants par la galerie, ramené par le même chemin. A onze heures et un quart dîné; il lui faut ramentevoir à boire. Joué en la galerie, où il fait voler trois cailles par deux de ses émerillons. Soupé; mené à la galerie et en carrosse jusques à la Savonnerie, puis à cheval jusques aux Tuileries, où il voit un lion attaché contre un arbre, auquel on jette un chien, qu'il étrangla soudain. Cela lui déplut tant, qu'il s'en mit en colère et commanda que celui qui l'avoit jeté fût châtié[11].

[11] Héroard a écrit en marge: «Humain».

_Le 15, mardi, à Paris._—Mené en carrosse à l'hôtel du Luxembourg, il y fait courir un petit sanglier apporté. Ramené à six heures trois quarts, soupé; il le faut faire souvenir de boire. Il va se jouer en la galerie, va chez la Reine.

_Le 16, mercredi, à Paris._—Mené à cinq heures au Pré-aux-Clercs, pour y courir un chat à force de cheval.

_Le 17, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, où il fait porter ses piques, arquebuses, enseigne, et fait sa compagnie.

_Le 18, vendredi, à Paris._—A huit heures et un quart déjeûné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé. M. Estienne[12] lui apporte quelques sentences qu'il avoit imprimées par son commandement, de celles qui lui étoient données par son précepteur.

[12] Robert Estienne III, fils de Robert II, avait été reçu imprimeur en 1606. Cet ouvrage est inconnu à M. Ambroise-Firmin Didot.

_Le 19, samedi, à Paris._—Mené en carrosse au village de Issy, à la maison d'un nommé La Haye; il y pêche à la ligne, prend à la deuxième fois.

_Le 20, dimanche, à Paris._—A neuf heures déjeuné; il fait manger son potage à son perroquet jaune. M. le maréchal de la Châtre, qui étoit ordonné pour mener l'armée en Clèves, lui demanda: «Sire, si je rencontre les ennemis, que vous plaît-il que je fasse?» Il répond: _Donnez la bataille_.

_Le 21, lundi, à Paris._—A sept heures et demie, mis au bain d'eau tiède avec feuilles de vigne, dans la grande chambre: il y a demeuré trois quarts d'heure; mis au lit, où il a demeuré une heure, puis levé. Il va à la messe à l'antichambre de la Reine, puis au cabinet où la Reine étoit au conseil.

_Le 22, mardi, à Paris._—A sept heures et trois quarts mis dans le bain; il y est demi-heure. Lavé le visage[13]; mis au lit, il y est une heure. Il va en la galerie, arme sa compagnie; il prend le hausse-col et sa pique, et marche à la tête. Mené en carrosse jusques au droit de Chaillot, il va à la Savonnerie, se y fait peser et se trouve peser cinquante-trois livres.

[13] C'est peut-être la première fois que Héroard donne cette indication. _Voy._ au 8 septembre suivant.

_Le 24, jeudi, à Paris._—Il donne audience au duc des Deux-Ponts, député des princes protestants, et à celui des États de Hollande. Mené en carrosse à Saint-Martin-des-Champs, il y fait attaquer un sanglier apporté; il n'avoit point voulu permettre que l'on le fît combattre à un lion[14], craignant que le sanglier ne le tuât et disant: _Ce seroit dommage, car ces pauvres gens y gagnent leur vie._

[14] _Voy._ plus haut à la date du 14 juin.

_Le 25, vendredi, à Paris._—Son précepteur lui demande s'il lui plaisoit pas traduire quelque sentence de françois en latin; il répond: _Oui, mais j'en veux faire_, prend la plume et écrit de son invention ces mots: _Le sage prince réjouit le peuple_. Peu après le précepteur lui demande quel étoit le devoir d'un bon prince, il répond: _C'est d'abord la crainte de Dieu_; et comme il songeoit pour continuer, son précepteur ajoute: «Et aimer la justice.» Le Roi répart soudain: _Non! il faut: et faire la justice_. Mené chez la Reine puis à la chapelle de Bourbon, et de là, à midi, en l'hôtel de Longueville, où il a dîné et fait voler les papillons par une pie-grièche. A quatre heures et demie il sort de l'hôtel de Longueville pour aller donner de l'eau bénite au Roi son père dans la salle basse du Louvre. Messieurs, ses frères, Monsieur et M. le duc de....[15] portoient sa queue; il y en avoit cinq. Il étoit conduit par MM. les cardinaux de Joyeuse et de Sourdis[16]. A cinq heures trois quarts mené en sa chambre, il suoit à cause de son habit à capuchon et longue queue à cinq pointes; il est mis au lit et rafraîchi. A six heures trois quarts soupé, mené chez la Reine.

[15] Son nom est resté en blanc.

[16] _Voy._ la lettre de Malherbe à Peiresc, du 26 juin 1610.

_Le 26, samedi, à Paris._—A six heures goûté; il va chez la Reine, au conseil, est ramené à sept heures. Le baron de Montglat vient prendre congé de lui, demandant s'il lui plaisoit lui commander quelque chose; qu'il s'en alloit à l'armée de Clèves; il lui dit: _Allez, Montglat, faites bien_. Il avoit un nain nommé Dumont, et passe le temps à faire semblant de le marier à Marine, naine de la Reine; fait apporter un contrat et y écrit.

_Le 27, dimanche, à Paris._—Mené à vêpres, aux Bernardins, et de là en la plaine de Grenelle pour y voir jeter en la garenne une douzaine de lièvres, et voir voler et prendre un pigeon par deux émerillons. Ramené à cheval en pourpoint tout découpé, il faisoit grand vent, et il arriva au Louvre à six heures et demie, un peu malade.

_Le 29, mardi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants; il se joue aux Tuileries, y tire aux oiseaux avec une arbalète à jalet, fort justement, en abat un, tiré avec jugement; il le frappe par l'aile. Ramené en carrosse à onze heures et un quart, il va chez la Reine. Dîné, joué, amusé doucement jusques à trois heures et demie; goûté, point bu. L'on devoit sortir le corps du défunt Roi; il y eut grande dissension entre les cent gentilshommes et les gardes du corps, qui faillent à en venir aux mains. Le Roi sort sur une avance qui va de la petite montée vers la grande salle, est plus de demi-heure à regarder ce qui se faisoit en la cour; l'on avertit son guide (_sic_), on le retire. M. de Gondi, évêque de Paris, débat le rang avec la cour de Parlement; la Cour enfin le pousse devant; le corps sort du Louvre à six heures et demie, arrive à neuf heures à Notre-Dame. Cependant le Roi a soupé à sept heures et demie; mené chez la Reine; amusé doucement jusques à neuf heures et demie.

_Le 5 juillet, lundi, à Paris._—Il s'amuse à tirer de l'arbalète en s'habillant, en pend une petite à sa ceinture. Mené en carrosse chez la reine Marguerite, il monte à cheval, va à la volerie.

_Le 9, vendredi, à Paris._—Ce matin les officiers du feu Roi ont commencé à le servir. Mené en carrosse à Chaillot, ramené à cheval.

_Le 11, dimanche, à Paris._—M. de Rohan, colonel des Suisses, vient prendre congé de lui pour s'en aller à l'armée qui alloit en Clèves, et lui demande s'il lui plaît de lui commander quelque chose pour dire à M. de la Châtre, chef de l'armée?—_Dites-lui qu'il fasse du mieux qu'il pourra._—«Mais, Sire, vous plaît-il qu'il donne la bataille?»—_Qu'il fasse du mieux qu'il pourra_. A trois heures, goûté; mené à la Roquette à cheval.

_Le 12, lundi, à Paris._—A trois heures, mené en carrosse à Suresnes, chez le sieur Parfait, contrôleur général de sa maison, où il a goûté.

_Le 15, jeudi, à Paris._—A onze heures trois quarts, dîné; il fait donner à boire à son petit chien, qu'il nommoit Gayan, et demande: _Pourquoi donne-t-on à boire aux chiens?_ Il lui fut répondu: «De peur qu'ils n'enragent.» Il répart soudain: _Les ivrognes donc n'ont garde d'enrager, car ils boivent toujours_. Mené en carrosse à Madrid[17], à la chasse au lièvre et à l'oiseau.

[17] Héroard écrit Madril.

_Le 16, vendredi, à Paris._—A cinq heures et demie M. le prince de Condé, revenant de Milan et Bruxelles, arrive, lui fait la révérence et à la Reine, le genou en terre; l'un et l'autre l'embrassent deux fois. LL. MM. étoient au pied du lit du Roi, dans le balustre, au droit de la portière. A neuf heures trois quarts dévêtu, M. le Prince lui donne sa chemise[18].

[18] _Voy._ à cette date le _Registre-journal de Louis XIII_, par Lestoile.

_Le 19, lundi, à Paris._—A onze heures et demie, dîné; il trouve sur son potage des rognons de poulet demande au gentilhomme servant: _Qu'est cela?_ Il répond: «Ce sont des témoins.»—_Pourquoi les appelez-vous des témoins?_ dit-il en se souriant. Il répond que c'étoit pour faire la différence des mâles.—_Ce sont donc les témoins des mâles._ Mené à la chasse à l'oiseau à la plaine de Grenelle puis chez la reine Marguerite, et à six heures et demie au Louvre. Après souper il envoye secrètement prier la reine Marguerite d'envoyer à M. de Souvré le prier de sa part à ce que, le jour suivant, il l'exempte de l'étude, à cause que c'est le jour de Sainte-Marguerite. Elle y envoya sur les neuf heures; ce fut au grand cabinet de la Reine, ce qui lui donna sujet de rire.

_Le 22 juillet, à Paris._—Éveillé à sept heures et demie, pouls plein, égal, posé, chaleur douce; levé, bon visage, gai. Vêtu, coupé les cheveux; Renard, son barbier, lui sembloit trop long, il le frappe du miroir et de coups de poing. M. de Souvré le menace du fouet, et s'en va au cabinet, où il le fait appeler. _Non_, dit-il, _je n'y irai pas, il me veut bailler le fouet, mais ne lui dites pas_. Enfin, voyant qu'il y falloit aller, il dit: _Allez, allez, trétous, que personne ne demeure ici_ (en sa chambre). C'étoit pour les faire intercéder pour lui. Il en eut toute la peur, à la charge de demander pardon à Renard, qu'il appeloit: _Renard, Renard, venez Renard, pardonnez-moi, je vous frapperai plus._—Ce jour d'hui ses chevau-légers entrent en garde près de lui, cinquante tous les huit jours; le sieur de la Curée en étoit son lieutenant, et ceci à cause que les grands de la Cour étoient fort accompagnés et lui peu.

_Le 23, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse voler le perdreau, vers le Roule.

_Le 24, samedi, à Paris._—Mené en carrosse jusques à la Savonnerie, ramené et promené aux Tuileries.

_Le 25, dimanche, à Paris._—Sur ce qu'il entendit une salve d'arquebusades des Suisses qui faisoient monstre[19], il dit en s'élevant sur sa chaire: _Velà qui est bon, velà qui est bon, allons, allons_. Il va aux Tuileries et aux Feuillants, joue aux Tuileries. A dîner on lui sert des poires que l'on appelle de Cuisse-Madame; il demande au gentilhomme servant: _Comme appelle-t-on ces poires?_ Il répond: «Poires de Cuisse-Madame.»—_De Cuisse-Madame, c'est donc des poires de Cuisse ma sœur?_

[19] Qui passaient la revue.

_Le 27, mardi, à Paris._—Mené en carrosse vers les Célestins, pour voir des tentes tendues dans l'île, ramené par eau par sous les ponts, dans un petit bateau qui ne valoit guère, à ce que l'on disoit; descendu devant le Louvre à sept heures.—Ce jourd'hui sur les trois et quatre heures fut prins un soldat de la recrue du capitaine Bonouvrier, capitaine aux gardes, pour avoir dit à l'un de ses compagnons, lui montrant deux couteaux et le Roi, comme il sortoit pour aller vers les Célestins: «Je voudrois que l'un de ces deux couteaux fût au fond du cœur du dernier de la race[20].»

[20] «Ce jour, dit Lestoile, on prit prisonnier un soldat des gardes de la compagnie du capitaine Bonouvrier, qu'on disoit avoir parlé de tuer le Roi et la Reine... Il fut condamné aux galères seulement avec un _retentum_, ainsi qu'on disoit, de le jeter dans la mer aussitôt qu'il seroit arrivé à Marseille.»

_Le 31 juillet, samedi, à Paris._—Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, à la chasse aux perdreaux.

_Le 1er août, dimanche, à Paris._—A midi mené en carrosse à Meudon, nonobstant la grande chaleur, pour chasser au sanglier dans le parc, à cours ouvert. Il étoit à cheval. Il y avoit un grand sanglier et trois bêtes de compagnie, dans l'une desquelles il donna, de demi-pied de profond, son premier coup d'épée. A quatre heures il y a goûté. Ramené en carrosse et à cheval, à l'entrée de la ville. A sept heures il va chez la Reine, puis soupé.

_Le 3, mardi, à Paris._—A trois heures goûté; il entre en carrosse, va au Roule, où il est monté à cheval, vole le perdreau. A neuf heures et demie mis au lit, il s'entretient avec Mme la princesse de Conty et Mme de Ragny.

_Le 4, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse à Gentilly. Revenant par le faubourg Saint-Jacques, où étoit logée une partie du régiment des gardes, il aperçoit une grande troupe de soldats en armes sur le rempart, assemblée pour faire donner l'estrapade à un soldat; le sachant, il envoie soudain appeler le sergent-major pour lui dire qu'il donnoit la grâce au soldat.

_Le 8, dimanche, à Paris._—A quatre heures et demie mené en carrosse à vêpres, à Saint-Sulpice, puis jouer à l'hôtel de Luxembourg. Ramené à sept heures, soupé, joué en la galerie; il va chez la Reine.

_Le 10, mardi, à Paris._—Éveillé à cinq heures par impatience d'aller dîner à Ruel. Mené en carrosse aux Feuillants, il y entend la messe; déjeuné. Il monte à cheval, est mené à Ruel, y est arrivé à neuf heures. A onze heures dîné, bu du vin blanc. Il fait le bon compagnon avec MM. d'Épernon, de Montbazon, le Grand et autres seigneurs à qui il donnoit à dîner, les fait boire à sa santé, boit à la leur. A une heure il entre en carrosse, va à Suresnes chez M. le contrôleur Parfait, y a goûté à trois heures. A cinq heures il passe l'eau, monte à cheval, arrive aux Tuileries à six heures et demie à sept heures au Louvre. Dévêtu, mis au lit, soupé. A huit heures levé, vêtu, il va chez la Reine; à neuf heures et un quart dévêtu, mis au lit.

_Le 12, jeudi, à Paris._—Mené à la chasse aux perdreaux, au Roule.

_Le 13, vendredi, à Paris._—A cinq heures trois quarts mené en carrosse chez la reine Marguerite, puis en bateau sur la rivière, mené près des Bonshommes.

_Le 14, samedi, à Paris._—Mené en carrosse au faubourg Saint-Victor voir faire la monstre à la compagnie des gardes de la Reine.

_Le 15, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à la messe, à Notre-Dame; mené à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois; à quatre heures trois quarts goûté au doyenné, logis de M. de Souvré. A cinq heures et un quart mené aux Tuileries puis sur la rivière jusques au droit de Chaillot; ramené dans son petit carrosse découvert, tiré par six bidets; M. le Grand et M. de Souvré étoient dedans. Arrivé au Louvre à huit heures et un quart.

_Le 16, lundi, à Paris._—Mené à dix heures en carrosse à Saint-Ladre pour y voir faire la cérémonie des chevaliers de Saint-Lazare; le sieur de Nérestang en étoit chef de l'ordre; ramené à dix heures. A trois heures goûté, mené en carrosse ouïr vêpres à Piquepusse; puis il monte à cheval et va à la chasse au perdreau.

_Le 18, mercredi, à Paris._—Éveillé à six heures, levé, gai, il surprend ses valets de chambre encore couchés, ce dont il est extrêmement réjoui.

_Le 19, jeudi, à Paris._—Il va au bois de Vincennes pour y dîner et mettre la première pierre du bâtiment neuf que l'on y faisoit; il ne la mit pas, pour l'absence de la Reine. Il monte à cheval, est mené à la volerie du perdreau, en prend quatre.

_Le 20, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse au bois de Vincennes pour y asseoir la première pierre de son corps de logis qui est du côté du parc. Sur la pierre est gravé: DU REGNE DE LOUIS TREIZIESME AAGÉ DE NEUF ANS ET MARIE DE MEDICIS SA MERE ET REGENTE. L'on y mit quatre pièces d'or de sa face et de même inscription, le tout en présence de la Reine. Il fait merveilles de y jeter le mortier prins dans un bassin d'argent avec une petite truelle d'argent. Ce fait, il monte à cheval, est mené à la chasse.

_Le 21, samedi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, il fait jeter une cane dans le canal, aux Tuileries, y met son petit chien _Gayan_ après.

_Le 22, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres, aux Filles-Dieu. A neuf heures et demie mis au lit, il ne se peut endormir, a de l'inquiétude, appelle M. de Heurles pour lire, enfin à onze heures il s'endort.

_Le 23, lundi, à Paris._—A huit heures déjeuné; il monte au cabinet des livres, a froid, blémit, fait allumer du feu; mains chaudes, le pouls un peu hâté, fort enroué, étudié. A dix heures il est mené à la chapelle de l'antichambre de la Reine puis chez la Reine, et à onze heures donne audience aux députés du parlement de Toulouse, le président de Verdun, premier président, portant la parole[21]. A neuf heures dévêtu, mis au lit, il dit que la gorge lui fait mal, fait chanter et jouer du luth le Bailly pour s'endormir.

[21] _Voy._ le Registre journal de Louis XIII par Lestoile, à la date du 21 août 1610.

_Le 24, mardi, à Paris._—A sept heures dragée de rhubarbe une once et demie, prise partie seule, partie avec de la pomme. Levé en robe, il va donner le bonjour à la Reine. Il va en la galerie, où il se joue, fait marcher devant lui ses petits gentilshommes se tenant aux manteaux par derrière, faisant les chevaux, et lui est le dernier qui touche ce qui est devant, puis se fait porter et promener au grand pas. A cinq heures et un quart il se met au lit, où il s'amuse à inventer des engins; la reine Marguerite le vient voir. Il fait faire la musique de voix et d'instruments; il parloit de ce qu'il avoit fait chanter des chansons au Bailly et quelles; M. de Souvré lui demande: «N'avez-vous point fait chanter de celles du feu Roi qui étoient pour les amours de Mme la princesse de Condé et autres?»—_Non._—«Pourquoi?»—_Je les aime point_, dit-il brusquement.

_Le 25, mercredi, à Paris._—A six heures et demie soupé; M. le maréchal de Fervaques prend congé de lui, s'en retournant en Normandie lieutenant général. Il va en la galerie, fait tirer des fusées, va chez la Reine. Deux soldats des gardes avoient mangé des raisins dans les vignes et pour ce avoient été condamnés à être dégradés et bannis pour deux ans; il n'eut point de repos tant qu'il eût fait avec la Reine qu'ils en seroient quittes pour un an de bannissement. Sa Majesté le commanda à M. d'Épernon.

_Le 26, jeudi, à Paris._—A huit heures trois quarts déjeuné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé; mené par la galerie aux Feuillants et joué aux Tuileries. Il raconte en dînant, comme au sacre de la Reine il étoit fort mal logé à Saint-Denis[22], qu'il avoit en sa chambre un puits, une cave, un abreuvoir à poules, et une écurie au dessous, où il y avoit un râtelier; que c'étoit le logis d'un chanoine, le plus mauvais de Saint-Denis. Mené aux Tuileries par la galerie, il y fait courir un lièvre par tous ses petits chiens, leur en fait faire la curée.

[22] _Voy._ au 12 mai 1610.

_Le 28, samedi, à Paris._—Mené aux Augustins, à la messe, à cause de la fête[23]. A trois heures mené en carrosse en la place du collége de Cambray pour y mettre la première pierre du bâtiment du collége du Roi[24]; ramené à six heures et demie chez la Reine.

[23] La fête de Saint-Augustin.

[24] «Le samedi 28, le Roi assit la première pierre fondamentale du nouveau collége que le Roi son père avoit desseingné faire à Cambrai. M. de Sully, qui l'y avoit accompagné, présenta à Sa Majesté une truelle d'argent avec laquelle il maçonna ladite pierre, et y mit quatre médailles auxquelles son portrait étoit gravé, deux d'or et deux d'argent.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 29, dimanche, à Paris._—A neuf heures mené en carrosse ouïr la messe au collége de Navarre, il y voit la librairie; en entrant il dit tout haut: _Que l'on ne dérobe rien_. Les écoliers lui demandoient un mois de vacations, il leur en donne pour trois jours; ramené à onze heures chez la Reine. A trois heures mené en carrosse aux Cordeliers, à vêpres, il y voit la librairie[25].

[25] «Le dimanche 29 le Roi alla aux Cordeliers, où étant entré dans le réfectoire, prit plaisir à voir dîner les moines qui cassoient proprement en frères briffaus; les interrogea sur leurs vivres ordinaires et règles de leur couvent et leur fit tout plein d'autres questions curieuses et plaisantes, convenantes à son âge. Il alla après voir la bibliothèque, où il fut conduit par le P. Cotton et Casaubon, qui entrèrent en dispute et conférence ensemble de la religion.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 30, lundi, à Paris._—A trois heures goûté, mené en carrosse vers Saint-Ouen, à la chasse. A sept heures soupé; il va en la galerie, fait tirer des fusées. M. le chevalier de Vendôme veut prendre congé de lui, pour partir le lendemain avec son frère, allant en Bretagne; et bien qu'il l'eût permis, il se prend tellement à pleurer que le voyage du Chevalier fut rompu et qu'il demeura près de lui.

_Le 31, mardi, à Paris._—A trois heures goûté, botté, mené en carrosse à la Sainte-Chapelle pour y voir les reliques; ce fut la première fois qu'il les a vues; puis il monte à cheval, va vers les plaines de Vaugirard.

_Le 2 septembre, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse à Conflans, ramené à sept heures et demie chez la Reine, soupé à huit heures. Il railloit du sieur de Mainville, lui disant: _Mainville, j'ai des chiens qui sont bons pour voleur; prenez garde à vous!_—«Mais, Sire, l'on croira que vous ne le dites pas en jouant.»—_Je dis vrai, je me joue pas._

_Le 3, vendredi, à Paris._—Son précepteur lui avoit enseigné, il y avoit quelques jours, que l'une des choses que les princes haïssoient le plus, c'étoit un vieux serviteur mal récompensé; il lui demande: «Sire, qu'est-ce que les princes haïssent le plus?» Le Roi, songeant, dit soudain: _C'est le vice_. A neuf heures dévêtu, mis au lit, il s'amuse à deviser; il envoie querir sa nourrice et lui demande: _Dondon, avez-vous été chevauchée?_ en rougit, ayant apperçu qu'il avoit failli sans y penser, voulant dire: «Êtes-vous de la chevauchée?» c'est-à-dire de la veillée, car les femmes de la chambre de la Reine veilloient à leur tour.

_Le 5, dimanche, à Paris._—On lui avoit amené un enfant de six ans, jouant du luth et mal: _Il a beau jouer_, dit-il, _il ne m'endormira pas_, comme souloit faire le Bailly. Mené aux Feuillants par la galerie; M. le chevalier de Vendôme et M. de Guise étoient à la messe. M. de Chaux[26], évêque de Bayonne, premier aumônier du Roi, demande à M. de Souvré auquel des deux il bailleroit l'écu pour l'offrande, qui lui dit que ce n'étoit point de son fait. Cependant M. de Guise suit le Roi allant à l'offrande, et, ne s'étant point trouvé d'écu à offrir, M. de Guise demanda à M. de Souvré s'il lui avoit fait faire cet affront, qui répond que non, et que ce n'étoit pas de son fait. Lors M. de Guise se prend à l'évêque, lui disant qu'il ne y avoit là personne qui le dût précéder, qu'il étoit un malhabile, un ignorant qui ne savoit pas sa charge; l'évêque au contraire, et dit qu'il s'en plaindroit à la Reine, M. de Guise aussi, tout le premier (_sic_). A trois heures mené en carrosse à vêpres, à Saint-Eustache, puis aux Tuileries.

[26] Bertrand des Chaux, évêque de Bayonne de 1598 à 1621.

_Le 6, lundi, à Paris._—Mené par la galerie aux Tuileries, où il se joue en diverses façons, se fait promener dans son petit carrosse, Mesdames avec lui.

_Le 7, mardi, à Paris._—Le sieur de Senneterre apporte la nouvelle de la prinse de Juliers[27]; le Roi l'entendant dit haut et gaiement: _C'est moi qui l'ai prins_.

[27] Par Maurice de Nassau.

_Le 8, mercredi, à Paris._—A six heures et un quart, levé, vêtu, il s'enfuit deçà delà pource que M. de Souvré lui veut débarbouiller le visage; il dit qu'il n'est pas _damoiseau_. A neuf heures mené en carrosse à Notre-Dame[28], ramené à onze heures et demie. A onze heures et trois quarts dîné; il raconte comme il a été à Notre-Dame, _où_, dit-il, _l'on nous a baillé d'une messe de quatre heures_. Joué, mené à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, au sermon de M. Fenoillet[29], évêque de Montpellier, et à vêpres au Louvre.

[28] Jour de la nativité de Notre-Dame.

[29] Pierre Fenouillet, évêque de Montpellier de 1608 à 1652.

_Le 10, vendredi, à Paris._—Un seigneur espagnol venu avec le duc de Feria, lui vient faire la révérence, et, tout aussitôt qu'il l'eût accueilli, le Roi lui dit pour l'entretenir: _Tenez velà le plan de Juliers_, qui venoit d'être prins, et il lui montre par le menu les particularités du siége: Voilà ceci, voilà cela, voilà les François, voilà les Flamands, etc.

_Le 11, samedi, à Paris._—A trois heures et demie, le duc de Feria lui fait la révérence; il se surpassa en contenance et prolation de paroles; les paroles furent: _Je remercie le roi d'Espagne mon frère de la souvenance qu'il a de moi et le prie de s'asseurer que j'aurai envers lui la même affection qu'a eue le feu Roi mon père_; en telle sorte que les Espagnols en étoient tous en admiration, faisant le signe de la croix; d'eux d'entre eux, qui étoient Navarrois, se traînèrent de bien loin, les genoux en terre, lui allant faire la révérence, et ne pouvoient lâcher sa cuisse qu'ils tenoient embrassée. A six heures trois quarts soupé; mangeant d'une plie de Loire, il demanda comment les plies nageoient. Quelqu'un répondit que c'étoit de plat: _C'est donc_, dit-il, _quand elles sont mortes_.

_Le 13, lundi, à Paris._—M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain-en-Laye, lui dit que la Reine lui avoit ôté la capitainerie: _Pourquoi?_ demande le Roi, étonné et fâché.—«Sire, c'est pour la donner à mon fils, à la charge que je serai son lieutenant.»—_Le lieutenant baillera donc le fouet à son capitaine!_ Messieurs et Mesdames partent pour aller à Saint-Germain.

_Le 15, mercredi, à Paris._—Il va chez la Reine, qui lui veut donner des petites besognes, comme des _Agnus Dei_ garnis de diamants; il les refuse assez brusquement, et toutefois en enfant, et désire un petit livre couvert de diamants. Elle l'en refuse, disant que le feu Roi son père le lui avoit donné; il le désiroit pour le mettre en son oratoire; la larme lui vient à l'œil.

_Le 16, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il se promène dans son carrosse tiré par six petits bidets. A six heures et trois quarts soupé; M. du Repaire lui veut représenter les raisons pourquoi M. de Souvré ne trouvoit pas bonne quelque chose qu'il avoit envie de faire. Il le frappe; M. de Saint-Géran le voit, le dit après à M. de Souvré.

_Le 17, vendredi, à Paris._—Pour avoir, le jour précédent, frappé M. du Repaire, il est fouetté un peu serré.

_Le 18, samedi, à Paris._—A quatre heures il monte dans un bateau, est mené jusques aux Bonshommes; ramené de même jusques aux Tuileries.

_Le 19, dimanche, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries, ramené à dix heures et demie chez la Reine; dîné; il mange du muscat porté du pressoir de Fontainebleau. En mangeant tenant son couteau d'une main, de l'autre il bat toujours le tambour sur la table en rêvant, et donne à manger à ses chiens _Ouël_ et _Griffon_. A trois heures il reçoit le comte de Hamton, ambassadeur d'Angleterre, venu pour se condouloir et jurer l'alliance.

_Le 20, lundi, à Paris._—A huit heures il monte à cheval, va chassant dîner à Ruel, y fait venir Mesdames. A onze heures trois quarts dîné; à trois heures et demie Mesdames s'en retournent à Saint-Germain et lui monte à cheval. Il va à Suresnes, chez le sieur Parfait, y a goûté, est ramené en carrosse à Paris.

_Le 21, mardi, à Paris._—Le comte de Hamton le vient trouver; il le mène en sa chambre pour le faire dîner avec lui; puis à douze heures et demie dîné. Le Roi fait porter le potage confit à l'ambassadeur, lui envoie aussi une tourte faite de rognons de poulet; bu du vin blanc à la santé du roi d'Angleterre. Il envoie à l'ambassadeur ses ortolans, ne y touche point; bu à la santé des ambassadeurs du vin blanc. Les ambassadeurs lui envoient dire qu'ils n'oseroient pas prendre la hardiesse de boire à sa santé, mais qu'ils vont boire l'un à l'autre pour sa santé. Il les mène en sa chambre, va aux Feuillants à vêpres, y mène les ambassadeurs, qui ont juré l'alliance offensive et défensive; à leur requête il signa les articles; ce sont les premiers qu'il a signés. Joué au jardin des Tuileries, ramené à sept heures.

_Le 22, mercredi, à Paris._—A huit heures et demie déjeûné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé. A quatre heures et demie mené par la galerie sur la rivière, dans un bateau couvert; mené jusques aux Bonshommes, ramené de même aux Tuileries et de là en carrosse, à sept heures au Louvre.

_Le 23, jeudi, à Paris._—A onze heures il va chez la Reine, là où, la Reine assise près de lui, le sieur Concino, premier écuyer de la Reine, lui prêta le serment de fidélité pour le gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye, lui baisant la main et à la Reine. A quatre heures et demie mené par la galerie aux Tuileries, il fait courir dans la carrière deux louveteaux par ses petits chiens. A sept heures soupé; il se plaint du ventre, et dit que c'est son pourpoint qui le serre trop; il étoit vrai. Il ne le veut point desserrer qu'il n'aye sû si c'est la volonté de M. de Souvré, auquel il l'envoie demander, et qui le lui permet.

_Le 24, vendredi, à Paris._—Il avoit commandé, voulant aller au grand cabinet, à M. Dauzeré, l'un des premiers valets de chambre, de faire sortir ceux qui y étoient; il le fait. A sept heures et demie déjeuné; pendant son déjeuner quelques-uns des gentilshommes ordinaires que le sieur Dauzeré avoit fait sortir s'en plaignent au sieur Dauzeré, qui leur parle un peu brusquement. Il entendoit tout cela et n'en faisoit pas le semblant. Il monte au cabinet des livres pour étudier; le sieur Des Yveteaux lui parle sans sujet de cette noise; il l'écoute, et répond froidement: _Dauzeré a parlé un peu rudement à eux, mais il les y faut accoutumer de bonne heure._

_Le 25, samedi, à Paris._—A onze heures et un quart mené chez la Reine, dîné; il conteste, comme entendu, sur un cerf mal mené qui étoit en la plaine de Grenelle. Les uns disoient qu'il falloit des levriers: _Ho! non_, dit-il en secouant la tête. On lui dit: «Sire, ils ne le prendroient pas, il gagneroit les devants.»—_Il les faut jeter en tête._ Joué, étudié, etc. A deux heures goûté; mené en carrosse à la plaine de Grenelle pour courir le cerf dont on lui avoit fait le rapport. Il monte à cheval, voit donner les chiens et courir le cerf par la plaine, fait aller M. de Frontenac après; le cerf ne fut point prins. A neuf heures et demie devêtu; mis au lit, il s'amuse à railler; M. de Termes lui faisoit des contes.

_Le 26, dimanche, à Paris._—A sept heures et demie déjeuné; il envoie querir ses petits hommes de plomb, en dresse des escadrons sur la table percée.

_Le 27, lundi, à Paris._—Mené à la messe aux Cordeliers, où il a ouï le sermon de P. Fenoillet, évêque de Montpellier[30]; ramené à onze heures chez la Reine, où il a reçu le serment du sieur Concino pour premier gentilhomme de la Chambre, par la démission de M. de Bouillon. A onze heures et demie dîné; M. le chancelier le vient instruire de ce qu'il doit répondre à MM. de la cour de Parlement, qui étoient en sa chambre pour lui dire adieu, s'en allant à son sacre, M. le président Forget porta la parole. A trois heures goûté; le comte de Hamton, ambassadeur d'Angleterre vient prendre congé de lui. Amusé doucement, à cause de la pluie, dans la galerie.

[30] Le Roi entrait ce jour-là dans sa dixième année.

_Le 29, mercredi, à Paris._—A neuf heures et un quart devêtu, mis au lit, il fait chanter le Bailly; il y avoit aussi un Espagnol qui chantoit et en espagnol. Mme de Guise lui dit qu'il commandât à Bailly de chanter en espagnol: _Non, il pourroit faillir; il faut que chacun chante en son langage._

_Le 30, jeudi, à Paris._—Il y avoit sur sa table de l'étude _Les emblêmes d'Horace_, imprimés à Anvers; il s'amuse à lire le privilége qui étoit en cet ordre: «Du Pape, du roi d'Espagne et du roi de France.» Il prend la plume et l'encre, et, sans dire mot, il efface tout couvert d'encre _le roi d'Espagne_, et entre deux, après _le Pape_, il écrit _le roi de France_[31], et, sans en faire semblant, quitte la plume. A trois heures goûté; mené en carrosse au bois de Vincennes, il va voir son bâtiment, chasse au parc.

[31] _Q. Horatii Flacci emblemata, imaginibus in æs incisis, notisque illustrata, studio Othonis Vœni.—Antuerpiæ_, 1607, in-4º. A la fin du livre, l'approbation donnée à Anvers le 15 mars 1607 est accompagnée de cette indication: _Privilegiis Pontifico, Cæsareo, Regum Hispaniæ et Galliœ, et Principium Belgii, cautum est, ne quis hæc emblemata aut alia ejusdem auctoris opera imitetur_. L'exemplaire conservé au cabinet des Estampes de la Bibliothèque Impériale (nº T a 11) est aux armes de Louis XIII et porte cette correction faite à l'encre: _Privilegiis Pontifico, Cæsareo, Regum Galliæ et Angliæ, Principium Belgii, etc_.

_Le 1er octobre, vendredi, à Paris._—A sept heures, déjeuné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé; mené par la galerie aux Feuillants, ramené en carrosse à dix heures et demie chez la Reine. A onze heures, dîné, étudié, etc. A trois heures, goûté, mené en carrosse chez la reine Marguerite, ramené à six heures et demie.

_Le 2, samedi, voyage._—Éveillé à cinq heures, levé avec allégresse et impatience de partir pour aller à son sacre. A six heures et demie, déjeuné; botté à sept heures, il entend la messe en Bourbon. A sept heures trois quarts il entre en carrosse et part de Paris pour aller à Reims. Dîné à dix heures à Livry; peu après il monte à cheval, est allé à la chasse. A trois heures goûté à la campagne; arrivé à Fresne par les allées, il se y promène à pied et à cheval. La Reine, qui avoit dîné à Bondy, arrive à cinq heures et demie. A sept heures soupé; il s'amuse en son cabinet à peindre, fait lui-même ses couleurs sur le cuivre, peint sur la toile l'Avarice et la Prudence, vêtues, assez bien, y est attentif, fait toutes les actions que sauroit faire un peintre, à la fin serre lui-même ses couleurs et ses pinceaux.

_Le 3, dimanche, voyage._—A sept heures trois quarts il part de Fresne en carrosse et va à Meaux, c'est la première fois, où il a dîné. Peu après il monte à cheval, vient chassant par Trie-le-Port et arrive à quatre heures à Monceaux. Il se va promener par les allées dans l'étang vidé, va jusques à la bonde; M. de Souvré lui dit par diverses fois qu'il ne donnoit pas de louanges aux belles choses et mêmement à celles qu'il venoit de voir; se sentant pressé, il répond: _Mais, mousseu de Souvré, savez-vous pas bien que je suis pas grand parleur?_

_Le 4, lundi, à Monceaux._—A sept heures et demie déjeuné, étudié, etc. Mené à la chapelle puis au parc; mené à la chasse en carrosse.

_Le 5, mardi, à Monceaux._—A sept heures et demie déjeuné, étudié; son précepteur lui commença sa leçon par la louange des romans, et lui demanda s'il pensoit pas que la lecture des romans fût pas suffisante pour instruire un prince: _Non_, répond le Roi.

_Le 6, mercredi, à Monceaux._—En étudiant il s'amuse à dresser des escadrons en diverses sortes avec ses hommes de plomb, sur la table percée; son précepteur lui dit que, selon Platon, les dieux étoient par dessus les rois comme les rois étoient par dessus les hommes et les capitaines. Il répond soudain: _Oui, mais il n'y a qu'un Dieu, il y a plusieurs rois_. Mené en carrosse ouïr la messe aux Bonshommes, où lui sont offerts des raisins par eux; ramené à onze heures et demie, dîné; peu après il va jouer à la balle en la galerie.

_Le 7, jeudi, à Monceaux._—Mené en carrosse à la chasse du cerf, hors du bois il monte à cheval, le voit prendre dans la rivière.

_Le 8, vendredi, à Monceaux._—Il disoit à M. de Bellegarde, grand écuyer, qu'il avoit une arbalète: «Sire, dit-il, vous en tirez bien.»—_Non, je tire pas bien, mais peu à peu nous apprendrons._—Il avoit un jeune garçon nommé César qui avoit été laquais; il le fit cocher de son petit carrosse à bidets et l'aimoit, en parloit souvent. On lui demanda pourquoi il l'aimoit, il répond soudain: _Pource qu'il est homme de bien_. Mené au parc à cheval, il prend un chevreuil, fait ce qu'il peut pour faire ruer le petit mulet sur quoi étoit monté M. de Souvré, tâchant d'une houssine à atteindre la croupe. M. de Bonnivet le suivoit à cheval, et il n'y avoit autre que lui; le Roi se retournant lui dit: _Pourquoi allez-vous à cheval?_—«Sire, pource que je n'ai pas bonnes jambes.»—_Il ne faut donc pas que vous veniez ici après moi._

_Le 9, samedi, à Monceaux._—Mené à la messe en la galerie, il donne le bonjour à la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse, va à l'abbaye de Jouarre contre son gré et bien forcé; M. de Souvré le y porta[32]; il faisoit fort mauvais temps de vent et de pluie. Ramené à cinq heures, il se va promener dans le parc, dans son petit carrosse à six bidets, que le sieur Constance, écuyer ordinaire, avoit fait couvrir; à cinq heures trois quarts il va chez la Reine. A huit heures et demie il étoit las; dévêtu, mis au lit, il ne veut pas que l'on ouvre le pied du lit quand il se couche, pour n'être vu du monde qui étoit en sa chambre, que l'on fait sortir.

[32] L'y décida.

_Le 10, dimanche, à Monceaux._—Il s'amuse à mettre en diverses figures de bataillons ses hommes de plomb sur la table percée, n'en peut partir.

_Le 11, lundi, voyage._—A sept heures déjeuné, mené à la messe, puis monté à cheval, mené à la Trousse, maison du capitaine de la porte; il y a dîné à dix heures trois quarts. A une heure il monte à cheval, et à quatre heures et demie arrive au château de Gandeleu. A six heures et demie soupé; il va chez la Reine. A huit heures et demie mis au lit, il se fâche de ce qu'il y avoit trop de monde en la chambre et dit: _On y laisse entrer toute sorte de personnes_.

_Le 12, mardi, voyage._—Mené à la messe, puis à huit heures il entre en carrosse et part de Gandeleu; il va au Buisson, maison de M. le vicomte d'Ouchy[33], près de Coincy. A une heure il part du Buisson, est mené en carrosse et arrive à quatre heures à Fère en Tardenois, est logé au bourg, chez le grenetier. Il s'en va au château, le visite tout, va au parc après les daims; ramené à six heures, il va au-devant de la Reine, qui arrivoit.

[33] Eustache de Conflans, chevalier d'honneur de la reine Marie de Médicis; mort en 1628.

_Le 13, mercredi, voyage._—Déjeuné, étudié, mené à la messe, puis en carrosse au parc, où il est mis à cheval, court les daims, en fait prendre un pour le faire nourrir. A une heure il part de Fère, entre en carrosse et arrive à Fismes à quatre heures, est débotté; demi-heure après M. de Souvré lui demande s'il vouloit aller se promener?—_Oui, mais je ne saurois aller à cheval sans bottes._—«Vous irez à pied, il fait beau aller.»—_Ho! non; velà qui seroit beau, j'irois à pied et l'on me suivroit à cheval!_—«Il faut reprendre la botte.»—_J'aime donc mieux que l'on me botte._ A cinq heures et un quart il monte à cheval, est promené dehors. A huit heures dévêtu, mis au lit, il dit à M. de Souvré, qui tenoit la bougie: _Mousseu de Souvré, sautez pour voir si le plancher branle_; il étoit pesant, et pour couvrir la raillerie il dit: _Si j'étois debout je sauterois, je le ferois bien branler._

_Le 14, jeudi, voyage._—Éveillé à cinq heures, doucement, il dit qu'il n'a point dormi, qu'il a entendu courir la poste toute la nuit, et les charretiers qui crioient: _Dia_. A sept heures et demie il entre en carrosse et part de Fismes, se trouve mal en chemin, a mal au cœur; ce dit, il s'appuye sur M. de Souvré. Il étoit légèrement vêtu, il faisoit bien froid et il avoit mal reposé la nuit. Il arrive à deux lieues de Reims à.....[34], où il a bien dîné; à une heure il entre en carrosse, et à une demi-lieue de la ville monte à cheval pour son entrée; et, après avoir entendu patiemment toutes les harangues, il entre à Reims, va à Notre-Dame environ les cinq heures trois quarts. On lui prend son cheval; c'étoit un barbe blanc, il le veut ravoir. A sept heures soupé.

[34] Héroard a laissé ce nom en blanc.

_Le 15, vendredi, à Reims._—A sept heures et demie déjeuné, étudié; mené en carrosse à Saint-Remy, ramené à onze heures, il va chez la Reine, puis à onze heures et un quart dîné. A deux heures et demie mené à Saint-Pierre, où il a goûté; ramené à cinq heures, il va à vêpres à Notre-Dame. A huit heures trois quarts devêtu, mis au lit; l'on parloit d'une querelle qu'il y avoit entre quelques-uns de la musique et demandoit-on comment ils se battroient; il répond: _Il faut qu'ils se battent avec des luths_.

_Le 16, samedi, à Reims._—Il blâme Outrebon, l'un des musiciens de sa chambre; c'est celui qui le jour précédent avoit pris querelle contre Guédron, autre musicien et qui avoit montré à Outrebon: _Mais velà qui est beau! Outrebon qui se veut battre contre Guédron, et Guédron lui a montré tout ce qu'il sait_, et le trouvoit fort mauvais. Mené en carrosse à Saint-Nicaise, ramené à dix heures trois quarts. A trois heures mené en cérémonie à Notre-Dame pour ouïr vêpres et recevoir l'ordre de confirmation; il est confessé par le P. Coton, de la compagnie des Jésuites, puis à cinq heures et demie reçoit l'ordre de confirmation par M. le cardinal de Joyeuse. Ramené à six heures, il se joue à atteler ses petits gentilshommes l'un à la suite de l'autre et les touche devant soi[35].

[35] C'est-à-dire qu'il les touche du fouet en les conduisant.

_Le 17, dimanche, à Reims._—Éveillé à cinq heures, levé, mené et couché en son cabinet, dans son lit de parade, où MM. les pairs le sont venus trouver pour le mener à Notre-Dame pour le sacrer. Il entre en l'église à neuf heures et demie, est reçu par l'illustrissime François, cardinal de Joyeuse; MM. les princes de Condé, de Conty et comte de Soissons représentoient les ducs de Bourgogne, de Normandie et d'Aquitaine, MM. les ducs de Nevers, d'Elbeuf et d'Épernon les comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse. Sur les onze heures fut conduite la sainte ampoule par MM. les marquis de Sablé, baron de Biron, baron de Nangis et baron de Rabat, portée par Dom Lépagnol, grand prieur de Saint-Remy; sur midi, il reçoit l'onction, est conduit sur le pupitre. Les pairs le baisent par deux diverses fois; il donne un petit soufflet à M. d'Elbeuf, gaiement, et essuie sa joue. Il fut remarqué que, aux deux fois qu'il fut baisé par M. d'Épernon, il porta ses deux mains à sa couronne pour l'assurer en sa tête. Il va à l'offrande, communie; en marchant il tâchoit d'attraper la queue du manteau de M. de la Châtre, qui marchoit devant lui, faisant l'office de connétable. Il supporta fort vertueusement toute la fatigue de cette cérémonie qui se termina à deux heures et un quart. Ramené, on le vouloit faire reposer dans un lit; encore qu'il fût un peu las, il dit qu'il avoit faim. A deux heures et demie dîné de la viande de MM. de la ville, apprêtée et servie par ses officiers, M. le maréchal de Lavardin faisant la charge de grand maître; bu du vin blanc, il boit à la santé de MM. les pairs. Il va en sa chambre, se fait mettre au lit, se fait apporter sa table percée et s'amuse à dresser des bataillons avec ses hommes de plomb, puis à faire des engins de cartes. A six heures M. de Souvré le fait lever et vêtir un habillement neuf, dont il entre en mauvaise humeur et s'apaise à la fin. Mené chez la Reine; à huit heures et demie mis au lit.

_Le 18, lundi, à Reims._—A huit heures et demie déjeuné, étudié; à dix heures et un quart il monte à cheval, vêtu de satin blanc en broderie d'argent, sur un cheval blanc, est mené à la messe à Saint-Remy. A trois heures trois quarts mené à Notre-Dame pour être fait chevalier du Saint-Esprit, il entend les vêpres; à cinq heures trois quarts il est fait chevalier par M. le cardinal de Joyeuse, puis fait chevalier M. le prince de Condé. Le cardinal de Joyeuse ne le voulut pas être après lui, bien qu'il eût été autrement résolu et qu'il l'eût consenti; il (le cardinal) eut dans l'église une longue conférence avec le cardinal de Gondi: l'on eut opinion qu'il lui avoit fait changer d'avis. Quand le Roi lui demanda pourquoi il le refusoit, il répondit d'autant qu'il étoit le premier prince de l'Église et qu'il plût à Sa Majesté de le conserver en son droit; le Roi lui dit: _Il faut parler à la Reine ma mère, je puis pas résoudre cela_; il ne fut pas fait chevalier. Le Roi reçoit les chevaliers gaiement; comme ils le vont baiser, il prend la barbe à M. le Grand en riant, en disant: _Velà un honnête homme_.

_Le 19, mardi, à Reims._—A huit heures et demie il entre en carrosse pour aller dîner à Cosson, maison du baron du Tour, à deux lieues de Reims; il monte à cheval, vole la perdrix, en prend six. Mis en carrosse, il revient à Reims à cinq heures trois quarts; amusé doucement chez la Reine jusques à huit heures et demie. Dévêtu, il feint de dormir pendant qu'on le devêtoit; mis au lit, comme M. de Souvré eût dit: «C'est à cette heure à bon escient qu'il dort,» il s'ébouffe de rire.

_Le 20, mercredi, voyage._—A sept heures déjeuné; il ne veut point aller à la messe à pied et dit: _Velà qui est beau que j'aille à pied par les rues!_ Et toutefois M. de Souvré insistant, il va à pied à la messe à Saint-Pierre pour favoriser l'abbesse. A huit heures et demie il part de Reims à cheval et s'en va dîner à quatre lieues de là, à Cormicy. A une heure et demie il monte à cheval et, chassant par le Pont-à-Vesle, arrive à quatre heures trois quarts à Saint-Marcoul[36], se va jouer sur le préau. A six heures et trois quarts soupé.

[36] Bourg de France en Picardie, au diocèse de Laon. «Il dépend de l'église de Saint-Remi de Reims: on tient que les rois de France y doivent faire un voyage aussitôt qu'ils sont sacrés et que c'est en ce lieu là qu'ils reçoivent le pouvoir de guérir des écrouelles.» (_Dictionnaire géographique_ de La Martinière.)

_Le 21, jeudi, à Saint-Marcoul._—Il va à confesse en son cabinet au P. Coton, jésuite, puis à huit heures et demie déjeuné. Il va à la messe et à dix heures un quart revient en la cour du logis où il y avoit neuf cents et tant de malades des écrouelles qu'il a touchés aussi sûrement et dextrement comme s'il s'y fût souvent exercé; il se repose quatre fois, mais peu, ne s'assit qu'une seule fois. Il blêmissoit un peu de travail, et ne le voulut jamais faire paroître, ne voulut pas prendre de l'écorce de citron. Il demande à un malade d'où il étoit, lui paroissant étranger; le malade répond: «De Lorraine.»—_Donnez-lui un quart d'écu._ C'étoit pour être étranger et qu'il avoit entendu que l'on en donnoit autant aux étrangers. A onze heures et demie parachevé; à onze et trois quarts dîné. Il monte à cheval, est mené à la chasse.

_Le 22, vendredi, voyage._—A huit heures et demie il monte à cheval, part de Saint-Marcoul et, par le Pont-à-Vesle, va dîner à Missy; à une heure il remonte à cheval et va chassant, arrive à cinq heures à Brene.

_Le 23, samedi, voyage._—A sept heures et un quart déjeuné; il va à la messe à l'abbaye, puis, à huit heures part de Brene, entre en carrosse, va à Auchy-la-Ville, où il arrive à dix heures trois quarts; à onze heures il y a dîné. Peu après il entre en carrosse, et à quatre heures et demie arrive à la Ferté-Milon; il va aussitôt aux jardins. Il s'amuse à faire des paniers de menu jonc, en fait faire à M. le Grand.

_Le 24, dimanche, voyage._—Il va à la messe à la petite chapelle de la maison qui étoit à M. le marquis de Noirmoustier, puis, à huit heures et un quart, part de la Ferté-Milon en carrosse et va à Tresmes, maison de M. de Gesvres, secrétaire d'État, où il arrive à dix heures trois quarts. Il va aux jardins, aux allées; à une heure trois quarts il monte à cheval, et par le bac de Tancrou arrive à quatre heures à Monceaux.

_Le 25, lundi, à Monceaux._—Déjeuné, étudié, mené à la messe à la chapelle, puis au parc. Mené en carrosse à la garenne, il passe le bac à Trie-le-Port, monte à cheval, voit prendre un loup et une louve.

_Le 26, mardi, à Monceaux._—Dîné avec impatience pour la chasse; à une heure il part en carrosse avec la Reine pour aller à la chasse du cerf.

_Le 27, mercredi, à Monceaux._—A dix heures et demie dîné, joué, étudié; à deux heures il entre en carrosse avec la Reine, est mené à la volerie, où il monte à cheval.

_Le 28, jeudi, à Monceaux._—Mené en carrosse ouïr la messe aux Bonshommes. A une heure il entre en carrosse avec la Reine pour aller à la chasse du cerf; il faisoit grand froid.

_Le 29, vendredi, voyage._—A huit heures il monte à cheval et va dîner à Meaux. A une heure il monte à cheval, va à la chasse au loup, et à quatre heures trois quarts arrive à Fresne; débotté, il va aux jardins. A cinq heures et demie il va au-devant de la Reine, monte en sa chambre, joue avec elle; elle lui prête de l'argent et lui en donne le gain pour le donner aux pauvres. Il gagne cinquante écus, les prend, dit que son souper est sur la table et s'en va[37], son argent dans un mouchoir; il arrive en sa chambre, montre son gain, s'en réjouit, et dit que c'est pour donner aux pauvres.

[37] Héroard a mis en note en marge: «Coupe-queue au jeu»; c'est ce que l'on a nommé depuis: faire Charlemagne, se retirer du jeu avec tout son gain.

_Le 30, samedi, voyage._—Il est mené à la chapelle, puis entre en carrosse et, par Mongeay, est mené au bois de Vincennes. A deux heures il entre en carrosse jusques à Piquepusse, où il trouve ses grands chevaux, monte à cheval et arrive à cinq heures à la porte Saint-Antoine. Le prévôt des marchands et tous les officiers de la Ville furent au-devant de lui; il fut tiré cent canonnades de cent canons, que M. de Sully avoit fait mettre sur les remparts. Il arrive à sept heures au Louvre, est débotté, dévêtu, se fait mettre au lit. Soupé; il se lève, prend sa robe et ses bottines et se va coucher en la chambre de la Reine, où il souloit coucher depuis la mort du Roi.

_Le 31, dimanche, à Paris._—A huit heures déjeuné; mené par la galerie aux Feuillants et joué aux Tuileries; ramené en carrosse à dix heures trois quarts, il va en la galerie où étoit la Reine et, à onze heures et un quart les députés de la cour de Parlement, MM. les présidents de Blancmesnil (qui porta la parole) et Molé, avec quatre conseillers, le vinrent saluer; et aussitôt MM. des Comptes firent de même. M. Nicolaï, premier président, porta la parole, accompagné de M. le président de l'Aubespine. Mené à vêpres à Saint-Germain-des-Prés, puis mené aux Tuileries; ramené à cinq heures et demie, il va chez la Reine, où il fait la guerre à M. de Courtenvaux, nouvellement marié, auquel il veut faire baiser sa femme[38] en présence de la Reine et lui dit: _Non, je croirai pas que vous soyez marié, que je ne vous aie vu baiser votre femme._

[38] Catherine de Neufville, qui avait épousé, par contrat du 3 mai 1610, Jean de Souvré, marquis de Courtenvaux, fils du gouverneur de Louis XIII. Elle fut depuis dame d'atours de la reine Anne d'Autriche, et mourut en 1657.

_Le 1er novembre, lundi, à Paris._—A neuf heures mené en carrosse à la messe, à Notre-Dame, ramené à midi; à deux heures mené en carrosse au sermon et à vêpres à Saint-Eustache puis aux Tuileries.

_Le 2, mardi, à Paris._—Éveillé à cinq heures il se fait entretenir tout bas, de peur d'éveiller la Reine, par Catherine, femme de chambre, jusques à six heures. Il donne le bonjour à la Reine, va en sa chambre, entretient sérieusement M. le comte Henri de Nassau, frère du prince Maurice, de la chasse, des lieux où il y a plaisir à la chasse, comme Saint-Germain. Mené en carrosse à trois heures chez la reine Marguerite.

_Le 3, mercredi, à Paris._—A sept heures mis en carrosse, mené à la messe aux Feuillants puis à Ruel, où il arrive à dix heures; Messieurs, ses frères, et Mesdames, ses sœurs, y arrivent, et à onze heures ont dîné avec lui. A trois heures remis en carrosse, Messieurs et Mesdames retournent à Saint-Germain et lui à Paris; il y arrive à cinq heures et demie.

_Le 4, jeudi, à Paris._—A six heures trois quarts déjeuné, écrit, tiré des armes, dansé; son précepteur étoit malade.

_Le 6, samedi, à Paris._—A trois heures et demie il donne audience au clarissime Vénier, ambassadeur extraordinaire de Venise, pour le compliment de son avénement à la couronne; il va en la galerie, où il se met dans son petit carrosse et le fait tirer par deux de ses dogues.

_Le 7, dimanche, à Paris._—Mené par la galerie aux Tuileries, où il fait courir un loup qui se jeta dans l'étang, où il fut pris.

_Le 8, lundi, à Paris._—Il va en la galerie donner le bonjour à la Reine; on lui présente un caméléon. A onze heures trois quarts dîné; il dit qu'il aimera à bâtir, voyant de la table travailler les ouvriers qui couvroient le pavillon des Tuileries du côté de la rivière.

_Le 9, mardi, à Paris._—A sept heures et demie il entre en carrosse pour aller à la chasse au loup, à Colombes, où il a dîné à onze heures. Une heure après il monte à cheval, va courir le loup, le prend, en court un autre, qui se sauve; ramené et arrivé au Louvre à trois heures et demie. A six heures et trois quarts soupé; il me dit qu'il n'a pas envie de manger et qu'il voudroit bien avoir un lait d'amandes; il étoit las et avoit envie de dormir. Il monte en son cabinet des livres pour se y jouer avec des petits hommes du palais que M. le marquis d'Ancre lui avoit donnés, mais il défend de dire que ce fût pour cela; il y fait monter sa musique de luths, et les fait jouer pendant qu'il se joue, _quasi aliud agens_. A huit heures trois quarts il va donner le bonsoir à la Reine.

_Le 10, mercredi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, il court et prend un chevreuil porté aux Tuileries.

_Le 11, jeudi, à Paris._—A trois heures mené en carrosse à l'Arsenal, il se joue et court beaucoup au jardin.

_Le 12, vendredi, à Paris._—A deux heures mené en carrosse à la Roquette, où il a couru un cerf qu'il y faisoit nourrir; ramené à cinq heures, et à six heures soupé. Il va chez la Reine, est amusé jusques à huit heures et un quart, a envie de dormir, donne le bonsoir à la Reine et va en sa chambre, où il est dévêtu, puis en son cabinet joignant la chambre de la Reine, où il a couché. Amusé pour l'empêcher de dormir, il prie Dieu, fait jouer de l'épinette La Chapelle, excellent joueur qui étoit à lui, fait chanter le Bailly et jouer du luth.

_Le 14, dimanche, à Paris._—Éveillé à six heures, levé, vêtu, il donne lui-même à manger à ses petits oiseaux; à sept heures et demie déjeuné; il va en la galerie, où il se joue, fait tirer son petit carrosse par ses chiens, lui dedans. A huit heures mis au lit; il demande à jouer et sa musique de peur de s'endormir si tôt; joué à gillet[39], aux cartes, et en jouant il commandoit à sa musique. Quand ils cessoient: _Chantez, chantez_, disoit-il, ainsi que souloit faire le feu Roi son père, duquel il avoit toutes les mêmes actions.

[39] Les règles de ce jeu de cartes sont encore indiquées dans l'_Académie universelle des jeux_, édition de 1730, page 333.

_Le 15, lundi, à Paris._—A six heures et trois quarts déjeuné, étudié, écrit, dansé; il se ceint d'un cimeterre avec la ceinture à la Turque, faite d'un tissu et se panadoit; il se met en posture disant: _Je veux avoir ainsi ce cimeterre quand l'ambassadeur d'Espagne me viendra voir_. Il demande à jouer au volant en attendant son tireur d'armes. Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval et court un lièvre; ramené à cinq heures, il joue à la poule, jeu de cartes, avec la Reine.

_Le 16, mardi, à Paris._—Mené en carrosse à Meudon, où il a dîné, au château; à une heure il va au parc courir un chevreuil. Ramené en carrosse, il va chez la Reine, et à six heures soupé. Il étoit las, à demi endormi; il avoit fait tout ce jour un grand brouillas (_sic_) et mouillant comme de la pluie. Le duc de Feria, ambassadeur extraordinaire d'Espagne, lui envoie deux pleins bassins de petits gants d'Espagne par des valets; il le remarqua, car aussitôt qu'ils furent sortis il dit: _Voyez quelles gens ce sont; ce sont des estafiers._

_Le 19, vendredi, à Paris._—Il fait chevalier de l'accolade l'ambassadeur de Venise, venu ambassadeur extraordinaire devers Sa Majesté, avec une incroyable adresse, en présence de la Reine, qui voulut y assister; ce fut le premier qu'il aye fait, qui s'en alla si content qu'il ne pouvoit faire partir sa vue de dessus lui. A huit heures dévêtu, mis au lit, il se fâche contre M. de Souvré et lui dit: _Vous ne m'aimez pas aujourd'hui, vous m'avez dit que j'étois un enfant._

_Le 20, samedi, à Paris._—Son précepteur lui demande: «Sire, sur quel prince ou roi commencerez-vous un jour à faire la guerre? Je sais bien que le Turc est infidèle, mais sur quel autre roi?»—_Je vous le dirai pas_, répond le Roi, gravement[40]; il mettoit en bataille ses hommes de plomb sur la table verte percée. Il s'amuse à courir après ses petits oiseaux, qu'il avoit mis dehors dans son cabinet des livres. A huit heures mené par la galerie aux Capucins et aux Tuileries; il voit courir deux loups qu'il avoit fait porter dans la carrière de l'écurie, puis un chevreuil dans le jardin. Ramené en carrosse chez la Reine à onze heures, puis dîné; il est mené en carrosse à la plaine de Grenelle, où il est monté à cheval pour courir le lièvre; il court beaucoup.

[40] Héroard dit: _Graviter, subito et aliud agens_.

_Le 21, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres pour la veille de la Sainte-Cécile. Il va chez la Reine, y joue à gillet, gagne six écus.

_Le 22, lundi, à Paris._—A sept heures déjeuné, étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il se met en mauvaise humeur pour ce que M. de Souvré le vouloit mener à Notre-Dame; il ne vouloit pas, à cause, disoit-il, qu'il y auroit une grande messe. «Oui, Sire, lui dit M. de Souvré, mais il y aura de la musique, que vous aimez tant.»—_Oui, mais il y en a de deux sortes, il y en a une que j'aime point_; c'étoit le plain-chant. M. de la Noue, gentilhomme, heurta pour entrer, M. de Souvré commande de lui ouvrir la porte! _Hé! mousseu de Souvré, je vous prie que non._—«Pourquoi, Sire?»—_Pource qu'il me verroit en mauvaise humeur._ Enfin mené en la galerie, puis en carrosse à la messe à Notre-Dame, à son corps défendant. A trois heures, après avoir donné audience à l'ambassadeur de Mathias, roi de Hongrie, il est mené en carrosse à vêpres, aux Augustins.

_Le 24, mercredi, à Paris._—Mené à la galerie et à la boutique d'un marchand qui avoit des besognes de la Chine; ramené à dix heures, il entend la messe en son cabinet, puis va au conseil et en sort à onze heures. A cinq heures il va en la galerie, y fait atteler ses dogues à son petit carrosse, et fait du carrossier[41]; il va chez la Reine, y joue au poirier, au grand cabinet.

[41] Contrefait le carrossier.

_Le 26, vendredi, à Paris._—Il s'amuse à peindre en étudiant.

_Le 27, samedi, à Paris._—Éveillé à deux heures après minuit, en sursaut, criant fort haut: _Madame de Guise!_ Il se rendort jusqu'à six heures trois quarts. A onze heures dîné, bu du vin blanc; peu après il demande encore à boire, puis dit tout à coup: _Non, non, j'en veux point_; il rêvoit quelquefois ainsi en mangeant. A trois heures goûté, mené en carrosse chez la reine Marguerite, joué, couru, sauté au jardin. Ramené à cinq heures, il va chez la Reine, revient en sa chambre, y voit jouer un Espagnol joueur de gobelets; il découvre une partie de ses jeux.

_Le 30, mardi, à Paris._—A onze heures dîné; tout le long du dîner et du souper il s'amuse à jouer du tambour avec son couteau et la queue de sa cuiller, battant sur la table, sur les vaisselles, sur l'assiette, sur le cadenat[42].

[42] Coffret d'or ou de vermeil, contenant le couteau, la cuiller, etc., qu'on servait à la table du Roi.

_Le 1er décembre, mercredi, à Paris._—A sept heures et demie, étudié, écrit, tiré des armes, dansé. A huit heures mené en la galerie, puis en la chambre d'un marchand qui avoit des marchandises de la Chine. A deux heures et demie mené en carrosse au bois de Vincennes; il faisoit grand froid. Il chasse au parc, à cheval, est ramené et a goûté en carrosse. Pendant son souper il me raconte comme il s'étoit échauffé, puis en revenant mis du long du carrosse[43]: _Je me suis couvert des mandilles de mes laquais, qui étoient doublées de frise; cela est chaud; j'étois si à mon aise!_

[43] Il s'était étendu dans le carrosse.

_Le 2, jeudi, à Paris._—A sept heures et un quart il part aux flambeaux, entre en carrosse, va aux Capucins, où il entend la messe, puis arrive à Ruel, où il a dîné à onze heures, y ayant donné à dîner à Madame, à Mme Christienne et à Mlle de Vendôme. Ramené en carrosse, il arrive à quatre heures et demie; à six heures et demie soupé. Il va en son cabinet, commande à l'huissier de ne laisser entrer personne sans lui demander son nom et le lui venir dire; il aimoit quelquefois être en particulier. Il se fait donner des cartes et des ciseaux dont il les coupe en diverses façons, va donner le bonsoir à la Reine.

_Le 3, vendredi, à Paris._—A sept heures trois quarts, déjeuné; il monte en son étude, se fait lire _la Gazette_ apportée de Rome, l'écoute attentivement, demande ce qu'il n'entend point. Il y avoit une clause parlant bien de Sa Majesté: comme il réussissoit; prompt; d'un esprit vif; amateur des armes et des lettres, et desireux de savoir toutes choses selon les occurrences et tout au grand contentement des gens de bien; son précepteur lui demanda s'il lui plaisoit qu'il la lût encore: _Non, non_, répond le Roi, témoignant (ce qui étoit de son naturel) de n'aimer pas la flatterie.

_Le 4, samedi, à Paris._—A trois heures goûté; mené à la galerie, là où l'on fait les doubles[44].

[44] Où l'on fabriquait les doubles louis.

_Le 5, dimanche, à Paris._—A dix heures trois quarts dîné; il va à la fenêtre pour voir entrer en garde les compagnies; à deux heures mené en carrosse aux Bonshommes, ramené de même.

_Le 7, mardi, à Paris._—Il va à la messe en la chapelle de l'antichambre de la Reine, puis va sur la balustre de la galerie voir passer les compagnies qui entroient et sortoient de garde. Étudié; mené en carrosse à la verrerie, il y fait plusieurs besognes.

_Le 8, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Germain-de-l'Auxerrois.

_Le 10, vendredi, à Paris._—Il est mené chez la Reine, puis va à la messe à la chapelle de l'antichambre de la Reine. Joué en la galerie; il va chez le marchand qui a des besognes de la Chine. Il va donner le bonsoir à la Reine; mis au lit, il fait chanter des noëls.

_Le 11, samedi, à Paris._—Éveillé à cinq heures et demie, il se veut lever à toute force; M. de Souvré l'empêche; enfin, levé à sept heures, blême, le visage abattu, enrhumé. Étudié; mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries, ramené en carrosse. Mené en carrosse à la Roquette, il monte à cheval, y court un cerf privé. Mis au lit il fait chanter des noëls.

_Le 12, dimanche, à Paris._—A sept heures et demie déjeuné; il monte au cabinet des livres, s'amuse à petites choses. A trois heures mené en carrosse aux Jésuites de Saint-Louis, au sermon et à vêpres. Ramené, il va chez la Reine; à six heures et un quart soupé. Peu après il s'endormoit sur sa chaise en attendant M. de Souvré; l'on prend la chaise à bras et on la fait sauter allant par la chambre; il dit _qu'il va à courbettes_.

_Le 13, lundi, à Paris._—Mené à la volerie, vers les Ternes; il y est monté à cheval, y a goûté à la campagne. Ramené en carrosse et à six heures soupé; peu après il s'endormoit, il est éveillé à poursuivre une chauve-souris qui étoit entrée dans sa chambre. Il va chez la Reine; mis au lit il fait chanter et chante des noëls.

_Le 14, mardi, à Paris._—Mené en carrosse au parc de l'hôtel de Luxembourg, au faubourg Saint-Germain, il y court un lièvre. A six heures et demie soupé, peu, par impatience de voir jouer des marionnettes. Il va chez la Reine.

_Le 15, mercredi, à Paris._—Éveillé à cinq heures, il est levé, gai et joyeux de ce qu'il lui avoit été permis de se lever, d'autant que sur l'empêchement il se fâchoit, il en pleuroit et disoit que l'on diroit qu'il est paresseux. A sept heures déjeuné, étudié; à dix heures mis en carrosse, botté, mené au bois de Boulogne courir le loup, il y en a pris deux. Ramené à cheval, il parle à tous ceux qu'il rencontre, demande qui ils sont, où ils vont, etc., comme faisoit le feu Roi. Il ne y eut jamais enfant qui eût tant d'actions de père qu'il en avoit du feu Roi.

_Le 17, vendredi, à Paris._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il va chez la Reine, qui étoit au conseil.

_Le 18, samedi, à Paris._—Il fait courir par ses petits chiens un lièvre dans sa chambre. Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, en l'hôtel de Luxembourg; il y monte à cheval, et court un lièvre dans le parc. A cinq heures il va chez la Reine aux fiançailles de M. de Guise et de Mme Henriette-Catherine de Joyeuse, fille de feu Henri de Joyeuse, dit _Père Ange_, capucin, et veuve de feu M. de Montpensier.

_Le 19, dimanche._—M. l'évêque de Bayonne[45], premier aumônier, le veut dissuader d'entendre au Louvre le sermon du P. Coton pour aller ouïr celui d'un jeune docteur à Saint-Paul, où il vouloit aussi aller ouïr vêpres et de là après aller à la Roquette. Il résiste tant qu'il peut, dit que _ces docteurs sont si longs_, jusques à ce que le dit sieur évêque lui eût promis qu'il seroit plus court de la moitié que celui du P. Coton. Alors il consent, et à deux heures est mené en carrosse à Saint-Paul; à l'entrée de la porte il dit à M. de Bayonne: _Souvenez-vous bien de ce que vous m'avez promis_. Il y entend le sermon et vêpres, puis est mené en carrosse à la Roquette, y monte à cheval, et court un cerf privé dans le parc, avec ses chiens.

[45] _Voy._ au 5 septembre précédent.

_Le 20, lundi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants; il se joue au jardin des Tuileries, où il se trouve un chien enragé, qui pilla plusieurs de ses chiens et entre autres son chien favori, _Gayan_, et celui qui avoit la charge de ses chiens. Il donne un grand coup de houssine à ce chien enragé, lequel peu après s'en venoit tout droit à lui sans qu'il fût arrêté par le sieur de Meurs, enseigne aux gardes écossois, qui l'arrêta avec son bâton et le vouloit tuer, si le Roi, par sa naturelle humanité, ne lui eût commandé de ne le faire pas. Ramené à dix heures et demie en carrosse chez lui, il raconte la déconvenue de ses chiens et supplie la Reine de les faire envoyer à la mer. Sa Majesté fait expédier à l'heure une ordonnance pour le veneur[46]; à onze heures il vient pour dîner, me fait l'honneur de m'en dire autant, mais la larme à l'œil, parlant de son veneur et de _Gayan_, disant: _Je voudrois ne avoir point mené Gayan aujourd'hui aux Tuileries_.

[46] Qui avait été mordu.

_Le 21, mardi, à Paris._—Mené à la salle, au sermon du P. Coton, puis aux Tuileries par la galerie.

_Le 22, mercredi, à Paris._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; à deux heures goûté. Il est botté, entre en carrosse pour aller à la volerie; hors la ville, il monte à cheval, vole la corneille, en prend cinq, vole un chat-huant, qui fut pris.

_Le 23, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse au bois de Madrid, il y est monté à cheval, chasse deux loups, vole une corneille, est ramené en carrosse. Il va chez la Reine; à six heures et demie, soupé; il se chauffe, et, de peur de s'endormir, se fait porter dans sa chambre, dans sa chaise, en faisant danser ceux qui le portoient.

_Le 26, dimanche, à Paris._—Il est mené en carrosse à Saint-Étienne du Mont, à vêpres, puis va au parc Sainte-Geneviève, où il court un lièvre avec ses petits chiens.

_Le 27, lundi, à Paris._—Son aumônier, Bologne, lui demandoit où il lui plaisoit d'entendre la messe. Il répond: _Aux Feuillants_. Il avoit neigé; il reconnoît que son aumônier se souriant, faisoit le rétif: _Ho! ho! mon aumônier, vous êtes paresseux, je le vois bien. Vous craignez la neige et moi je y prends plaisir._ Mené par la galerie aux Feuillants, couru au jardin des Tuileries; ramené en carrosse, il va chez la Reine. A deux heures mené en carrosse à Saint-Jean en Grève au sermon et à vêpres, puis chez M. de Roquelaure; il se joue au jardin, court par la neige, s'en joue.

_Le 28, mardi, à Paris._—Il est mené par la galerie aux Feuillants, puis passe le temps au jardin des Tuileries à coups de pelotes de neige.

_Le 30, jeudi, à Paris._—Il va chez la Reine, où, environ une heure, il blêmit fort et soudain, disant qu'il brûle à la gorge et au ventre, demande à se coucher. Mis au lit, il s'amuse à jouer aux cartes avec M. de Vendôme. Amusé à voir un joueur de gobelets, il se fait apprendre les tours. A cinq heures levé, mené chez la Reine, il se joue dans le grand cabinet avec ses petits, à la chaîne et à d'autres jeux; à six heures et un quart soupé. Étant sur sa chaise percée, il se fait mettre sa petite table sur un escabeau, devant, et joue aux cartes, au reversis, contre M. de Vendôme et M. son frère, le Chevalier. Il va chez la Reine, lui donne le bonsoir.

_Le 31, vendredi, à Paris._—Mené en carrosse à la Roquette, où il a couru un cerf privé.

ANNÉE 1611.

Passetemps du Roi.—Peu de goût pour la danse.—Le gâteau des Rois.—Crainte de passer pour paresseux.—Querelle du comte de Soissons et du prince de Conty; insolence de celui-ci.—Tir à l'arbalète.—Le Roi en sentinelle.—Ignorance de l'évêque de Soissons.—Mot du Roi sur la démission de Sully.—Dîner à Ruel.—Les chiens pour larron.—La foire Saint-Germain tenue aux Tuileries.—Le comédien grimacier.—La compagnie de petits gentilshommes.—Préférence donnée aux tableaux sur les diamants.—Fiançailles de Mlle Ricassa; les fornicateurs.—Le peintre Bunel; portrait du Roi par Porbus.—Les dames rabattues.—Peu de goût du Roi pour l'étude.—Oiseaux dressés pour le vol.—Sauteurs et joueurs de marionnettes.—Goûter chez Concini.—Fiançailles de Mlle de Liancourt.—Plaisanterie sur Atlas.—Séjour à Saint-Germain.—Le Roi fouetté.—Retour à Paris.—Première pierre de l'église de Picpus.—Moquerie du Roi envers son précepteur.—Départ pour Fontainebleau.—La galiote du Roi.—Jalousie du Roi.—Les Égyptiens ou bohémiens.—Familiarité de Concini; pudeur du Roi.—Cérémonie du Jeudi saint.—Audience du marquis Spinola.—Pâques du Roi; il touche 660 malades.—Galère neuve du Roi.—Audience du parlement de Paris.—Le turc de M. de Guise.—Le Roi n'aime pas l'ail comme son père.—Congé de M. d'Épernon.—Moines de poterie.—Retour de Fontainebleau à Paris.—Crainte des esprits depuis la mort de Henri IV.—Souvenir de la promesse faite à un soldat.—Visite à M. et Mme Concini malades.—Fête de la Pentecôte; le Roi touche 1,100 malades.—Mot du Roi à Des Yveteaux.—Départ pour Fontainebleau.—Le nain Dumont.—Maladie de M. de Souvré.—La châsse de sainte Geneviève.—Chanson d'un ballet de Henri IV; pleurs du Roi et de M. de Vendôme.—Croyance aux esprits.—Le jeu de colin-maillard.—Compassion pour un paysan.—Tragédies et farces jouées à la Cour.—Générosité envers un jardinier.—Le réveille-matin.—Départ pour Paris; le Roi à l'hôtellerie d'Essone.—Réprimande au baron de Vitry et au chevalier de Vendôme.—Portrait en cire du Roi; sa générosité envers l'artiste.—Le jeu _Je vous prends en ce point_.—Des Yveteaux remplacé comme précepteur du Roi.—Séjour à Saint-Germain.—_La Bradamante_ jouée par les enfants de France.—Départ du chevalier de Vendôme.—Dîner chez M. de Frontenac.—Dispute avec M. de Souvré.—M. de Poutrincourt.—Retour à Paris.—Arrivée du nouveau précepteur Le Fèvre.—Fête de l'Assomption; le Roi touche 450 malades, en est incommodé.—Serment des échevins de Paris.—Première leçon de M. Le Fèvre.—Première commission donnée par le Roi.—Le Roi va à la comédie à l'Hôtel de Bourgogne.—Tours d'escamotage.—Le Roi fouetté.—Mort de la duchesse de Mantoue.—Un chameau dans la galerie du Louvre.—Dispute avec M. de Souvré; mot du Roi à son précepteur.—Anniversaire de la naissance du Roi.—Les ortolans des Tuileries.—Départ pour Fontainebleau.—Le royaume des sots.—Bonnet donné au cardinal de Bonzi.—Mme de Ragny et les guenons du Roi.—Arrivée du prince de Condé.—Les arquebuses du Roi; première arquebusade.—Dicton de Bourgogne sur les clystères.—Timothée, arquebusier de Rouen.—Adresse du Roi au tir.—Combat des dogues anglais contre un ours.—Arrivée de la duchesse de Lorraine.—Le jeu de remue-ménage.—Arrivée du cardinal de Gonzague.—Départ de Fontainebleau pour Paris.—Gasconnade de M. de Souvré.—Mort de la reine d'Espagne.—Une chèvre savante.—Mort de Monsieur, duc d'Orléans.—Le jeu de _quillebouquet_.—Le duc d'Anjou prend le titre de Monsieur.—Première mention du nom de Luynes.—Départ de la duchesse de Lorraine.—Comédies à l'Hôtel de Bourgogne.—Le jeu de billard.—Mots du Roi sur M. de Nevers et sur le prince de Condé.—Scène avec M. de Souvré.—Chasses au vol.—Les faiseurs d'almanachs.—Mot du Roi sur M. de Vastan; sa discrétion au secret.

_Le 1er janvier, samedi, à Paris._—Mené à la chapelle Saint-Louis des Jésuites, au sermon et à vêpres.

_Le 5, mercredi._—Monté au cabinet des livres, il s'amuse à tirer un petit canon lequel il a chargé lui-même de ses carreaux de velours et d'autres manteaux, se met seul dans le timon et tire. Écrit, dansé à regret; il n'aimoit pas la danse de son naturel, et si il faisoit bien; il le fait pour faire les révérences à M. de Souvré, qui le forçoit à les bien apprendre.—A quatre heures il va chez la Reine; il joue dans le grand cabinet, met deux flambeaux allumés au milieu de la place, et, allant à passades, passe entre deux avec M. le chevalier de Vendôme et trois ou quatre de ses petits gentilshommes. Il va dans le petit cabinet, où étoit la Reine, qui fit couper un gâteau des Rois; M. de Souvré, qui y étoit seul homme, fut le Roi. A six heures et demi soupé; il fait couper le gâteau des Rois; l'on demandoit l'endroit de la fève pour la lui faire tomber: _Non je veux pas, il le faut faire comme il viendra_; Dieu fut le roi[47].

[47] La part de Dieu ou des pauvres.

_Le 6, jeudi._—Étudié sans savoir qu'il fût fête. Mené en carrosse à Saint-Séverin, au sermon et à vêpres, puis au faubourg Saint-Germain, en l'hôtel de Luxembourg; il court dans le parc.

_Le 8, samedi._—Éveillé à sept heures, il se plaint, jusques à peu près des larmes, de ce qu'on l'avoit laissé dormir si tard[48]. _Hé quoi, l'on dira que je suis un paresseux; je me veux pas habiller en ma chambre, je veux pas que tant de monde me voie, l'on diroit que je suis paresseux._ Mené en carrosse à la plaine de Grenelle, il monte à cheval, vole la corneille; il faisoit froid, il met pied à terre, et chemine longtemps.

[48] Il se levait ordinairement à six heures.

_Le 9, dimanche._—Mené au sermon et à vêpres à Saint-Merry.

_Le 12, mercredi._—A cinq heures il va chez la Reine, où l'on étoit après pour accorder la querelle de M. le comte de Soissons, du jour précédent, avec M. le prince de Conty, sur la rencontre inopinée de leurs carrosses, et avec M. de Guise, qui avoit répondu pour ledit sieur prince son beau-frère; il écoute tout, retient tout, sait tout, n'en fait pas le semblant.

_Le 13, jeudi._—A onze heures et demie dîné; il sort de la table par impatience d'aller voir sortir et entrer les gardes, et aima mieux se hâter que de les faire attendre, car on lui demanda s'il le vouloit.—Après souper il va chez la Reine, qui étoit en son petit cabinet, en peine pour accommoder la querelle de M. le comte de Soissons avec M. de Guise; M. le prince de Condé y entre brusquement, sans aucun respect, et se couvre tout aussitôt sans saluer le Roi autrement, et s'assied; il parle assis à M. de Bouillon. Le Roi va à M. de Souvré: _Mousseu de Souvré, voyez, voyez Mousseu le Prince; il est assis devant moi, il est insolent._—«Sire, c'est qu'il parle à M. de Bouillon, et ne vous voit pas.»—_Je m'en vas mettre près de lui pour voir s'il se lèvera_; il s'approche près, puis encore plus près, et ne se levant point, le Roi va à M. de Souvré: _Mousseu de Souvré, avous pas vu qu'il s'est pas levé; il est bien insolent._

_Le 15, samedi._—Éveillé à sept heures et demie, il se plaint de ce que l'on l'a laissé dormir si tard, en vient presque aux larmes, disant que tout le monde dira qu'il est paresseux.

_Le 16, dimanche._—Il monte au cabinet des livres, tire au blanc avec une arbalète à argelet (_sic_), tire droit et avec jugement. Mené jouer à la galerie, à cause de la neige, et à la messe en Bourbon. A deux heures mené en carrosse avec la Reine au parc de Madrid.

_Le 19, mercredi._—Étudié, etc.[49]; il se joue en la galerie, fait voler le moineau par un perroquet jaune qui étoit à lui.

[49] Le Roi étudie deux fois par jour: après son déjeûner, de huit à neuf heures, et après son dîner, de midi à une heure.

_Le 20, jeudi._—A deux heures mené en carrosse chez la reine Marguerite.

_Le 21, vendredi._—Mené par la galerie aux Feuillants; il geloit fort et faisoit grand froid; avant que de sortir de son cabinet, il tira de six pas d'une arbalète à argelet, contre un petit oiseau, qu'il tua, l'ayant frappé au milieu de la poitrine; il tiroit justement et avec jugement.

_Le 22, samedi._—Il s'amuse (pendant son dîner) à voir sauter une fille de cinq ans[50]. Mené en carrosse au parc de Madrid, où il a vu pour la première fois faire la monstre à sa compagnie de gendarmes, qu'il avoit étant Dauphin et laquelle fut entretenue.

[50] Une faiseuse de tours.

_Le 23, dimanche._—Après déjeuner il monte au cabinet des livres, prend un bâton, se fait mettre en sentinelle par le jeune Loménie, qu'il fait caporal, fait demander à M. de la Curée par M. de Préaux s'il connoît point ce soldat. M. de la Curée répond que non.—«Il a été aux guerres de Flandres,» dit M. de Préaux.—«Il a bonne mine,» répond M. de la Curée, puis adressant la parole au sentinelle: «Mon compagnon, d'où êtes-vous?»—_De Gâtinois_, répond le Roi.—«Comment vous appelez-vous?»—_Capitaine Louis._—«Vous êtes bien habillé; il y a quelque sergent qui est votre camarade, qui vous fournit ce qu'il vous faut?»—_Oui._—A trois heures et demie il va voir passer la compagnie de gendarmes allant en garnison à Saint-Denis.

_Le 25, mardi._—A huit heures et demie mis en carrosse pour aller à la volerie au Bourget, où pour la première fois il a dîné; il faisoit brouillard et grand froid; à une heure il monte à cheval, vole pour héron et pour rivière. Ramené à quatre heures trois quarts, il va chez la Reine.

_Le 27, jeudi._—Étudié, etc.; M. l'évêque de Soissons, de la maison des Hennequins à Paris[51], le vient voir; l'on disoit qu'il ne savoit pas beaucoup. Le précepteur du Roi le lui dit à l'oreille, et l'induit à faire prendre un livre latin, et, le lui présentant lui-même, lui en demander l'interprétation; il se y laisse aller.

[51] Jérôme Hennequin, évêque de Soissons de 1585 à 1619.

_Le 29, samedi._—M. de Sully fut, ce jourd'hui, démis de la garde de la Bastille et de la surintendance des finances; le Roi dit à M. de Souvré: _L'on a ôté Mousseu de Sully des finances?_—«Oui, Sire.»—_Pourquoi?_ demande-t-il avec contenance d'étonnement.—«Je n'en sais pas les raisons, mais la Reine ne l'a pas fait sans beaucoup de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande considération. En êtes-vous marri?»—_Oui._

_Le 1er février, mardi, à Paris._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis monté à cheval; il vole en chemin et à dix heures, arrive à Ruel, où Madame et Mlles de Vendôme et de Verneuil arrivent, et à onze heures ont dîné avec lui. Joué au jardin; il fait voler ses émérillons devant Madame; à trois heures elles s'en retournent à Saint-Germain en Laye, et lui arrive à Paris en carrosse à quatre heures trois quarts.

_Le 2, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

_Le 5, samedi._—L'on parloit (à son souper) de certains chiens d'Angleterre, nommés _tommelins_, qui endorment les lapins et d'autres chiens qui treuvent les larrons, les suivant et les sentant sans les voir; il dit en s'égayant: _Il faut avoir une meute de chiens pour larron, nous en prendrons bien._

_Le 7, lundi._—A huit heures trois quarts mené, par la galerie, en la salle des Tuileries, où se tenoit la foire Saint-Germain pour les joailliers, peintres et marchands de Flandre et d'Allemagne, d'autant qu'elle étoit défendue au faubourg Saint-Germain, à cause des querelles de la Cour, et les autres sortes de marchands étoient en autres et divers lieux[52]. Ramené à dix heures et demie, il va à la messe à la chapelle de l'antichambre de la Reine, puis chez la Reine et à onze heures et demie dîné, étudié, goûté. Mené par la galerie à la foire en la salle des Tuileries, ramené par le même chemin à cinq heures. Il s'amuse (pendant son souper) à voir jouer un comédien qui représentoit seul plusieurs personnages, va chez la Reine.

[52] «En ce mois, la foire Saint-Germain ne se tint point à Paris, à cause de la mort du Roi, ce qui ne s'étoit point vu depuis la Ligue.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 8, mardi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire aux Tuileries, comme dessus. Après dîner il fait armer ses petits gentilshommes, qu'il appelle sa compagnie, comme il le souloit faire, et par la galerie s'en va, tabourin battant, enseigne déployée, à la foire comme dessus, aux Tuileries, la met en garde pour empêcher, ce dit-il, le désordre. Ramené à cinq heures par le même chemin et en la même façon.

_Le 9, mercredi._—Mené par la galerie aux Feuillants, puis à la foire comme dessus. A deux heures et demie goûté, mené par la galerie à la foire aux Tuileries; la Reine y étoit, lui veut donner une chaîne de diamants du prix de sept à huit cents écus; il n'en veut point, dit mieux aimer des tableaux.

_Le 10, jeudi._—Déjeuné, étudié, etc., il fait armer sa petite compagnie, et à neuf heures, par la galerie, les fait aller comme dessus à la foire aux Tuileries. Étudié, goûté, mené à la foire aux Tuileries; ramené, il va chez la Reine, là où, à six heures et demie, Mlle Ricassa, l'une des filles italiennes de la Reine, fut fiancée au sieur de Saint-Germain-d'Apchon. Comme le curé, en sa remontrance, eut parlé des peines des fornicateurs, l'on demanda au Roi qui étoient les fornicateurs; le Roi répond soudain: _Ceux qui mettent la pâte au four_.—Dévêtu, mis au lit, prié Dieu, il dit: _Demain il faira mauvais temps, je ne pourrai sortir, je veux prendre médecine. Allez dire à mousseur Hérouard qu'il me fasse donner de ma dragée_, et me l'envoie commander.

_Le 11, vendredi._—Éveillé à sept heures; à sept et demie il prend dragée de rhubarbe purgative, une demi-once; il se joue au lit, s'amuse à peindre, ayant fait venir Bunel[53], l'un de ses peintres et excellent. A trois heures levé, il prend sa robe; Frédéric Pourbes[54], flamand, peintre excellent, le tire de sa hauteur pendant qu'il se joue à des petites besognes. Il s'amuse à faire un potage au lait pour l'envoyer à Mme de Guise, et autres semblables petits jeux.

[53] Jacob Bunel, né à Blois, en 1558, chargé par Henri IV des peintures de la galerie du Louvre.—Voy. _Lettres missives_, VII, 481.

[54] Porbus ou Pourbus le jeune s'appelait Franz ou François; c'est pourtant de lui qu'il s'agit ici. Né à Anvers en 1570, il mourut à Paris en 1622.

_Le 13, dimanche._—Mené en carrosse aux Célestins, à vêpres; joué au jardin; il y a goûté. Après souper il joue aux dames rabattues contre M. de Longueville, qui perdoit, et le Roi lui dit que le Louvre lui portoit malheur, d'autant que M. de Longueville avoit dit qu'il gagnoit toujours chez lui.

_Le 14, lundi._—Mené par la galerie aux Capucins; joué au jardin des Tuileries; il va à la foire comme dessus.

_Le 15, mardi._—A six heures levé, prié Dieu; on lui fait ses cheveux paisiblement, contre sa coutume; vêtu; à sept heures et demie déjeuné; il n'étudie point, ayant composé à cette condition pour faire ses cheveux, et puis dit: _C'est aujourd'hui carême prenant[55]; il est fête._ Dîné peu, par impatience d'aller à la chasse au bois de Vincennes; il faisoit fort mauvais temps, inégal, de pluie, grêle et vent; il étoit gaiement à cheval.

[55] Mardi gras.

_Le 16, mercredi._—Mené par la galerie, à la foire aux Tuileries.

_Le 17, jeudi._—Il s'entretient en soupant des linottes, bruiants[56] et moineaux qu'il a donnés aux sieurs du Plessis-Praslin, de Humières et de Bonnenan pour les dresser pour mouches et pour papillons; ils les tiennent devant lui, sur le poing, chaperonnés.

[56] Ou bréant, oiseau jaune de la grosseur d'un moineau; on le nomme aussi verdier.

_Le 18, vendredi._—Après dîner il va à la fenêtre pour voir combattre sans touches (_sic_) un homme contre un lion.

_Le 21, lundi._—Mené par la galerie aux Tuileries, où la foire tenoit encore.

_Le 22, mardi._—A deux heures botté, mené en carrosse au bois de Vincennes, à la volerie; il monte à cheval, a pris à l'oiseau une perdrix en vie; ramené en carrosse, il faisoit grand brouillard.—Il s'amuse (en soupant) à voir des sauteurs et joueurs de marionnettes.

_Le 24, jeudi._—Mené chez la Reine, au grand cabinet, où il joue à la mouche. A une heure et demie mené en carrosse au sermon, à Saint-Merry, puis au faubourg Saint-Germain, chez M. le marquis d'Ancre, où il a goûté.

_Le 26, samedi._—A sept heures et demie mené en carrosse à la messe aux Augustins et à la chasse à Meudon, où il a dîné; il monte à cheval, court le chevreuil et chasse jusques à quatre heures; est ramené à cheval.

_Le 27, dimanche._—Mené en carrosse à Saint-Étienne-du-Mont, au sermon, puis se jouer au clos de Sainte-Geneviève.

_Le 1er mars, mardi, à Paris._—A une heure botté, mené en carrosse à la volerie; monté à cheval, il va par delà le Bourget; ramené à cinq heures et demie, il va chez la Reine, et à six heures et demie en la galerie, avec la Reine, aux fiançailles de Mlle de Liancourt et de M. le comte de la Rochefoucauld[57], d'où il s'en va fâché en son cabinet pour ce que l'on ne l'avoit pas fait signer. A sept heures soupé; en soupant il se parloit des fiançailles: _Moi_, dit-il, _quand j'ai vu qu'on me faisoit pas signer, je m'en suis fort bien allé à mon cabinet; je suis fondu comme une pierre_.

[57] François de la Rochefoucauld, Ve du nom, depuis duc de la Rochefoucauld, mort en 1650. De sa femme Gabrielle du Plessis-Liancourt, il eut douze enfants, dont l'aîné fut l'auteur des _Maximes_.

_Le 3, jeudi._—Il s'amuse, en soupant, à voir des joueurs de marionnettes; va chez la Reine.

_Le 4, vendredi._—Son précepteur lui racontoit que Atlas avoit porté le monde sur ses épaules, le Roi dit soudain: _Je le porterois bien_, et il prend sur ses épaules un des tomes où étoient les cartes du monde: _Voyez je porte le monde en France_, et prenant l'autre tome: _J'en porterois bien un autre_[58].

[58] Il est probable que le mot _atlas_ s'appliquait déjà à un recueil de cartes géographiques.

_Le 6, dimanche, à Paris._—Il envoie à Saint-Germain quatre dogues équipés en mulets et chargés de coffres, comme si c'étoient les mulets de sa chambre. A deux heures mené au sermon à Saint-André des Ards, puis aux Tuileries.

_Le 7, lundi._—A midi il entre en carrosse, et monte à cheval au Roule pour aller à Saint-Germain-en-Laye; ce fut la première fois qu'il y alla roi[59]. Il chasse en chemin à la volerie, et à quatre heures et demie arrive à Saint-Germain, où il est reçu par Messieurs et Mesdames; soudain il se va promener partout.

[59] La Reine était aussi de ce voyage. _Voy._ la lettre de Malherbe du 8 mars.

_Le 8, mardi, à Saint-Germain._—A déjeuner il s'entretient de la chasse et à quoi il emploiera le temps: _Nous irons ce matin au parc, où je fairai bien des choses_. Il vouloit aller à la garenne; en étant refusé, il se consent d'aller au parc; jamais il n'étoit oisif. Étudié, mené au parc, à dix heures à la messe, à la chapelle du vieux château, ramené à dix heures et demie chez la Reine. Après dîner il va au jardin, s'amuse à piocher et râteler[60]; à deux heures mené en carrosse à la forêt, il est monté à cheval, court deux cerfs, les prend, se treuve à la mort de l'un sans brosser[61].

[60] A râtisser; le mot râteler vient plus directement de râteau.

[61] Sans passer dans les _brossailles_, comme dit Héroard au 22 juin suivant.

_Le 10, jeudi, à Saint-Germain._—Éveillé, fouetté[62], étudié; il va chez la Reine.

[62] Il y a cinq lignes laissées en blanc dans le manuscrit original. Héroard était parti la veille et le journal est continué par Guérin jusqu'au 19 mars, date du retour d'Héroard.

_Le 11, vendredi._—Il va au vieux château[63] voir Madame. Il va à la chasse, part de Saint-Germain, et arrive à Paris à quatre heures.

[63] Ce détail prouve que le jeune Roi demeurait alors au château neuf de Saint-Germain.

_Le 12, samedi, à Paris._—Mené à Piquepusse à vêpres, et pour mettre la première pierre à l'église, où il est longtemps à maçonner.

_Le 15, mardi._—Il dit qu'il a rêvé en dormant et songé que M. de Souvré le fouettoit.

_Le 18, vendredi._—Étudié, etc.; son précepteur lui dit assez bas qu'il n'étoit possible pas des plus savants, mais toutes fois qu'il n'étoit pas un homme du commun ne du vulgaire, car on ne l'eût pas mis auprès de Sa Majesté[64].

[64] Des Yveteaux parle de lui-même et répond sans doute à une observation que lui a faite le jeune Roi, car Guérin a écrit en marge: _facetum_.

_Le 19, samedi._—A une heure monté en carrosse; hors la ville il monte à cheval, est mené à la garenne de Colombes, voit courir un loup. Après souper il va chez la Reine.

_Le 20, dimanche, à Paris._—Mené en carrosse au sermon à Saint-Barthélemy, puis allé aux Tuileries.

_Le 23, mercredi, voyage._—Mené à la chapelle de Bourbon, puis à six heures trois quarts monté en carrosse; il part de Paris, va dîner à Essonne, où il arrive à dix heures. A une heure et demie il entre en carrosse, arrive à quatre heures et demie à Fontainebleau; c'est la première fois qu'il y est arrivé roi. Mené chez la Reine, qui arriva à sept heures et demie; à neuf ramené en sa chambre, qui regarde sur le jardin de la Reine et est contre la chambre ovale en laquelle il naquit.

_Le 26, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chasse du cerf, à trois lieues de Fontainebleau; ramené à six heures, soupé. Joué à cachette; il y fait jouer M. de la Curée, lieutenant de sa compagnie de chevau-légers.

_Le 27, dimanche._—Mené promener aux jardins et à dix heures à la messe avec la Reine, à la chapelle de la salle du bal; il va à la procession. A trois heures il va au sermon à la salle du bal; mené au grand canal, il entre en sa galiote, fait tirer la rame à ceux qui étoient avec lui; ramené par le chenil et les jardins.

_Le 28, lundi._—A quatre heures monté en carrosse pour aller à la chasse, où, étant arrivé, M. de Souvré lui demande s'il veut pas monter à cheval, et qu'il y a deux haquenées; qu'il choisira.—_Pour qui sera l'autre?_—«Ce sera pour moi.»—_Je suis bien aise d'être en carrosse_, et il n'en voulut point sortir. C'étoit à dessein, afin que M. de Souvré ne montât point sur sa haquenée; c'étoit l'une de ses plus fortes jalousies.—Mis au lit, il parloit des Égyptiens[65] qu'il avoit rencontrés, revenant de la chasse, et dit: _Si on voloit pour Égyptien, le grand prévôt seroit un bon gerfaut_. M. d'Aiguillon et M. le marquis d'Ancre y étoient, sa nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre lui dit, mettant la main sur la nourrice: «Sire, il faut que les femmes qui sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui est un grand chambellan, et avec moi qui suis premier gentilhomme de votre chambre; le Roi le regardant en colère, lui tourne le dos, disant ces mots: _Ouy les vilaines_[66].

[65] Des bohémiens.

[66] Héroard a écrit en marge: «_Nota, nota. Serium et pudicum responsum._»

_Le 31, jeudi._—Mené à neuf heures au sermon, qui fut fait par M. l'évêque de Montpellier[67], puis il lava les pieds aux pauvres. Pendant la cérémonie ou un peu après, il voit un archer de ses gardes qui tirailloit de la toile (_sic_) avec un gentilhomme de ses ordinaires nommé le sieur de Maivre[68], commande au sieur de Nérestang, capitaine de ses gardes: _Allez tancher_ (tancer) _cet archer, qui se prend à un de mes gentilshommes_.

[67] Pierre Fenouillet.

[68] Peut-être de Maure.

_Le 1er avril, vendredi, à Fontainebleau._—A huit heures et demie mené au sermon et au service, où il est jusques à midi. Après dîner mené à ténèbres, et à quatre heures au jeu de paume.

_Le 2, samedi._—Il s'amuse à tirer contre un chardonneret que l'on lui avoit apporté en sa chambre, avec son arbalète à argelet, le frappe en l'aile par deux fois. Mené à la messe, à la salle du Cheval, conduit par M. le marquis d'Ancre. A trois heures et un quart, il va dans la chambre de la Reine; elle étant près de lui, en la ruelle du lit, reçoit le marquis Spinola, qui passoit, s'en allant en Espagne.

_Le 3, dimanche._—A huit heures il va à confesse, en sa chambre, au P. Coton, jésuite; à neuf heures à la messe, en la salle du Cheval, où il fait ses Pâques; à onze heures en la cour des Fontaines, et touche les malades pour la deuxième fois; il y en avoit six cent soixante[69]. A midi dîné; à deux heures il monte en carrosse, va ouïr vêpres à la chapelle Saint-Louis.

[69] _Voy._ au 22 mai suivant.

_Le 4, lundi._—Éveillé à huit heures, et sachant qu'il étoit si tard, il pleure, dit que l'on l'appellera paresseux.

_Le 5, mardi._—Mené à vêpres que l'on a fait dire avant le sermon pour l'amour de lui, qui vouloit aller à la chasse; botté, mené en carrosse jusques au lieu de l'assemblée, monté à cheval à quatre heures et demie, ramené à six heures.

_Le 8, vendredi._—Étudié; M. le chancelier et M. le président Jeannin le viennent voir; il leur montre ses petites besognes, et au départ leur donne à chacun un œuf d'autruche.

_Le 9, samedi._—Il va au jardin de la Reine, s'amuse à faire des ponts sur l'eau qui étoit au bassin de la fontaine, y travaille lui même.

_Le 15, vendredi[70]._—Le Roi s'est éveillé à sept heures et demie, s'est fâché et a grondé de ce qu'on l'avoit laissé dormir si longtemps.

[70] Héroard a écrit en regard: «M. le Maistre, médecin du Roi, a recueilli ce qui s'ensuit pendant que je suis à Paris dès ce jourd'hui.» L'absence d'Héroard dure jusqu'au 30 avril.

_Le 16, samedi._—Il s'est promené aux jardins et est allé en carrosse à la Héronnière pour voir la galère neuve et les matelots, équipée de tout, que M. le général des galères[71] lui a fait venir de Marseille, est revenu à pied par le parc des canaux.

[71] Philippe-Emmanuel de Gondi, marquis de Belle-Isle.

_Le 17, dimanche._—M. le premier président de Verdun[72] et autres conseillers du Parlement le sont venus trouver et faire la révérence au milieu de son déjeuner, desquels il auroit ouï la harangue et leur auroit fait sa petite réponse, courte et grave, pour les remercier et continuer à faire leurs charges et la justice; ce qu'il fait le chapeau au poing, et ne l'avoit que levé légèrement de dessus sa tête et remis aussitôt, à leur arrivée. Il est à présumer que, songeant à sa réponse, il s'oublia de son déjeuner.

[72] Nicolas de Verdun, premier président du parlement de Paris.

_Le 18, lundi._—M. le premier président de Verdun est venu prendre congé de lui, et a été prié par M. de Souvré d'interroger S. M., laquelle a dit à M. de Souvré qu'elle en savoit plus que lui en cas de petits discours.

_Le 20, mercredi._—Promené aux canaux, il y a fait mettre sa galère dedans l'eau, avec cérémonie, fait tirer les canons, trompettes sonner, et les forçats tirer la rame tout nus; S. M. toutesfois n'y est point entrée, encore qu'elle l'ait demandé.

_Le 21, jeudi._—Sur la fin de son dîner, il a baillé et fait présent d'un cheval à Augustin, turc de M. de Guise.

_Le 23, samedi._—Il est allé voir jouer au tripot[73], et de là en la grande galerie voir tirer la bague.

[73] Au jeu de paume.

_Le 24, dimanche._—Environ les sept heures il monte en carrosse et va à Arvane, maison de M. de Loménie, près de Moret; là il se joue à passer son temps à pêcher. Après dîner il retourne pêcher, et de là va à la chasse aux toiles, prend un chevreuil en vie et un marcassin d'un an qui fut tué à coups d'épée, ce dont il fut fort fâché. Il revient à Fontainebleau à six heures et demie, va voir la Reine.

_Le 25, lundi._—Il va au jardin de la Reine, puis aux canaux et sur l'eau, en la galère.—Après souper il est allé en sa chambre avec M. d'Épernon, qui l'a entretenu tout le long de son souper.

_Le 27, mercredi._—A huit heures et demie soupé; il a fort ri à table, entretenant M. de Montmorency, M. d'Elbeuf et autres seigneurs; neuf heures ont sonné lui étant encore à table. Il est allé chez la Reine, et s'est retiré à dix heures.

_Le 29, vendredi._—Après souper il va chez la Reine, se retire à dix heures; il s'étoit blessé au genou en tombant à la chambre de la Reine.

_Le 30, samedi._—Ressentant plus de douleur en son genou que le soir précédent et ayant de la peine à s'y bien appuyer, S. M. demeure au lit pour ce jour-là. A onze heures dîné dedans le lit; il a été servi par M. de Vendôme[74].

[74] Héroard a écrit à la fin de cette journée: «Je reprends ici la suite; j'arrivai à la fin de son dîner.»

_Le 1er mai, dimanche, à Fontainebleau._—A huit heures et demie déjeuné; il se fait servir des aulx, fait semblant d'en vouloir manger, en fait le bon compagnon[75], et tout à coup: _Je n'en mangerai pas, mais je m'en frotterai le nez pour baiser madame de Guise_, et il s'en frotte le nez.—Mis au lit, M. d'Épernon prend congé de lui pour aller en Angoumois; il l'embrasse et le baise par plusieurs fois.

[75] Pour imiter son père. _Voy._ au 1er mai 1606.

_Le 5, jeudi._—Mené en l'hôtel de Navarre, où il fait courir des marcassins qu'il y avoit fait apporter. Il commande à un harquebusier de ses gardes de tirer un oiseau; il tire, l'affût se rompt, puis le harquebusier dit au sieur Dauger qu'il eût bien voulu que le Roi lui eût donné de l'argent pour le refaire. Dauger le dit au Roi, qui lui demande: _Le vous a-t-il dit?_—«Oui, Sire.»—_Je lui en donnerai quand il ne y pensera pas[76]._—Après souper il va chez la Reine, se déguise, danse le Pantalon devant elle.

[76] _Voy._ au 16 mai suivant.

_Le 6, vendredi._—Mis au lit, il se fait apporter ses petits moines de poterie, s'amuse à leur faire des capuchons, les taille, les coud et dextrement.

_Le 7, samedi._—Il se plaint de douleur au ventre, me commande à lui faire donner un clystère, signe qu'il sentoit bien de la douleur; on lui porte le clystère, il marchande avec l'apothicaire. La Reine y vient, les persuasions n'ont point de lieu; M. de Souvré le menace du fouet, il prend le clystère; c'est le deuxième qu'il a pris[77].

[77] _Voy._ au 15 mai 1608.

_Le 10, mardi, à Fontainebleau._—Mené en carrosse aux toiles, il y voit prendre deux ou trois bêtes de compagnie; on lui vient demander s'il les vouloit voir tuer.—_Non! si on les veut tuer, que ce ne soit pas devant moi!_ M. de Préaux me l'a dit.

_Le 11, mercredi, voyage._—Éveillé à quatre heures et demie, il demande quelle heure il est, et lui ayant été dit: _Je me veux pas encore lever, je veux pas dormir, je me reposerai; dites-moi quand il sera cinq heures et demie_. Il ne dort point; l'heure venue, il dit: _Levez moi et faites-moi venir tous les garçons de la chambre, je leur veux commander à chacun ce qu'ils auront à faire_. Il les envoie aux uns et aux autres de ceux qu'il lui plut, pour les éveiller et leur dire qu'il s'alloit lever: à M. de Vendôme, à M. le Chevalier, son frère, à M. le comte de la Rochefoucauld. A sept heures et demie il entre en carrosse et part de Fontainebleau pour aller à Paris; il arrive à Tigery, près de la forêt de Sénart, à dix heures trois quarts; y a dîné. A deux heures il part, et à Conflans monte à cheval, arrive à Paris à cinq heures et demie.

_Le 12, jeudi, à Paris._—Mené à vêpres aux Chartreux, il y tire de l'eau au grand puits, en fait tirer à l'âne, y fait combattre _Gayan_, son chien, contre une fouine.—Mis au lit, il commande à deux valets de chambre de se mettre chacun à l'un des côtés de son lit, pendant qu'il s'endormiroit. Il craignoit les esprits depuis la mort du Roi son père, et en avoit ainsi usé depuis ce temps-là quand il se vouloit endormir.

_Le 13, vendredi._—Étudié, etc.; il donne audience aux ambassadeurs d'Espagne, Angleterre et Venise. A cinq heures il est mis sur un bateau et conduit jusques à l'île des Bonshommes[78].

[78] Appelée depuis l'île des Cygnes.

_Le 14, samedi._—Étudié, etc.; mené par la galerie aux Feuillants[79], joué aux Tuileries, ramené en carrosse, il va chez la Reine. A onze heures et un quart dîné; il va jouer en la galerie, étudié. Il demande à M. Beringhen, l'un de ses premiers valets de chambre, un anneau de cuivre où il y avoit un cadran; M. de Souvré lui remontre qu'il ne le falloit pas redemander et le service que Beringhen lui rendoit. Il écoute et ne dit mot, et longtemps après il appelle: _Beringhen, je le vous donne; si je l'eusse fait quand mousseur de Souvré me l'a dit, vous lui en eussiez eu de l'obligation et non pas à moi_. Il va voir la reine Marguerite, puis entre en un bateau couvert, est mené jusques près des Bonshommes; ramené en carrosse.

[79] «Le samedi 14 furent faits par toutes les paroisses de Paris les services pour l'âme du feu Roi. LL. MM. le firent aux Feuillants, où elles assistèrent. La cour de Parlement ne laissa d'entrer et de travailler à l'ordinaire, et n'alla point à Notre-Dame. Quelque forme de cérémonie, mais piétre, se fit à Saint-Denis, où le prince de Conti, seul des princes, se trouva.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 16, lundi._—Il va en carrosse à la messe aux Feuillants, puis va à Saint-Germain-en-Laye, pour voir ses frères et sœurs; y a dîné. Il va partout, aperçoit le soldat qui avoit rompu l'affût de sa harquebuse à Fontainebleau, le 5me de ce mois, l'appelle: _Tenez, velà pour faire remonter votre harquebuse_. A trois heures goûté avec Messieurs; il ne veut point boire, dit qu'il boira au Pecq, entre en carrosse, arrive à Paris à six heures trois quarts.

_Le 17, mardi._—Mené en carrosse à la verrerie, au faubourg Saint-Germain.

_Le 19, jeudi._—Éveillé à sept heures et demie, il se fait entretenir, demande si le marquisat de Saluces est plus grand que la Bresse.

_Le 20, vendredi._—Mené en carrosse au faubourg Saint-Germain, visiter M. et Mme Conchino, malades, puis au parc de l'hôtel de Luxembourg.

_Le 22, dimanche._—Il va à la messe en Bourbon, et à onze heures touche les malades; il y en avoit environ onze cents. Dévêtu, mis au lit et demi-heure après levé, dîné. A deux heures et demie mené aux Jacobins, où il entend vêpres et la dispute; ils tenoient leur assemblée générale[80].

[80] «Le Roi, avec une patience merveilleuse, a ce jourd'hui (jour de la Pentecôte) touché les malades, que l'on tient avoir été jusques au nombre de onze cents. La dernière fois qu'il toucha, pour éviter que quelque malheureux ne fît rien de mal à propos, les malades, à mesure qu'il les touchoit, étoient tenus par des archers qui étoient derrière eux; mais cette fois, pour ne faire paroître la défiance, on s'est contenté de leur faire joindre les mains. Il y avoit eu avis qu'avec cette occasion un coquin devoit entreprendre contre la personne du Roi; et l'avis venoit du sieur de Vouzay, lieutenant de M. de Châteauvieux à la Bastille; si bien que ce M. de Vouzay a toujours été derrière le Roi pour prendre garde s'il verroit quelque visage semblable à celui que l'on avoit dépeint. Tout s'est bien passé, grâce à Dieu. Leurs Majestés sont allées cette après-dînée voir les disputes des Jacobins, qui sont ici en nombre infini pour leur chapitre général.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 mai.)

_Le 23, lundi._—Il va en carrosse aux Feuillants, après monte à cheval au Pont l'Évêque et va à Saint-Germain-en-Laye, y a dîné. A quatre heures il entre en carrosse, arrive à Paris à sept heures.

_Le 28, samedi, à Paris._—M. Des Yveteaux, son précepteur, lui racontoit comme, le jour précédent, en l'assemblée des Jacobins, la Sorbonne s'opposa contre un bachelier qui soutenoit que le pape étoit par dessus le concile, et dit qu'il y avoit grande apparence de croire, comme elle faisoit, que le concile étoit par dessus le pape: _Et moi non_, répond le Roi, _je crois que le pape est par dessus le concile_[81].

[81] «Depuis ce 15 jusqu'au 20, on ne disputa point, pour ce que tous n'étoient point arrivés. Le 20 on recommença, et continua-t-on jusques au dernier du mois, qui étoit le mardi, sans interruption que de deux jours, à cause des thèses: _An papa super concilium, aut concilium super papam?_» (_Journal de Lestoile._)

_Le 30, lundi, voyage._—A six heures trois quarts il entre en carrosse, part de Paris et arrive à Tigery à dix heures, y a dîné. Parti à trois heures et demie et arrivé à Fontainebleau à six heures et demie.

_Le 31, mardi, à Fontainebleau._—Mené à dix heures et demie à la chapelle de la salle du bal, il va chez la Reine.

_Le 1er juin, mercredi, à Fontainebleau._—Mis au lit, il s'amuse à se faire entretenir et à jouer d'une petite raquette avec de petites balles d'or.

_Le 2, jeudi._—A dîner il mange un peu d'un petit oiseau rôti, que son nain, Dumont, avoit tué le jour précédent. Mené promener au grand canal, il va voir la Reine puis M. de Souvré, malade d'une jambe, s'assied en une chaire près de lui et lui raconte tout ce qu'il sait.

_Le 5, dimanche, à Fontainebleau._—Mené promener vers le canal, ramené à huit heures et un quart; il sait que la Reine étoit à la fontaine du Tibre (l'on y faisoit de la musique), il y va, est ramené à neuf heures et un quart, s'amuse à jouer au trictrac.

_Le 6, lundi._—Il va sur le passage du cabinet à la galerie lambrissée, où il faisoit faire un four pour y faire cuire des confitures, s'amuse à le voir faire. A huit heures et demie il va voir M. de Souvré, malade.

_Le 8, mercredi._—Il y avoit plus de trois mois qu'il n'avoit plu; ce matin il plut un peu. Quelqu'un dit qu'à Paris l'on alloit descendre la châsse de Sainte-Geneviève.—_Pourquoi?_—«Pour faire venir la pluie.»—_Ho! astheure qu'il pleut_, dit le Roi en souriant. Après dîner il va chez la Reine, qui faisoit et s'amusoit à faire faire des parfums; il y travaille aussi.

_Le 9, jeudi._—Après souper il va jouer en la galerie de la Reine, y entend la musique; M. de Vendôme revient d'Anet. Le Roi étant seul près de lui, l'on se prend à chanter une chanson d'un ballet du feu Roi, et à ces mots:

Dessous la loi D'un si grand Roi,

il se sépare de M. de Vendôme, se prend à pleurer et peu après le va rejoindre, qui pleuroit aussi.

_Le 10, vendredi._—Éveillé à quatre heures, il ne se vouloit plus rendormir, par appréhension que, le soir précédent, on lui avoit fait prendre que Mme de la Renouillère, décédée depuis sept ou huit jours, avoit été vue revenir à la chambre de la Reine; il se rendort jusques à huit heures et demie.—Après souper il va chez la Reine, joue à colin-maillard, y fait jouer la Reine et les princesses et dames.

_Le 17, vendredi._—Mené aux jardins, il tue un moineau, volant, d'un bâton qu'il tenoit en sa main; à quatre heures il entre en carrosse, est mené aux toiles; elles étoient tendues sur un morceau de méchant blé; le paysan à qui il étoit se vient plaindre à lui du dégât de son blé, qui pouvoit être de cinq ou six boisseaux. Il lui donne cinq écus gaiement et par compassion, et un écu à une femme qui lui apporta des cerises, lesquelles il ne mangea point.

_Le 19, dimanche._—Après souper mené chez la Reine, puis à la galerie, où il entend sa musique de la chambre et chapelle, celle de la Reine et celle de M. de Nevers.

_Le 20, lundi._—Éveillé à une heure après minuit: _Je ne puis dormir_, dit-il, _lisez, d'Heurle_ (son valet de chambre). Il se rendort et s'éveille à trois fois, fait lire encore, rêve en dormant: _Chantez_, et songe à la musique.—Après souper il va chez la Reine, et revient à la galerie lambrissée, où il voit jouer une tragédie françoise et une farce.

_Le 21, mardi._—Étudié, mené à la chasse; à cinq heures mené jouer au jeu de paume. Après souper il va en la galerie lambrissée, où il voit jouer une pastorele (_sic_) françoise et une farce.

_Le 22, mercredi._—Mené en carrosse sur la route de Moret, il met pied à terre et se joue sur le chemin et par les brossailles. Après souper il va en la galerie lambrissée, où il voit jouer une farce, puis va chez la Reine.

_Le 24, vendredi._—Après souper il est mené au jardin des fruitiers, où il court un lièvre avec ses petits chiens; ramené à huit heures et demie, il fait tirer des fusées en la cour du donjon, puis va chez la Reine, y joue à _je m'assieds_.

_Le 25, samedi._—Mené aux jardins, il leur va dire adieu[82]; M. de Souvré lui envoie dire qu'il donne sept ou huit écus au jardinier de la Reine, qui lui avoit donné des abricots et étoit pauvre: _Je lui en donne douze_, dit le Roi, et il les lui donne.

[82] Le Roi devait repartir le surlendemain pour Paris.

_Le 26, dimanche, à Fontainebleau._—Dévêtu, il se fait bailler son réveille-matin, le met à trois heures; je lui dis qu'il étoit bien matin, il le pousse jusques à la demie, et dit à M. d'Heurles: _D'Hurle ne y touchez pas, je vous le dis, mais je vous le dis_. Mis au lit, il se fait lire par M. de Préaux, et s'endort à dix heures.

_Le 27, lundi, voyage._—Éveillé à douze heures et demie après minuit, doucement, il demande: _Quelle heure est-il?_ C'étoit de soin qu'il avoit de se lever matin, pour partir de bon matin pour aller à Paris; il se fait montrer le réveille-matin pour voir si on l'abusoit de lui avoir dit qu'il n'étoit que douze heures et demie, se rendort à deux heures jusques à trois heures et demie; éveillé par le réveille-matin: _Ça, ça, debout, debout_. Levé, vêtu, à quatre heures et demie il va à la messe en bas, et à cinq monte en carrosse et part de Fontainebleau. Arrivé à Essonne à huit heures, _au Lion_, il voit un poulain de deux mois, demande s'il étoit à vendre. L'hôtesse lui dit qu'oui; enquis du prix (ce fut dix écus), il les donne. Quelqu'un lui dit que c'étoit trop: _C'est tout un, c'est tout un_; il aimoit naturellement à donner. Il veut aussi acheter un ânon et un jeune pourceau: _Nous mettrons tout ensemble_, dit-il en se jouant. Pendant son dîner il fait mener devant lui le poulain, lui fait donner de la paille, du foin, du pain, du lait, et commande à un des garçons de sa chambre de le mener à Corbeil, de le y embarquer et qu'il lui baillera de l'argent pour faire sa dépense et du poulain. Il va aux galeries, y fait monter l'ânon et monter dessus M. le chevalier de Vendôme, fouette l'ânon qui court, et quelque coup échappe sur le Chevalier. A trois heures goûté, monté en carrosse. Le baron de Vitry, sortant de l'hôtellerie, avoit pris des cerises et les mangeoit dans le carrosse; le Roi l'en reprend aigrement: _Comment, Vitry, voulez-vous faire des vilainies ici et gâter mon carrosse!_ Peu après M. de Vendôme se met à manger des abricots tirés de sa pochette: _Quoi, voulez-vous faire un cabaret de mon carrosse!_ Il arrive à Paris à six heures et demie, ne se veut point débotter pour souper.

_Le 28, mardi, à Paris._—Étudié, mené chez la Reine, puis à la chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 29, mercredi._—Mené promener en la galerie, puis en carrosse à la première messe de M. de Champvallon, abbé de Saint-Victor à Paris et depuis archevêque de Rouen[83], qui fut chantée [en Sorbonne].

[83] François de Harlay, abbé de Saint-Victor, ne fut archevêque de Rouen qu'en octobre 1615. Quelques parties du Journal d'Héroard ont été recopiées par lui après coup (Ms. de la Bibliothèque impériale), ainsi que le prouve ce passage.

_Le 6 juillet, mercredi, à Paris._—Étudié, etc.; à trois heures et demie goûté, puis il va chez la Reine, lui demande congé d'aller à Saint-Germain-en-Laye, et dit avoir prié Mme de Guise de l'obtenir. La Reine lui répond: «Je le veux bien pour l'amour de vous; ce que je fairai pour vous, je ne le fairai pour personne; mais il faut que vous demeuriez ici demain pour répondre le cahier[84] de ceux de la Religion».—_Madame, vous le fairez bien sans moi; aussi je suis trop jeune._ Il va en Bourbon voir sa petite écurie.—Mis au lit, il se fait apporter ses montres et son réveille-matin pour les mettre à six heures, qu'il se vouloit lever pour aller à Saint-Germain voir Messieurs et Mesdames.

[84] Les cahiers de doléance de l'assemblée de Saumur.

_Le 7, jeudi._—Éveillé à six heures au son du réveille-matin, levé, etc., déjeuné, mené à la messe en Bourbon, puis à sept heures et demie il monte en carrosse et à cheval au delà du port de Neuilly, arrive à neuf heures et trois quarts à Saint-Germain; à quatre heures il part à cheval et arrive en carrosse à Paris à sept heures.

_Le 11, lundi._—A sept heures levé, il va voir mettre l'eau dans la cuve pour se baigner; à sept heures et demie baigné, il fait porter des petits bateaux, les fait voguer, les charge de roses rouges qui étoient éparses sur le bain. A sept heures trois quarts sorti du bain, mis au lit[85].

[85] Le Roi dîne au lit, y reste jusqu'à cinq heures et va seulement jouer en la galerie; il ne sort ni ce jour là ni le jour suivant, à cause du bain, qui est une exception dans ses habitudes.

_Le 12, mardi._—Il va voir mettre l'eau dans son bain, en sa chambre, y entre à sept heures, éparpille les roses rouges sur l'eau, fait porter de ses petits bateaux, les charge de ses roses mouillées, dit que ce sont navires qui viennent des Indes, de Goa.

_Le 15, vendredi._—Étudié, etc.; à deux heures botté, il entre en carrosse, va à la chasse au parc du bois de Vincennes, y court un lièvre avec des chiens courants.

_Le 16, samedi._—Un certain peintre lui apporte un portrait de cire de son visage; le Roi lui demande: _Combien en voulez-vous?_—«Sire, il vaut bien deux pistoles.»—_En velà sept._—«Sire, ma pauvre femme est bien malade; s'il vous plaît de me donner quelque chose pour la faire assister?»—_Tenez, je vous donne tout ce que j'ai_, dit le Roi en vidant sa bourse; il y avoit encore sept pistoles.

_Le 19, mardi._—Mené en carrosse, puis monté à cheval, il va au derrière de Montmartre voler le perdreau et courir le lièvre.

_Le 21, jeudi._—Mené au jeu de paume couvert, en la rue de Grenelle. Étudié, etc., goûté, mené à la blanque au bout du Pont-Neuf, il tire une aiguière d'argent.

_Le 22, vendredi._—Il joue en soupant à _Je vous prends en ce point_, avec ses gentilshommes servants et autres de ses officiers, et à la fin _Je vous prends tous en ce point_, M. d'Elbeuf le y prend en buvant; un de ses petits gentilshommes l'en ôta[86].

[86] Les enfants disent aujourd'hui _jouer à la position_, parce que la règle est de garder la position dans laquelle on est surpris.

_Le 25, lundi, à Paris._—A dix heures et demie il va chez la Reine, où elle lui dit qu'elle lui ôte M. Des Yveteaux, son précepteur, pour lui donner M. Le Fèvre. Mené en carrosse à vêpres à Saint-Victor, puis au jardin de M. Voisin.—Dévêtu, mis au lit, M. Des Yveteaux vient prendre congé de lui; il en a du déplaisir, et l'ayant supplié de lui donner quelque bague, lui dit qu'il le faut savoir de M. de Souvré[87].

[87] «M. Le Fèvre fut en ce temps fait précepteur du Roi, et M. Des Yveteaux, que le Roi aimoit, congédié pour avoir babillé entre autres de M. d'Ancre et dit que si le Roi pouvoit une fois être majeur, il leur donneroit gens en tête qui auroient plume et poil.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 26, mardi._—A deux heures il entre en carrosse pour aller à Saint-Germain-en-Laye, arrive à cinq heures. Après souper il va chez la Reine.

_Le 27, mercredi, à Saint-Germain._—Étudié, etc.; mené au parc, il va chez la Reine, puis à la chapelle des Grottes. A deux heures mené à la chasse, par la Muette, monté à cheval au bois.

_Le 28, jeudi._—Il écrit à M. de Villeroy pour le prier de faire en sorte que M. Le Fèvre, retenu pour être son précepteur, ne vienne point pendant qu'il sera à Saint-Germain. Étudié, etc.; il va promener, à la messe, chez la Reine, qui lui parle de M. Des Yveteaux et lui demande ce qu'il avoit dit en prenant congé de lui: _Il étoit bien en colère; il me dit qu'il en avoit eu la peine et un autre en auroit l'honneur_.

_Le 29, vendredi._—A six heures il va chez la Reine, où il voit achever _la Bradamante_[88], représentée par Madame et autres; à sept heures et un quart soupé.

[88] Tragédie de Garnier. _Voy._ au 27 avril 1609 et au 2 août suivant.

_Le 30, samedi._—Éveillé à trois heures après minuit en crainte du fouet, pour s'être, le jour précédent, opiniâtré contre M. de Souvré, sur la réponse qu'il avoit à faire aux députés de ceux de la Religion assemblés à Saumur. M. d'Heurles, valet de chambre, l'assure que M. de Souvré ne s'en ressouvient point.—_M'en asseurez-vous?_—«Oui, Sire»; là-dessus il s'endort jusques à sept heures.

_Le 31, dimanche._—Il se fait apporter ses arbalètes et va au parc, y tire à des oiseaux, puis, monté sur un petit bidet, il va au galop; M. de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain, le mène à la chasse, lui fait voir des chevreuils.

_Le 1er août, lundi, à Saint-Germain._—Monté à cheval, mené au parc, à la chasse, il ne veut jamais permettre que M. d'Aiguillon le suivît à cheval; il fut contraint de renvoyer son cheval et de s'en retourner; le Roi n'est suivi à cheval que de M. de Souvré et de M. de Pluvinel. Joué, étudié, etc.; goûté, mené en carrosse aux toiles, il prend un grand sanglier. Après souper il va sur la terrasse, fait jeter des fusées, va chez la Reine, revient à huit heures et demie, se moque de M. de Verneuil, qui avoit été à la chasse: _Mon frère de Verneuil, qui a mis la main à l'épée d'une lieue loin et crioit à mon sanglier: A moi, sanglier, je te tuerai!_

_Le 2, mardi._—A trois heures mené en carrosse au vieux château, en la salle du bal, où, en sa présence, celle de la Reine, des princes, princesses et seigneurs, de M. le chancelier et président Jeannin, a été représentée sur le théâtre tout accommodé la tragi-comédie de _Bradamante_ par ces personnages: Madame représentoit _Marphise_;—Mme Christienne, _Léonor_, fille de Charlemagne;—_Bradamante_, Mlle de Vendôme;—le baron de Palueau, _Charlemagne_;—Mlle de Renel, _Aimon_;—Mlle de Vitry, _Béatrix_;—Françoise Lecœur, _Nimes_, duc de Bavière;—M. d'Aubasine, _Léon_;—Mlle d'Harambure, _Renaud_;—Nicole Du Tost, _Roger_;—Mlle de Frontenac, _Basile_, duc d'Athènes;—Barbe Talon, _la Roque_;—Mlle Mercier la petite, _l'ambassadeur de Bulgarie_;—Mlle de Verneuil, _l'ambassadeur de Grèce_;—Mlle Sauvat, _Hypalque_;—Mlle de Frontenac la petite, _Mélisse_[89].

[89] _Voy._ la lettre de Malherbe du 4 août 1611.

_Le 3, mercredi._—Étudié, etc.; il s'amuse à faire prendre feu à un pistolet et refusoit à danser; M. de Souvré l'en presse: _Ce sera donc à la charge que je tirerai encore un coup_. Il se joue en la galerie, à cause de la pluie et du tonnerre.

_Le 4, jeudi._—Il fait apporter ses marmousets d'argent, les range sur son lit[90], dit que c'est la foire Saint-Germain, que ce sont marchandises qui viennent d'Allemagne, de la Chine. Étudié contre son intention, en est en colère contre M. de Souvré. Environ une heure arrive M. le chevalier de Vendôme, pleurant, se jeter à genoux devant le Roi, et qui venoit d'en faire autant à la Reine, la suppliant qu'il mourût aux pieds du Roi et des siens, et de n'aller point à Malte: «Ha! Sire, lui dit-il, ayez pitié de moi; la Reine me veut ôter d'auprès de Votre Majesté pour m'envoyer à Malte!»—_Hé! qu'avez vous fait à la Reine ma mère?_—«Rien, sire.»—_Quoi! irez-vous toujours sur la mer?_—«Oui, sire.»—_Gardez-vous bien et soyez le plus fort quand vous irez à la guerre, et écrivez-moi souvent._ C'étoit une grande pitié de ouïr ses plaintes et ses larmes pour l'amitié qu'il lui portoit et l'appeloit: _Zagaye_ (sic): _on me le veut ôter pource que je l'aime_. On ne le pouvoit apaiser; la Reine y arrive, il redouble ses pleurs; elle tâche de le divertir. Sur les deux heures M. le Chevalier dit adieu, les plaintes redoublent; la Reine fait ce qui se peut pour l'apaiser et le divertir; on met tout à l'heure le Chevalier en carrosse, et il est conduit à Paris.—Après souper la nourrice du Roi lui fait des contes; il y prend plaisir.

[90] Le Roi a une tumeur qui l'empêche de se lever.

_Le 5, vendredi._—Mené à la chasse du cerf en carrosse, monté à cheval au laisse-courre; la Reine y va aussi. Ramené à six heures et demie, la Reine revenant, treuve Monsieur au palemail, au droit de la chapelle, le monte à cheval devant elle, et le mène jusqu'au bâtiment neuf; le Roi marchoit à son côté. Il s'amuse à acheter des petits couteaux d'un petit mercier, pour les donner aux femmes et filles de la Reine.

_Le 6, samedi._—Le Buisson, qui avoit ses oiseaux pour les champs, lui apporte deux perdreaux et les veut bailler à M. de Souvré; il les prend et les met à sa ceinture disant: _Je les veux donner à la Reine, ma mère; c'est que vous les voulez manger_. M. de Souvré se retire pour s'asseoir (_sic_): _Ho! velà mousseu de Souvré qui va dire au Buisson qu'i les y apporte une autre fois, et non pas à moi_, dit le Roi, et en mangeant ses cerises, il lui en tiroit les noyaux. A sept heures soupé; parlant à un de ses officiers, il lui dit: _Je vous vis tous l'autre soir après un mort; qui étoit-ce?_—«C'étoit, sire, un délivreur de vin.»—_Comment s'appeloit-il?_—«Toussaint.»—Le Roi s'adressant à un de ses pâtissiers, qui étoit présent, lui dit: _Vous ne y étiez pas_; il l'avoua.

_Le 7, dimanche._—A midi il va chez M. de Frontenac, son premier maître d'hôtel et capitaine du château de Saint-Germain; il y a dîné avec la Reine, Madame, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de Soissons, Mme la duchesse de Guise, Mme la douairière de Guise, Mlle de Vendôme, Mme la marquise de Guiercheville, Mme la comtesse de la Rochefoucauld, Mme de Ragny, Mme de Frontenac. Il avoit une grande impatience pour être si longtemps à table, mais le respect de la Reine le retenoit; il disoit: _Je ne mange rien; puisque je ne mange point, il faut boire_. Il boit de la tisane, puis demande à la Reine: _Madame, vous plaît-il que j'alle là-haut jouer de l'épinette de madame de Frontenac_. Enfin, comme la Reine eut achevé, il dit: _Madame, je suis prêt_; la Reine se lève, il saute à bas; peu après il va en la grande salle du château, avec la Reine et sa suite, pour y voir jouer une farce par des valets de Messieurs.

_Le 9, mardi._—M. de Fleurence le fait étudier en attendant M. Le Fèvre.

_Le 10, mercredi, à Saint-Germain._—Après déjeuner, il entre en son cabinet, on lui discourt; M. de Souvré étoit assis sur un bahut, le Roi se va asseoir près de lui; c'étoit pour le faire lever. M. de Souvré se lève, le Roi se va remettre en sa chaise, M. de Souvré se rassied. Il se va asseoir près de lui; M. de Souvré lui dit alors: «Vous êtes revenu ici vous asseoir pour me faire lever, mais je ne me lèverai pas pour tout cela.»—_Vous ne devez point faire de comparaison avec moi_, lui répond le Roi. Repris par M. de Souvré de ce qu'il s'amusoit à des jouets d'enfant, il lui promet de ne le faire plus et va fouiller dans ses coffres lui-même, les met à part, et commande à M. d'Heurles, l'un de ses premiers valets de chambre, de les porter à Monsieur, son frère. Il va chez la Reine, où il rencontre le sieur de Poutrincourt[91], qui racontoit nouvelles du Port Royal, où il se tenoit en Canada.

[91] Jean de Biencourt, seigneur de Poutrincourt, avait obtenu par lettres patentes la propriété de Port-Royal en Acadie (aujourd'hui Annapolis). De retour en France en 1611, il fut tué le 5 décembre 1615 en défendant pour le Roi Méry-sur-Seine, dont il était gouverneur.

_Le 11, jeudi._—A trois heures et demie il entre en carrosse, part de Saint-Germain et arrive à Paris à six heures. Après souper il va chez la Reine.

_Le 12, vendredi, à Paris._—Il va chez la Reine, et en montant au petit cabinet se heurte au genou contre une marche; peu après M. le chancelier emmène et présente M. Le Fèvre à la Reine pour être précepteur du Roi; sur ce la Reine le présente au Roi, disant ces mots: «Mon fils, velà monsieur Le Fèvre, que je vous donne pour votre précepteur.»—_Madame, j'en suis bien aise._—«Il faut que vous lui obéissiez, et faire tout ce qu'il vous dira.»—_Je le fairai aussi, Madame._—«C'est un fort homme de bien et bien savant; il faudra bien apprendre.»—_Je le fairai aussi, Madame._ M. le chancelier, prenant la parole, en dit beaucoup de bien, et ayant parlé de le loger où souloit loger M. Des Yveteaux, le Roi dit: _Non, non; il seroit pas bien, il faut monter trop haut. Il faut le loger à la chambre où souloit loger mon frère de Verneuil, dans la tour._ M. Le Fèvre entend donner leçon au Roi par M. de Fleurence pour essayer à reconnoître sa portée[92].

[92] _Voy._ la lettre de Malherbe du 14 août 1611.

_Le 15, lundi._—Confessé par le P. Coton, jésuite; à neuf heures et un quart mené en carrosse aux Augustins, où il a ouï la messe, communié et à onze heures, dans le cloître, touché quatre cent cinquante malades. Il se treuve foible; il faisoit une extrême chaleur; lavé les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient à lui. Ramené à onze heures et demie; dîné; peu après, pour le délasser, dévêtu, mis au lit. A une heure et demie levé, vêtu, mené en carrosse au sermon à Saint-André-des-Arcs, puis à vêpres aux Cordeliers[93]. Ramené à cinq heures, devêtu, mis au lit, soupé; il se joue doucement, fait fermer les fenêtres et fait poursuivre des chauves-souris qui étoient entrées. On veut lui persuader de coucher en la grande chambre, lui représentant que couchant dans son cabinet, faisant si chaud, il seroit en danger de pleurésie, de fièvre continue, ou d'une grande maladie; il n'avoit point voulu coucher dans la grande chambre depuis la mort du Roi, où il l'avoit ainsi vu, et l'appréhension lui en étoit toujours demeurée.

[93] «Le lundi 15, le Roi aux Augustins touche les malades; le comte de Soissons et le cardinal Du Perron y sont. Le père Cotton tient le Roi une heure à confesse, et au sortir de là le Roi fut mis au lit, tant il étoit las; l'après-dînée il retourne à Saint-André ouïr le sermon de l'abbé de Bourgueil, dort tout du long. M. de Souvré l'éveille, mais pour néant, et demande s'il n'y a pas moyen de faire porter son lit au sermon.» (_Journal de Lestoile._)

_Le 17, mercredi._—Après dîner, il va chez la Reine, revient en sa chambre; les nouveaux échevins lui prêtent le serment. Il monte au cabinet des livres; à trois heures goûté. M. Le Fèvre lui donne la première leçon sur l'institution de l'empereur Basile[94].

[94] Basile I, dit _le Macédonien_, empereur grec, mort en 886. On a de lui un traité de _l'Art de régner_, traduit en français par Porcheron en 1590.

_Le 21, dimanche._—Mené en carrosse, il voit tirer l'anguille au pont Notre-Dame.

_Le 22, lundi._—Il commande à son nain Dumont d'aller à Villecraine, lui donne pour le conduire Descluseaux, porte-manteau, pour faire venir le sieur de Bogne, sieur de Villecraine, devers lui, sur une plainte qui lui avoit été faite par La Court, valet de chambre de S. M.; c'est le premier commandement en commission qu'il a donné.

_Le 25, jeudi._—Mené en carrosse à la messe à la chapelle Saint-Louis des Jésuites; à une heure mené au bois de Vincennes à la chasse.

_Le 27, samedi._—Mené en carrosse au marché aux chevaux, où il demande d'aller pour y acheter un bidet noir, puis aux Tuileries.

_Le 30, mardi._—Il s'amusoit à des petits jouets; M. de Souvré lui dit: «Sire, ne voulez-vous pas quitter ces jeux d'enfant? Vous êtes déjà si grand.»—_Mousseu de Souvré, je le veux bien, mais il faut que je fasse quelque chose; dites-le moi, je le fairai._ Mené au jeu de paume de Verdelet.

_Le 31, mercredi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va ouïr la messe aux Capucins pour aller à Saint-Germain-en-Laye par la chaussée, y arrive à neuf heures et demie, au vieux château. A onze heures dîné avec Monsieur, Madame, Mme Christienne et Mlles de Vendôme et de Verneuil. Ramené à sept heures à Paris. Mis au lit, il se fait apporter une petite arbalète à argelet et, avec une petite balle de plomb, tire pour éteindre les flambeaux.

_Le 3 septembre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, puis à la verrerie.

_Le 8, jeudi._—Mené à la messe à Notre Dame, et au sermon et à vêpres aux Carmes.

_Le 10, samedi._—Mené en carrosse à Conflans, M. de Villeroy le supplie de cueillir un fort gros poncire[95]; il ne le voulut point faire, par discrétion.

[95] Citron ou limon fort gros et fort odorant.

_Le 11, dimanche._—A deux heures mené en carrosse à Piquepusse, à vêpres, ramené à l'hôtel de Bourgogne, et à six heures trois quarts soupé; il me dit qu'il avoit mal au pied droit, que le mal lui avoit pris à la comédie. Mis au lit, il se fait porter sa caille privée, lui donne de la mangeaille.

_Le 12, lundi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite. A souper il se joue d'une balle[96] que lui-même fait treuver dans son couvert, puis dans son pain, puis dans un plat, par habileté.

[96] Probablement une balle de plomb.

_Le 13, mardi._—Il va chez la Reine, y a étudié[97].

[97] Circonstance exceptionnelle qu'Héroard note en marge.

_Le 14, mercredi._—Entretenu sur le catéchisme, mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries.—Mené en carrosse à Saint-Eustache, puis à l'hôtel de Bourgogne.

_Le 15, jeudi._—Mené en Bourbon à la messe, puis au petit jeu de paume à la rue du Champfleury.

_Le 17, samedi._—Après souper il se fait armer des armes complètes jusques aux pieds, que le prince Maurice lui avoit envoyées, et tout armé s'en va trouver la Reine.

_Le 18, dimanche._—Exhorté par le sieur de Fleurence sur le catéchisme; à trois heures goûté, mené à la comédie à l'hôtel de Bourgogne. A sept heures soupé; il va chez la Reine, qui étoit en son petit cabinet; il heurte fort; elle ne le trouve pas bon, croyant que ce fût faute de respect.

_Le 19, lundi._—M. de Souvré lui remontre ce qu'il avoit fait le soir précédent, et pour ce sujet il est fouetté.

_Le 21, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres à Piquepusse, puis à la comédie de l'hôtel de Bourgogne.

_Le 22, jeudi._—Ce matin la Reine reçut la nouvelle du décès de Mme la duchesse de Mantoue, sa sœur aînée[98]; le Roi en pleura.

[98] Éléonore de Médicis, née en 1566, seconde femme de Vincent de Gonzague, duc de Mantoue.

_Le 23, vendredi._—En soupant il parloit d'oiseaux, d'une pie-grièche qu'il avoit, et dit qu'il la vouloit dresser pour voler le moineau, et un moineau pour le roitelet, et le roitelet pour mouche. Je lui demande: «Et la mouche, sire, que lui fairez-vous voler?»—_Je lui fairai voler le moucheron._

_Le 24, samedi._—Joué en la galerie, il y fait courir devant lui un chameau que M. de Nevers lui avoit donné, lui fait faire quatre tours d'un bout à l'autre.

_Le 25, dimanche._—Mené en carrosse aux Filles-Dieu et à quatre heures et demie à la comédie, en l'hôtel de Bourgogne.—Mis au lit, il s'endort à la musique de Bailly, chantant et jouant de la lyre avec le joueur de luth de la reine d'Angleterre, qui en jouoit et chantoit la basse.

_Le 26, lundi._—Éveillé à une heure après minuit, il avoit de l'inquiétude pour avoir ouï parler des esprits à son coucher; il les craignoit.—En étudiant il entre en mauvaise humeur contre M. de Souvré, qui le reprenoit de ce qu'il s'amusoit; il avoit le chapeau sur la tête, le Roi lui dit: _Vous avez votre chapeau sur la tête!_—«Oui, et si je le vous ôterai pas pour cette heure. Ce n'est pas que je sache ce que je vous dois, qui est cent mille fois plus. Plaignez-vous en à la Reine.»—_Je ne vous ôterai pas aussi le mien._ M. Le Fèvre, son précepteur, le voulut aussi un peu presser sur la leçon; le Roi lui dit: _Quoi! et du commencement vous étiez si doux que vous trembliez tout; et maintenant vous êtes si rude!_ Tiré des armes à l'accoutumée et dansé.—Peu après souper il entend les Comédiens françois en sa chambre; la Reine y étoit.

_Le 27, mardi._—Après déjeuner il est exhorté à son corps défendant, pource qu'il croyoit ne devoir point étudier, à cause que ce jour étoit celui de sa naissance[99].—Mis au lit, il se fait apporter un petit navire d'argent et se y amuse diversement, dit qu'il ne se veut point endormir qu'à l'heure pareille de sa naissance.

[99] Le Roi entrait dans sa douzième année.

_Le 28, mercredi._—A dîner on lui sert une caille, qu'il avoit prise le jour précédent à la chasse, et deux moineaux, que le matin il avoit tués et frappés à l'œil, aux Tuileries, avec son arbalète à argelet: _Portez_, dit-il, _cela à Mousseu de Souvré, et dites-lui que velà des ortolans des Tuileries que je lui envoie_.

_Le 1er octobre, samedi, à Paris._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite.—A son souper il reprend un gentilhomme servant qui n'avoit point encore servi: _Votre serviette n'est pas bien_; et ne la mettant pas encore bien: _Non, non, il faut la mettre ainsi_, lui dit-il doucement, comme le lui voulant apprendre.

_Le 3, lundi, voyage._—Il va à la messe en Bourbon; à sept heures il est mis en carrosse et part de Paris pour aller à Fontainebleau. A Villejuif il fait acheter un pain d'un sol, met pied à terre, chemine assez bien en mangeant son pain; arrivé à dix heures et demie à Sauvigny, il y a dîné. Il part de Sauvigny à deux heures, arrive à cinq heures à Villeroy.

_Le 4, mardi._—A six heures déjeuné, puis mené en carrosse, il arrive à neuf heures et demie à Cély, où il a dîné. Il part de Cély et arrive à une heure et demie à Fontainebleau; il est toujours promené sur le canal, dans la galerie, à cheval, à pied, dans les jardins jusques à cinq heures.

_Le 8, samedi, à Fontainebleau._—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine.

_Le 11, mardi._—A deux heures botté, monté à cheval, mené à la chasse au loup, par delà la rivière de Moret.

_Le 12, mercredi._—En soupant l'on parla d'Engoulevent[100] qui étoit prince des sots; il dit: _Annibal_ (l'un de ses nains) _est de ses sujets, et Danobis_ (l'un des garçons de sa chambre). _C'est le plus grand royaume du monde._

[100] _Voy._ tome I, page 61, note 88.

_Le 13, jeudi._—Éveillé à deux heures après minuit, doucement, il a peur; c'étoit depuis la mort du Roi son père, qu'il avoit vu dans le lit[101]. Il fait passer un valet de chambre de chaque côté de son lit, pour s'assurer, se rendort jusques à quatre; fait de même, se rendort jusques à six et demie.

[101] _Voy._ au 15 août précédent.

_Le 16, dimanche._—En la chambre de la Reine, il donne le bonnet de cardinal à M. l'évêque de Béziers, Florentin et grand aumônier de la Reine, qui fut appelé cardinal de Bonzi; c'est le premier cardinal qu'il a fait.

_Le 18, mardi._—Il fait venir Mme de Ragny, qui craignoit les singes et les guenons, lui fait peur des siennes. M. le prince de Condé revient de Guyenne; il le reçoit gaiement, et mettant sa main à son bonnet de nuit, bridé par la bande de sa glande[102]: _Voyez_, dit-il, _je ne saurois ôter mon bonnet, il est attaché_. Il l'entretient de bonne façon, lui parle de toutes sortes de choses. A quatre heures il se remet au lit; étudié; il me fait l'honneur de me demander si j'écrivois toujours ce qu'il faisoit et me commande d'écrire comme, la nuit précédente, il avoit songé que _Courtenvaux avoit une fille que sa femme avoit faite, et que Haran_ (garçon de sa chambre et de ses chiens) _en avoit été le compère_; et là-dessus il s'en prend à rire. Il s'endort à la musique du luth et de la voix de Bailly.

[102] Le Roi avait depuis la veille une glande sous la mâchoire, et gardait la chambre.

_Le 19, mercredi._—Il prend un clystère fait de lait, de fleurs de camomille et de sucre blanc; il fait beaucoup de mystères plaisants avant que de le prendre, dit à M. de Souvré: _Demandez à mousseur Hérouard si ce qu'on fait prendre par force fait pas mal_. M. de Souvré le menace du fouet; cette crainte le lui fait prendre, puis il menace M. de Souvré: _Si j'avois des verges, aussi vrai je vous en fairois prendre un_. A dîner il est servi par M. le chevalier de Guise.

_Le 20, jeudi._—A cinq heures il se lève en robe, se fait porter ses harquebuses (il en avoit sept), me dit: _S'il venoit des ennemis, velà bien pour leur faire un beau salve_ (sic). Il prend une des harquebuses sur son épaule, se promène en soldat. A deux heures il a tiré une harquebusade[103] d'harquebuse à rouet, chargée à balle, contre un cyprès qui étoit au milieu d'un carré du parterre, sans s'ébranler en façon du monde. Il en tire encore une autre sans balle; il ne fut jamais si content; il avoit desiré d'en avoir permission de la Reine, d'autant que M. de Verneuil en avoit tiré.

[103] Par la fenêtre de sa chambre.

_Le 21, vendredi._—Il prend du lait d'amandes et l'ayant pris, dit: _Si tous les clystères étoient aussi bons que cela, j'en prendrois souvent, comme madame de Ragny dit qu'on les prend en Bourgogne_[104]. Étudié, il entend la messe dans son lit; dîné. Levé, il se joue doucement à son lapin et à ses deux petits chiens _Tinton_ et _Mourac_, et à limer du fer. A deux heures tiré à balle, de sa harquebuse, faite à Rouen par Timothée, laquelle lui avoit été donnée par M. de Blainville[105], et il l'appeloit de son nom _la Blainville_. Il tire au blanc, de cinquante pas, donne à un pouce près du blanc, puis sur un geai qui étoit en une des premières et prochaines allées du jardin; il tire de la fenêtre de sa chambre, de haut en bas, et le frappe en la tête. Étudié, etc., il tire encore de la harquebuse et tue un geai tiré de sa fenêtre dans le jardin.

[104] Par la bouche.

[105] _Voy._ au 31 octobre 1604.

_Le 22, samedi._—A douze heures et demie levé, vêtu, ôté son bonnet, puis son chapeau, laissé la bande sous sa glande. Pendant son dîner[106] M. le duc de Guise, qui le servoit, lui disoit qu'il étoit venu un Anglois qui avoit des dogues fort furieux et des ours, et que s'il plaisoit à Sa Majesté de lui donner une pension de mille écus, il lui entretiendroit toute l'année vingt et cinq dogues qui lui donneroient du plaisir, et quand il lui plairoit il les feroit combattre à outrance; et il lui réitéra trois ou quatre fois ce mot d'_outrance_. Le Roi écouta tout sans mot dire, jusqu'à ce qu'il dit: _Non, non; point à outrance; non, je veux pas à outrance_; c'étoit par débonnaireté, car il ne vouloit même pas que les dogues fussent menés aux toiles, de crainte qu'ils ne fussent blessés. A trois heures il va en la chambre ovale, pour voir combattre les dogues de l'Anglois contre un ours.

[106] Avant de se lever.

_Le 23, dimanche._—Il prend médecine, sous la promesse de M. de Souvré qu'il tirera quatre harquebusades; remis au lit, d'où il tire deux harquebusades qui sortent par la fenêtre; il y étoit fort chaud. Levé en sa robe et bottines, il tire par la fenêtre une harquebusade et tue un geai au jardin; il couchoit en joue du côté droit et miroit de l'œil gauche. Sa quatrième harquebusade il la tira du coin de son cabinet, contre le pavillon du milieu de la galerie et donna dans un autre trou où il y avoit un nid d'hirondelles, où il tiroit. A trois heures et demie goûté; il fait prendre des oiseaux à la glu, fait démonter et remonter des canons et des rouets de harquebuses, et en régler les charges.

_Le 24, lundi, à Fontainebleau._—A huit heures, sous promesse que lui fait M. de Souvré de n'étudier point, il prend un clystère.

_Le 25, mardi._—On lui apporte un petit pot de verre où il y avoit de la crème avec de l'eau de rose pour frotter son nez[107]; il n'en veut point, nous en fait manger et en donnant à M. de Blainville, guidon de sa compagnie de gendarmes, qui étoit de la Religion: _Tenez, mangez; velà qui vous faira devenir catholique_. Il s'amuse à clouer les tapis du pied de son lit avec le tapissier, va chez la Reine.

[107] Où il avoit une inflammation.

_Le 26, mercredi._—Étudié, mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine; dîné. Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie; à trois heures mené en carrosse aux toiles.

_Le 27, jeudi._—Étudié; on lui montroit la carte d'Espagne et les avenues de la frontière, il l'étudioit fort attentivement. M. Le Fèvre lui ayant dit que la France étoit bien un plus grand, plus beau et plus riche royaume, le Roi dit: _Si[108] voudrois-je qu'elle fût à moi_.

[108] Pourtant.

_Le 28, vendredi._—A six heures levé, vêtu, botté; on lui dit que s'il faisoit mauvais temps, il ne pourroit sortir: _Je fairai_, dit-il, _fermer le carrosse_. On lui répond: «Votre Majesté n'y verra goutte dedans.»—_Je fairai allumer des bougies plus tôt._ Il va à la messe, puis entre en carrosse et va à Cély, où il a dîné. Il s'amuse à tirer aux petits oiseaux à la harquebuse, puis est mené à la chasse au loup; il y en avoit trois grands et quatre petits dans l'enceinte. Ramené à quatre heures, à six devêtu, mis au lit, à huit heures et un quart il s'endort, combattant en soi-même pour ne s'endormir point tout à plein, d'autant qu'il n'avoit pas prié Dieu; il demande son aumônier, et, se trouvant retiré, il prie Dieu de lui-même et s'endort à huit heures trois quarts.

_Le 30, dimanche._—A trois heures il est parti en carrosse et la Reine aussi, sur la route de Moret, pour aller à la rencontre de Mme la duchesse de Lorraine[109], fille de M. le duc de Mantoue. Mme la princesse de Conty descend pour aller vers elle, de la part du Roi et de la Reine; le Roi dit: _Dites à madame de Lorraine qu'elle ne descende pas, qu'elle ne s'incommode pas pour moi et je m'incommoderai pas pour elle_. Toutesfois elle descend, va vingt-cinq pas à pied et salue LL. MM., qui mirent pied à terre.

[109] Marguerite de Gonzague, seconde femme de Henri, duc de Lorraine.

_Le 31, lundi._—Mené à la chapelle près de la salle du bal, puis chez la Reine et après se jouer en la galerie lambrissée. Après souper il va en sa chambre, joue à remue-ménage.

_Le 1er novembre, mardi, à Fontainebleau._—Mené au jardin du Tibre, il tue de sa harquebuse une alouette puis un roitelet, ne tire jamais à faute.

_Le 2, mercredi._—Il dit qu'il ne veut pas déjeuner, prie Dieu sous promesse de n'étudier pas l'après-dînée.

_Le 3, jeudi._—Mené promener au canal et aux jardins, où la Reine mène Mme de Lorraine pour les lui faire voir. Après souper il va chez la Reine, tire à part, dans le grand cabinet de la Reine, Mme de Lorraine, Mme la princesse de Conty, Mme de Guise sa mère, M. de Guise, et joue à remue-ménage; y fait jouer M. de Lorme, premier médecin de la Reine. Ramené, devêtu, M. de Vaudemont[110] lui donne sa chemise.

[110] François de Lorraine, duc de Lorraine, né en 1624, mort en 1632.

_Le 4, vendredi._—M. le cardinal Gonzague[111], neveu de la Reine, arrive.

[111] Ferdinand de Gonzague, duc de Mantoue en 1612, mort en 1626.

_Le 5, samedi, à Fontainebleau._—Éveillé à cinq heures et demie après minuit, il demande à quelle heure il s'étoit endormi[112] et, ayant compté: _Il se faut lever, c'est assez dormi_. Ses valets de chambre le veulent persuader de dormir encore, et disent que la Reine leur a commandé de ne le lever point qu'il ne soit six heures: _Hé! comment est-il possible de faire dormir par force, quand on n'a pas envie_; levé, déjeuné, étudié, etc. Après souper il va chez la Reine, à sept heures trois quarts est ramené, prie Dieu, puis descend son oratoire pour le faire partir le lendemain. Mis au lit, il s'endort à neuf heures et demie.

[112] Il s'était endormi à huit heures trois quarts.

_Le 6, dimanche, voyage._—Éveillé à quatre heures après minuit, il fait lever ses valets de chambre, dit qu'il ne sauroit dormir par force; levé, bon visage, gai. L'on avoit arrêté l'horloge par commandement de la Reine, il le jugea. Il fait détendre son lit, aide à faire ses coffres. A six heures déjeuné; il va chez M. de Souvré, qu'il trouve au lit, lui parle de ses harquebuses, qu'il en tirera par les chemins, lui demande s'il tire bien? «J'ai autrefois si bien tiré dit M. de Souvré, que de trois coups je n'ai pas agrandi le trou.»—_Il faudroit être bien sot pour le croire_, répond le Roi froidement. Il est mené à la chapelle près de la salle du bal, puis à neuf heures au parc, jusques au bout, et aux jardins, _pour_, ce dit-il, _leur baiser les mains_. Il va chez la Reine, et à une heure part de Fontainebleau en carrosse, d'où il descend trois fois dans la forêt pour tirer de la harquebuse. A quatre heures il arrive à Melun, va droit au jeu de paume, puis à un jardin près de là, y tire trois moineaux d'une harquebusade. Soupé en son logis, il se fait débotter, puis lui-même se met à nettoyer ses harquebuses qui avoient tiré.

_Le 7, lundi, voyage._—Il part de Melun; à Villeneuve Saint-George dîné. A quatre heures et demie il arrive à Paris, va à la volerie. A six heures et un quart soupé; pissé en un pot de verre, ses coffres n'étoient point arrivés. Il va au-devant de la Reine, qui arrivoit à sept heures.

_Le 8, mardi, à Paris._—Étudié, etc.; mené aux Feuillants, joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse aux petits oiseaux, en tue huit, et deux d'un coup qui étoient sur le faîte du pavillon. Après dîner il ne sort point, à cause du mauvais temps, ne veut point étudier; M. le marquis d'Ancre y va de la part de la Reine; étudié jusques à quatre heures; il n'en pouvoit sortir. A souper il raille M. le comte de la Rochefoucauld pource qu'il s'étoit frisé, disant: _Hé! qui est ce seigneur_ (le fer chaud) _qui a passé par ces cheveux? Hé! mon Dieu, qu'il est beau!_

_Le 11, vendredi._—Après dîner il va chez la Reine, là où l'ambassadeur d'Espagne annonce le décès de la reine d'Espagne[113].

[113] Marguerite d'Autriche, mariée en 1599 à Philippe III; elle était mère d'Anne d'Autriche, future épouse de Louis XIII.

_Le 12, samedi._—Il envoie au cabinet des livres pour avoir des noëls et chante.

_Le 13, dimanche, à Paris._—Exhorté, mené aux Tuileries par la galerie et aux Feuillants. En soupant il voit des bateleurs qui faisoient monter, descendre le long d'un bâton et pirouetter une chèvre sellée et bridée, un singe dessus; il n'a cesse tant qu'il eût acheté la chèvre; en donne vingt et six écus en or.

_Le 14, lundi._—Il me fait l'honneur de me dire: _Mes sœurs seront bien aises de me voir tirer de la harquebuse; toutes ces femmes crieront: Jésus! Mamanga[114] dira à Monsieur de Souvré pourquoi il me laisse tirer, et l'ira dire à la Reine ma mère_. A une heure et demie mené en carrosse à Saint-Germain-en-Laye; il y arrive à cinq heures, à l'arrivée va visiter Monsieur, son frère[115], qui étoit malade d'un endormissement avec quelques légères convulsions; il s'éveille, le Roi lui dit: _Bonsoir, mon frère_.—«Bonsoir, mon petit papa; vous me faites trop d'honneur de prendre la peine de me venir voir.» Le Roi se prend à pleurer, s'en va, et depuis ne le vit plus; il va au bâtiment neuf; soupé avec M. d'Anjou et Mesdames.

[114] Mme de Montglat, ancienne gouvernante de Louis XIII, l'était encore de Mesdames.

[115] _Voy._ la note [394] du 16 avril 1607.

_Le 15, mardi, à Saint-Germain._—Étudié, etc.; il va au parc, tire de la harquebuse, va chez la Reine.—Mis au lit, M. de Souvré lui parle de la maladie de Monsieur; le Roi demande: _Ne y a-t-il point moyen de le sauver?_—«Sire, les médecins y font ce qu'ils peuvent, mais il faut que vous priiez Dieu pour lui.»—_Je le veux bien; ne faut-il point faire autre chose?_—«Sire, il le faut vouer à Notre-Dame de Lorette.»—_Je le veux bien; que faut-il faire? où est mon aumônier?_ L'aumônier vient, et dit au Roi: «Il faut faire une image d'argent de sa hauteur.»—_Qu'on envoie à Paris tout à cette heure, qu'on se dépêche_, dit le Roi avec ardeur, et puis il prie Dieu, la larme à l'œil.

_Le 16, mercredi, à Saint-Germain._—Éveillé à une heure après minuit, il demande des nouvelles de Monsieur, son frère, et se rendort.—Monsieur d'Orléans, son frère, décède entre minuit et une heure, d'un endormissement joint à quelques convulsions; quelque temps auparavant il disoit qu'il avoit vu en songe un ange qui lui disoit que son bon papa avoit envie de le voir et qu'il le verroit bientôt: «Je l'embrasserai si fort», ce disoit-il gaiement.

_Le 17, jeudi._—Déjeûné, étudié, etc. M. le marquis d'Ancre lui dit le décès de Monsieur, son frère; il en demeure saisi, blêmit, demeure pensif, fait ce qu'il peut pour se divertir, dit à M. de Souvré qu'il die à la Reine à ce qu'il ne lui allât point donner de l'eau bénite; c'étoit par compassion, non par mépris. Il va à la chapelle, puis chez la Reine. A une heure et demie il entre en carrosse et part de Saint-Germain; vers la croix Nanterre il met pied à terre (il étoit botté), entre dans les vignes, il y faisoit fort mol, tire de la harquebuse, deux coups, à chaque coup abat un pinçon au haut d'un noyer. Il arrive à Paris à cinq heures et un quart, va voir la Reine.

_Le 18, vendredi, à Paris._—Joué aux Tuileries, il tire de la harquebuse; il en avoit la joue meurtrie, et me défend d'en dire mot. Ramené il va chez la Reine.—Ce jourd'hui fut ouvert le corps de feu Monsieur le duc d'Orléans, en présence de M. Antoine Petit, premier médecin du feu Roi, et M. Jean Haultin, médecin de Paris, par Elie Bardin, chirurgien à Paris, et Simon Berthelot, son chirurgien.

_Le 19, samedi._—Il va chez la Reine; elle lui dit: «Je vous veux marier», et lui demande s'il aime mieux Espagne ou Angleterre? Le Roi s'en sourit sans dire mot, et dit au sieur d'Auger: _Espagne, Espagne_, pource qu'il y pense plus de grandeur.

_Le 22, mardi._—Il donne audience à quatre ambassadeurs. A quatre heures il va à Notre-Dame, aux vêpres de la Sainte-Cécile. A six heures et un quart soupé; il va en sa chambre, commande à faire un lait d'amandes, va chez la Reine, à huit heures trois quarts est ramené, prie Dieu, me demande si le lait d'amandes étoit fait. Je lui dis que oui, mais que s'il lui plaisoit de le remettre au matin, à son réveil, il seroit meilleur, d'autant qu'il n'avoit pas trop mal soupé[116]: _Je n'ai point soupé ne trop, ne trop peu_.—«Il est vrai, Sire, mais il ne y a pas longtemps, et si d'aventure Votre Majesté a soif, elle peut boire à cette heure, et demain matin elle prendra un lait d'amandes frais, fait à son réveil; elle en faira ce qu'il lui plaira.» Il songe un peu: _Oui, je boirai astheure, et demain je le prendrai au saut du lit_[117]. Devêtu, mis au lit, musique; il envoie querir ses jouets, on continue la musique. M. le cardinal de Gonzague entre pour l'ouïr; il en est marri, et a la discrétion de ne se jouer point à ses jouets en sa présence. Comme il y eut quatre chansons de chantées, il commande de lui apporter les jouets aussitôt que M. le cardinal sera sorti, et fait semblant de dormir à neuf heures et demie; aussitôt on les lui apporte, et il dit: _Ho! mon Dieu, que je suis aise; je ne feus jamais si aise_, et il se met à promener son petit canon[118] sur la table que l'on approcha de son lit, et s'y amuse jusques à dix heures trois quarts.

[116] Voici le détail du souper du Roi tel que le donne Héroard: «L'eau rose des raisins de Corinthe; potage aux œufs et au jus de citron 20 (cuillerées); potage simple, 4; crêtes de poulet, 8; poulet bouilli, peu; veau bouilli, 4 (bouchées?); la moëlle d'un os; poulet rôti rissolé de pain, deux pilons et la moitié d'une aile; gelée, 13 (cuillerées); un cornet de sucre d'abricots; la moitié d'un marron au sucre et à l'eau rose; cerises confites, 4; pain peu; bu de la tisane; dragée de fenouil, assez.»

[117] Héroard a écrit en marge: «Son humeur quand on remet à sa discrétion.»

[118] Que le Roi avait fait lui-même ainsi que l'affût, dit Héroard aux 19 et 20 novembre précédents.

_Le 23, mercredi._—Il donne audience à cinq ambassadeurs sur le décès de Monsieur, son frère.

_Le 24, jeudi._—En l'habillant il va deçà, delà, joue du quillebouquet (_sic_), porte un chat-huant sur son poing, n'est jamais oisif et trouve toujours à quoi passer le temps.—Mis au lit, il se joue de son petit canon, puis fait apporter des noëls, chante et fait chanter tous ceux qui étoient autour de lui.

_Le 26, samedi._—Je lui dis le commandement que j'avois de la Reine d'aller à Saint-Germain-en-Laye pour faire venir ici Monsieur[119]; il en fut bien aise, et dit qu'il vouloit envoyer son attelage tiré par des dogues.

[119] _Voy._ la note [496] du 25 avril 1608.

_Le 27, dimanche._—Monsieur, frère du Roi, arrive à Paris à quatre heures; le Roi lui fait bonne chère.

_Le 28, lundi._—Mené en carrosse au collége de Sorbonne; c'est la première fois. M. de Harlay, abbé de Saint-Victor[120], âgé de vingt-quatre ans, présidoit le répondant Irlandois qui avoit été son précepteur en philosophie. Mis au lit à neuf heures et demie, il s'endort jusques à onze, qu'il se prend à dire tout haut, à demi endormi: _Ho! qu'il est beau, qu'il est beau le leurre, le leurre; Loïnes, Loïnes_; c'étoit un gentilhomme qui gardoit de ses émerillons[121].

[120] _Voy._ la note [83] du 29 juin précédent.

[121] Charles d'Albert, seigneur de Luynes, depuis connétable de France. Né en 1578, il avait alors trente-trois ans.

_Le 29, mardi._—Étudié, etc.; mené chez la Reine, puis à la chapelle de l'antichambre de la Reine, où Mme de Lorraine lui dit adieu et part pour s'en retourner en Lorraine.

_Le 30, mercredi._—Mené en carrosse à vêpres, à Saint-Eustache, puis à la comédie en l'hôtel de Bourgogne.

_Le 1er décembre, jeudi, à Paris._—Mené en carrosse aux Tuileries, il y tire de la harquebuse et tue des petits oiseaux avec de la poudre de plomb[122].

[122] De la cendrée.

_Le 2, vendredi._—Étudié gaiement; quand M. Le Fèvre lui demandoit le cas d'un nom, il lui répondoit par les doigts, et ayant à répondre d'un ablatif, il montre la paume de la main, ne trouvant point de sixième doigt; dansé, tiré des armes.

_Le 3, samedi._—Il va à la galerie, où il travaille lui-même à un jeu de billard que l'on dressoit.—Mis au lit, il s'endort au jeu de l'épinette par le sieur de La Chapelle.

_Le 5, lundi._—Il va en la galerie, y joue au billard, va chez la Reine. Mesdames arrivent de Saint-Germain.

_Le 6, mardi._—Il fait apporter des livres de noëls, en chante; exhorté, mené par la galerie aux Feuillants, joué aux Tuileries, il y fait voler ses émerillons. Après dîner il va à la volerie, à la plaine de Grenelle.

_Le 8, jeudi._—Après souper il va en son cabinet, où M. le cardinal de Gonzague fait faire des pastilles fort odorantes; faut ouvrir les fenêtres; puis il va chez la Reine.

_Le 10, samedi._—Il va se promener chez les ouvriers de la galerie[123].

[123] Les ouvriers ou artistes, logés au-dessous de la galerie du Louvre.

_Le 16, vendredi._—M. le prince de Condé et M. de Nevers le viennent voir en son étude; M. de Nevers[124] se met à l'entretenir d'une certaine devise qu'il vouloit faire mettre sur quelque monnoie qu'il vouloit faire battre; le Roi l'écoute patiemment, et répond froidement: _Je veux pas qu'elle se dépende en France_. M. le Prince lui dit: «Sire, il faut que Monsieur de Nevers vous donne mille écus pour en avoir la permission;» le Roi lui répond sérieusement: _C'est pas à lui à me donner, c'est à moi à lui donner!_ Joué, à la galerie, au billard et à autres passetemps.

[124] Charles II de Gonzague, duc de Nevers, né en 1580, mort en 1631.

_Le 18, dimanche._—Il va au sermon en la salle du Louvre, et à vêpres en la chapelle de l'antichambre de la Reine.

_Le 20, mardi._—Mené à la galerie à cause du brouillard, il joue au billard, à barres, va chez la Reine, où il voit M. le prince de Condé parlant à elle avec action, dont elle rougissoit. Il part, et va dire à M. le chancelier: _Monseu le chancelier, velà monseu le Prince qui gourmande la Roine ma mère; il ne faut pas l'endurer, je le veux pas_.

_Le 22, jeudi._—Il ne désire point étudier les cartes des provinces d'Ortelius[125], M. de Souvré l'en presse: _Vous êtes en colère_.—«Je ne le suis point, mais, je vous prie, étudiez.»—_Vous êtes en colère; levez-vous_; il étoit assis.—«La Reine m'a permis de m'asseoir.»—_Je vous fairai bien lever_, dit le Roi, et il va prendre une chaise qu'il apporte lui-même tout contre M. de Souvré, s'assied, sautant dedans et disant ces mots: _Venez-vous maintenant accomparer à moi!_ M. de Souvré se lève, et lui, soudain et en riant, s'en va étudier ses cartes. Il y alla pource qu'il étoit contraint, et riant pource qu'il avoit fait lever M. de Souvré.

[125] Abraham Ortelius, géographe; il s'agit sans doute de son livre sur la France, publié à Anvers, en 1594.

_Le 23, vendredi._—Il va à la plaine de Grenelle, à la volerie, et voit voler le milan, qui fut pris; c'est le premier qu'il a vu voler; la Reine y étoit.

_Le 24, samedi._—A neuf heures et un quart, pour se garder de dormir, il fait détacher l'une de ses guenons qui saute, qui court deçà, delà, par la chambre; puis va chez la Reine, entend les trois messes de minuit: c'est la première fois. A une heure après minuit déjeuné à la salle du bal: un morceau de saucisse; pain trempé dans de l'hypocras blanc, un peu, et autant dans du clairet.

_Le 25, dimanche._—Mené au sermon et à vêpres, à Saint-Jean en Grève.

_Le 26, lundi._—Exhorté à l'accoutumée par le sieur de Fleurence, lequel, lui parlant de l'excellence de l'Être, lui dit qu'on disputoit un problème aux Écoles à savoir s'il valoit mieux être et être damné, que de n'être point et être sauvé; le Roi répond soudain: _J'aimerois mieux n'être point_. Mené au sermon et à vêpres à Saint-Gervais.

_Le 27, mardi._—Exhorté à huit heures trois quarts; mené par la galerie aux Feuillants, il va au jardin des Tuileries, fait voler l'alouette par ses émerillons, voit voler le milan, delà l'eau et lui deçà, qui fut pris. A deux heures et demie mené en carrosse au Pré-aux-Clercs, où il monte à cheval et vole la corneille, jette son oiseau qui la prit.

_Le 28, mercredi._—Exhorté; M. de Fleurence lui discourant de ceux qui se mêlent de deviner, il demande: _Les faiseurs d'almanachs disent-ils vrai?_ M. de Fleurence ne répond à la demande.—_Mais quand ils disent que quelqu'un mourra?_ Il ne répond point encore, et le Roi ne demande plus rien. Mené à la plaine de Grenelle, pour la volerie pour corneille.

_Le 29, jeudi._—Mené à la verrerie, il fait faire des petites besognes.

_Le 30, vendredi._—Il étudie fort gaiement, examine lui-même sa leçon latine, s'interroge et se répond sans faillir, y prend plaisir pource qu'il entend ce qu'il sait et les raisons de ce que l'on lui demande, ce qu'il ne faisoit pas auparavant qu'il ne les savoit pas. Il n'aime pas à ignorer ne à le paroître; dansé, tiré des armes. Mené au bois de Vincennes à la volerie, il faisoit un grand froid; ramené à cinq heures, étudié fort bien, gaiement.

_Le 31, samedi._—Sur sa leçon, qui étoit que: _Justus princeps debet semper habere in promptu clementiam pro delinquentibus_, M. Le Fèvre, son précepteur, exagère cette vertu et la loue sur toutes, disant qu'un prince doit toujours pardonner; il répond: _Et monsieur de Vatan?_ (prisonnier à la Conciergerie, pour crime de lèse-majesté). M. Le Fèvre lui dit: «Sire, le prince doit toujours pardonner, mais il doit envoyer aux magistrats le jugement des crimes.» Il songe, et pour faire voir qu'il ne tenoit pas à lui que le sieur de Vastan[126] n'obtînt pardon, il appelle: _Monsieur de Souvré que je vous die un mot à l'oreille_, et il lui dit: _La Roine ma mère dit que si on lui pardonnoit, il y en auroit beaucoup d'autres qui voudroient faire de même_.—«Vraiment, Sire, lui dit M. de Souvré, voilà une parole fort notable.» Je demande à M. de Souvré, tout haut, si le Roi auroit agréable que je l'écrive en mon journal, il dit: _Monsieur de Souvré, dites-le lui à l'oreille_. Il fait paroître sa discrétion au secret.—Mené aux Augustins, à vêpres, puis au Palais, où il achète quantité de petites besognes d'argent.

[126] «Il y a en Berry, écrit Malherbe à la date du 25 novembre 1611, une petite rumeur d'un nommé Vaten, qui, pource que l'on avoit pris quelques faux-sauniers en ses terres, a, par représailles, arrêté le fils de M. Robin (fermier général des gabelles) et le tient encore. Le conseil a donné arrêt contre lui, par lequel il est dit que sa maison sera rasée. Pour moi, je crois qu'il aura son pardon, pource que des principaux de la Reine sont ses parents.»—Florimond Vastan, seigneur du Puy, fut exécuté en Grève le 2 janvier 1612.

ANNÉE 1612.

Le Roi communie au jour de l'an.—Fête des Rois.—Son goût pour la chasse de plus en plus développé.—Vers du Roi.—Ballet des trois parties du monde.—Incendie au Louvre.—Sermon de M. de Richelieu.—Demande de la main de Madame pour le roi Philippe IV par l'ambassadeur d'Espagne.—Quintaine à la place Royale.—Mort du duc de Mantoue.—Le Roi visite assez fréquemment la reine Marguerite.—Voyage à Brie-Comte-Robert.—Accident.—Histoire d'une guenon.—Mot à madame de Longueville.—Le duc de Pastrano, ambassadeur d'Espagne.—Contrat de Madame.—Bal chez la reine Marguerite.—Fête à ce sujet.—Le Roi ne veut pas se mettre en deuil noir pour le comte de Soissons.—Le Roi fouetté.

_Le 1er janvier, dimanche._—Il ne veut point déjeuner, pource qu'il avoit à communier; exhorté, à neuf heures et demie mené à la messe à la chapelle de Bourbon; à dix heures trois quarts en la salle basse du Louvre, il touche deux cents malades. Mené en carrosse au sermon et aux vêpres à Saint-Louis, rue Saint-Antoine.

_Le 5, jeudi._—A six heures et un quart il va chez la Reine, fait couper devant lui le gâteau des rois; il est le roi; j'eus l'honneur d'en être.

_Le 7, samedi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite et de là voir M. le prince de Conty, où il a goûté.

_Le 10, mardi._—En dînant M. de Marsilly[127], maître d'hôtel, disoit à M. le chevalier de Guise[128] que jamais hommes n'ont tant aimé les oiseaux que feu M. le cardinal, son oncle, tué à Blois, et feu M. le maréchal de Montmorency; le Roi dit soudain: _Oh! je ne leur en céderai rien. Je me lève à quatre heures pour les panser_.

[127] Claude de Poulet ou Paulet, vicomte de Marcilly, seigneur de Saint-Germain, capitaine des chevau-légers de la Reine, puis maréchal de camp; il commanda, en 1636, le secours de Dourlens.

[128] François-Alexandre-Paris, chevalier de Malte, fils de Henri Ier, duc de Guise, et de Catherine de Clèves, lieutenant général en Provence, tué le 1er juin 1614 d'un éclat de canon au château de Baux.

_Le 14, samedi._—En soupant il s'entretient de la volerie. M. de la Vieuville fils[129], grand fauconnier, lui racontoit qu'un jour, volant pour corneille, un faucon porte une corneille par terre, et qu'une autre corneille fondit sur le faucon qui avoit lié la première et la tenoit liée dessus; le Roi lui dit: _Que ne preniez-vous cette corneille en vie pour lui faire voler le faucon!_

[129] Charles Ier, fils de Robert, marquis de la Vieuville, et de Catherine d'O: il fut duc et pair, et mourut le 2 janvier 1653.

_Le 16, lundi._—Mené au Bourg, il prend un héron pour la première fois.

_Le 26, jeudi._—Chez la Reine, M. le prince de Condé lui dit à part qu'il ne crût pas qu'eux, qui étoient princes de son sang, eussent dessein de l'enlever, qu'ils n'en avoient point d'autres que d'exposer leur vie pour lui.—_Je ne m'en soucie pas!_—Le soir la Reine lui dit en se jouant, après souper: «Mon fils, je vous veux marier, le voulez-vous bien?»—_Je le veux bien, Madame._—«Mais vous ne sauriez pas faire des enfants.»—_Excusez-moi, Madame._—«Et comment le savez-vous?»—«_M. de Souvré me l'a apprins._»—Le jour il avoit été question au conseil de son mariage avec l'Infante.

_Le 27, vendredi._—Il étoit de fort gaie humeur, veut faire des vers, et fait ceux-ci:

Il est aujourd'hui vendredi, Dont je ne suis pas marry, Car je mangerai du ris En la ville de Paris.

J'ai vu un grenouillon Qui aiguisoit un jon Pour faire un bâton.

_Le 30, lundi._—Il donne audience à l'ambassadeur de Venise et à celui de Savoie, chez la Reine.

_Le 2 février, jeudi._—Il va en la galerie, où il donne audience au recteur de l'Université, qui lui apporte le cierge pour la procession et par occasion le remercie pour la justice qui lui avoit été rendue quelques jours auparavant par le Parlement contre les Jésuites.

_Le 7, mardi._—En soupant il s'entretient de la fauconnerie avec le sieur de Marsilly, qui racontoit au Roi qu'il avoit mis son fils au collége Montaigu, en la chambre du sieur Grassot, pour lui apprendre les sciences. Le Roi reprend: _Comment parlera-t-il à lui toute la nuit comme vous faites aux oiseaux!_

_Le 11, samedi._—Il demande à boire; le servant bronche en avançant le verre, et renverse de la tisane sur la main et le bras du Roi voulant prendre le verre; il s'en pique en souriant, et dit: _Je n'ai plus soif, vous m'avez rafraîchi_, et cache ainsi son déplaisir.

_Le 17, vendredi._—Il va chez la Reine, où il se joue à faire ses petits gentilshommes ambassadeurs de divers royaumes vers la Reine pour se réjouir du mariage du Roi et de l'Infante; il y en avoit des topinambours. En soupant l'on parloit de courir la bague et des bons coureurs; quelqu'un dit que les Gascons y étoient excellents et qu'ils couroient la bague dans le ventre de leur mère, il dit soudain: _Ils naissent la lance au poing_.

_Le 25, samedi._—Il est servi par M. du Maine, levé en robe, la Reine le vient voir; la reine Marguerite aussi; il étoit un peu malade.

_Le 27, lundi._—A deux heures il donne audience aux ambassadeurs d'Angleterre et de Saxe.

_Le 29, mercredi._—Levé bon visage, gai, étudié, puis il va chez la Reine; joue ensuite au billard, va à la volerie au bois de Vincennes, se traîne sur le ventre pour tirer aux oiseaux de vivier qui étoient dans une mare.

_Le 1er mars, jeudi._—Il voit danser le ballet de madame de Puisieux[130], où il y avoit neuf demoiselles qui représentoient les trois parties du monde.

[130] Madeleine de Neuville de Villeroy, première femme de Pierre Brulart, fils aîné du chancelier de Villeroy et appelé du vivant de son père, M. de Puisieux.

_Le 6, mardi._—Sur les deux heures il va chez la Reine, où il voit un carrousel. Un officier des siens, sommier d'échansonnerie, tombe du haut de la vieille montée, du côté du septentrion, et se tue, et le feu se met aux combles de la tour, du côté du Pont-Neuf, en la chambre de garçons de sa garde-robe. Le soir il voit danser un ballet à Madame Christine.

_Le 7, mercredi._—En s'éveillant il dit qu'il a songé toute la nuit au feu, qu'il aidoit à l'éteindre et qu'il voyoit rompre des lances, comme il avoit fait au carrousel, la veille. Étudié; il n'a point déjeuné; son précepteur, M. Le Fèvre, n'y étoit point. M. le marquis d'Ancre lui dit que le sieur de Fleurence, sous-précepteur, n'étoit jamais malade, comme étoit quelquefois M. Le Fèvre, et qu'il falloit que je fisse prendre une médecine au sieur de Fleurence; le Roi dit: _Il faut donc que ce soit le jour que monsieur Le Fèvre sera malade_.

_Le 9, vendredi._—Il se fait lire un livre de raillerie intitulé: _Le voyage de maître Guillaume en l'autre monde vers Henry le Grand_.

_Le 17, samedi._—M. le grand écuyer arrive, revenant de son gouvernement de Bourgogne; le Roi lui fait bonne chère avec transport.

_Le 18, dimanche._—Il va à Saint-André des Ards, au sermon de M. de Richelieu, évêque de Luçon, puis à l'hôtel et parc du Luxembourg.

_Le 26, samedi._—Devant la Reine et Mesdames, l'ambassadeur d'Espagne demande Madame en mariage pour le Roi son maître, parlant à la Reine, puis à Madame, le genou en terre, en mêmes et semblables termes: «Madame, l'honneur que j'ai reçu du Roi mon Seigneur, au commandement qu'il m'a donné de recevoir de sa part les assurances de vos bonnes volontés, surpasse de beaucoup tout ce que je pourrois espérer au monde, et celui que vous lui faites est le plus grand bien, plus grand contentement, plus grande félicité et la plus grande joie qui peut arriver à l'Espagne. La gloire ne m'en est point due, mais il la faut transporter au Saint-Esprit, qui a présidé en vos conseils.»

_Le 3 avril, mardi._—En soupant je lui dis la première nouvelle que madame de Guise étoit accouchée d'un fils[131]. M. de la Curée me l'envoya dire pour le lui dire; il fait contenance d'en être joyeux et envoya bien peu après le faire dire de sa part à M. de Souvré par M. de Humières; il me demande s'il y avoit bien neuf mois.

[131] François de Lorraine, prince de Joinville, né le 3 avril 1612, mort sans alliance, le 7 novembre 1639.

_Le 5, jeudi._—A une heure après midi il arrive en carrosse à la place Royale, posé sur l'échafaud dressé devant la Quintaine pour voir les entrées des tenants et assaillants, faites pour les réjouissances de son mariage; il y a goûté, à quatre heures.

_Le 6, vendredi._—Mené à la place Royale, comme le jour précédent.

_Le 7, samedi._—A une heure trois quarts à la place Royale, il voit courir la bague.

_Le 10, mardi._—A trois heures et demie il va chez la Reine, où il donne audience au sieur Carlo di Rossi, venant de la part du duc de Mantoue annoncer le décès de son père.

_Le 12, jeudi._—En lui donnant sa chemise à son coucher, on voit que sa poitrine, son ventre, son dos, se trouvent couverts par-ci par-là de pustules rouges de petite vérole.

_Le 14, samedi._—Fort gai; il s'amuse à tailler des doublures de toile pour les chausses de son Robert[132], les coud, et lui taille aussi des manches de taffetas, se fait jouer du luth par le Bailly, joue lui-même dessus; il étoit au lit.

[132] Son singe.

_Le 15, dimanche._—Il prend plaisir à voir sauter son Robert tenant un petit chien, lui fait donner à dîner de ce qu'il lui avoit fait préparer lui-même dans ses plats d'ivoire; il taille des habits pour son Robert, y travaille lui-même, il les dessine. A neuf heures un quart levé, il fait le Pantalon par la chambre; l'on faisoit son lit, il saute dessus pour faire recommencer, mais c'étoit pour donner le temps à ceux qui travailloient à l'habit de Robert, et le finir.

_Le 17, mardi._—Il s'amuse à battre du tabar, puis à faire l'habit de Robert, y coud lui-même du passement, y fait travailler Archambaud, l'un de ses tailleurs, qu'il avoit envoyé querir, et l'attendoit avec impatience, et lui disoit qu'il ne seroit plus tailleur des magots; il se prend à le gausser doucement, lui reprochant qu'il étoit encore couché avec sa femme. Ensuite il joue à l'oie. Il eut opinion que M. de Marsilly lui racontoit quelque chose de non véritable: _Ah! Marsilly, l'Écriture dit que Omnis homo mendax, et je vous assure que vous l'êtes grandement_.

_Le 19, jeudi._—Il charge ses coffres sur des dogues, les fait aller, se fait appeler Monsieur par Descluseaux, fait armer huit ou dix de ses petits de ses harquebuses et de tronçons de pique; il est mousquetaire. L'on parloit d'oiseaux; le jeune de Loïnes, qui avoit ceux de son cabinet, dit que M. le marquis de Rosny en avoit un très-bon, et qu'il le vouloit donner à Sa Majesté, mais qu'il le gardoit: _Oui, il me le veut donner, mais il le garde_, dit le Roi.

_Le 19, jeudi._—Levé en robe, la Reine le vient voir. S'en retournant, elle dit: «Demain vous n'aurez point de sermon.» M. de Souvré répond que M. de Fleurence lui en fera un. La Reine sort, et n'entend point ces paroles qu'il dit: _Oui, Fleurence me dira encore des sottises_. Fleurence répond: «Sire, j'aime mieux que vous me haïez homme de bien que si vous m'aimiez méchant; je gagnerai aussi bien ma vie en Turquie qu'auprès de Votre Majesté.» Tancé aigrement par M. de Souvré, enfin il s'apaise, ayant assurance de lui qu'il n'en parleroit point à la Reine.

_Le 22, dimanche._—Mené chez la Reine, elle dînoit. Quelqu'un lui vint dire que M. l'évêque de Luçon ne prêcheroit pas, et s'il lui plaisoit que l'on avertît le père Coton. La Reine répond: «Oui, mais il n'est pas préparé.»—_J'en suis bien aise_, dit le Roi, _il ne sera pas si long_. Il chante à la chapelle, et se fait entendre par-dessus tous.

_Le 23, lundi._—M. de Fleurence, par discours, récite l'histoire de Silène, premier législateur des Locriens, qui avoit fait une loi que les adultères auroient les yeux crevés. Son fils le premier enfreint la loi; le peuple pour l'amour du père le veut dispenser de la peine. Il y résiste; mais à la fin, éprouvant leur bonne volonté, veut que ce soit à la charge que son fils auroit l'œil droit crevé et lui le gauche. Le Roi demande à Fleurence: _Savez-vous bien pourquoi il se fit crever l'œil gauche._—«Non Sire».—_Afin de mieux tirer de la harquebuse._

_Le 24 mardi._—Il va chez la Reine, et avoit envie de s'en aller à la galerie; il en presse M. de Souvré, qui, causant avec la Reine, faisoit la sourde oreille. Le Roi va dire à Mme la marquise d'Ancre: _Velà Monsieur de Souvré qui fait premièrement ses affaires, puis il pensera aux miennes_.

_Le 26, jeudi._—Il étoit toujours malade, mais gai; il joue à l'oie avec MM. de Vendôme, le grand écuyer, et d'Épernon; la Reine lui donne un petit coffre de jaspe pour présent, qu'elle lui avoit promis s'il prenoit sa médecine.

_Le 29, dimanche._—Il va à la messe à Bourbon, confessé, communié. Au sermon en la salle, le père Coton fut court, le Roi lui en faisoit signe, claquant des mains, mais bas.

_Le 30, lundi._—Il part en carrosse, va à la place Royale pour y voir courir la bague, dont la course avoit été remise. M. de Rouillat, gentilhomme gascon, la gagne; il étoit neveu de M. d'Épernon.

_Le 3 mai, jeudi._—Mené à Issy, au jardin de la reine Marguerite, il pêche à la ligne.

_Le 9, mercredi._—Il battoit le tambour contre la table avec sa cuillère et sa fourchette; M. de Souvré l'en reprend; il s'en fâche, et lui dit: _Vous ne m'aimez pas tant comme fait Galaty_: c'étoit le colonel des Suisses, auquel il venoit de frapper dans les mains avant déjeuner sur la protestation qu'il lui faisoit de son affection.

_Le 14, lundi._—Vêtu de deuil[133], il s'en fâchoit, touché du souvenir du Roi son père. Il prie Dieu, ne déjeune point. Mme de Montglat lui racontoit des actions de son enfance, comme il fut sevré avec de la moutarde, ce qu'il disoit, et comme elle continuoit: _Parlons plus de cela, mamanga, parlons de mes harquebuses; qu'on me les apporte_, et envoye querir les moules et les clefs, et les lui montre toutes. Il n'aimoit nullement entendre parler de ses enfances. Il va à la place Royale, en carrosse, chez Chastillon, son topographe, où il s'amuse à diverses inventions[134].

[133] Pour l'anniversaire de la mort de son père.

[134] Nicolas de Châtillon, d'une famille noble de Champagne, encore existante, 1547-1616.—Il construisit la place Royale et acheva le Pont-Neuf.

_Le 20, dimanche._—M. de Villeroy prend congé de lui pour aller trouver MM. les prince de Condé et comte de Soissons. Il va chez la Reine; il demande quand il partira?—«Quand le Parlement aura fait ce que je leur ai commandé,» dit la Reine. Le Roi répond: _Madame, envoyez leur dire qu'ils s'assemblent, et me y envoyez; ils ne me refuseront point_.

_Le 23, mercredi._—Entré en carrosse, il est surpris de vents et d'éclairs, de tonnerre et de pluie, qui se continue jusqu'à Brie-Comte-Robert, où il arrive à sept heures; le carrossier voulant rentrer par la ville dans le château, le carrosse s'accroche par l'impériale contre les dents de fer de la herse, de telle façon qu'à grand'peine on l'en peut arracher; les bras du carrosse en furent tout rompus; cependant il pleuvoit extrêmement et fut-on contraint d'en faire sortir le Roi par le devant du carrosse, qui étoit accroché, et tous ceux qui étoient dedans en firent de même; c'étoient MM. de Vendôme, de Verneuil, le chevalier de Guise, le marquis de la Valette, M. de Souvré, le baron de Vitry, capitaine des gardes.

_Le 29, mardi._—Le marquis de Spinola arrive d'Espagne allant en Flandre[135].

[135] Frédéric Spinola, général de galères de Hollande, frère d'Ambroise, l'un des plus grands généraux de son temps: il mourut en 1630 au siége de Casal.

_Le 30, mercredi._—Il donne audience au marquis de Spinola. Il se fâche contre M. de Souvré, à cause d'une fraise empesée: il n'aimoit pas à être contraint en ses habits. Il fait des chaperons à ses pies-grièches avec du cuir rouge.

_Le 31, jeudi._—Le marquis de Spinola et le comte de Buquois[136] prennent congé de lui.

[136] Bucquoy est un bourg avec titre de comté en Artois, près de Bapaume.—Armand de Longueval, comte de Bucquoy, gagna avec le duc de Bavière la fameuse bataille de Prague, en 1620, contre les Bohémiens protestants révoltés. Le comte de Bucquoy était déjà passé, allant de Flandre en Espagne, en octobre 1611, et avait salué le Roi et la Reine.

_Le 2 juillet, lundi._—Ce jourd'hui, à sept heures du matin, part M. le connétable pour s'en aller en Languedoc. Le Roi court après les oiseaux à force et surtout après un auriol.

_Le 4, mercredi._—Revenant de Fontainebleau, il s'amuse dans le parc à faire courir des cochons; il donne cinq écus à un paysan à qui ils étoient, pour ce qu'il disoit que son cochon se mourroit pour ce qu'il avoit été mordu à l'oreille. Quelqu'un lui dit que c'étoit trop: _Hé! c'est un pauvre homme; à cette heure qu'il a cinq écus, son cochon ne mourra plus_, dit le Roi se souriant.

_Le 13, vendredi._—Il va à Montfaucon pour voir éprouver des canons de nouvelle invention.

_Le 22, dimanche._—Mené en carrosse le long de la rivière; il avoit envie d'aller à pied et M. de Souvré ne le vouloit pas. Il avoit fait mettre une de ses guenons dans le carrosse; il commande à Bagauld, son artillier, de jeter des fusées. La guenon eut si grand peur, qu'elle remplit tout d'ordure et particulièrement sur le Roi, et lors chacun de sortir; l'on lave le Roi à la rivière, il fallut couper une manche de sa chemise tant elle étoit gâtée, et lui bien aise pour aller à pied, fait jeter des fusées contre les personnes qui passent au chemin à cheval.

_Le 27, vendredi._—M. le grand écuyer, lui donnant le bonsoir, lui demande permission d'aller le lendemain voir courir les chiens de M. de Vendôme; Le Roi lui dit: _Si vous avez envie d'aller à la chasse, les miens courront demain; je vous donne cet avis_.

_Le 31, mardi._—Mené à la chapelle Saint-Louis des Jésuites, au sermon du cardinal de Sourdis; puis à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval, et revient à cheval.

_Le 1er août, mercredi._—Il dit à M. de Souvré qu'il étoit fête et qu'il ne falloit pas étudier: «Oui, sire, mais ce n'est pas fête d'apôtre.»—_Hé Mosseu de Souvré, excusez-moi, je m'en vas le vous montrer_, et il lui récite l'histoire de saint Pierre-aux-liens. M. de Souvré lui dit: «Vous l'avez apprinse dans la vie des Saints».—_Excusez-moi, je l'ai apprinse en l'Évangile._

_Le 2, jeudi._—Il va chez la Reine, qui prenoit médecine; il lui dit: _Courage, Madame; allons, Madame, courage; courage, Madame_, et disant courage, il remplissait toujours ses pochettes de dragées, et de cimires (_sic_) de melon, _courage, Madame; il faut qu'ouvrir la bouche bien grande et jeter dedans_.

_Le 5, dimanche._—Il va à Rueil, où il dîne chez le sieur de Mouisset[137].

[137] _Voy._ tome I, page 357, note 536.

_Le 9, jeudi._—Mme de Longueville prend congé de lui pour aller en voyage avec son mari, à Notre-Dame de Montagne, lui disant qu'elle faisoit beaucoup de miracles. Le Roi dit en souriant à M. de Longueville: _Elle feroit un grand miracle, si de fol que vous êtes, elle vous faisoit devenir sage_. Le Roi avoit opinion que M. de Longueville avoit l'esprit un peu gaillard.

_Le 13, lundi._—Mené en carrosse au pont Notre-Dame pour voir passer le duc de Pastrano, prince d'Evoly, ambassadeur d'Espagne, pour demander Madame en mariage.

_Le 16, jeudi._—A sept heures et demie il donne audience à don Diego de Selna, duc de Pastrano, qui le salue de la part du roi d'Espagne. Sa réponse fut: _Je remercie le Roi de sa bonne volonté, assurés-le que je l'honorerai toujours comme mon père et l'aimerai toujours comme mon frère_. L'on y avoit ajouté: «Et que j'userai de ses bons conseils», ce qu'il ne dit point, soit par oubli ou par dessein.

_Le 18, samedi._—Il entend la musique du duc de Pastrano, deux joueurs de guitare chantants et un autre qui chantoit. On lui présente de la part du duc de Pastrano vingt-quatre peaux de senteur et cinquante paires de gants. Peu de temps après, M. le comte de la Rochefoucauld, maître de sa garde-robe, lui dit qu'il falloit qu'il les fît garder pour en donner aux étrangers qui le viendroient voir: _Oh! non, ce sera pour en faire des colliers à mes chiens et des harnois à mes petits chevaux_.

_Le 21, mardi._—Il s'amuse à faire des bataillons de ses petits hommes de plomb; le sieur d'Auzeray, l'un de ses premiers valets de chambre, lui présente une chaise, lui demandant s'il se vouloit pas asseoir?—_Il faut pas être assis quand on est à la guerre et qu'on met des armées en bataille._ Il va en la galerie, d'où il voit, en la place, combattre des dogues avec un ours. Bu du vin clairet à son souper, pource qu'il y avoit des Espagnols.

_Le 22, mercredi._—Jamais oisif, étant sur ses affaires en son petit cabinet, il fait mettre une bougie allumée à la fenêtre, et tire d'une arbalète à argelet, et tire la bougie sans l'abattre.

_Le 24, vendredi._—Mené à Gentilly chez M. le président Chevalier, amusé diversement jusques à cinq heures et demie; il va en la chambre où M. le président Chevalier donnoit à souper à la campagne, et dit: _Monsieur de Souvré, je veux souper ici_. L'on fait retirer la viande déjà servie, et fait-on porter la sienne; il s'assied, fait asseoir M. de Souvré et autres qui y devoient manger. Le soir, M. de Souvré parloit au sieur d'Auzeray pour l'ordre de la chambre du lendemain, que le contrat du mariage du Roi se devoit signer. Le Roi lui demande: _Monsieur de Souvré, qui signera?_—«Sire, ce sera vous, vous serez marié demain ici, vous serez marié demain.» Le Roi, qui ne répondoit mot, dit brusquement et froidement: _Parlons pas de cela, parlons pas de cela_.

_Le 25, samedi._—A son lever exhorté sur Saint-Louis[138]. Il va en sa chambre, aide à la faire accommoder pour la cérémonie du soir. A cinq heures trois quarts, le duc de Pastrano arrive en sa chambre, où il l'attendoit, accompagné de la Reine, de Monsieur, de Madame Christine, du nonce, de MM. les princes du sang et officiers de la Cour; quand Madame signoit, le Roi la poussoit doucement du coude pour la faire faillir; il signe le contrat de mariage de Madame.

[138] Jour de la fête de Saint-Louis.

_Le 26, dimanche._—Mené chez la reine Marguerite, qui faisoit la collation et le bal pour le duc de Pastrano; le Roi y mangea peu et but un peu de vin. Il fit des merveilles à danser, encore que de sa nature il ne s'y plaise pas. Il se fit admirer dans toutes sortes d'actions.

_Le 28, mardi._—Il va en la galerie pour voir mettre le feu à une pyramide pleine de fusées, au manége de M. de Pluvinel, qui étoit une grande place où il l'avoit fait mettre avec prévoyance depuis le jour précédent, n'ayant point voulu qu'elle fût dans la cour du Louvre ni celle des cuisiniers, de peur de faire du mal, ni sur le quai, de peur du bois et du foin, comme plusieurs lui proposoient. Il va chez la Reine, où arrive le duc de Pastrano, accompagné de son oncle et du marquis de Treva, les entretient fort gentillement, et y est jusqu'à onze heures.

_Le 1er septembre, samedi._—Il commence à apprendre à jouer du luth par Ballard.

_Le 2, dimanche._—Mené en carrosse aux Bonshommes du bois de Vincennes, il y entend vêpres; après, ne pouvant monter à cheval à cause de la chaleur, il s'amuse dans le cloître, y languissant, voit un broc plein de vin et un autre d'eau, des verres portés par des hommes envoyés par les moines. Il prend le verre, fait verser du vin et de l'eau, en donne à M. de Souvré, à M. de la Curée, à M. l'évêque de Chartres, qui avoit dit vêpres, et à plusieurs autres gaiement et à la soldade pour se désennuyer; et lui a goûté.

_Le 8, samedi._—Mené à trois heures à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, il y reconnoît ma nièce du Val: _Velà madame Hérouard et sa nièce du Val_. Il voit que l'on la pressoit, s'écrie: _Hé mon Dieu, velà que l'on fera tomber la petite du Val!_ Il y avoit plus de quatre ans qu'il ne l'avoit vue. Il eut le soin de la faire mettre en sûreté.

_Le 9, dimanche._—A quatre heures, en sa chambre, accompagné de la Reine sa mère, le duc de Pastrano prend congé de Leurs Majestés pour s'en retourner en Espagne.

_Le 22, samedi._—A dix heures mené en carrosse à Notre-Dame; l'éjouissance étoit incroyable et les acclamations à haute voix.

_Le 23, dimanche._—Sur le point de prendre un clystère, il demande à prier Dieu; je lui demande ce qu'il avoit demandé à Dieu?—_Eh! que je n'aye point de mal._ Il prend le clystère.

_Le 28, vendredi._—Achevé une lettre pour le duc d'York, ne l'ayant point voulu remettre, quelque chose que lui en ait pu dire M. de Souvré.

_Le 29, samedi._—Mené à Argenteuil, il y voit des reliques, va à Sanois en la maison d'un banquier italien nommé Lumagne.

_Le 2 octobre, mardi._—M. le duc de Mayenne revient d'Espagne[139].

[139] Il y avait été envoyé pour conclure le double mariage de l'infant Philippe, depuis Philippe IV, avec Madame Élisabeth, et de Louis XIII avec Anne d'Autriche.

_Le 7, dimanche._—Il va à Saint-Cloud voir M. d'Épernon, malade chez M. de Gondi.

_Le 11, jeudi._—Il va chez la Reine, où se passoit le contrat de mariage de Mlle de Mayenne avec le duc de Sforce[140]. L'on ne faisoit que d'achever de lire le contrat lorsqu'il y arriva; on le lui présenta à signer; il ne le voulut jamais signer qu'il ne l'eût ouï lire, et de fait il fut lu du tout, puis signé.

[140] Renée de Lorraine, sœur de Henri, duc de Mayenne, mariée à Marie Sforce, duc d'Ognano, comte de Santa-Fiore, morte à Rome, le 23 septembre 1638.

_Le 12, vendredi._—Il reçoit fort bien M. le comte de Soissons revenant de Normandie.

_Le 15, lundi._—Levé en robe et en bottines; Madame le vient voir; Mlle de Vendôme et lui s'amusent à faire des confitures.

_Le 31, dimanche._—Il va dans son petit carrosse au parc; M. de Souvré étoit devant avec son petit-fils le chevalier de Malte[141], et il restoit en place. M. de Souvré lui demande qui lui plaisoit qui s'y mît. Le Roi ne répond pas: interrogé par plusieurs fois, même silence. M. de Souvré dit enfin: «Sire, voilà M. de la Force, capitaine de vos gardes, vous plaît-il qu'il s'y mette?»—Le Roi ne dit mot.—«Sire, les capitaines de vos gardes ont accoutumé d'y aller du temps du feu Roi votre père.»—_Ils l'ont accoutumé peu à peu; je leur en ferai peu à peu perdre la coutume._

[141] Jacques de Souvré, fils du marquis de Souvré, né en 1600, reçu chevalier de Malte en 1605: il demeura près du Roi jusqu'en 1628, qu'il alla à Malte. Général des galères de Louis XIV, grand prieur de France en 1667, mort le 22 mai 1670, à Paris, où il avait fait construire l'hôtel du Temple.

_Le 1er novembre, jeudi._—Il apprend le décès de M. le comte de Soissons, décédé le matin sur les trois heures, en sa maison de Blandy.

_Le 4, dimanche._—Il ne se veut point lever pour ne prendre point un habit de deuil pour M. le comte de Soissons. Il le vouloit violet. Il va au sermon, et fait courir un marcassin par ses petits chiens[142].

[142] Le même jour mourut Nicolas Le Febvre, précepteur du Roi; il fut saisi d'un frisson dans le cabinet même du Roi, et ramené chez lui, y mourut presque aussitôt.

_Le 8, jeudi._—Éveillé doucement, son visage changé par une médecine qui lui a été présentée; la présence de la Reine par deux diverses fois; menaces de M. de Souvré, par l'espace de deux heures; on ne l'eût pu résoudre à la prendre, mais plutôt à endurer le fouet, et à dix heures trois quarts fouetté bien, sans larmes.

_Le 9, vendredi._—Éveillé doucement, résolu de prendre sa médecine; toutesfois depuis sept heures jusqu'à neuf heures et demie il a été comme le jour précédent; ni la force, ni la douceur n'y ont servi de rien, retenu seulement de l'appréhension du médicament, qui étoit d'une once de casse infuse, de deux drachmes de séné et quatre scrupules de rhubarbe, et demi-once de sirop de limon et décoction de chicorée blanche, oseille, buglosse, agrimoine, raisins de corinthe, linnières de fenouil, de citron et un peu de conserve de violette. Il l'a fallu tromper; ç'a été avec six onces de lait d'amandes et deux drachmes de diacarthami qu'il a prise, et en a demandé davantage. Le soir il prend sa robe et ses bottines, va en sa chambre voir jouer une comédie françoise et des farces.

_Le 11, dimanche._—Il va en la galerie à son lever; la Reine avoit commandé qu'on lui fît la mine pour n'avoir point voulu prendre sa médecine; il s'en aperçut ou il le sut, et s'adressant à Mlle de Vendôme, lui dit tout bas: _La Reine ma mère a commandé que l'on me fasse la mine, mais ils seroient bien tous étonnés si je la leur faisois_. Soudain il va à Mme la douairière de Guise: _Eh bien, madame de Guise, êtes-vous de celles qui me font la mine?_ et s'en va lui faisant la moue et le hausse-bec.

_Le 17, samedi._—A une heure mené en carrosse au pont de Neuilly, où il monte à cheval et court un lièvre avec les chiens de feu M. le comte de Soissons, qui lui furent donnés.

_Le 5 décembre, mercredi._—On lui présente une gelinotte de bois; il la repousse. Le sieur Parfait, contrôleur général, lui dit: «Sire, c'est une gelinotte de bois.»—_Quand elle seroit de fer, je n'en veux point._

_Le 9, dimanche._—Mené en carrosse au sermon et à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, pour tenir à baptême M. le comte de Soissons, âgé de sept ans, avec la Reine sa mère, en la chapelle de la maison du comte, baptisé par M. l'évêque de Paris.

_Le 10, lundi._—Il reçoit chez la Reine le serment de la charge de grand-maître de M. le comte de Soissons[143].

[143] «M. le comte fut baptisé dimanche dernier, habillé d'une robe blanche, et nommé Louis par le Roi, qui fut parrain, et la Reine marrine (_sic_). Le lendemain il prit le haut de chausses, et vint faire le serment de grand-maître en présence de la Reine, dans le cabinet du conseil.»—_Lettre de Malherbe_ du 15 décembre 1612.

_Le 16, dimanche._—Mené en carrosse à Saint-Benoît, où il entend le sermon et vêpres; il y blêmit, y rougit, se plaint du ventre; remis et ramené à quatre heures chez la Reine, où il reçoit des lettres de Malte de M. le chevalier de Vendôme, et un laneret, qu'il porte sur son poing, fort content.

_Le 18, mardi._—Il reçoit le serment de M. le comte de Soissons pour le gouvernement du Dauphiné.

_Le 23, dimanche._—On lui met une emplâtre de diapalme sur la jambe droite sous le genou, enflé par une chute sur la robe de Mlle de Vendôme, garnie de jayet.

_Le 24, lundi._—Il va chez la Reine, en la salle, où il voit danser sur la corde une petite fille de cinq ans et d'une corde à l'autre.

_Le 31, lundi._—Il s'amuse à faire des gâteaux au beurre chez Madame et avec elle.

ANNÉE 1613.

Meurtre du baron de Lux.—Le Roi demande à sa mère la grâce d'une femme condamnée à mort.—Ballet de Mme de Guiercheville.—Tragédie d'_Emon_.—Les Rois sont gentilshommes.—Trait de justice du Roi.—Le Roi touche 1,070 malades.—Son goût pour la comédie.—Voyage autour de Paris.—Accident qu'une gazelle manque de causer.—Cadeau du duc de Lorraine.—Mariage de M. de Montmorency et de Marie des Ursins.—Pose de la première pierre de l'aqueduc de Roungy.—Passage à Essone.—Le Roi commence à aller aux assemblées.—Lettre à la Reine.—Le pauvre en sa maison de gazon.—Serment de M. d'Ancre comme maréchal.—Les sauvages de M. de Rasilly.

_Le 5 janvier, samedi._—Le baron de Lux tué par M. le chevalier de Guise à l'entrée de la rue de Grenelle[144]. Le Roi fait jouer une comédie françoise _De la Folie et de l'Amour aveugle_; il va en la salle de la comédie.

[144] Ce meurtre provoqua l'édit du 28 janvier 1613, renouvelant des peines sévères contre ceux qui se battaient en duel.—Edme de Malain, baron de Lux, fils de Joachim et de Marguerite d'Espinas, était conseiller d'État, lieutenant du Roi en Bourgogne, capitaine de cinquante hommes de son ordonnance: une lettre de Henri IV, alors roi de Navarre, à M. de Saint-Geniès, du 20 décembre 1585, porte en propres termes l'ordre de «tâcher de l'attraper et de s'en défaire». Il fut cependant assez en faveur sous son règne en France, et fut fait chevalier du Saint-Esprit en 1597. Henri III l'aimait beaucoup, et il fut un des membres du conseil dans lequel fut résolu le meurtre du duc de Guise à Blois. M. de Lux eut l'imprudence de le dire au fils du duc de Mayenne, en 1612; le chevalier de Guise le sut, et le tua le 5 janvier 1613, près de la barrière des Sergents. C'est à la suite de ces événements que le fils du baron de Lux appela M. de Guise en duel, et fut également tué.—_Voy._ les détails sur cette affaire dans les lettres de Malherbe.

_Le 11, vendredi._—Il va chez la Reine, où il la supplie pour la grâce d'une femme que, deux jours auparavant, il avoit rencontrée en revenant de la chasse, sur le pavé de Saint-Denis, condamnée à Senlis pour avoir fait mourir son enfant dont elle étoit grosse, laquelle s'étoit jetée à ses pieds, demandant grâce. Elle étoit appelante de la mort au Parlement, et laquelle le Roi avoit commandé qu'elle fût mise en un lieu particulier jusqu'à ce qu'il eût parlé à la Reine, n'ayant pas voulu qu'elle fût menée à la Conciergerie, disant: _Monsieur de Souvré, ceux du Parlement la fairoient mourir_. Il parle de cette femme, dit à M. de Souvré qu'il en parle à la Reine, autant à M. de Bassompierre, pour la disposer à la grâce, en dit des raisons: _Les preuves de la mort ne sont pas certaines, il étoit mort auparavant, elle n'a été condamnée que sur des conjectures_, et, se retournant à sa nourrice: _Doundoun, dites à la marquise d'Ancre qu'elle dispose la Reine ma mère à lui donner sa grâce_. Avec les sus raisons, et tout cela avec passion, et de l'inquiétude de peur que cette femme mourût; il demeure pensif, et soudain dit à M. de Souvré, quasi la larme à l'œil: _Ceci me met en peine_.

_Le 12, samedi._—Le matin il va chez la Reine, et demande la grâce pour cette femme; il n'oublie pas à s'en ressouvenir; il raconte les mêmes choses que dessus pour sa justification.

_Le 25, vendredi._—En soupant il raille M. de Souvré, qui le pressoit de manger de quelque sauce: _Ho! ce sont des sauces à la Souvré; allez-vous-en chez un rôtisseur, il vous dira: Monsieur, c'est une sauce à la Souvré_.

_Le 26, samedi._—Il entre en mauvaise humeur avec M. de Souvré, dit qu'il est en colère, prie M. le duc de Bouillon, maréchal de France[145], de traiter l'accord et de faire lever la main et jurer à M. de Souvré qu'il se mettra plus en colère et qu'il oublie tout le passé. M. de Bouillon le fait, et en cette sorte: «Monsieur de Souvré, levez la main: vous promettez de ne jamais vous mettre en colère tant que le roi fera bien?»—«Oui.»—«Et vous, sire, levez la main: vous promettez de faire toujours bien?»—_Oui._

[145] Henri de la Tour de Turenne, duc de Bouillon par son mariage avec Charlotte de la Marck, héritière de cette maison, mort le 25 mars 1623.

_Le 29, mardi._—Parlant de la jupe de chasse d'un de ses gentilshommes servants, qui étoit rouge (la jupe), il dit: _Il y a cinquante ans qu'elle est faite; c'est la jupe d'un vieux cocher de monsieur le maréchal de Fervaques_. Il s'amuse souvent chez Madame à faire des laits d'amandes, des massepains.

_Le 2 février, samedi._—M. de Souvré lui parloit d'aller au sermon dans l'après-dînée; il y résistoit, et me fait l'honneur de me demander s'il étoit pas vrai que lorsqu'on avoit mal aux dents il ne falloit pas aller au sermon? M. de Souvré lui parle d'un prédicateur, nommé Valadier[146], qui autrefois avoit été jésuite; il y songe un peu, et dit soudain: _Non, monsieur de Souvré, je ne veux point aller à Valadier; il ne fait que crier contre Pouillan et contre Beringuan et les Huguenots_. Beringhen étoit l'un de ses premiers valets de chambre, et Pouillan, nommé Mont-Pouillant[147], l'un de ses enfants d'honneur, huguenots.

[146] Pierre Valladier, nommé prédicateur du roi le 26 octobre 1608; il prêcha l'avent de 1612 à Saint-Médéric, et en réunit les sermons en un ouvrage: _La sainte philosophie de l'âme_, publié l'année suivante.

[147] Jean de Caumont, marquis de Montpouillan, fils du duc de la Force et de Charlotte de Gontaut, favori de Louis XIII, puis rallié au parti protestant, dont son père était le chef, et tué au siége de Tonneins.

_Le 4, lundi._—M. de Souvré lui avoit fort loué le cidre dont M. le cardinal du Perron lui avoit envoyé une bouteille[148]; il en veut tâter; il en goûte dans un verre une gorgée et demie pour la première fois, et commande qu'on lui en serve à son dîner.

[148] On lit dans le _Perroniana_: «Le _citre_ est un excellent brûvage, sain et délicieux; on m'en a envoyé de la basse Normandie, en bouteilles, qui est le plus excellent que j'aie jamais bû. Il passe en délices tous les vins et tous les muscats.»

_Le 11, lundi._—Il assiste au conseil chez la Reine, où il n'y avoit que M. le chancelier de Villeroy et le président Jeannin avec la Reine; il y opina, dont la Reine l'exempta de l'étude.

_Le 12, mardi._—Il monte à neuf heures en la chambre de la marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, où il voit danser le ballet des joueurs de courte-boule, par M. le baron de Palluau.

_Le 17, dimanche._—La Reine le veut dissuader d'aller au ballet de M. de Vendôme, qui se devoit danser au Louvre, au-dessus de sa chambre, où logeoit Mme de Guiercheville, et pour ce qu'il n'aimoit pas à se parer en cérémonie, elle lui dit que s'il y veut aller, il faudra qu'il se pare: _Hé! Madame, ce ne seroit pas mon carême-prenant, ce seroit ma semaine sainte_. Il va au ballet.

_Le 26, mardi._—Il fait jouer dans sa chambre la tragédie de _Emon_, tirée de l'Arioste, par ses petits, la Reine présente.

_Le 28, jeudi._—Mené à deux heures en carrosse à la place Royale, chez le sieur d'Escure pour y voir rompre en lice.

_Le 1er mars, vendredi._—Faisant des figures de géométrie, il conteste contre M. de Fleurence, qui disoit que sa raison étoit juste: _Eh oui! juste comme monsieur de Souvré à tirer de la harquebuse, qui donne à deux pieds près du blanc_.

_Le 2, samedi._—La Reine l'envoie chercher pour aller à la comédie françoise.

_Le 3, dimanche._—Il est entretenu par M. de Nevers sur la guerre de Hongrie.

_Le 4, lundi._—La nuit précédente Mme la duchesse de Guise étoit accouchée de deux garçons enveloppés d'une même peau et n'ayant qu'un arrière-faix[149].

[149] Ces deux jumeaux moururent le 19 du même mois.

_Le 5, mardi._—Impatient de se lever pour aller à la chasse et dîner à Courbevoie, près du pont de Neuilly, maison du sieur de Serres, l'un de ses maîtres d'hôtel.

_Le 11, lundi._—Il va dehors, tire de cinquante pas à balle seule, au blanc fait d'un morceau de papier mis au gant du sieur Seton, exempt de la garde écossoise, tue dix ou douze petits oiseaux, vole et prend le héron.

_Le 12, mardi._—Mené au cabinet des livres, M. de Fleurence, son précepteur, le veut persuader de faire quelque figure de mathématique avant que de s'aller promener. Il promet de le faire au retour; et l'autre ne le voulant pas croire, le Roi lui dit: _Tendez la main_; il y frappe, disant: _Foi de gentilhomme, je le ferai_; c'est la première fois qu'il lui a ouï faire ce serment. Le chevalier de Souvré l'en reprend, disant: «Sire, vous n'êtes pas gentilhomme.» Le Roi répond en souriant: _Je ne suis pas gentilhomme!_—«Sire, vous êtes roi».—_Et les rois sont-ils pas gentilshommes!_

_Le 13, mercredi._—Comme il dînoit, le sieur de Loïnes, qui avoit les oiseaux de son cabinet, lui vient dire qu'il y avoit un homme qui avoit des pigeons, mais qu'il ne les lui vouloit pas bailler, et s'il lui plaisoit de commander à un archer de ses gardes pour les prendre. Il ne dit mot, et écoutoit quelques-uns qui lui disoient qu'il y falloit envoyer et que tout étoit à lui; quand il dit au sieur de Loïnes: _Prenez un archer_, que le Roi lui commanda, _et dites à cet homme qu'il m'apporte lui-même quatre pigeons; que je les lui paierai plus qu'ils ne valent_. Il y va, l'homme apporte ses pigeons; le Roi lui demande: _Combien voulez-vous de vos pigeons?_—«Sire, ils valent bien dix sols la pièce». _Tenez, velà un écu_: en deux demi écus. Il va à la comédie françoise, où il s'endormoit, ne se pouvoit éveiller tant qu'on le mit sur l'échafaud.

_Le 16, samedi._—Botté à une heure, mis en carrosse au-dessous de Montmartre, il y monte à cheval et fait voler ses oiseaux, va au moulin à vent, où il prend et jette les gants et les mouchoirs de chacun, et les voit emporter au vent. Il mange des œufs à la coque avec six apprêtes de pain, mange dans sa cuillère pour ce qu'en devisant il avoit froissé la coquille, dont il se prit à rire, disant: _Oh! oh! je rêve_.

_Le 26, mardi._—Il va à l'hôtel de Guise voir Mme de Guise en couches.

_Le 31, dimanche._—Il va jouer en la galerie, puis chez la Reine, après ensemble à la messe en Bourbon, et à la procession dans le Louvre.

_Le 2, avril, mardi._—Il va à deux heures chez la Reine; à deux heures et demie il va chez M. de Saint-Luc et de là à Saint-Eustache, où il tient son fils à baptême avec Madame; nommé Louis[150]. Goûté chez M. de Saint-Luc.

[150] Louis d'Espinay Saint-Luc, fils du maréchal de Saint-Luc et d'Henriette de Bassompierre, sa première femme, nommé à l'archevêché de Bordeaux, mort en 1644.

_Le 4, jeudi._—A neuf heures, en la grande salle, au sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier, il lave les pieds aux pauvres; va à la messe en Bourbon; aux Feuillants, il entend Ténèbres.

_Le 7, dimanche._—Il va à la messe en Bourbon, confessé, communié, touché mil soixante-dix malades.

_Le 8, lundi._—A sept heures entré en carrosse, il va à Chantelou, la première fois, passant par le Bourg-la-Reine; il y fait acheter des échaudés encore tout chauds, en mange la moitié d'un.

_Le 11, jeudi._—Il va chez la Reine, la voit saigner, vient en carrosse à Conflans, où il a vu M. de Villeroy.

_Le 12, vendredi._—Il va aux Capucins, où M. de Razilly[151] lui présente huit Américains topinambous, qu'il amenoit de l'île de Maragnon, l'un desquels et des principaux du pays lui dit en son langage qu'ils étoient venus pour le remercier des prophètes (les Capucins) et des bons hommes qu'il leur avoit envoyés, qu'ils les défendroient bien contre leurs ennemis et pour le prier de leur en envoyer davantage.

[151] François de Rasilly, seigneur des Aumetz, gentilhomme ordinaire de la chambre, nommé lieutenant général au Brésil, colonie dont il essaya vainement la fondation avec ses deux frères, demeurés célèbres dans les annales de notre marine; il devint ensuite maréchal de camp et ambassadeur en Savoie. A son retour à Paris, il fut reçu magnifiquement. Ces Indiens furent baptisés; trois moururent au bout de peu de temps, François, Jacques et Antoine; trois autres survécurent, Louis-Marie, Louis-Henri et Louis-Jean. _Voy._ Les lettres de Malherbe du 15 avril au 23 juin 1613.

_Le 13, samedi._—Mené à Berny, maison de M. le Chevalier.

_Le 25, jeudi._—A sept heures et demie, mis en carrosse, il va à la messe aux Jésuites, en la rue Saint-Antoine et de là à Champs-sur-Marne, maison appartenant à M. Faure[152], maître d'hôtel du Roi, où il a dîné.

[152] Jean Faure, gouverneur de Mirambeau en Poitou, père de l'évêque d'Amiens (1653).

_Le 28, dimanche._—Mené au cabinet de la Reine, il fait jouer une comédie par ses enfants d'honneur; ce qui lui arrivoit souvent[153].

[153] Il ne se passe guère de jour où il n'assiste à une comédie, soit française, soit italienne, presque toujours chez la Reine, quelquefois ailleurs, et souvent il voit aussi danser un ballet. D'ordinaire pour l'endormir on faisait jouer du luth par Bailly.

_Le 12 mai, dimanche, à Fontainebleau._—Étant au jardin des fruits, une gazelle vint droit à lui de course pour le heurter; le Roi porte promptement et à propos son chapeau au-devant du corps, qu'elle l'enfourna du haut jusques au fond; il est certain que sans cela elle lui donnoit dans le petit ventre et bien avant. Et Dieu en soit loué! Ce fut un grand hasard.

_Le 22, mercredi._—Monsieur et Mesdames arrivent à six heures pour souper.

_Le 23, jeudi._—Il va jouer à la paume; il pleuroit quand il perdoit: c'est qu'il n'aimoit pas à être vaincu.

_Le 24, vendredi._—Il dîne, et la Reine aussi, chez M. Zamet, boit du vin des Canaries, fort trempé, qu'il ne trouve pas bon.

_Le 25, samedi._—Il reçoit en présent par le sieur de Champvallon, de la part de M. et de Mme de Lorraine, un échiquier d'ambre jaune, venu du cabinet du duc de Juliers.

_Le 27, lundi._—Il va au jardin des Canaux, où il a touché quatre cent sept malades; sur le midi vient un grand orage de pluie; il étoit couvert de son parasol et ne laisse pas de continuer (il y en avoit près du quart), bien aise de patrouiller dans l'eau et du désordre. Changé de chemise et d'habit.

_Le 28, mardi._—Il va au conseil pour Mantoue[154], où la Reine prononce la résolution de guerre.—_Madame_, dit-il, _je suis bien aise, il faut faire la guerre_.

[154] François III, duc de Mantoue, étant mort le 22 décembre 1612, son frère, le cardinal Ferdinand, s'empara de la tutelle de sa nièce Marie: le duc de Savoie, aïeul de celle-ci, en profita pour réclamer le Montferrat; on prit les armes, et les hostilités durèrent jusqu'en 1617. Ferdinand demeura paisible souverain du duché usurpé, se fit relever de ses vœux, se maria deux fois et mourut en 1626 sans enfants. Son frère Vincent, cardinal lui-même, lui succéda.

_Le 6 juin, jeudi._—Il va au jardin; mené à la procession, à la messe dans la salle du Cheval, où tout étoit fermé, et y faisoit si grand chaud qu'il lui en prit une foiblesse; il ne laisse pas d'achever.

_Le 10, lundi._—Il part de Fontainebleau, dîne à Melun, attend Monsieur; la Reine le lui avoit donné à charge. Il dit qu'il a mal aux dents, ne se veut point coucher, prend du vinaigre et de l'eau tiède.

_Le 21, vendredi._—Il va aux Tuileries par la galerie, à cinq heures et un quart va jouer à la paume. Essuyé, bu de la tisane, changé de chemise; il monte à la chambre de M. de Châteauvieux pour voir jouer une belle partie à la paume.

_Le 24, lundi._—Il va en carrosse avec la Reine aux Capucins, pour faire baptiser trois Topinambous par M. l'évêque de Paris; ils furent nommés Louis.

_Le 2, mardi._—Arrive en la chambre de la Reine, pour épouser, M. de Montmorency, amiral de France[155].

[155] Il s'agit du mariage de Marie-Félice des Ursins, fille du duc de Bracciano, avec Henri de Montmorency, amiral, décapité à Toulouse, en 1632.

_Le 7, dimanche._—Il va chez la Reine à deux heures, entre en carrosse, va aux vêpres aux Chartreux, en part à quatre et va à Issy, à la maison de la reine Marguerite, s'amuse à pêcher et à se jouer de diverses façons. Ramené pour souper.

_Le 10, mercredi._—Il va à Grenelle, chez M. Leclerc, secrétaire du Roi, va à Gentilly en la maison de M. le président Chevalier.

_Le 13, samedi._—A huit heures il entre en carrosse, va à Roungy[156] pour les sources de la fontaine et le travail par où on la conduit à Paris, de là à Cachan, où il a dîné en la maison de M. le prince de Conty; monté à cheval, il va au parc, y court une biche, brosse hardiment, se jette en l'eau, bien avant; la biche prise, il lui donne la vie, disant: _On la courra une autre fois_. Il va à Arcueil chez Mme de Moisse, où il a soupé. Arrivé à huit heures et demie, il va chez la Reine et à la comédie françoise; ramené dans sa chambre, il prend la bougie et s'amuse à lire les billets qui étoient en une bergerie en tapisserie que l'on avoit, sur le jour, tendue en sa chambre[157]; il étoit si gai qu'il ne se pouvoit coucher.

[156] Rongy ou Rungis, dont les sources sont conduites à Paris par l'aqueduc d'Arcueil.

[157] Sur les tapisseries représentant des bergeries (entre autres celle des amours de Gombaut et Macée) se trouvaient des légendes ou inscriptions par fois très-libres, indiquant le sujet.

_Le 17, mercredi._—Il va en carrosse aux fontaines de Roungy, où arrive la Reine. Le Roi mit la première pierre à l'embouchure de l'aqueduc et cinq médailles d'or et d'argent, de sa face, avec cette lettre: _Ludovicus XIII Francorum et Navarræ rex christianissimus_, et au revers étoit un arc-en-ciel, la figure d'une femme assise en dessus représentant la Reine régente, sa mère, avec cette lettre: _Dat peccatum omnibus ather_. Il pleuvoit fort, et c'étoit sur les trois heures. Soupé à Gentilly, chez M. le président Chevalier.

_Le 21, dimanche._—En l'exhortation le sieur de Fleurence lui explique ce qu'antérieurement, en la loi mosaïque, signifioient les sacrifices du veau, du chevreau, de l'agneau, du gâteau, des colombes et des tourterelles.

_Le 27, samedi._—Il va à Bagnolet. Il s'amuse à imprimer de ses leçons aux presses d'imprimerie qu'y avoit le cardinal du Perron, à qui étoit la maison[158]. Il va à la comédie françoise.—M. l'amiral de Montmorency arrive en poste, lui quarantième, au Louvre.

[158] Malherbe parle de cette imprimerie du cardinal Du Perron dans sa lettre du 13 janvier 1614.

_Le 29, lundi._—Il se trouve au coucher de Mme Marie des Ursins avec l'amiral de Montmorency. Le petit Souvré, chevalier de Malte, s'étoit caché sous le lit et fut fouetté.

_Le 19 août, lundi._—Il part à cheval de Monceaux et tout le matin chasse aux perdreaux, part de Meaux, va à Fresne.

_Le 21, mercredi._—Il s'amuse à faire des cartes avec le compas de M. d'Épernon.

_Le 24, samedi, à Saint-Germain._—Il monte à cheval, court un cerf, le premier qu'il a tué, lui ayant donné un coup d'épée dans le cœur. Il fait porter le cerf dans la salle, de peur du serein, le fait dépouiller et en fait faire la curée.

_Le 28, mercredi._—Il voit jouer des artifices à feu sur la tour de Nesle, de la porte d'en face, et d'une tourelle dressée sur la muraille du parterre devant son cabinet, faits par Jumeau, l'un de ses artilleurs.

_Le 31, samedi._—Éveillé à une heure après minuit, en sursaut, et avant que de s'éveiller, il plaignoit, pleuroit, et disoit: _Eh mon Dieu! hé mon Dieu, prenez ces mille anneaux, prenez-en quarante pour la Reine, ma mère, et vingt pour moi_. Il s'éveille, et se rendort jusqu'à neuf heures et demie.

_Le 2 septembre, lundi._—A une heure dîné chez M. Zamet, la Reine aussi; il va en carrosse à la Roquette, où il a chassé, revient à six heures trois quarts chez le sieur d'Outreville, receveur général du clergé, où il a soupé. Il va en carrosse chez M. Phélypeaux[159], trésorier de l'Épargne, pour voir les artifices à feu qui furent faits dans l'île qui est tout devant la maison; il aimoit cette distraction.

[159] Raymond Phélypeaux, seigneur d'Herbaut et de la Vrillière, né en 1560, trésorier des parties casuelles en 1591, de l'épargne en 1599, puis secrétaire d'État après son frère Paul Phélypeaux de Pontchartrain, en 1621, mort à Suze, le 2 mai 1629. Ce feu, qui représenta un char triomphant qui alla, de l'Arsenal, se poser quai des Célestins, fut fait par Morel, commissaire de l'artillerie, qui s'y défendit lui-même contre des assaillants. Malingre en donne la description. _Voy._ aussi la lettre de Malherbe du 6 septembre.

_Le 10, vendredi._—Pendant qu'on fait ses cheveux, il envoie querir une petite viole pour s'amuser, ne pouvant jamais rester oisif. Le soir il va chez la Reine, à la comédie des Italiens.

_Le 17, mardi._—Allant à Fontainebleau, il va à la messe au village; dîne à Chailly, passant par Essonne, se fait donner des petits pâtés qu'il voit à l'hôtellerie du Lion; il descend à pied la descente d'Essonne; il arrive à Fontainebleau à trois heures; la Reine arrive et le vient voir à huit heures et demie.

_Le 24, mardi._—Étudié; M. le chancelier y assiste, le Roi l'ayant envoyé querir pour cet effet. Le soir chez la Reine, puis à la comédie italienne.

_Le 29, dimanche._—En se levant il dit qu'il a chaud et toutefois qu'il tremble, c'étoit d'appréhension du fouet, sur ce que le jour précédent il avoit répondu à la Reine que de deux jours il ne la verroit point, à cause qu'elle ne lui avoit point voulu permettre d'aller voir le rut; pource que ses gendarmes et ses chevau-légers faisoient fuir les bêtes. Il en avoit demandé et obtenu pardon, mais il ne se tenoit point assuré; il va chez la Reine, et demande de nouveau pardon[160].

[160] Il est à remarquer combien malgré son âge on le traite toujours avec la même rigueur et comme il était resté aussi craintif que quand Mme de Montglat le fouettait.

_Le 9 octobre, mercredi._—M. de Courtenvaux, pour la première fois, donne la chemise au Roi comme premier gentilhomme de la chambre, à la survivance de son père.

_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, qui partit pour aller à Paris y voir Monsieur, qui étoit malade, et lui entre en carrosse pour aller à l'assemblée à Blanchefort, où il a dîné.

_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, écrit à la Reine à Paris par M. de Bonneuil, pour la première fois depuis qu'il est Roi. Il étudie. M. le chancelier, M. de Villeroy viennent le voir étudier; il leur montre la lettre qu'il a écrite à la Reine par leur avis, la souscrit: _Votre très-humble et très-obéissant fils.—Louis._ Il trouve son seing bien fait: _Voilà_, dit-il, _un bon Louis_.

_Le 19, samedi._—Il va en son cabinet, écrit à Paris, à la Reine, par M. le comte de Rocheguyon, puis s'en va au parc, à cheval et à pied.

_Le 20, dimanche._—Il va au-devant de la Reine, revenant de Paris.

_Le 31, jeudi._—A neuf heures un quart, il monte à cheval, va au parc dehors, y trouve un pauvre homme qui avoit fait une maison de gazon, et y logeoit avec sa vache, et vivoit du lait qu'il en tiroit et d'un peu de choux qu'il avoit semés; il vouloit s'étendre pour planter des arbres, quelques-uns l'empêchoient. Il s'arrêta et s'informa de la vie de ce pauvre homme, lui donna l'aumône, et commanda qu'on n'eût point à l'empêcher de planter, et avec passion. Il étoit extrêmement charitable.

_Le 12 novembre, mardi._—Il va en son cabinet; il faisoit un très-mauvais temps de pluie; il dit: _Ah! que voilà un beau temps pour étudier; quand je n'aurois pas envie d'étudier, voilà un temps qui me la feroit venir. M. de Souvré, étudions, devenons savants._

_Le 19, mardi._—Il va chez la Reine, où M. le marquis d'Ancre prête le serment de maréchal de France, où il étoit parvenu deux jours auparavant, par la mort de M. de Fervaques. Il lui dit par discours qu'il avoit grand sujet d'être son serviteur, lui qui étoit étranger venu en France sans rien, où il avoit reçu tant de bienfaits de Sa Majesté et de la Reine, sa mère, que cela l'obligeoit à demeurer son serviteur tant qu'il vivroit, et qu'il seroit bien misérable s'il n'en ressentoit l'obligation. M. de Montmorency, amiral de France, prend congé du Roi pour aller en Languedoc voir M. le connétable, son père.

_Le 28, jeudi._—Il va en carrosse au faubourg Saint-Germain voir Monsieur, en l'hôtel du Luxembourg, puis chez la reine Marguerite.

_Le 8 décembre, dimanche._—Il va à la salle du conseil pour assister aux fiançailles du marquis de Sablé et de Mlle de Souvré[161], revient en courant pour ne point baiser Mme de Guémené, qui n'avoit plus vingt ans[162].

[161] Madeleine, fille du maréchal de Souvré, mariée à Philippe-Emmanuel de Laval-Bois-Dauphin, morte le 16 janvier 1678, à soixante-seize ans. C'est sa vie qu'a écrite M. Cousin.

[162] Madeleine de Lenoncourt, veuve de Louis de Rohan, duc de Montbazon, et première femme de Hercule de Rohan-Guémené, son frère; elle était fille de Henri de Lenoncourt et de Françoise de Laval-Bois-Dauphin.

ANNÉE 1614.

Les arquebuses du roi, ses étrennes.—L'émailleur et le tourneur du Roi.—Le Roi n'apprend plus le latin.—Chasses, comédies et ballets.—Affaire de M. de Livarot.—Le vin bourru.—Audience de M. de Thou.—Vers du Roi.—Incendie chez la reine Marguerite.—Mort du connétable de Montmorency.—Revue au Pré-aux-Clercs.—Affaires et paix des princes.—Le moine bourru.—Le Roi blessé au jeu de paume.—Mort du chevalier de Guise.—Baptême de Monsieur et de Madame Henriette.—Chasses à Saint-Germain.—Voyage du Roi.—Séjours à Orléans, à Blois, à Tours.—Les goinfres de la Cour.—Séjour à Poitiers.—Passage à Angers.—Séjour à Nantes.—États de Bretagne.—Arrivée de M. de Vendôme.—Retour par Angers.—Hommage d'un habitant de Malicorne.—Les ardents.—Séjour au Mans.—Visite du Roi à Vaugrigneuse, maison d'Héroard.—Rentrée à Paris.—Retour du prince de Condé.—Majorité du Roi.—Collation à Villiers-la-Garenne.—États-Généraux de Paris.—Maladie du Roi.—Affection croissante pour M. de Luynes.—L'ambassadeur de Savoie.—Adjudication d'un office en présence du Roi.

_Le 1er janvier, mercredi, à Paris._—Il va au cabinet, où il fait porter toutes ses harquebuses; il y en avoit quarante. La Reine lui fait apporter grande quantité et de diverses sortes de bagues, de diamants et de fort belles pièces, et à mesure qu'il ouvre les étuis, il dit: _Ha! Madame, velà qui est trop pour nous_; c'est qu'il eût mieux aimé trouver des bagues de moindre valeur et que c'eût été quelque figure.

_Le 2, jeudi._—Il s'amuse à faire travailler son émailleur.

_Le 3, vendredi._—On lui dit qu'il y avoit une médecine à lui donner, le voilà fâché. A sept heures et demie la Reine y vient; à neuf heures il prend la médecine, par crainte de la Reine, qui l'avoit menacé du fouet.

_Le 4, samedi._—Il va en sa chambre faire travailler son émailleur.

_Le 5, dimanche._—A son souper il fait couper le gâteau des Rois; il est le roi, en fait donner aux sieurs de Souvré, de Courtenvaux, de la Curée et de Tresmes.

_Le 7, mardi._—Il étudie en l'histoire, n'apprend plus le latin[163].

[163] «Sa Majesté est hors du latin», écrit Malherbe à la date du 16 janvier.

_Le 8, mercredi._—M. de Souvré lui fait prendre une jupe de chasse, fourrée de martre; il la prend à regret, disant que tous ceux qui le verront se moqueront de lui, qu'il est habillé en paysan. Il conteste jusques à une heure et demie, entre en carrosse et va voler le milan à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval, prend le milan.

_Le 10, vendredi._—Il va chez la Reine puis au cabinet des livres, où il fait venir un jeune homme allemand, excellent tourneur, fait dresser un tour, y travaille.

_Le 12, dimanche._—A neuf heures il monte à la chambre de Mme la marquise de Guiercheville, au-dessus de la sienne, et la Reine aussi, où ils voient danser un ballet[164].

[164] «Il y eut hier un ballet au Louvre, en la salle de Mme de Guiercheville; mais ce ne furent que quelques domestiques du Roi.» (_Lettre de Malherbe_ du 13 janvier 1614.)

_Le 13, lundi._—Il entre en carrosse, va à la chasse à la plaine de Grenelle, où il monte à cheval; la Reine y vient, il vole de ses émerillons, et fait tout ce qu'il peut pour donner du plaisir à la Reine, et tant que ses émerillons en devinrent rebutés; ce dont il fut extrêmement marri, n'eût été que c'étoit pour donner du plaisir à la Reine.

_Le 15, mercredi._—Il va à la comédie italienne.

_Le 21, mardi._—Il va en son cabinet, puis chez la Reine et à la comédie italienne.

_Le 23, jeudi._—Il va chez la Reine et, à dix heures, en la salle du ballet, en revient à deux heures et demie après minuit[165].

[165] «Nous vîmes jeudi au soir le ballet attendu si longtemps, duquel la vue ne répondit pas à la dépense qui en avoit été faite, que l'on estime à plus de dix mille écus... Je ne vous en dirai autre chose, sinon que ce fut un désordre le plus grand du monde, de quoi toutefois les balletants ont occasion de remercier Dieu, car toute l'invention n'en valant guère l'argent, la faute du mal est rejetée sur le peu de place qu'il y avoit pour le danser. M. de Plainville, capitaine des gardes, ne voulant désobliger personne, laissa entrer tout ce qui se présenta, et se trouva l'enceinte des barrières si pleine, qu'un seul homme eût eu de la peine à y passer. La Reine à son arrivée, voyant cette multitude, se mit en la plus grande colère où je la vis jamais, et s'en retourna, résolue qu'il ne seroit point dansé: là-dessus on fit retirer et coucher le Roi. Toutefois pour ce qu'à quelques-uns il fut dit à l'oreille que cette retraite n'étoit que pour faire sortir le monde, et que s'il se trouvoit place, on le danseroit; peu de gens prirent l'alarme, et fallut qu'à la fin les archers dissent tout haut que tout le monde sortît et que le Roi étoit au lit. Cela ayant fait faire quelque place, mais bien éloignée de ce qu'il eût fallu pour tant de danseurs et de machines, la Reine revint, et le Roi aussi, qui étoit déjà couché, et alors le ballet fut donné tellement quellement, et non comme il est décrit dans le discours qui s'en est imprimé.» (_Lettre de Malherbe_ du dimanche 26 janvier.) Cette lettre porte par erreur la date du dimanche 27e de janvier.

_Le 24, vendredi._—A une heure il entre en carrosse, va à la rue Saint-Merry, chez M. l'évêque de Beauvais[166], voir son cabinet.

[166] René Potier de Blancmesnil.

_Le 26, dimanche._—Après souper il va en son cabinet, chez la Reine, puis à la comédie italienne, et après voit un petit ballet de la ville, dansé en sa chambre.

_Le 28, mardi._—A six heures soupé; il mange du veau rôti de quatre mois, nourri de lait au jus d'orange[167]; c'est la première fois. Il va chez la Reine, à la comédie italienne, revient à huit heures trois quarts.

[167] Dans un poëme manuscrit qui a pour titre: _Explication de toutes les grottes, rochers et fontaines du château royal de Versailles_, dédié à Louis XIV (Bibl. Imp., fonds de Versailles, nº 168), l'auteur de ce poëme, C. Denis, dit en parlant de la Ménagerie de Versailles:

Pour la bouche du Roi l'on y nourrit des veaux De lait et jaunes d'œufs, excellents et fort beaux.

_Le 30, jeudi._—L'ambassadeur d'Angleterre prend congé de lui pour s'en retourner et porter l'accord fait du mariage de Mme Christienne[168]; M. d'Épernon et ses trois fils le viennent voir.—Il va chez la Reine, à la comédie italienne, et à neuf heures et demie va à la salle voir un ballet de dix de ses petits enfants d'honneur, appelé les Divers.

[168] Ce mariage ne se fit pas.

_Le 1er février, samedi, à Paris._—Il s'amuse à tourner des petites pièces d'ivoire sous un excellent ouvrier allemand[169] qui lui avoit dressé un tour.—Mis au lit, il dit tout son office, pour gagner temps pour le matin suivant qu'il avoit à communier.

[169] _Voy._ au 10 janvier précédent.

_Le 2, dimanche._—A neuf heures trois quarts il va à la messe, en Bourbon, revient à dix heures trois quarts en la grande galerie, où il touche quatre-vingts malades.

_Le 3, lundi._—Il va chez la Reine, et à dix heures trois quarts à la salle du bal y voir danser un ballet de la ville, de Guitrot l'espagnol, et le combat des chats et des rats.

_Le 4, mardi._—Il va à la foire Saint-Germain et à la comédie italienne.

_Le 6, jeudi._—Il s'amuse à tourner de l'ivoire, fait des vases.—Il va à la comédie italienne.

_Le 10, lundi._—Il va à la messe en Bourbon, puis en carrosse jouer à la paume, au jeu de Grenelle.

_Le 12, mercredi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va à la foire.—Mis au lit, il envoie quérir ses harquebuses à sa garde-robe, pour les faire voir à M. de Termes[170]; il y en avoit cinquante-cinq.

[170] «M. de Termes, le vendredi 7e de ce mois, fit serment de premier gentilhomme de la chambre.» (_Lettre de Malherbe_, du 13 février.)

_Le 13, jeudi._—Il va en son cabinet, prend une cresserelle[171] sur son poing, et va en la galerie lui faire voler un moineau. Mis au lit, il envoye à sa garde-robe pour quérir ses armes et les montrer à M. le Grand; il s'endort à sa musique de voix et de luths.

[171] Oiseau de proie, du genre faucon.

_Le 16, dimanche._—A huit heures et un quart déjeuné; il n'y eut point d'exhortation. Le jour précédent, la Reine le défendit au sieur de Fleurence[172].—Après souper il va chez la Reine, puis revient en sa chambre où se présente le sieur de Liverot, de la maison d'Oraison en Provence, pour le remercier de la grâce qu'à sa prière il avoit obtenu de la Reine, sur ce qu'il avoit querellé dans sa chambre; le Roi lui dit gravement: _La Reine ma mère vous a donné la grâce, vous ne l'eussiez pas eue sans moi, mais soyez une autre fois plus sage_; paroles dites de son mouvement[173].

[172] Précepteur du Roi.

[173] Voici comment ce fait est raconté par Malherbe: «M. de Lyvarrot, dont vous aviez pu ouïr l'emprisonnement à la Bastille, pour un souffle qu'il avoit donné dans l'antichambre de la Reine (à un nommé La Ferté-Silly, de Normandie), a eu aujourd'hui sa grâce, et est venu dans le cabinet remercier Sa Majesté. Le Roi s'étoit allé coucher, et n'y avoit au cabinet que Mme la princesse de Conty et Mme de Guise. M. de Souvray s'est approché de la Reine et lui a dit quelque chose à l'oreille, et lors il s'est tourné vers M. de Lyvarrot qui s'est jeté à deux genoux aux pieds de la Reine et a parlé fort bas. Il n'a guère parlé, que la Reine lui a dit: «Levez-vous»; il a toutefois toujours continué à genoux. Comme il a eu fort peu parlé, la Reine lui a dit: «Une autre fois soyez plus sage.» Il a encore dit quelque chose, à quoi la Reine a répondu par deux fois: «Je sais bien cela.» Voilà tout ce que j'en ai ouï, encore que je fusse tout auprès, sinon qu'il la supplioit très-humblement de lui pardonner: aussi n'a-t-il dit autre chose, car je l'ai su de lui-même, lorsqu'il a été hors de la présence de la Reine.» (_Lettre à Peiresc_ du 16 février 1614.) M. L. Lalanne ajoute en note: «L'affaire ne se termine pas là; le 17 janvier 1615, un duel eut lieu à Bicêtre entre La Ferté et Lyvarrot qui y fut blessé à mort.»

_Le 18, mardi._—Après souper il va en sa garde-robe choisir les armes qu'il veut porter[174].

[174] «Le Roi montre une extrême envie d'aller à la guerre, et devant hier il se fit armer de toutes pièces, avec un tel contentement de se voir en cet équipage, que s'étant mis au lit, il ne voulut pas laisser son casque, et disputa longtemps qu'il dormiroit mieux avec ce casque qu'avec son bonnet de nuit; mais enfin il se laissa aller aux remontrances qu'on lui fit de le quitter.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 février 1614.)

_Le 28, vendredi._—Il va aux Tuileries puis au jeu de paume de Grenelle; essuyé chez M. Leclerc, il y a goûté, a bu du vin blanc bourru, trempé, et du vin clairet trempé, trouve l'un et l'autre bien fort[175].

[175] Héroard note en marge: «Vin bourru, première fois.» Le vin bourru est du vin blanc nouveau. Malherbe écrit à la date du 1er avril 1614: «Depuis que le Roi a pris le vin et quitté le latin, sa santé et son embonpoint croissent à vue d'œil.»

_Le 1er mars, samedi._—M. le président de Thou, prenant congé de lui, s'en allant député vers M. le prince de Condé à Mézières, le Roi lui dit, mettant ses deux mains sur ses épaules: _Allez, et dites à ces messieurs-là qu'ils soient bien sages_.

_Le 6, jeudi._—M. Beringhen me racontoit que le Roi parloit en dormant, au commencement de son dormir[176], et disoit: _Jetez ce chapeau par dessus la muraille; hé! jetez, jetez par dessus la rivière qui passe à Bayonne; que ne l'a-on mis à la Bastille_. Le Roi l'entend, et dit: _C'est que je demandois pourquoi on n'avoit pas mis mon frère de Vendôme dans la Bastille; il a ouvert mes dépêches que j'envoyois à M. de Montbazon, il les a ouvertes[177]!_

[176] C'est-à-dire la veille au soir.

[177] «M. de Vendôme est à sa maison d'Anceny, sans aucune troupe; cette maison est à dix lieues par delà Angers, sur la rivière de Loire, où il a mis un petit bateau pour apprendre ce qui passera sur la rivière, sans toutefois faire jusqu'ici autre mal. Vous savez qu'il avoit fait détrousser un paquet du Roi à M. de Montbazon; il s'en est excusé à la Reine par une lettre qu'il lui a écrite; mais je ne crois pas qu'elle en soit fort satisfaite: la Reine dit tout haut qu'il s'est fait criminel de lèse-majesté pour un morceau de papier.» (_Lettre de Malherbe_, du 10 mars 1614.)

_Le 10, lundi._—Mis au lit, il s'amuse à faire des vers et donne le sujet pour en faire aux sieurs de Termes, de Courtenvaux et de Montglat, sur une marcassine nourrie à sa cuisine par Bonnet, porteur d'eau, qui se tua d'une chute. La marcassine coucha toute la nuit contre le corps (du porteur d'eau), et le cherchoit toujours depuis être enterré; elle se laissa mourir de faim, n'ayant jamais voulu manger, quelque soin que l'on en prît. Le Roi fit ces quatre vers:

Il y avoit en ma cuisine Une petite marcassine, Laquelle est morte de douleur D'avoir perdu son gouverneur.

_Le 20, jeudi._—Il va au jeu de paume de Grenelle, puis voir le cabinet du sieur de La Chapelle, son joueur d'épinette.

_Le 24, lundi._—Il va à la volerie au delà du Bourget, à cheval, à pied.—Mis au lit, il s'amuse à jouer au trictrac.

_Le 27, jeudi saint._—Il va au sermon, en la salle, fait par M. l'archevêque d'Aix[178], lave les pieds aux enfants, va à la messe en Bourbon.

[178] Paul Hurault de l'Hôpital.

_Le 30, dimanche, jour de Pâques._—A neuf heures et un quart il va à la messe en Bourbon, revient en la grande galerie, à dix heures et trois quarts, où il a touché quatre cent quarante malades, et à onze heures et demie dîné. Il va en carrosse au sermon, aux Carmes, puis à vêpres à Saint-Victor. A huit heures devêtu, il joue au renard et aux poules sur ses affaires.

_Le 31, lundi._—Mis au lit, il se lève pour voir l'écurie de la reine Marguerite qui brûloit devant son logis[179], l'envoie visiter par un gentilhomme nommé le sieur de la Plasse.

[179] De l'autre côté de la Seine.

_Le 2 avril, mercredi, à Paris._—Mené en carrosse hors la porte Saint-Michel, il monte à cheval et va à la volerie à Antony et vers l'étang de Massy, vole et prend deux poulettes d'eau, jette l'oiseau, les prend, et l'entreprend contre l'opinion d'un chacun. Ce vol n'avoit jamais été entrepris.

_Le 3, jeudi._—Il va en carrosse hors de la porte Saint-Antoine, pour voler des poules d'eau qui étoient dans le fossé, puis va au Mesnil-Montant et de là à Belleville-sur-Sablons, pour y voir les sources des fontaines qui viennent à Paris.

_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, puis, à une heure et demie, en carrosse aux Chartreux, à vêpres, puis à Issy, à la maison de la reine Marguerite, y tire de la harquebuse et blesse un merle auprès de lui, comme il chantoit; il demande au sieur Renard, l'un de ses chirurgiens, s'il guariroit bien, et le lui baille.

_Le 7, lundi._—Mis au lit, l'on lui rapporte le décès de M. le connétable[180]; il en demeure touché, et dit: _Il y en aura beaucoup qui demanderont cette charge, mais il ne la faut donner à personne_.

[180] Henri Ier, duc de Montmorency; son successeur, Charles d'Albert de Luynes, ne fut nommé qu'en 1621.

_Le 10, jeudi._—Il va au Pré-aux-Clercs voir faire monstre à sa compagnie de chevau-légers.

_Le 11, vendredi._—A dîner le sieur de Blainville, cornette de la compagnie de Sa Majesté, lui dit: «Sire, la Reine m'a fait l'honneur de me commander que dorénavant mes compagnons soient en armes quand nous irons l'accompagner.» Le Roi répond soudain: _Pourquoi? Le peuple de Paris pensera que j'ai peur quand il verra cela. Je n'ai point peur, je ne les crains point_, entendant parler des princes qui s'étoient retirés mal contents de la Cour.—«Sire, j'estime que le peuple en sera bien aise, voyant le soin que l'on aura de bien conserver la personne de Votre Majesté.»—_S'ils venoient, les battrions-nous pas?_—«Sire, ils auroient un grand avantage sur nous.»—_Quel?_—«Autant qu'il y en a d'avoir un pourpoint de toile à un de fer.» Le Roi, ayant un peu songé, répond: _Bien, mais dites-leur que, sortant et entrant en la ville, qu'ils mettent leurs manteaux sur leurs armes_.

_Le 13, dimanche._—Il va à Issy, chez la reine Marguerite, chemine fort à pied, monte au haut de la montagne.

_Le 15, mardi._—Mis au lit, M. le Grand lui ayant raconté en l'oreille ce qui s'étoit passé à Soissons pour la paix avec M. le prince de Condé, il n'en fait paroître en son visage aucune marque de joie ne de tristesse, et se prend à entretenir la compagnie; et, chacun étant retiré, il nous dit à M. de Préaux et à moi: _La paix est faite, je crois que ce sont les prières des quarante heures qui en sont cause_[181]; le sieur de Préaux, prenant la parole, le confirma en cette créance.

[181] La paix entre la Reine et les princes fut signée le 15 mai suivant à Sainte-Ménehould.

_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, donne audience à l'ambassadeur de l'Empereur.

_Le 18, vendredi._—Il va en carrosse hors la porte Saint-Michel, où il monte à cheval et va près de Vaugirard, où il chasse au chien couchant, tire et tue une perdrix; c'est la première fois qu'il a fait cette chasse.

_Le 20, dimanche._—A onze heures il va chez la Reine, la voit saigner et piquer deux fois[182].

[182] «Je fus hier au Louvre, mais je n'y appris rien, à cause que l'on ne voyoit point la Reine, et n'y entra homme quelconque que le Roi.» (_Lettre de Malherbe_, du 22 avril.)

_Le 22, mardi._—A trois heures il entre en carrosse, la Reine aussi, va au Pré-aux-Clercs où il monte à cheval, pour voir le régiment des gardes en quatre bataillons, puis met pied à terre, et fut bien deux heures, allant à l'un puis à l'autre, leur voyant faire les exercices.

_Le 26, samedi._—A dîner, il demande s'il a bu, n'a fait que rêver en dînant, parlant ou chantant.

_Le 28, lundi._—Il va en la galerie, fait les exercices, très-bien, veut être mousquetaire; il a trente-deux petits gentilshommes. Étant sur ses affaires, il s'amuse à monter des horloges, qui avoient des ressorts à faire prendre feu à la poudre.

_Le 1er mai, jeudi, à Paris._—Il va à vêpres aux Bonshommes, puis à Auteuil, au jardin de M. Brouay, pêcher à un petit vivier et dénicher des merles.

_Le 2, vendredi._—A huit heures levé, il dit avoir songé que l'on lui tiroit du sang, mais dit que ce n'étoit que de l'eau; c'étoit sur le temps que M. le prince de Condé débattoit pour avoir Amboise; M. Vignier[183] en revient ce matin.

[183] Claude Vignier, président au parlement de Metz, négociateur de la Reine près du prince de Condé. «Il ne tenoit qu'à Amboise, que la Reine avoit fait quelque difficulté de bailler.» (_Lettre de Malherbe_, du 3 mai.)

_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine, à la chapelle de son antichambre, puis au conseil tenu pour savoir si Amboise seroit baillé pour sûreté à M. le prince de Condé, jusques après la tenue des États. Il fut résolu qu'il le seroit.

_Le 7, mercredi._—Il va chez la Reine, puis monte en haut, à la chambre de MM. les premiers gentilshommes de la chambre, où il fait les exercices de sa compagnie; celui qui les fait faire c'est le sieur de l'Hostelneau[184], lieutenant au régiment des gardes.

[184] Jean de l'Espez, seigneur de l'Hostelneau, etc., depuis capitaine major au régiment des gardes françaises.

_Le 15, jeudi._—Éveillé à sept heures et un quart, il raconte comme il avoit songé qu'il étoit en la petite galerie, où il avoit trouvé le moine bourré[185], qui tenoit un petit diable noir ressemblant à un singe par une laisse tenant à un collier qu'il avoit au col; qu'il dit au moine bourré qu'il lui prêtât ce petit diable pour faire peur à Mme de Guise; que s'étant approché de lui, lui a commandé de ne s'approcher pas, lui disant: «Va-t'en au diable»; qu'il s'en va, qu'il alla trouver la Reine, sa mère, et parla à elle à l'oreille, qui lui commanda d'aller faire peur à Mme de Guise.

[185] Ou moine bourru, fantôme, revenant, qui était un objet de superstition. «Ce fantôme, ajoute M. Littré, était ainsi dénommé parce qu'on le représentait vêtu de bourre ou bure.» Malherbe écrivait à Peiresc, le 8 janvier 1613: «Nous avons ici un compagnon du moine _bourré_, à qui l'on avoit donné le nom de _Tasteur_; l'on dit que c'étoient bons compagnons, qui avoient des gantelets de fer, et au bout des doigts des ergots de fer, de quoi ils fouilloient les femmes, et qu'il y en avoit à tous les quartiers.»

_Le 18, dimanche._—A neuf heures levé, vêtu, il va à la messe en Bourbon, revient à dix heures trois quarts; entrant à la cour du Louvre, il prend du pain, boit du vin fort trempé, touche huit cent sept malades. A midi dîné; il va chez la Reine. A deux heures il entre en carrosse, va au sermon et à vêpres aux Cordeliers[186], puis se promener à Issy.

[186] «Dimanche dernier, le comte de Crissey vint apporter au Roi une lettre de M. le Prince. Le Roi étoit tout au haut du Louvre, en une fenêtre qui regarde sur la cour; comme on le lui vint dire, il commanda qu'on allât querir M. de Souvray, qui étoit allé dîner et n'étoit point revenu, afin qu'il le lui présentât. M. de Souvray venu, on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au Roi que M. le Prince lui baisoit très-humblement les mains et lui avoit baillé cette lettre pour lui rendre, avec commandement de l'assurer qu'il étoit son très-humble serviteur. Le Roi répondit: «Que fait-il? Comme se porte-t-il?» Et là-dessus lut la lettre; puis dit à M. de Souvray qu'il vouloit aller ouïr vêpres aux Cordeliers, ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de Crissey.» (_Lettre de Malherbe_, du 20 mai.)

_Le 19, lundi._—Il va en carrosse aux Chartreux, où il fait hâter ses vêpres, puis va à Vanves, au logis du sieur de Montescot, où il court un chevreuil.

_Le 23, vendredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il a tiré au blanc avec la harquebuse; à six heures et demie il y a soupé, au pavillon ancien.

_Le 25, dimanche._—Il va au sermon en la chapelle de Bourbon, puis en carrosse à Vanves, chez le sieur Prevost, puis chez le sieur de Bevilliers et après chez le sieur Du Tillet; goûté chez M. de Bevilliers.

_Le 28, mercredi._—A sept heures et un quart il entre en carrosse, va à la messe aux Bonshommes, puis à Saint-Cloud où il arrive à dix heures. A dix heures et un quart dîné au logis de M. de Gondi; il va par les jardins, aux fontaines, aux grottes; tiré et tué beaucoup de petits oiseaux à la harquebuse. A une heure et demie il va au bois de Boulogne, où il a chassé, tiré, tué des oiseaux, entre autres un auriol[187] et une orfraie.

[187] Nom vulgaire du loriot.

_Le 30, vendredi._—Il va en son cabinet des livres, où il s'amuse à faire diverses figures de bataillons avec des figures de plomb, sur une table percée.

_Le 31, samedi._—Après dîner il va en la galerie, va faire ses exercices en armes. A sept heures M. le duc de Longueville arrive de Soissons, après la paix, lui fait la révérence. Soupé, il va chez la Reine, revient à huit heures trois quarts[188].

[188] «M. de Longueville est arrivé aujourd'hui sur les cinq ou six heures du soir; il est allé descendre chez M. le comte de Saint-Pol, et de là s'en sont venus, sur les sept heures, chez le Roi. Sa Majesté étoit sur le perron qui est au bout de la galerie dorée, où vous vîtes recevoir les ambassadeurs d'Espagne pour le mariage. Comme M. de Longueville est entré dans la galerie, il n'y a pas eu fait une douzaine de pas, que le Roi est sorti du perron et est venu au-devant de lui, et l'a rencontré plus près de la porte que de là où il étoit parti... M. de Longueville a fait quelque petite harangue, et le Roi une réponse encore plus courte... Le Roi lors s'en alloit souper; M. de Longueville a été à la moitié de son souper, où il ne s'est parlé que de propos communs. De là M. de Longueville s'en est allé aux Tuileries voir la Reine; cela m'a trompé, car je m'imaginois qu'il seroit avec le Roi jusques au retour de la Reine, et que de là le Roi allant chez la Reine, comme il fait tous les soirs après souper, le mèneroit avec lui... Comme M. de Longueville eut vu le Roi, et lui eut tenu compagnie jusques à la moitié de son souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la Reine; elle étoit au bout de la grande allée, où elle oyoit chanter le Villars et un page que la reine Marguerite y avoit amenés; la Reine étoit debout. M. de Longueville, après deux grandes révérences, lui baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il se relevât, ce qu'il fit et se retira deux pas en arrière, sans dire mot quelconque. Lors la Reine lui dit: «D'où êtes-vous parti aujourd'hui?» Il répondit qu'il étoit parti de Trie, à cinq postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui étoit venue, et qu'il la falloit couper: ce fut là tout le discours. La Reine étoit masquée, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa passion par son visage.» (_Lettres de Malherbe à Peiresc_, des 31 mai et 1er juin.)

_Le 1er juin, dimanche, à Paris._—Il va en carrosse au jeu de paume de Grenelle, où il est frappé sur les dents d'un coup de balle, par le chevalier de Souvré; il saigna un peu.

_Le 4, mercredi._—A cinq heures levé, impatient de partir pour aller à Ruel; à six heures déjeuné, à six et demie il entre en carrosse, va à la messe aux Feuillants, arrive à neuf heures et demie à Ruel, où il a dîné, s'amuse dans la maison. A quatre heures il monte à cheval, tire de la harquebuse tout à cheval, tue quantité de petits oiseaux, va chez un menuisier, y fait faire deux petits châssis de son dessein, y travaille lui-même, puis y pend tous les petits oiseaux.

_Le 5, jeudi._—On lui dit la mort du chevalier de Guise[189]; il en blêmit, dit en être fort marri, et un témoignage de son intérieur fut qu'il dit: _Il étoit toujours auprès de moi; je n'allois jamais à la chasse qu'il ne vînt avec moi._—Il va par la galerie à vêpres, aux Feuillants; joué aux Tuileries, puis il va en carrosse à l'hôtel de Guise.

[189] François-Alexandre-Paris de Lorraine, tué le 1er juin 1614, à Baux en Provence, par l'explosion d'une pièce de canon.

_Le 7, samedi._—Il fait ses exercices en armes, à la galerie; étudié. Il va jouer en son jeu de paume couvert; ce fut la première fois après avoir été couvert[190].

[190] C'est-à-dire depuis que ce nouveau jeu de paume avait été couvert.

_Le 12, jeudi._—Il va en carrosse chez la reine Marguerite[191].

[191] Même mention pour le lendemain 13 juin.

_Le 15, dimanche, à Paris._—A onze heures et demie il va chez la Reine, puis dîné. MONSIEUR est baptisé et la petite MADAME en la chapelle qui est dans la tour de l'antichambre de la Reine, sur le midi, par M. le cardinal de Bonzy. Les parrain et marraine de MONSIEUR ce fut M. le cardinal de Joyeuse et la reine Marguerite, et son nom _Gaston-Jean-Baptiste_; de MADAME ce fut MADAME, sœur aînée du Roi, et M. le cardinal de la Rochefoucauld, et son nom _Henriette-Marie_. Il va à vêpres à Saint-Eustache, puis joue en son jeu de paume.

_Le 21, samedi._—Il part à six heures et un quart en carrosse, va à la messe aux Feuillants, et, chassant en chemin, tire de la harquebuse tout à cheval, aux petits oiseaux; arrive à neuf heures à Saint-Germain-en-Laye.—Il va au jeu de paume, puis au fossé du bâtiment, où il fait un terrier. A cinq heures et demie soupé; peu après il monte à cheval, passe la rivière, va à la garenne, chasse aux panneaux et aux levriers, revient à huit heures, écrit à la Reine. Peu après devêtu; étant sur ses affaires, il s'amuse à imprimer sur de la cire d'Espagne la gravure d'un Hippocrate et d'un lion, que j'avois en bague[192].

[192] _Voy._ au 26 avril 1608.

_Le 22, dimanche, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle de la terrasse, puis monte à cheval et va surprendre M. de Souvré et M. de Frontenac qui déjeûnoient à la petite maison du côté de Carrières. A une heure et demie botté, il monte à cheval, va au parc, y court un cerf et le prend. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans le parc, guidé par M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain.—La Reine arrive, il va au-devant.

_Le 23, lundi._—Il va chez la Reine, étudié. A trois heures il passe l'eau, va chasser à la garenne en carrosse. Après souper il se va promener sur les terrasses, va voir le feu de la Saint-Jean, sur le pavé du préau.

_Le 25, mercredi._—Botté à douze heures et demie, il entre en carrosse jusques au laissez-courre, guidé par le sieur baron de Palluau, fils du sieur de Frontenac, court le cerf, le voit plusieurs fois, et se trouve à la mort. C'est la première fois qu'il a couru le cerf dans la forêt; il courut, sans relayer, deux heures et plus.—Après souper il va chez la Reine, au parc, fait faire la curée du cerf, jette des fusées sur la terrasse.

_Le 26, jeudi._—Après souper il va au parc, au-devant de la Reine, et à neuf heures à la comédie italienne, dans la galerie du côté du parc.

_Le 28, samedi._—Étudié, goûté, il va au parc, à la comédie italienne.

_Le 29, dimanche._—Il va à la comédie italienne, à l'entrée de l'allée.

_Le 30, lundi._—Il va à la galerie, au conseil.

_Le 1er juillet, mardi, à Saint-Germain._—A dix heures et demie il va chez la Reine et au conseil, en la galerie, là ou il fut résolu qu'il partiroit demain pour aller à Paris et de là à Orléans.

_Le 2, mercredi._—Il va chez la Reine et chez le sieur Francino, fontainier. Il part de Saint-Germain-en-Laye, en carrosse, à trois heures et demie, et, par les bacs, va à Surênes, en la maison du sieur Parfait, l'un des contrôleurs de sa maison, où il a soupé. A huit heures et demie il entre en carrosse, et arrive à Paris à neuf heures et un quart, va chez la Reine.

_Le 4, vendredi, à Paris._—A onze heures il va chez la Reine, au conseil, en la galerie, où les corps des compagnies furent mandés pour leur commander d'avoir soin de la ville pendant son voyage.

_Le 5, samedi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse, part de Paris pour aller à Orléans, arrive à dix heures et demie à Longjumeau, où il a dîné, va à Chanteloup, voir les chevaux de M. de Brèves, qui lui donne une haquenée, puis arrive à cinq heures et demie à Olinville.

_Le 6, dimanche, voyage._—A une heure parti d'Olinville en carrosse, arrivé à Etampes à quatre heures et un quart. A sept heures et demie la Reine arrive, il y va.

_Le 7, lundi, voyage._—Il va à la messe à Notre-Dame, puis à huit heures part d'Étampes, arrive à dix heures et un quart _au Bardé_[193], à Angerville, où il a dîné. Parti à deux heures et demie, il arrive à Toury à six heures, _à l'Écu de France_.

[193] Nom de l'enseigne d'une auberge.

_Le 8, mardi, voyage._—A huit heures il part de Toury, arrive à Langallerie à dix heures. Dîné; il va au jardin tirer de la harquebuse aux petits oiseaux; M. de Souvré le mène jouer aux cartes dans une grange, il s'y ennuie. Il n'aimoit pas les jeux oisifs, s'en va faire traire les vaches; il ne pouvoit demeurer oisif. Il part de Langallerie à trois heures en carrosse, monte à cheval en chemin, rencontre bien six mille hommes en armes, par troupes, arrive à cinq heures trois quart à Orléans, va à Sainte-Croix, où le _Te Deum_ fut chanté, revient loger à la grande maison.

_Le 9, mercredi, à Orléans._—Il va aux Capucins, va chez la Reine, puis jouer à la paume.

_Le 10, jeudi, à Orléans._—Il va à la messe à Sainte-Croix, va chez la Reine; à quatre heures et demie il entre en carrosse et va au Poutil, maison du sieur d'Escures, où il a soupé, la Reine aussi. A neuf heures il rentre en carrosse, revient à Orléans.

_Le 11, vendredi, à Orléans._—Il va à la messe aux Récollets, puis jouer à la paume. Étudié; à trois heures et demie il entre en carrosse, va au Poutil, où il a goûté, revient à sept heures et demie, va chez la Reine.

_Le 12, samedi, à Orléans._—Il tire au blanc, à la harquebuse, avec les harquebusiers de la ville, donne au rond noir, autour de la cheville, du premier coup; va au jeu de paume.

_Le 13, dimanche, à Orléans._—Il va chez la Reine, au jeu de paume, puis à la messe à Sainte-Croix.

_Le 14, lundi, voyage._—Il va à la messe, puis à la porte d'Illier, monte à cheval et part d'Orléans à neuf heures et un quart, et va, pour être mal guidé, jusques au faubourg de Meung, revient à Saint-Til, où son dîner étoit prêt. A deux heures il entre en carrosse et à cinq heures et un quart arrive à Beaugency, va jouer à la paume, revient au château à six heures.

_Le 15, mardi, voyage._—A huit heures et un quart il entre en carrosse et va à Chambord; à demi-chemin il est monté à cheval et a chassé. Arrivé à onze heures et un quart, dîné, il va visiter le château, fut partout, le trouve beau, va pêcher. A deux heures et demie il entre en carrosse, et à six heures arrive à Blois, va à l'église, en fut fâché pour ce qu'on lui dit après que ce n'étoit point un évêché. On lui dit que c'étoit une église de fondation royale; il se contente, puis va au château.

_Le 16, mercredi, à Blois._—Il va par la grande allée, à pied, à la Noue, où s'étoit logée Mme de Guise la douairière, pour n'avoir voulu loger au château, à cause de feu M. son mari[194]; le Roi commanda que l'on ne dît pas qu'il y eût été. Il revient à la messe aux Capucins, puis à onze heures chez la Reine, où se tenoit le conseil. Après dîner, il va chez les horlogers, la Reine aussi.

[194] Henri Ier de Lorraine, dit _le Balafré_, assassiné au château de Blois, le 23 décembre 1588.

_Le 17, jeudi, à Blois._—Soupé en la salle des États; peu après il monte à cheval, et va au-devant de la Reine, qui étoit allée au promenoir[195] à la Noue.

[195] A la promenade.

_Le 18, vendredi, voyage._—Il va à la chapelle du château, à huit heures et un quart entre en carrosse, part de Blois, et à onze heures arrive à Pont-Levoy, où il a dîné. Parti à une heure, il arrive à quatre heures à Montrichard, va se promener, tire de la harquebuse, va chez la Reine.

_Le 19, samedi, voyage._—A huit heures et demie il part de Montrichard et va à la Bourdaisière, où il a dîné à midi. Il part à trois heures en carrosse, à un quart de lieue monte à cheval, ayant trouvé en chemin plus de six mille habitants en armes. Entré à Tours, il va à Saint-Gatian, et puis, à sept heures et un quart, loger en l'hôtel de Samblançay.

_Le 20, dimanche, à Tours._—Il va en carrosse jouer au palemail, puis à Saint-Gatian. Il va à vêpres au Plessis; M. de Lansac, capitaine du château, donnoit la collation. Il revient en carrosse; à sept heures soupé, il va en sa chambre, puis à l'abbaye Saint-Julien, ouïr la comédie françoise, donnée par M. de Courtenvaux qui y logeoit.

_Le 21, lundi, à Tours._—Il va chez la Reine, puis en carrosse à Saint-Martin, revient à onze heures. Étudié, etc.; il va en carrosse au Plessis et à Saint-Côme, où il a fait terrir des blaireaux, a fort travaillé. Après souper il va à Saint-Julien, à la comédie françoise donnée par M. de Courtenvaux.

_Le 22, mardi, à Tours._—Il va à la messe aux Capucins et à vêpres à Marmoutiers, puis au Plessis trouver la Reine, où Mme de Lansac lui donnoit la collation. Après souper il va à Saint-Julien, à la comédie françoise.

_Le 23, mercredi, à Tours._—Il va en carrosse aux Jacobins, puis au clos de la Bourdaisière, et après jouer au palemail. A quatre heures et demie il va en carrosse sur le quai de la Fère tirer de la harquebuse, au blanc, avec les harquebusiers de la ville, gagne le blanc. Mis au lit, il s'endort à la musique de luths et de voix.

_Le 24, jeudi, à Tours._—Il va aux Carmes, au palemail; à trois heures et demie mené en carrosse au Plessis, où il fait chasser ses petits chiens. Après souper il va chez la Reine, puis à la comédie françoise.

_Le 25, vendredi, à Tours._—Il va à la messe à Saint-Martin; à deux heures et demie il va en carrosse pour mettre la première pierre à la porte de...[196] sur la rivière, puis à Marmoustier.

[196] Ce nom est resté en blanc.

_Le 26, samedi, voyage._—Il part de Tours, va à Cousières, où il a dîné à dix heures. A trois heures il entre en carrosse, et à six heures arrive à Sainte-Maure.

_Le 27, dimanche, voyage._—Il va en carrosse à l'église, puis part et arrive à onze heures au port de Piles, où il a dîné. A une heure et demie il entre en carrosse, et à Ingrande, à trois heures et demie, goûté; il monte à cheval, et à six heures arrive à Châtellerault, va jouer à la paume. Après souper il va chez la Reine, achète beaucoup de besognes de coutellerie et de diamants du pays, disant que c'étoit pour envoyer à ses enfants qui étoient à Saint-Germain-en-Laye; c'étoient Monsieur, son frère, et Mesdames, ses sœurs.

_Le 28, lundi, voyage._—Éveillé à quatre heures par le bruit des passants et du charroi, il entend les injures qu'ils s'entredisoient, s'en rit. A sept heures et trois quarts il entre carrosse; à une lieue environ, dans la garenne, il y a la fontaine de Nerpuis, sur la main droite, où le sieur de l'Isle-Rouët donnoit à déjeuner à plusieurs de ses amis de la Cour, bons compagnons. Le Roi les voyant, demande que c'est; on lui dit: «C'est l'Isle-Rouët qui donne à déjeuner aux goinfres de la Cour.»—_Je y veux aller_, dit-il; il met pied à terre, et dit gaiement, faisant du bon compagnon: _Çà, j'en veux être des goinfres de la Cour_, se prend à déjeuner, mange deux perdreaux, l'estomac de deux poulets, un peu d'une langue de bœuf; M. de la Curée servoit les plats à cheval. Le Roi dit en sautant: _Adieu, mon hôte_, rentre en carrosse, et arrive à Jaulné, où, à une heure, il a dîné. Il entre à cheval, sous le poële, à six heures et demie à Poitiers, va à Saint-Hilaire.

_Le 29, mardi, à Poitiers._—Éveillé à une heure en sursaut, il se veut lever sans dire la cause; ses valets de chambre, les sieurs de Heurles et Armaignac, l'en veulent empêcher, croyant qu'il rêvât: _Laissez-moi, laissez-moi_, dit-il; il se lève en chemise et ainsi veut aller à la salle. Remis au lit, il se rendort jusques à neuf heures et un quart. Levé, bon visage, etc., il va chez la Reine, puis en carrosse à Saint-Pierre, revient à onze heures, ne sort point du logis, à cause de la chaleur, jusques à cinq heures et demie, va jouer à la paume.

_Le 30, mercredi, à Poitiers._—Il va tirer au prix des harquebusiers de la ville, donne du premier coup dans la cheville; il donne le prix, c'étoit une écharpe, à celui qui avoit fait le meilleur coup après lui.

_Le 31, jeudi, à Poitiers._—Il va à la messe à Sainte-Croix, va en sa chambre, chez la Reine; étudié. A trois heures et demie il va au Palais, voir jouer une pastorelle (_sic_) par les écoliers des Jésuites, la Reine aussi.

_Le 1er août, vendredi, à Poitiers._—Il va à la messe à Saint-Pierre, revient à onze heures et un quart chez la Reine, au conseil. Il va à vêpres aux Jacobins, entre en leur jardin. Mis au lit, il joue au tric-trac.

_Le 2, samedi, à Poitiers._—Il va en carrosse à la messe, à la Trinité, revient chez la Reine, va à la chasse, joue à la paume. Après souper il va chez M. de Souvré, qui se trouvoit mal, y joue au piquet.

_Le 3, dimanche, à Poitiers._—Il va aux Cordeliers en carrosse, va jouer à la paume, puis à la messe aux Carmes et à vêpres aux Cordeliers.

_Le 4, lundi, voyage._—A sept heures trois quarts il part de Poitiers, à demi-lieue rencontre le marquis de Cœuvres, revenant de Bretagne, portant assurance de l'affection et fidélité de M. de Vendôme, et obéissance au service de Sa Majesté. _Ho! quelle obéissance! il n'a pas encore désarmé_, dit le Roi. Il reçoit froidement M. de Cœuvres, et, refusant de recevoir la lettre dudit sieur de Vendôme, la fait bailler et lire à M. de Souvré, où étoient les mêmes termes, où aussi il redit les mêmes paroles. Il arrive à neuf trois quarts au Breuil, où il a dîné, puis à quatre heures entre en carrosse, et à cinq heures et demie arrive à Mirebeau, va au jeu de paume, au jardin, chez la Reine.

_Le 5, mardi, voyage._—Il va à Notre-Dame, part à huit heures et demie de Mirebeau, et arrive à dix heures et demie à Aubourg, où il a dîné. Arrivé à Loudun, il va à l'église et de là, à sept heures et un quart, chez M. d'Armaignac, l'un de ses premiers valets de chambre, où, de son mouvement, il voulut aller souper. Il revient en son logis, et va à la comédie françoise.

_Le 6, mercredi, voyage._—A huit heures déjeuné; il va à cheval à la messe, à Notre-Dame-de-Recouvrance, puis encore un peu déjeuner chez le sieur d'Armaignac, ayant su qu'il en donnoit aux sieurs de Termes et de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre. Il entre en carrosse, et part de Loudun à huit heures trois quarts, et arrive à dix heures trois quarts à Bellecave, où il a dîné. Il arrive à six heures et demie à Saumur, va à Notre-Dame de Nantilly et à la ville, va chez la Reine.

_Le 7, jeudi, voyage._—A neuf heures et demie il entre en carrosse sans déjeuner, va à Saint-Florent, où il est arrivé à dix heures et demie, va à la messe, puis, à onze heures et un quart, dîné au lieu du déjeuner, donné par M. de Souvré, à qui étoit l'abbaye. Il monte au château, va chez la Reine, et à neuf heures revient à Saumur.

_Le 8, vendredi, voyage._—Il va à Saint-Pierre, à la messe, puis en carrosse jusques au-dessous du pont où, pour la première fois qu'il a fait voyage sur l'eau, il entre dans le bateau à six heures et demie et part de Saumur. Il arrive à onze heures et un quart à Saint-Mathurin-sur-Loire; durant le chemin il ne fut jamais assis ni en repos, fait charger ses pistolets, tire et les baille à tirer en salve contre d'autres de sa suite qui étoient en autres bateaux; il fait faire et fait lui-même de petites fusées qu'il fait tirer dans le bateau et dans l'eau. Le peuple étoit amassé à diverses troupes sur les bords de la rivière, avec larmes et grandes acclamations de joie et de _Vive le Roi_; un peu au-dessous de Roziers, il s'avança environ cinquante ou soixante femmes dans l'eau jusques au genou, pour approcher plus près du bateau et le voir. Il arrive à quatre heures et un quart au Pont-de-Cé, va chez le sieur Bodinet, où il change de chemise et d'habit, entre en carrosse et, à une maison de la ville, monte à cheval, et arrive à Angers à six heures et un quart. Après avoir ouï toutes les harangues, il va à l'évêché, puis en son logis, et après souper chez la Reine.

_Le 9, samedi, à Angers._—Il va à la messe aux Carmes, au jardin, chez la Reine, puis jouer à la paume.

_Le 10, dimanche, à Angers._—Il va à la messe à Saint-Maurice, puis va voir le château. A trois heures il va à vêpres, puis voir un combat naval et des artifices à feu.

_Le 11, lundi, voyage._—A sept heures il entre en carrosse et part d'Angers, va à la messe à la Bamette, entre en bateau, et à deux heures trois quarts, par mauvais temps de vent et de pluie, il arrive à Ingrande. Dans le bateau il mange du pain bis du batelier et du bœuf bouilli pris à un cabaret, sur le bord de l'eau; il met dix pistolets sur une petite planche, comme canons en batterie, accommode des mèches au bout des fourchettes, et y met le feu, les faisant tirer en salve. Le vent étoit si contraire qu'il sort du bateau, et ayant envoyé devant ses carrosses, il trouve celui de M. le marquis de Saint-Chamond, se met dedans, part d'Ingrande, et avant que se mettre dans le carrosse, se voyant mal accompagné, ses gendarmes et chevau-légers étant allés devant, il charge lui-même deux pistolets de deux balles chacun. A sept heures il arrive à Ancenis, au château.

_Le 12, mardi, voyage._—A huit heures il part d'Ancenis en carrosse, est mis à cheval pour le mauvais chemin, et arrive à midi à Maulve, où il a dîné. A trois heures il rentre en carrosse, et à six heures arrive à Nantes, au château; après souper il va chez la Reine.

_Le 13, mercredi, à Nantes._—Il va chez la Reine, puis à la messe aux Minimes, va en bateau voir pêcher.

_Le 14, jeudi, à Nantes._—Il va à la messe aux Minimes, va chez la Reine, étudie, puis va aux Chartreux.—Mis au lit à neuf heures, il dit son office pour communier le jour suivant.

_Le 15, vendredi, à Nantes._—Il va à la messe à Notre-Dame par la poterne, revient à onze heures et demie, et dans la cour du château touche six cents malades. A trois heures il va en carrosse à vêpres, aux Chartreux. Mis au lit, à dix heures et demie, il s'endort en rêvant et parlant: _Donnez-moi mon horloge, et tôt_; et autres propos jusques à une heure, sans s'éveiller.

_Le 16, samedi, à Nantes._—Il va, par la poterne, à la messe aux Minimes, va chez la Reine, puis sur l'eau, aux îles, et à onze heures arrive sur la fosse, à la maison des marchands, où il a dîné. Il regarde de ses fenêtres le préparatif qui se faisoit pour son entrée. A côté de son logis il y avoit un petit échafaud couvert, où il étoit assis dans sa chaise, et là les corps de la ville lui faisoient les harangues. A cinq heures monté à cheval, mis sous le dais, il fait son entrée par la porte Saint-Nicolas, et va à Saint-Pierre. A sept heures il arrive au château, va jouer à la paume.

_Le 17, dimanche, à Nantes._—Il va à vêpres aux Minimes, puis jouer à la paume; à six heures il va sur la rivière, descend jusqu'à la fosse et revient à sept.

_Le 18, lundi, à Nantes._—Il va à la messe aux Minimes et de là entre en carrosse, va à Chassay, maison de M. l'évêque de Nantes, où il a dîné. Il revient à six heures et un quart à Nantes, va chez la Reine.

_Le 19, mardi, à Nantes._—Il va sur la terrasse où est la treille, y a déjeuné. Vêtu pour aller ouvrir les États de la province, il va chez la Reine, où les députés des États le viennent prendre. Il y va à dix heures et un quart, accompagné de la Reine, où il prononça ces mots du sien, et autres que ceux qu'on lui avoit baillés par écrit: _Messieurs, je suis venu ici avec la Roine, ma mère, pour votre soulagement et repos. Monsieur le chancelier vous témoignera le demeurant_. Il en revient à douze heures et un quart; dîné.—Après souper il va en sa chambre, fait danser les passepieds et branles de Bretagne aux violons qui étoient venus jouer devant lui.

_Le 20, mercredi, à Nantes._—A cinq heures il va à la fosse, pour voir le combat de deux galiotes et autres petits vaisseaux.

_Le 22, vendredi, à Nantes._—Étudié, etc.; il va à la messe aux Jacobins, revient à onze heures et demie chez la Reine, où M. de Retz arrive, lui fait la révérence, s'excusant si plus tôt il n'étoit venu lui faire la révérence. Le Roi ne lui répond rien; le général des galères remarquant cela dit audit de Retz qu'il falloit passer outre et demander pardon; M. de Retz en prend l'occasion au sortir de la chambre, et lors le Roi lui répond: _Quand vous me le témoignerez par effets, je vous aimerai aussi_. A deux heures et demie il entre en carrosse, et va à Chassay.

_Le 23, samedi, à Nantes._—A deux heures et demie il va en carrosse à la Touche, où il a goûté.

_Le 24, dimanche, à Nantes._—Il va jouer à la paume, est un peu blessé d'un coup de balle sur l'orbite de l'œil droit par le chevalier de S....[197], puis va à la messe aux Minimes. A deux heures et demie il va en carrosse se promener, tire de la harquebuse et tue un oiseau dans la rivière, par-dessus le cheval.

[197] Le nom est resté en blanc.

_Le 25, lundi, à Nantes._—Éveillé à trois heures, doucement, il ne se peut rendormir, fait lire, enfin à quatre heures se rendort jusques à huit. Il va jouer à la paume, puis à la messe à Saint-Pierre; à deux heures et demie il va à vêpres, puis au bal à l'hôtel de ville, où il a vu danser avec plaisir les danses du pays. A huit heures et demie il voit, de sa chambre, jouer les artifices à feu faits sur un petit bateau par le sieur Morel.

_Le 26, mardi, à Nantes._—A onze heures et demie dîné; M. de Vendôme arrive sur son dîner. Le Roi le salue froidement, et comme il eût fait un simple gentilhomme, sans se retourner. «Sire, lui dit M. de Vendôme, je n'ai voulu faillir à venir trouver Votre Majesté, aussitôt que j'en ai reçu le premier commandement, et pour l'assurer que je n'ai point d'autre volonté que d'être son très-humble et très-obéissant serviteur, désirant de le témoigner par le sacrifice de ma vie». Le Roi, la voix tremblante et la face blême de colère, lui répond: _Servez-moi mieux pour l'avenir que vous n'avez fait par le passé, et sachez que le plus grand honneur que vous ayez au monde c'est d'être mon frère._—«Je le crois ainsi», dit M. de Vendôme. Le Roi va en sa chambre puis chez la Reine, où il mène M. de Vendôme, revient en sa chambre, change d'habit, est botté, entre en carrosse, et va en la plaine Saint-Julien pour y voir (lui à cheval) le régiment nouveau des Suisses.

_Le 27, mercredi, à Nantes._—Il va hors la ville, à cheval, faire voler ses émerillons, fait plusieurs autres chasses à la harquebuse, aux grenouilles, revient à quatre heures trois quarts, donne audience à l'ambassadeur d'Espagne.

_Le 28, jeudi, à Nantes._—Il va à la messe à Saint-Pierre et à onze heures et demie chez la Reine, où l'évêque de Dol parle au nom des États, qui remercient LL. MM. et font don de 400,000 livres au Roi et de 50,000 à la Reine. A midi dîné; il va chez la Reine, donne audience à tous les députés particuliers des États, selon les bailliages. Il va jouer à la paume, fait courir par ses bassets un jeune cerf dans les fossés du château.—Mis au lit, il s'endort au luth et à la voix du sieur Bailly.

_Le 29, vendredi, à Nantes._—Dormi avec inquiétude, par impatience de lever matin pour aller à la chasse; il va à la chasse avec ses émerillons.—Après souper il va en sa chambre, où Messieurs des Comptes viennent prendre congé de lui; M. de Souvré l'instruisant de ce qu'il avoit à leur répondre, ayant su qu'ils devoient venir, lui dit de leur répondre qu'il étoit fort content de leur service, et qu'ils eussent à continuer: _Bien, bien, mousseur de Souvré_, lui répond le Roi, puis il se retire à part, et dit au sieur de Heurles, l'un de ses premiers valets de chambre: _Monsieur de Souvré me baille des harangues que je ne veux pas dire comme il me les dit. Je doute que tous m'ayent bien servi._

_Le 30, samedi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse par le petit pont, va à la messe aux Bonshommes et part de Nantes en carrosse. Il va à la tour d'Oudon, où il a dîné. A cinq heures il arrive à Ancenis, est débotté, va jouer au jeu du billard au village, revient à six heures; la Reine arrive. Mis au lit, il fait chanter deux pages de la musique pour s'endormir; M. de Vendôme vient pour le voir et demande à M. de Pluvinel si le Roi dormoit; M. de Heurles, premier valet de chambre, va ouvrir doucement le rideau pour le savoir; le Roi lui demande tout bas: _Qu'est-ce?_—«Sire, c'est M. de Vendôme qui vient voir Votre Majesté.»—_Dites que je dors._

_Le 31, dimanche, voyage._—A sept heures il monte à cheval, part d'Ancenis et va jusques à Ingrande, où il entre en carrosse jusqu'à Saint-Georges, où il a dîné et goûté. A trois heures il entre en carrosse et part de Saint-Georges; en chemin, à cause de la chaleur fort grande, il se fait descendre dans la forêt pour prendre le frais. Près d'Angers il monte à cheval, et entre à Angers à sept heures, me dit qu'il avoit mal à la tête, qu'il eût mieux aimé se coucher que souper, si son lit eût été arrivé.

_Le 1er septembre, lundi, à Angers._—Éveillé à sept heures et un quart, levé, etc., il reçoit le sieur de Bonnevau, gouverneur du Pont-de-Cé, contre qui il avoit été fâché. Il va en carrosse jouer à la paume, puis à la messe aux Cordeliers, revient à onze heures chez la Reine, s'amuse sur une tringle du lit de la Reine, revêtue de velours, à danser dessus comme s'il eût dansé sur la corde, en tenant la pareille aux mains, pour le contrepoids. A deux heures il entre en carrosse, et va au Pont-de-Cé, au château, où il a goûté, se promène partout, revient à six heures trois quarts.

_Le 2, mardi, voyage._—Il entre en carrosse à six heures et demie, va hors la ville à la messe à Saint-Cyre, puis part en carrosse d'Angers, passe par le verger pour voir la maison, et à onze heures et un quart arrive à Duretal, où M. le comte de Schomberg lui fait festin. Il va chez la Reine, puis à la galerie, où il s'amuse à faire et à faire faire des fusées avec des tuyaux de chaume; et parce que le vent qui venoit d'une porte ouverte remuoit les fusées mises sur des planches où il faisoit la traînée pour leur donner le feu, il ferme la porte lui-même et commande à un archer du corps de ne laisser entrer personne, qui que ce soit. Il advient qu'il donne passage au sieur Emmanuel, gentilhomme aragonois et l'un de ses ordinaires, de façon que le vent passant remue ses fusées; il part de la main, va à l'archer: _Pourquoi avez-vous ouvert la porte? je le vous avois défendu! je vous fairai casser._—L'archer s'excusant dit que c'étoit un de ses compagnons qui venoit de sortir et, sur cette occasion, ce gentilhomme étoit entré.—_Mais je vous avois défendu de laisser entrer personne_; et se tournant au sieur Emmanuel, mettant son chapeau au poing, il lui dit gracieusement: _Ce n'est pas que je ne veuille bien que vous ne soyez entré, j'en suis bien aise, mais c'est que je lui avois défendu de laisser entrer personne_. A six heures il entre en carrosse, et arrive à six heures à la Flèche, va au jardin, chez la Reine.

_Le 3, mercredi, à la Flèche._—Il va au jardin voler des petits oiseaux avec ses émerillons, va à la messe, puis au collége des Jésuites, où, en la grande salle, fut représentée la tragédie de _Godefroy de Bouillon_, et à quatre heures en la grande allée du parc, devant la Reine, la comédie de _Clorinde_, revient à cinq heures, joue à la paume.

_Le 4, jeudi, voyage._—A huit heures il entre en carrosse, part de la Flèche et arrive à dix heures et un quart à Malicorne. Un habitant de Malicorne lui baille un arc de Brésil et six flèches, pour un hommage dont il avoit titre, qui portoit qu'autrefois un roi de France, passant et logeant à Malicorne, donna à un de ses prédécesseurs quelque devoir qu'il devoit au Roi, lequel le lui quitta le lui ayant demandé, à la charge qu'au lieu dudit devoir il payeroit un arc et six flèches.—Il va chez la Reine, joue aux échecs en sa chambre, va à la pêcherie à un quart de lieue, court, va longtemps à pied.

_Le 5, vendredi, voyage._—On lui raconte comme le corps de garde des François avoit été en alarme, pour un nombre infini d'ardents qui paroissoient en diverses figures de batailles et approchant jusques auprès de la sentinelle qui faillit à tirer, disparurent peu après; qu'un pourvoyeur se trouva parmi ces ardents avec toutes les frayeurs du monde. Autres disoient que c'étoient des sorciers et qu'il y en a beaucoup en cette contrée-là[198]. A sept heures déjeuné; il va en carrosse à la messe, et part après de Malicorne et va à Nages, où il a dîné. Il se met à la fenêtre et se joue, jetant des petites pommes à ceux qui passoient. A trois heures il entre en carrosse, et, par le faubourg de la Couture, fait son entrée au Mans, reçoit les harangues, et à sept heures va à Saint-Julien, puis en sa chambre.

[198] «Il parut audit Malicorne, la nuit que le Roi y fut, plus de huit cents feux qui avançoient et reculoient comme si c'eût été un ballet.» (_Mémoires de Bassompierre._)

_Le 6, samedi, au Mans._—Il va jouer à la paume, va en carrosse à Saint-Vincent, abbaye de moines où l'élection s'observe par triennalité; aussitôt que le Roi eut vu l'abbé, il observa qu'il n'avoit point de suite et le dit à M. Des Maretz, son aumônier, qui lui en rend soudain la raison. A deux heures il entre en carrosse, et va à Beaulieu, abbaye où il tire de la harquebuse aux lapins.

_Le 7, dimanche, au Mans._—Il va au jeu de paume, puis à la messe, à l'abbaye de la Couture. Après dîner il va en sa chambre, y fait monter un fort petit mulet qu'on lui avoit donné, fait porter de l'avoine et lui en donne lui-même. Il va chez la Reine à deux heures, au sermon à Saint-Julien, puis en carrosse à Notre-Dame-des-Prés, à vêpres, s'amuse à tirer de la harquebuse aux oiseaux.—Mis au lit, il est entretenu par le sieur de Palmot-Sancy des singularités de la mer Australe, parlant des poissons volants et comme ils se prenoient.

_Le 8, lundi, au Mans._—Il raconte comme il avoit songé qu'il voyoit des poissons volants et appeloit de Heurles, son premier valet de chambre; il dormoit et parloit; il étoit hors des draps sur le milieu du lit, se vouloit élancer pour en aller prendre; remis au lit sans s'éveiller jusques à sept heures trois quarts. Il va chez la Reine, puis à la messe à Saint-Julien, va jouer à la paume, va à vêpres aux Augustins.

_Le 9, mardi, voyage._—Il monte à cheval, et part du Mans à sept heures, va chassant, et arrive à onze heures à Connaré, où il a dîné. A sept heures et un quart il fait son entrée, à cheval, sous le poële, à la Ferté-Bernard.

_Le 10, mercredi, voyage_[199].—Il part de la Ferté-Bernard, et à onze heures arrive à Nogent-le-Rotrou, où il a dîné. Il va jouer à la longue paume.

[199] «M. Bodinet, apothicaire du Roi, a recueilli ceci, à cause de mon indisposition,» dit Héroard à cette date. Il partit sans doute le même jour pour Vaugrigneuse, où le Roi lui fit une visite le 15 septembre suivant. Héroard ne reprend lui-même son journal que le 29 septembre.

_Le 11, jeudi, voyage._—Il va à la messe, entre en carrosse, part de Nogent et arrive à onze heures à Champron, où il a dîné. A trois heures il monte à cheval, et en chassant arrive à sept heures à Courville; après souper il va chez la Reine.

_Le 12, vendredi, voyage._—Il part de Courville à cheval, et à cinq heures et demie fait son entrée à Chartres, va à la grande église. A sept heures soupé; il va chez la Reine.

_Le 13, samedi, à Chartres._—Il va jouer, va à la messe, chez la Reine.

_Le 14, dimanche, voyage._—Il va à la messe, monte à cheval, part de Chartres, va au gué de Loré, où il a dîné, arrive à six heures à Saint-Arnoul.

_Le 15, lundi, voyage._—A sept heures et un quart il part de Saint-Arnoul en carrosse, passe par Angervilliers et là nous fait l'honneur non espéré ne attendu, et de son propre mouvement, de venir à Vaugrigneuse, l'ayant résolu au partir de Saint-Arnoul et ne l'ayant voulu remettre à l'après-dînée. Il arrive à neuf heures et demie, va au jardin, au clos; déjeuné de ce qui se trouva de prêt: des raisins noirs, d'une fricassée de poulet, assez; la chair de trois côtelettes de mouton en carbonade; d'un pâté de lièvre, beaucoup; pain de la maison, beaucoup (il le trouva si bon qu'il en fit prendre et emporter trois); bu du vin clairet fort trempé. A dix heures trois quarts il entre en carrosse, et s'en va à Limours où, environ midi, il a dîné. A deux heures il rentre en carrosse, et, par Brys, va à Chilly sur Longjumeau.

_Le 16, mardi, voyage._—A sept heures et demie il entre en carrosse et va au Bourg-la-Reine, où il a dîné. A trois heures il monte à cheval, et à cinq heures arrive aux faubourgs de Paris, parmi une multitude de peuple incroyable des deux côtés, jusques auprès du Bourg-la-Reine, va à Notre-Dame, et au Louvre à huit heures.

_Le 18, jeudi, à Paris._—A deux heures il va à Madrid, où il a goûté.

_Le 20, samedi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur et Mesdames, ses sœurs.

_Le 29, lundi, à Paris._—Il va au bois de Vincennes, revient, et sur les cinq heures, à l'entrée de la rue de la Tixeranderie, rencontre M. le prince de Condé, qui revient en poste, le fait entrer en son carrosse. Je reviens à quatre heures et reprends.

_Le 1er octobre, mercredi, à Paris._—Il va par la galerie aux Tuileries et à la messe aux Feuillants, puis chez Haran, qui avoit ses chiens, qui avoit préparé le déjeuner, y a mangé d'un pâté de lièvre et une saucisse. Il revient à dix heures à la galerie, au conseil, et y tient le conseil comme majeur[200]; ce fut le premier.—Mis au lit, il fait vœu à Notre-Dame-des-Vertus s'il peut, le lendemain, au Palais, prononcer sans faire faute ses paroles pour sa majorité.

[200] Le roi était entré le 28 septembre dans sa quatorzième année.

_Le 2, jeudi._—Il va chez la Reine, est fort résolu, et à dix heures monte à cheval pour aller à la cour de Parlement, pour se déclarer majeur, où il prononça hautement, fermement et sans bégayer, ces paroles à l'assemblée: «Messieurs, étant parvenu en l'âge de majorité, j'ai voulu venir en ce lieu pour vous faire entendre que, étant majeur comme je suis, j'entends gouverner mon royaume par bon conseil, avec piété et justice. J'attends de tous mes sujets le respect et l'obéissance qui est due à la puissance souveraine et à l'autorité royale que Dieu m'a mise en main; ils doivent aussi espérer de moi la protection et les grâces qu'on peut attendre d'un bon roi, qui affectionne sur toutes choses leur bien et repos. Vous entendrez plus amplement quelle est mon intention par ce que vous dira monsieur le chancelier.»

_A la Reine_: «Madame, je vous remercie de tant de peine que vous avez prinse pour moi; je vous prie de continuer, et de gouverner et commander comme vous avez fait par ci-devant. Je veux et entends que vous soyez obéie en tout et partout, et qu'après moi et en mon absence vous soyez chef de mon conseil.»

Il revient en carrosse à trois heures et demie, fort gai, se veut coucher, ne veut point dîner. Mis au lit, il se fait apporter des petits jouets; goûté; il s'amuse à peindre sur des fonds de boîtes de sapin. A neuf heures et un quart, il s'endort à la musique.

_Le 3, vendredi, à Paris._—A trois heures il dit qu'il a en l'imagination les cérémonies du jour précédent: l'ordre, les rangs, les allées, les venues des uns et des autres, en dormant, que cela trouble son dormir; il se rendort jusques à six heures. Levé, déjeuné, il va jouer à la paume, va à la messe en la chapelle de Bourbon, puis chez la Reine, au cabinet des livres.

_Le 5, dimanche._—Il va accomplir le vœu qu'il avoit fait mercredi, à son coucher, à Notre-Dame-des-Vertus[201], y va en chassant, revient à cinq heures, va chez la Reine. Mis au lit, il s'endort à dix heures jusques à onze; éveillé en sursaut, à demi, il se lève sur le lit, disant: _Je le veux, je le veux, mais Soupite_ (le nom de son premier valet de chambre en quartier).—«Mais, que voulez-vous, sire?»—_Aller à mes affaires_; il s'éveille, et rit de son songe.

[201] Aujourd'hui Aubervilliers, près de Saint-Denis.

_Le 10, vendredi._—A sept heures et un quart déjeuné; il voit en la cour des cuisines le pourvoyeur, qui délivroit le poisson, y va, voit faire la délivrance, en fait passer, encore qu'ils ne fussent pas de la mesure, donne deux écus à l'huissier du bureau.

_Le 11, samedi._—Étudié, etc.; il va chez la Reine, est botté, va voler hors la porte Saint-Martin, revient au jeu de paume, va sur le gué de Grève, où l'on avoit commencé le pont, y plante la première pierre, y met deux pièces d'or et autant d'argent, avec ces devises: l'une d'un pont commencé et imparfait: _Ripa regnaturus utraque_; et l'autre d'un pont heurté des flots, pour la Reine: _Sic illa immota procellis_.

_Le 12, dimanche._—Il va à la galerie, où il joue au billard.

_Le 13, lundi._—Il va vers le Roule où il monte à cheval, court et prend deux lièvres, met pied à terre, mène lui-même son cheval, ne veut même permettre que Charlot, l'un de ses valets de pied, le mène; auquel, pour s'être trouvé seul auprès de lui, il donna un demi-écu. Il s'en va à Villiers-la-Garenne, chez Mlle Brisset, où il fait sa collation, entre en la cuisine, met M. le comte de la Rocheguyon à la porte pour huissier, et lui se fait porter des œufs, ayant été auparavant au poulailler pour en prendre. Il donne deux écus à une femme qui lui en apporta six et un poulet, se prend à faire des œufs perdus et des œufs pochés au beurre noir, et des durs hachés avec du lard, de son invention. M. de Frontenac, premier maître d'hôtel, fait une œufmeslette[202]; le Roi commande au petit Humières de prendre un bâton et de servir de maître d'hôtel, au sieur de Montpouillan d'huissier, à d'autres de prendre des plats et lui prend le dernier et marche ainsi à la salle, où étoit M. de Souvré, auquel il avoit commandé d'attendre ce qu'on alloit lui servir. Il fait l'essai du plat qu'il portoit, s'assied, goûte de l'omelette, peu, un peu de raisin noir, pain bis, beaucoup; point bu. Il revient à cinq heures, va en la galerie de Bourbon jouer au billard. Après souper il va chez la Reine; M. de Nevers y arrive, il lui fait froid accueil.

[202] C'est ainsi qu'Héroard écrit toujours le mot omelette.

_Le 15, mercredi._—Il va au conseil, monte en sa garderobe, s'amuse à ses harquebuses; en même temps il arrive dans la cour de la rumeur entre les pages et laquais de M. de Guise et de M. de Nevers, sur la préférence que débattoient leurs cochers. M. de la Force, capitaine des gardes, étant là près du Roi, va dire: «Il me semble que l'on crie: Tue, tue.» Soudain le Roi dit hardiment: _Chargeons à balle; pour le moins ils ne nous prendront pas sans verd_. Il descend à la galerie, s'amuse lui-même à travailler avec le menuisier à dresser le jeu de billard; sur les six heures M. de Nevers y vient, le supplie de l'excuser de ce que ses gens avoient fait: _Je le trouve pas bon; je m'en sens offensé!_—M. de Nevers lui demande s'il lui plaît qu'il les mettra ès mains de qui il commandera.—_Non, je leur pardonne pour cette fois, mais que ils ne y retournent plus._

_Le 16, jeudi._—Il va au conseil des finances, en la galerie.

_Le 22, mercredi._—Il va en la galerie jouer au billard; étudié[203]. Il va à la messe en Bourbon, à la forge de Bourbon et à son écurie, puis au jeu de paume.—A souper, son pourvoyeur se plaignoit de la perte qu'il faisoit pour la viande qu'il avoit tuée, ne sachant pas que l'on dût manger du poisson, à cause du jeûne extraordinaire commandé pour l'assemblée des états; le Roi se retourne à M. Testu, maître d'hôtel, lui commandant et parlant par compassion: _Que l'on la lui passe, que l'on la lui passe_.—Le maître d'hôtel répond qu'il n'y a pas de fonds.—_Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas du vôtre._—Le maître d'hôtel vouloit repartir, le Roi reprend, fâché: _Vous n'avez que faire de vous en soucier, ce n'est pas du vôtre_.

[203] Ce mot revient maintenant très-rarement dans le journal.

_Le 25, samedi._—Joué à la cligne-mussete[204], avec les sieurs de Termes, de Courtenvaux, premiers gentilshommes de la chambre, et les sieurs comtes de la Rochefoucauld, maître de la garde-robe, et de la Rocheguyon.

[204] On dit aujourd'hui _Cligne-musette_ ou _Cache-cache_. _Musette_, dit M. Littré, est une altération pour _mussette_, cachette.

_Le 26, dimanche._—A neuf heures et un quart il entre en carrosse, et va aux Augustins, pour la procession générale, revient à trois heures et demie. Devêtu, mis au lit, il s'amuse à faire des petits canons lui-même, et le rouage aussi. A six heures et demie soupé dans le lit; en soupant quelqu'un dit que MM. du clergé des états avoient prié M. le cardinal de Joyeuse de présider en leur chambre par honneur; qu'il étoit le doyen des cardinaux, et que c'étoit une qualité de telle prééminence que si Sa Majesté étoit à Rome, il la précéderoit. Le Roi, après avoir un peu ruminé et branlant la tête, dit: _Nous sommes en France; à Rome comme à Rome!_—Levé en robe et bottines, il va chez la Reine, revient, s'amuse à faire jouer à _Ma compagnie me déplaît_ et à faire chanter sa musique.

_Le 27, lundi._—Il va chez la Reine et, à trois heures et un quart, en la grande salle basse de Bourbon, à l'ouverture des états généraux, où il a prononcé ces paroles hautement, distinctement et avec une belle action: «Messieurs, j'ai désiré de voir cette grande et notable assemblée au commencement de ma majorité, pour vous faire entendre l'état présent des affaires, pour établir un bon ordre par le moyen duquel Dieu soit servi et honoré, mon pauvre peuple soulagé, et que chacun puisse être maintenu et conservé en ce qui lui appartient, sous ma protection et autorité. Je vous prie tous et vous conjure de vous employer comme vous devez pour un si bon œuvre. Je vous promets saintement de faire observer et exécuter ce qui sera résolu sur tout ce qui sera avisé en cette assemblée. Vous entendrez plus amplement ma volonté par ce que vous dira monsieur le chancelier.» La Reine étoit à sa main droite, Monsieur à sa gauche, M. de Mayenne, grand chambellan, à ses pieds; au-dessous M. de Fronsac, faisant la charge de grand maître pour M. le comte de Soissons. Le sieur de Marquemont a parlé pour le clergé, le baron du Pont-Saint-Pierre pour la noblesse, et le sieur Miron, président aux Enquêtes et prévôt des marchands, pour le tiers état. A cinq heures et demie le Roi est sorti; à six soupé. Il va chez la Reine, revient à huit heures trois quarts; mis au lit, il s'endort au son des régales[205].

[205] De ses orgues. _Voy._ tome I, page 280, note 439, et au 8 novembre suivant.

_Le 29, mercredi._—Il va par la galerie aux Tuileries, fait voler ses émerillons au premier parterre, va à la messe aux Capucins, puis chez Haran[206], où il fait cuire des œufs et les donne. Il revient à dix heures et demie en carrosse, va chez la Reine, se plaint de douleur de tête, les mains, le nez froids, dit qu'il a peine à respirer, se couche sur des placets, se met vêtu sous la couverture du lit de la Reine; dîné avec la Reine. A quatre heures pouls plein, un peu hâté, par colère passagère[207] du soir précédent, sur ce qu'on lui avoit dit que M. de Souvré vouloit empêcher que le sieur de Luynes n'entrât en sa chambre, jusques à prier la Reine de lui ôter M. de Souvré, qu'il ne pouvoit plus durer avec cet homme-là. Sur les six heures le pouls ondeux, plus reposé; à neuf heures levé, mené en robe et mis dans son lit, en la grande chambre.

[206] _Voy._ au 1er octobre précédent.

[207] Héroard dit: _Ephemera ab ira_.

_Le 30, jeudi._—Remis au lit après dîner, il envoie querir des couleurs chez son peintre Bunel, s'amuse à les faire sur l'ardoise et à peindre. A quatre heures levé en robe, il fait porter dans sa chambre le billard qui étoit en la galerie, joue au billard, voit danser un petit ballet à Madame.

_Le 31, vendredi._—Il va chez la Reine; à une heure le froid le prend, avec une légère douleur extrême au côté droit des côtes, va à la salle du conseil à deux heures, où il donne audience aux députés des états qui venoient le supplier de se trouver, pour le jour d'après, à leur communion aux Augustins, là où tous les trois ordres étoient assemblés. Après il va en sa chambre, est devêtu, mis au lit à deux heures et demie. A trois heures, le froid passé, il entend vêpres, la Reine y étant. Peu après il demande à se jouer, dit que s'il ne s'amuse à quelque chose qu'il deviendra mélancolique; il se fait donner sa camisole et son petit manteau, et fait porter sa petite table et des cartes. Il en fait des canons, soudés avec de la cire d'Espagne, les charge de poudre et de papier, y met le feu; ils tirent sans crever.

_Le 1er novembre, samedi, à Paris._—Éveillé à sept heures et demie, la langue rouge, gorge sèche; il dormoit la bouche ouverte, le nez empêché. Il s'amuse à faire des canons et des châteaux de cartes. Levé, il s'amuse assis à se jouer, va jouer au billard, fait jeter en fonte[208]. La Reine le vient voir; il joue du tabourin en forme de tabar, tout en action.

[208] Sans doute par un émailleur. _Voy._ au 4 novembre suivant.

_Le 2, dimanche._—Levé en robe, il fait tirer ses canons faits de cartes à jouer, de son invention, qui ne crevoient point, chargés de poudre et de papier, montés sur des affûts de cartes; joue du tambour.

_Le 3, lundi._—Vêtu de son habit de ratine et de sa robe, il joue au billard, fait voler sa pie-grièche, s'amuse diversement et gaiement. La Reine le vient voir; ils voient jouer des joueurs de marionnettes. Il fait faire sur-le-champ un ballet qu'il fait danser, dans une heure après, à huit de ses petits enfants, devant la Reine. Mis au lit, il s'endort au son de la lyre par le sieur Bailly.

_Le 4, mardi._—Levé en robe, il joue au billard, fait travailler un ouvrier en émail, lui fait faire des figures et autres besognes pour en faire une blanque[209], fait voler des petits oiseaux à ses pies-grièches. La Reine le vient voir.

[209] Une loterie.

_Le 5, mercredi._—Il se relève de sa maladie, va chez la Reine, puis à la chapelle de son antichambre. Étudié; il dit qu'étant malade au lit et faisant voler des petits oiseaux en sa chambre par ses pies-grièches, il faisoit vœu aux pauvres d'un quart d'écu pour chacun qu'elles prendroient. Il descend en sa chambre; avant que d'aller jouer à la paume on lui vient dire que l'ambassadeur de Savoie desiroit de le voir: _Qu'il attende! Monsieur de Savoie a bien fait attendre mon ambassadeur monsieur de Rambouillet_. C'est que le soir précédent, peu devant son souper, M. de Créquy, qui venoit de Dauphiné, lui avoit raconté comme M. de Savoie avait envoyé dire à M. de Rambouillet qu'il ne prît point la peine de passer plus outre que Turin, où il étoit arrivé, craignant qu'il ne reçût de l'incommodité d'aller à son armée où il étoit, près de Verceil. Il voit l'ambassadeur de Savoie, puis va au jeu de paume, où il est peu de temps, va jouer au jardin, où il fait courir un levraut par _Valet_, son bon épagneul, puis va au jardin devant sa chambre.

_Le 6, jeudi._—Il dit qu'il a songé que le sieur de Luynes, un gentilhomme qu'il aimoit, étoit habillé à la suisse, avoit des chausses jaunes découpées, une grosse brayette verte et une grande fraise pareille à celle des femmes, et qu'il jouoit du fifre; et que sa maîtresse aussi étoit habillée à la suisse et jouoit du tabourin, et qu'elle savoit bien jouer l'abattis[210], mais non pas le fredon (ce qu'il disoit sans dessein). Il le racontoit à tout le monde, et me commanda de l'écrire. Il va chez la Reine et au conseil, puis va à la chasse au Roule, où il monte à cheval, fait voler le cochevis[211] par ses émerillons.

[210] L'_abattis_ et le _fredon_ doivent signifier diverses manières de battre du tambourin, et l'équivoque faite sans dessein par Louis XIII, mais remarquée par Héroard, justifie l'opinion de M. Littré, qui voit dans _fredon_ l'étymologie de _fredaine_.

[211] L'alouette.

_Le 8, samedi._—Il va chez M. de Souvré pour y voir faire des émeraudes, se y plaît et en toutes sortes de besognes et inventions, fait un cabochon de rubis fort bien et beau, revient à deux heures au conseil. Mis au lit, il dit tout son service (divin) ayant à communier le jour suivant pour toucher les malades, s'endort au son de ses orgues.

_Le 9, dimanche._—A neuf heures et demie il va à la messe en Bourbon, communie, et à dix heures trois quarts, en la grande galerie du Louvre, touche trois cent vingt malades. A onze heures et demie dîné; à deux heures et demie il entre en carrosse, va à vêpres aux Jésuites, rue Saint-Antoine.

_Le 11, mardi._—Il va à Notre-Dame-des-Vertus, à vêpres, fait voler ses émerillons.

_Le 12, mercredi._—A une heure il va chez M. le commandeur de Sillery, qui faisoit festin à la Reine, où il mangea des abricots secs et autres confitures, puis s'en alla aux Tuileries.

_Le 16, dimanche._—Il va à vêpres à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, puis va voir la reine Marguerite.

_Le 17, lundi._—Il s'amuse diversement, monte en sa garde-robe, où il fait nettoyer toutes ses harquebuses, pour les montrer à M. le Grand, qui devoit arriver, revenant de Bourgogne. Après souper il va chez la Reine et à la comédie françoise.

_Le 18, mardi._—Il va au conseil, s'amuse, avec la plume et l'encre, à faire des chevaux qui tirent un canon, à faire des arbres et une petite église, et une mariée de village, et ne laisse pas d'écouter et faire rallumer par plusieurs fois les chandelles éteintes, sur l'adjudication d'un office de trésorier de France à Montpellier.—Mis au lit, il s'endort à la musique des voix et des luths.

_Le 21, vendredi._—Étudié; la leçon lui semblant trop longue, il demande à M. de Fleurence: _Si je vous donne une évêché, accourcirez-vous mes leçons?_—«Non, Sire.» Il ne répondit rien.—M. le grand écuyer arrive au souper du Roi, revenant de son gouvernement de Bourgogne; il le reçoit avec une allégresse non pareille, s'avance au-devant de lui: _Il y a longtemps que je vous attends_, lui dit-il, l'ayant embrassé un coup sur l'autre, et il le mène chez la Reine.

_Le 28, vendredi._—Il va à Gaigny voir une maison qu'il avoit achetée 3,500 écus et donnée à Haran, qui avoit ses chiens.

_Le 1er décembre, lundi._—Il va en la galerie, chez le marchand de la Chine, où il a acheté des étoffes et des meubles; va chez la Reine, puis au conseil.

_Le 2, mardi._—Il va au logis de M. de Souvré, rentre en carrosse, et va à la messe aux Jésuites, en la rue Saint-Antoine, puis revient au bois de Vincennes, va à Villemunde, où il dîne chez M. Leclerc[212].

[212] M. Leclerc était fils de Mme Leclerc, veuve d'un meunier des environs d'Ivry, et qui, en 1590, donna au Roi une forte somme avec laquelle il put payer les Suisses, qui menaçaient de s'éloigner, et gagner cette bataille décisive. Henri IV anoblit ce jeune homme et lui donna une charge de conseiller au parlement de Paris. Ce fut la souche des Leclerc, marquis de Lesseville, qui subsistent encore en Champagne aujourd'hui.

_Le 8, lundi._—Il monte au cabinet des livres, s'amuse à faire des vers sur le nez de M. de Luynes[213].

[213] C'est la première fois qu'Héroard n'écrit pas Loynes.

_Le 12, vendredi._—Il mange presque tous les jours du beurre de Bretagne donné par M. de Montmartin. Il va au conseil, joue au billard, travaille peu.

_Le 19, vendredi._—Il va à Auteuil, pour voir la maison qu'il vouloit acheter, où il se joue longtemps, va au parc de Madrid, rentre en carrosse. En revenant, au droit des Ternes, le carrosse se rompt, il va un long temps à pied, rentre dans le même carrosse racoustré, rentre et joue à un petit billard qu'il avoit fait faire. Le soir il va chez la Reine.

_Le 21, dimanche._—Il va à deux heures au sermon, à Saint-Jacques-la-Boucherie, puis à l'hôtel de Bourgogne, où il a mangé, comme il m'a dit, quatre ou cinq petits choux, achetés par M. de Luynes chez le pâtissier.

_Le 30, mardi._—Il va chez la Reine, va par la galerie aux Tuileries; il y faisoit mol. Chaussé, séché, il revient par le même chemin, va chez la Reine. Le soir encore chez la Reine et à la comédie françoise.

_Le 31, mercredi._—Il va chez M. de Souvré, joue à la paume, va aux vêpres aux Cordeliers. Le soir il va chez la Reine, puis revient en son petit cabinet; confessé par le père Coton.

ANNÉE 1615.

Le jour de l'an.—M. de Bonneval et le lieutenant général de Luzarches.—Ballet de M. le Prince.—Clôture des États.—Discours du Roi.—Soupé du Roi à Pétonville.—Inondation de la Seine dans le jardin des Tuileries.—Le Roi va constamment à la comédie et danse des ballets.—Congé des États.—Mort de la reine Marguerite.—Son enterrement.—La paulette.—Remontrances du parlement.—Première pierre de la statue de Henri IV au Pont-Neuf-des-Augustins.—Procession de Sainte-Geneviève à cause de la sécheresse.—Le Roi commence à apprendre l'équitation.—Il visite la Bastille.—Dîné aux champs avec des seigneurs de la cour.—Voyage de Guyenne pour son mariage.—Il dîne à Amboise, chez M. de Luynes.—Chenonceaux.—Poitiers.—Le Roi joue encore aux petits soldats.—Ruffec.—Angoulême.—Réception des députés du parlement de Bordeaux.—Arrivée en bateau à Bordeaux.—Fiançailles, par procuration, de Madame avec le roi d'Espagne.—Séjour.—Échange de princesses à Saint-Jean-de-Luz.—Hardie entreprise du cardinal de Sourdis pour sauver un condamné.—Entrée du Roi et de la Reine.—Cadeau et chevaux du roi d'Espagne.—Ballet espagnol.—Les deux époux jouent aux petits jeux.—Le Roi ferre un cheval.—Excuses du cardinal.—L'olla podrida.—Le champ de bataille de Coutras.—Fêtes de Noël à Aubeterre.—La vie du Roi toujours la même.

_Le 1er janvier, jeudi._—Levé, bon visage; il va à la messe à Bourbon, revient en la galerie où il touche deux cent trente malades. Il va au sermon et aux vêpres à Saint-Louis.

_Le 3, samedi._—Il va chez la Reine botté, à onze heures trois quarts chez M. de Souvré pour le hâter à dîner. A midi il entre en carrosse, va à la volerie, monte à cheval à la plaine de Grenelle jusques auprès du Bourg-la-Reine, vole et prend le milan, le héron et la corneille, dit au sieur de Luynes, gentilhomme qu'il aimoit: _Loïnes, dites à monsieur de Plainville_ (capitaine des gardes) _qu'il ne laisse pas approcher de moi beaucoup de personnes quand je chasse; pourtant dites-lui qu'il ne se fâche pas, si je me mets quelquefois en colère_, puis le lui dit à lui-même, lui disant qu'il y a accoutumé son compagnon.

_Le 5, lundi._—Il va chez la Reine, à deux heures au conseil, où M. l'évêque d'Angers parla contre l'autorité du parlement; il tire les Rois, donne la fève à Dieu, puis à soi, avec les sieurs de Grammont, de la Curée et Despréaux.

_Le 6, mardi._—Il va au conseil, où le clergé, par l'évêque d'Angers, demandoit que le parlement ne connût plus des affaires d'État, que le premier avocat général fût ecclésiastique, que l'arrêt donné le jour précédent au conseil fût cassé, qui portoit que S. M. évoquât à soi en affaires, et cependant défend au parlement de signer leurs arrêts: qu'ils ne partiroient pas de là qu'en leur présence il ne fût cassé. M. le prince de Condé en voulut parler. Le cardinal du Perron lui dit qu'il le récusoit; et comme il voulut répondre, le Roi se lève de sa chaise et va au sieur Prince, et lui dit: _Monsieur, je vous prie, n'en parlez plus_, et se retournant à d'autres: _puisqu'ils récusent Monsieur le Prince, ils me voudront aussi récuser_[214].

[214] «Les députés des états parlèrent derechef au Roi avec une insolence effroyable.» _Voy._ dans le _Journal d'Arnauld d'Andilly_, le récit de cette séance, page 25.

_Le 22, jeudi._—La Reine le vient voir, et lui apporte les provisions pour le château d'Amboise, que M. le Prince, auquel il avoit été baillé en garde jusques à la tenue des États, lui avoit renvoyées par M. le duc de Ventadour[215]. Il les reçoit en claquant des mains et disant: _J'en suis bien aise_.

[215] Anne de Lévis, gouverneur du Limousin, lieutenant général en Languedoc, mort en 1622.

_Le 31, samedi._—Il étudie et reste en la galerie, il pleuvoit; à trois heures le fils du landgrave de Hessen le vient saluer[216]. Il va au conseil, à six heures chez la Reine, le soir aussi, et à la comédie françoise.

[216] Probablement Othon, fils de Maurice, landgrave de Hesse-Cassel et d'Agnès de Solms, lui-même administrateur de Hirschfeld, né le 25 décembre 1594, mort le 7 août 1617, sans postérité, quoiqu'ayant été marié deux fois.—Son frère Guillaume, qui succéda à son père, ne naquit que le 14 février 1602.

_Le 4 février, mercredi._—Il va chez la Reine à deux heures et demie, donne audience à messieurs du tiers état, faisant plainte de ce que le sieur de Bonneval en Limosin avoit battu à coups de bâton le lieutenant général du Luzerche[217] au sortir des Augustins, où les états généraux se tenoient. Le roi le renvoya au parlement. Il va après en carrosse à la foire Saint-Germain-des-Prés, où il a acheté quatre harquebuses, ayant méprisé toutes autres sortes de marchandises. Le soir il va chez la Reine et à la comédie françoise.

[217] Henri, seigneur de Bonneval, trouvant M. de Chavailles, lieutenant général d'Usarche en Limousin, élu malgré lui aux États, à la sortie des Augustins, le 3 février, le roua de coups de bâton, puis se retira chez M. d'Épernon et retourna chez lui en Limousin. Malgré les réclamations du Tiers et du Parlement, cette affaire n'eut pas de suite et Bonneval eut un régiment en 1615.

_Le 11, mercredi._—A quatre heures et demie après minuit, éveillé doucement; il étudie ce qu'il devoit prononcer pour la clôture des états. Levé à six heures, il monte au cabinet des livres, étudie l'espagnol[218].

[218] Le 12, le Roi mande au Louvre le président du Parlement et quelques conseillers, pour les interroger sur les démarches de M. le Prince près d'eux et leur défendre de le recevoir à l'avenir aux enquêtes et de le laisser parler au Parlement d'affaires d'État. (_Arnauld d'Andilly._)—Le 25 M. le Prince va s'excuser près du Roi.

_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va en la salle pour voir le ballet de M. le Prince, après avoir dormi longtemps chez la Reine.

_Le 23, lundi._—A trois heures et demie, accompagné de la Reine, il part et va en la salle de Bourbon pour la clôture des États, où parla pour le clergé M. de Richelieu, évêque de Luçon; M. le baron de Seneçay pour la noblesse, et M.[219], prévôt des marchands et président aux enquêtes pour le tiers état. Le Roi leur dit ces paroles: _Messieurs, je vous remercie de vos tant bonnes volontés. Je fairai paroître par les réponses qui vous seront faites le désir que j'ai de servir Dieu et soulager mon peuple, de protéger un chacun, de rendre la justice à tous mes sujets et de faire en sorte que vous soyez tous contents_[220]. Il se couche à neuf heures, et s'endort jusques à cinq heures et demie après minuit.

[219] Robert Miron, président aux requêtes du Palais, ambassadeur en Suisse, intendant du Languedoc, mort en 1641, à soixante-douze ans; il était frère de François Miron, également prévôt des marchands en 1604, lieutenant civil, mort le 4 juin 1609.

[220] _Voy._ le _Mercure françois_, t. III, p. 463, pour les détails de cette séance.

_Le 26, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, conduit sa chelyte (_sic_), tirée par un cheval, au harnois semé de sonnettes, fait mettre dedans M. le maréchal de Souvré, et M. le Grand, y prend grand plaisir et à se renverser sur la neige. Le soir chez la Reine, à la comédie françoise.

_Le 4 mars, mercredi._—Le soir, à sept heures trois quarts, il s'habille en masque, fait des ballets à cheval, monté sur des escabeaux qui plient, puis danse à pied, puis fait jouer la comédie des Juifs.

_Le 6, vendredi._—Il va chez la Reine à midi, entre en carrosse, va à la chasse, monte à cheval hors la porte Saint-Martin, vole et prend la corneille, arrive au Bourget, et à l'entrée du bourg, entre en la maison du sieur de Hurles, nommée Petonville, se chauffe. Il faisoit grand froid; il va en la cuisine, fait faire des omelettes, des beignets, des œufs perdus; ce fut lui qui les fit et en mange un peu, dont il a goûté. Puis il remonte à cheval, et va jusqu'au Pontyblon, où il vole le héron et le prend.

_Le 19, jeudi._—Il va aux Tuileries, tire des harquebuses à des petits oiseaux; la rivière étoit si grosse qu'elle étoit dans le jardin, il y fait venir un bateau, se met dedans et se fait conduire, se met dans son carrosse et se fait tirer par quatre boucs. Le soir il va chez la Reine, puis s'en va avec elle, pour voir danser le ballet de Madame que la Reine faisoit faire. Il revient à quatre heures après minuit.

_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, où les états des trois ordres ont leur congé.

_Le 27, vendredi._—Ce jour mourut la reine Marguerite, entre onze heures et minuit, en son hôtel, rue de Seine, au bord de l'eau; on lui a trouvé une grosse pierre dans le fiel[221].

[221] Elle laissa 100,000 livres aux pauvres et 200,000 écus de dettes; ses bijoux valaient 30,000 écus, et le reste de ses meubles 6,000 à peine. «Ce matin, dit Malherbe, à la date du 28 mars, la chambre de la Reine étoit si pleine de ses créanciers, que l'on ne s'y pouvoit tourner.»

_Le 28, samedi._—Vêtu de deuil violet, pour la mort de la reine Marguerite de Valois.

_Le 2 avril, jeudi._—Il va aux Tuileries, revient à deux heures au conseil, où l'on répondoit les cahiers des États.

_Le 9, jeudi._—Il va chez la Reine, où, sur les huit heures, M. le commandeur de Sillery revient d'Espagne, y porter le portrait du Roi et un bracelet de diamants[222].

[222] _Voy._ la lettre de Malherbe du 23 mars 1615.

_Le 10, vendredi._—Il entre en carrosse à quatre heures pour aller au faubourg Saint-Germain donner de l'eau bénite à la reine Marguerite; MM. de Guise, de Mayenne et d'Elbeuf lui portoient la queue[223].

[223] Comme il fallait trois personnages portant la queue du Roi et qu'il n'y avait que deux princes du sang, M. de Condé et M. de Soissons, MM. de Guise et de Longueville se disputèrent la troisième place; la Reine décida pour Guise; M. de Longueville partit alors pour Amiens, et les deux princes se retirèrent; il fallut les remplacer, et on choisit ceux dont on lit ici les noms.

_Le 19, dimanche, jour de Pâques._—Il va la messe aux Feuillants, touche les malades, va à vêpres aux Chartreux; communié, confessé au P. Coton.

_Le 26, dimanche._—Il va chez la Reine, où M. le prince de Candale prête le serment de premier gentilhomme de la chambre. Il va au sermon à Saint-Étienne-du-Mont, revient au petit jeu de paume à la rue Champfleury. Rentré, il joue au billard.

_Le 28, mardi._—Il va au conseil, et ensuite au cabinet des livres, où il s'arme d'une cuirasse, brassards et un habillement de tête, fait de ferblanc. Il étudie ainsi armé.

_Le 5 mai, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, monte à la forge, va chez M. de Verneuil, revient à quatre heures et demie par la galerie, s'amuse, sur la balustre du bout de la première galerie, à jeter des quarts d'écu, pour faire entre-battre de pauvres garçons qui étoient en bas.

_Le 11, lundi._—La Reine avec lui tient conseil, et donne audience à messieurs de la cour des aides et chambre des comptes, venant pour le supplier de remettre le droit annuel que l'on appelle la paulette[224]; pendant l'audience le dessous près du siége de Leurs Majestés tout d'un coup s'abaissa.

[224] Droit annuel payé au souverain pour rendre les charges héréditaires: les parlements firent une grande opposition à la vérification de l'édit d'institution de l'année 1605, et il fut même d'abord publié seulement à la chancellerie. Louis XIV en ordonna le rachat et l'amortissement par l'édit de décembre 1709. On appela cet impôt la _Paulette_ du nom de Paulet, son premier traitant et encore la _Palotte_ de celui de Palot, successeur de Paulet.—M. le président de Nicolaï harangua pour la chambre des comptes et M. le président Chevalier pour la cour des aides; c'est pendant le discours du dernier que deux solives du plancher s'écroulèrent.

_Le 12, mardi._—Il va chez la Reine au conseil, où par arrêt le droit annuel de la palotte est rétabli.

_Le 26, mardi._—Il va au conseil à trois heures et demie, où vinrent messieurs du parlement, en nombre d'environ quarante ou davantage, porter quelques remontrances par écrit qu'ils avoient à faire, lesquelles furent lues en présence de Leurs Majestés. A cinq heures et demie, le conseil fini, il monte en sa forge, à dix heures prend son habit de ratine, s'amuse à faire brandiller dans un lit de sauvage[225] le petit chevalier de Souvré, le sieur de Blainville, de Montpouillant et M. de Candale.

[225] Un hamac.

_Le 28, jeudi._—Il entre en carrosse avec la Reine, va au sermon et aux vêpres à Saint-Nicolas-des-Champs, revient à cinq heures à la galerie, au parterre. Le soir il fait jeter des fusées le long de la rivière.

_Le 31, dimanche._—Il va chez la Reine, la voit saigner; elle le fut des deux bras. Il faisoit grand chaud.

_Le 2 juin, mardi._—A quatre heures il entre en carrosse, va au Pont-Neuf des Augustins, y met la première pierre de l'architecture qui se faisoit pour la statue à cheval du feu Roi[226].

[226] Ce pont, commencé en mai 1578, fut achevé en 1604 sous la direction de Guillaume Marchand. La statue, du socle de laquelle Louis XIII posa la première pierre, fut faite, le Roi et les bas-reliefs par Francheville de Cambray; le cheval, envoyé par Cosme de Médicis, fut coulé par Jean de Bologne.

_Le 17, mercredi._—A sept heures il entre en carrosse et va à Plaisance, maison de M. le Charron, trésorier de l'extraordinaire des guerres, où il a dîné.

_Le 18, jeudi._—Il va à la messe à Bourbon et à la procession en la cour du Louvre, va au sermon aux Jésuites de Saint-Louis.

_Le 21, dimanche._—Il entre en carrosse, va près de l'Hôtel-Dieu pour voir passer la châsse de sainte Geneviève, descendue pour la trop grande et trop longue sécheresse; les légumes, grains et blés brûlés. Ce fut la première fois qu'il l'a vue descendue et en procession.

_Le 23, mardi._—Il va à l'hôtel de ville pour voir le feu de la Saint-Jean.

_Le 6 juillet, lundi._—Il va par la galerie au-dessous, en l'endroit du grand parterre, où M. de Pluvinel[227], l'un de ses écuyers, très-excellent en cette science, lui montre à monter à cheval pour la première fois, un petit cheval noir nommé _le Couchon_, va le pas, le trot et courbettes, et passades, en rond, en battues, en avant, aussi juste qu'il n'y avoit à redire; fit autant sur un cheval barbe de M. de Guise, étant intelligent de la conduite, du talon et de la main, de la houssine, et fermeté du corps, qu'un chacun en étoit en admiration. Je dis ceci à la vérité et sans flatterie, et que tel s'en fût trouvé qui en eût appris un an durant, qu'il n'eût si parfaitement fait, ayant la grâce et prestance sur tout.

[227] Antoine de Pluvinel, gentilhomme dauphinois, est le premier qui ouvrit en France des _académies_ selon la mode italienne. Il fut d'abord écuyer du duc d'Anjou, qu'il suivit en Pologne; Henri IV lui confia sa grande écurie, le nomma son chambellan, sous-gouverneur du Dauphin et ambassadeur en Hollande. Il fut à son retour gouverneur du duc de Vendôme, et il mourut à Paris, le 24 août 1620, laissant des travaux très-curieux sur l'art de l'équitation.

_Le 12, dimanche._—Il va chez la Reine à trois heures, entre en carrosse, va en la place Royale, chez le sieur d'Escures, la Reine sa mère aussi, pour voir la compagnie de gendarmes de Monsieur, qui se trouva à la tête, et sur les quatre heures goûté de la collation du sieur d'Escures.

_Le 13, lundi._—Ce jourd'hui, après dîner, Monsieur a été mis entre les mains de M. de Brèves.

_Le 15, mercredi._—Il va par la galerie au manége, va en carrosse, et la Reine aussi, à la Bastille, pour en tirer douze cent mille livres[228], va par toute la Bastille, ne voit point M. le comte d'Auvergne[229].

[228] La chambre des comptes ayant refusé cinq fois les lettres patentes du Roi pour extraire cette somme de la Bastille, un arrêt du conseil décida le 14 qu'on passerait outre, et le Roi y alla en effet le 15 avec sa mère et tous les grands de la cour.

[229] «Le Roi ne vit point M. le comte d'Auvergne, il n'y eut que la Reine. Comme il fut fait venir, on fit trouver bon au Roi de s'aller promener; comme il revint, on avertit le prisonnier de se retirer.» (Lettre de Malherbe du 17 juillet.) _Voy._ dans cette lettre les détails sur la descente du Roi et de la Reine mère à la Bastille.

_Le 18, samedi._—Il faisoit une des plus excessives et des plus étouffantes chaleurs qu'on eût senties de mémoire d'homme. Il s'en plaint, va au manége. On l'éventoit un peu, cependant il va chasser à une heure.

_Le 21, mardi._—Il va à Champs, soudain au parc, monte sur une petite butte, couverte en pavillon, où il fait porter son petit lit, le fait monter et dresser et y aide lui-même, va trouver les seigneurs qui l'avoient accompagné, qui dînoient, MM. les ducs d'Uzès[230], de Montbazon, le maréchal de Souvré, les sieurs de Bassompierre, de Saint-Géran, de Haillier[231], de Vitry et autres, se met à table parmi eux. Ils boivent tous à sa santé. Il but à eux tous du vin clairet fort trempé; retourne à sa butte, se couche dans son lit. Il se fait entretenir par ces seigneurs de propos sérieux, s'amuse à ses fusées. Il revient à Paris souper.

[230] Emmanuel de Crussol, chevalier d'honneur de la reine Anne d'Autriche en 1615, chevalier des ordres du Roi en 1619, mort le 19 juillet 1657.

[231] François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, frère du maréchal de Vitry, fut nommé évêque de Meaux par Henri IV; mais il prit la profession des armes, fut capitaine des gardes, et devint maréchal de France en 1643; il mourut le 20 avril 1660, aimé et estimé des rois Louis XIII et Louis XIV «pour sa fidélité incorruptible».

_Le 22, mercredi._—Il court, pour la première fois, la bague sur la place Royale: de deux courses, deux bonnes atteintes.

_Le 29, mercredi._—Au manége il court la bague et gagne le prix, qui étoit une montre d'horloge.

_Le 6, août, jeudi._—Il va chez la Reine, au conseil, où MM. du parlement et de l'hôtel de ville viennent par son commandement, pour recevoir ses commandements durant son absence.

_Le 7, vendredi._—Tous les matins il va au manége. Il donne, après son dîner, audience aux députés de province, envoyés par les états du pays pour désavouer leurs députés envoyés aux états généraux, sur ce qu'ils avoient demandé le concile de Trente[232]. M. Miron, prévôt des marchands, et les colonels de la ville prirent congé de lui.

[232] Le mariage du Roi avait excité une vive sympathie en France; les Réformés seuls s'y opposèrent de toutes leurs forces, et obtinrent même qu'on retardât l'union jusque après la réunion des états généraux, espérant qu'il en surgirait quelque obstacle. Les états se séparèrent sans rien résoudre.

_Le 13, jeudi._—Ce matin le Roi étant encore au lit, et nous parlant à lui, le tonnerre tomba dans la rue des Polies, devant l'hôtel de Sipierne, où j'étois logé; ma nièce Claude du Val, encore couchée, vit passer l'éclair et entendit comme le bruit d'une fusée.

_Le 15, samedi._—Il va à confesse, en son cabinet, au P. Coton, touche trois cent cinq malades, va à la messe aux Feuillants, à vêpres à Notre-Dame.

_Le 16, dimanche._—Il va avec la Reine à la Bastille tirer de l'argent pour son voyage de Guyenne[233]. En se couchant, il fait mettre son réveille-matin à trois heures et demie.

[233] Le Roi venait en tirer une somme de 1,300,000 livres pour armer un nombre suffisant de troupes.

_Le 17, lundi._—A six heures et trois quarts il entre en carrosse, et part de Paris pour le voyage de Bordeaux, va à Chartres dîner à dix heures _au Dauphin_.

_Le 20, jeudi, à Orléans._—Il loge en la maison de M. de Beaumont, bailli d'Orléans, la Reine logée à la grande maison.

_Le 24, lundi._—Il arrive à Amboise pour la première fois; M. de Luynes, gouverneur de la place[234], lui donne à dîner. La Reine arrive, il va au-devant, la mène en la salle où le sieur de Luynes lui donne le festin. Le Roi dit qu'il ne veut pas souper, et cependant mangea quelques grains de raisin. Il étoit assis au-dessous de Madame, et la servoit.

[234] Il venait d'être pourvu de cette charge.

_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, donne audience à messieurs les députés de la cour de parlement de Paris, sur la prison du président Le Jay[235], et aux députés de l'assemblée tenue à Grenoble par ceux de la Religion[236]. Le soir la Reine part pour aller souper et coucher à Chenonceaux.

[235] Le président Le Jay avait été arrêté le 17, jour du départ du Roi; on le conduisit au Louvre, et comme le Roi était parti, on le mena à la suite du cortège; Mme Le Jay présenta aussitôt requête au parlement, et une députation de quatre présidents et six conseillers fut dépêchée vers la cour. Quand on sut le départ de Louis XIII, l'agitation redoubla, le prince de Condé écrivit pour l'exciter encore, et on expédia à Poitiers MM. d'Ons-en-Bray, Courtois et Pelletier. Le président Le Jay fut relâché presque aussitôt.

[236] Le 28 le Roi reçut les députés réformés de l'assemblée de Grenoble, et souscrivit à leur demande, le 12 septembre.

_Le 27, jeudi._—Il va au Plessis, où M. de Lansac lui a donné la collation, va le soir à l'abbaye Saint-Julien, où M. de Courtenvaux lui a donné à souper, revient à onze heures à Tours. Il y voit M. du Plessis-Mornay.

_Le 31, lundi._—Il arrive à Poitiers, où il dîne et soupe[237].

[237] Pendant son séjour à Poitiers, le Roi publia une déclaration, datée du 10, par laquelle il privait le prince de Condé et ses adhérents de tous biens et honneurs, comme criminels de lèse-majesté. Le prince avait quitté la cour en juillet et lancé, le 9 août, un violent manifeste contre les membres du conseil du Roi.

_Le 2 septembre, mercredi._—Il se rend à Saint-Maure, et va en carrosse aux Jésuites, où l'on représente devant lui des jeux dont le sujet étoit _l'Assemblée des Dieux_ pour se réjouir de son mariage. Le soir il va chez la Reine.

_Le 3, jeudi._—Le Roi va à Châtellerault, où M. de Sully le vient saluer, et il regagne Poitiers.

_Le 14, lundi._—A deux heures chez la Reine, au conseil, puis à Crotelles; il revient souper[238].

[238] Madame était malade de la petite vérole et la Reine également. La cour demeura à Poitiers jusqu'au 28; mais le Roi changea aussitôt de logis, et alla près de la porte de la ville.

_Le 21, lundi._—Il va chez la Reine, revient à deux heures, va en carrosse à vêpres, à quatre heures en la grande place, où il monte à cheval, et en fait manier, va au jeu de paume, puis chez la Reine à six heures.

_Le 28, lundi._—Il va chez la Reine, se trouve un peu mal, a des tranchées. J'étois parti, l'on me renvoie querir; il est fâché de ce qu'il sait que ç'avoit été en son nom, s'en fâche contre M. de Souvré, qui l'avoit fait, disant que tout le monde penseroit qu'il fût malade. Il part de Poitiers avec la Reine à deux heures.

_Le 30, mercredi._—Il part de Couay avec la Reine, arrive à cheval à Ruffay, au château, se promène aux jardins, soupe, va voir la Reine.

_Le 1er octobre, jeudi._—Il passe la Charente, et arrive à Angoulême à sept heures trois quarts.

_Le 7, mercredi._—Il arrive à Bourg, où messieurs les députés de la cour du parlement de Bordeaux viennent lui faire leur soumission. Il entre en un bateau couvert que messieurs de la ville lui avoient envoyé; la Reine, Madame et autres princesses dedans. Il dit qu'il veut souper de ce qu'il avoit commandé lui-même; auprès du gouvernail il accommode une serviette sur un petit ais, a soupé. Il arrive à Bordeaux par la porte de Salinières, va en carrosse à l'église Saint-André et à l'évêché, où il logea.

_Le 12, lundi._—La Reine vient au conseil; il va ensuite se promener, et conduit la Reine en son logis chez le trésorier Martin, et déloge du château du Haa; il s'amuse le soir à ses harquebuses.

_Le 16, vendredi._—Il va au manége de M. le cardinal de Sourdis, puis chez la Reine.

_Le 17, samedi._—Madame a été fiancée en la galerie du logis du Roi, devant la Reine et le Roi, en l'évêché, par M. de Sourdis, archevêque de Bordeaux, et M. de Guise, par procuration du roi d'Espagne[239]. Le Roi reconduit la Reine en son logis.

[239] L'infant d'Espagne, Philippe-Dominique-Victor, né le 8 avril 1605, était dans sa onzième année; et Madame (Élisabeth de France), née le 22 novembre 1602, dans sa treizième année.

_Le 18, dimanche._—A trois heures il sort à pied, en cérémonie, va accompagner Madame à l'église, où elle fut épousée par M. le cardinal de Sourdis à M. de Guise, qui avoit la procuration du roi d'Espagne. Ce même jour le Roi fut épousé à Burgos par M. le duc de Lerme[240].

[240] François de Roxas de Sandoval, duc de Lerme, etc., premier ministre de Philippe III; devenu veuf, il se fit donner en 1618 le chapeau de cardinal; disgracié alors, il mourut en 1625.—Le duc de Guise avait conduit Madame jusqu'au milieu de la Bidassoa et y reçut l'Infante, qu'il amena à Saint-Jean de Luz, où M. de Luynes lui remit une lettre du Roi.

_Le 20, mardi._—La Reine dit brusquement adieu à Madame, de peur des larmes.

_Le 21, mercredi._—Le Roi va chez M. de Beaumont-Menardeau, conseiller d'État, où Madame étoit logée pour lui dire adieu; cela ne fut pas sans soupirs et sans larmes jusques aux cris. A onze heures elle entre en carrosse, elle se met sur le devant auprès du Roi, accompagnée de Mlle de Vendôme, de Mme de Conty, Mmes douairière de Guise et duchesse de Guise, Mme de Montmorency; traversent ainsi toute la ville, non sans faire paroître des larmes et des sanglots retenus, et sortent par la porte Saint-Julien. A une demi-lieue de là il fut mis pied à terre; ce fut lors que la nature fit jouer ses plus forts ressorts, larmes, sanglots, soupirs, et cris mêlés avec les baisers et les embrassements, tels qu'ils ne se pouvoient séparer; chacun faisant de même, ému par les larmes de ces jeunes princes, hormis Don Inego de Calderon, ambassadeur d'Espagne, qui avoit négocié le mariage, qui les regardoit d'œil sec, tâchant de rompre ces accolades, criant à haute et puissante voix: «Allons, allons, princesse d'Espagne.» Le Roi s'en revint tout pleurant chez la Reine; il fut jusques à deux heures après midi sans pouvoir apaiser son deuil ni ses larmes. Il revient à deux heures et demie, se plaignant de douleur de tête, et me dit: _C'est d'avoir pleuré_.

_Le 27, mardi._—Sur la nouvelle apportée par le sieur d'Adonville, du quartier de M. de Luxembourg, par le maréchal de Bois-Dauphin, le chevalier de Souvré lui demanda s'il y avoit eu beaucoup de morts?—_Il y en a eu trois._—«Ce n'est guère!»—Le Roi dit: _C'est encore trop, ils sont tous mes sujets; ils reviendront, et me feront service_.

_Le 31, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte en son petit carrosse, va en la maison du président de Lane, la Reine aussi; il y a goûté.

_Le 1er novembre, dimanche, à Bordeaux._—Il va à la messe et à confesse à Saint-André, y a communié, y touche les malades, va aux vêpres, au sermon, aux canaux qui sont derrière l'archevêché, où il avoit fait porter un esquif et une nacelle, se met dedans et tire à l'aviron lui-même.

_Le 4, mercredi._—Il s'amuse à inventer des trébuchets de cartes pour prendre les mouches.

_Le 9, lundi._—Ce jourd'hui fut fait l'échange des princesses à Saint-Jean de Luz.

_Le 10, mardi._—Il écrit à la Reine-Infante, à Bayonne, par M. de Luynes:

Madame, ne pouvant, selon mon desir, me treuver auprès de vous, à votre arrivée en mon royaume, pour vous mettre en possession du pouvoir que vous aurez ici, comme de mon affection à vous aimer et servir, j'envoie vers vous Luynes, l'un de mes plus confidents serviteurs pour, en mon nom, vous saluer et vous dire que de moi vous êtes attendue avec impatience pour vous offrir moi-même l'un et l'autre. Je vous prie donc de le recevoir favorablement et de croire ce qu'il vous dira de la part,

Madame, de votre plus cher ami et serviteur. LOUIS.

A Bordeaux, le 9e novembre 1615.

Écrit dans son lit, en souffrant.

_Le 13, vendredi._—Le sieur de Luynes revient de Bayonne avec une lettre de la Reine.

_Le 17, mardi._—En ce même temps M. le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, monté sur un cheval d'Espagne et la croix portée devant lui, suivi de plusieurs seigneurs de qualité, gentilshommes et autres, va à la Conciergerie, fait rompre à coups de gros marteaux les ferrures, où le geôlier fut tué, et tire hors des prisons le sieur de Vaucastels, condamné à perdre la tête, n'attendant que l'exécution, ayant de gros fers aux pieds; il le fait mettre dans un carrosse, l'accompagne jusques à la rivière, le fait mettre dans un bateau et le fait sauver[241].

[241] M. de Hautcastel était condamné par la grand'chambre du parlement pour «crimes énormes». On pria instamment le Roi d'accorder l'abolition de la peine; mais le Parlement intervint et obtint le maintien, et on décida que l'exécution aurait lieu le soir même. Mis en chapelle, le jésuite qui lui fut donné pour confesseur déclara qu'il avait tant de fautes sur la conscience qu'il fallait attendre au lendemain; des amis avaient d'ailleurs éloigné les deux bourreaux à prix d'argent. Force fut de céder, et aussitôt l'archevêque arriva botté et éperonné avec une grosse escorte; il fit enfoncer les portes, en tira Hautcastel, le mit dans un bateau et le bénit. Le parlement alla se plaindre au Roi, qui déclara se charger de l'affaire; la cour fulmina un arrêt contre le cardinal, avec décret de prise de corps.

_Le 19, jeudi._—Il écrit à la Reine par le maréchal de Roquelaure.

_Le 21, samedi._—Il monte en carrosse pour aller incognito au-devant de la Reine, arrive à Castres, distant de cinq lieues de Bordeaux, la voit par une fenêtre, comme elle entroit en carrosse, assez longtemps; elle part. Le Roi quelque temps après, et à deux lieues de la ville, sur un beau chemin, fait arrêter son carrosse au droit du sien, et, marchant doucement, la regardoit, puis peu après se prend à lui dire gaiement, en se montrant du doigt et tout haut: _Io son incognito, io son incognito, touche, cocher, touche_. A une lieue de là, il monte à cheval, ses chevaux étant las, arrive à Bordeaux à sept heures. La Reine infante arrive à huit heures; il va dans son antichambre et monte sur un haut dais; il y avoit six à sept marches à reposoir et trois chaises en haut. Mme la princesse de Conty reçut la Reine infante au pied du degré; la Reine mère va à deux pas dans la salle pour la recevoir, et la mène au Roi, qui descendit deux degrés et la reçut; monté, il s'assied au milieu, la Reine mère à droite et la jeune à gauche; après il reçut les dames espagnoles de la suite. On fut un quart d'heure ensemble; puis à neuf heures le Roi et sa mère la conduisent dans sa chambre, et il revient chez lui.

_Le 22, dimanche._—Vers une heure, il va chez la Reine qui s'habilloit, lui présente M. de Souvré et puis moi, n'en peut sortir. Elle eut besoin d'une plume incarnate pour mêler avec une blanche; le Roi lui présente son chapeau, où il avoit des deux, lui disant qu'elle en prît ce qu'elle en voudroit. Elle le fait, le lui rend, et soudain il lui dit: _Il faut que vous me donniez aussi un de vos nœuds_, qui étoient incarnats. Elle, se souriant, le lui donne, il l'applique en façon d'enseigne au pied de sa plume.

_Le 25, mercredi._—A quatre heures il va à Saint-André, fait le tour de l'église, entend la messe, et se fait la cérémonie accoutumée avec la Reine; ils entendent la messe. Il revient à cinq heures et demie, conduit la Reine en sa chambre; il étoit las, va en la sienne, se couche et soupe au lit à six heures trois quarts. M. de Grammont et quelques jeunes seigneurs lui faisoient des contes gras pour l'assurer; il avoit de la honte et une haute crainte, enfin ils l'assurent. Il demande ses pantoufles, et prend sa robe et va à la chambre de la Reine à huit heures, où il fut mis au lit auprès de la Reine sa femme, en présence de la Reine sa mère; à dix heures un quart il revient après avoir dormi environ une heure et fait deux fois, à ce qu'il nous dit; il y paroissoit, le g.... rouge[242].

[242] Héroard remplit scrupuleusement ses fonctions de premier médecin du Roi en enregistrant ces détails, qui se retrouvent dans un document intitulé: _Ce qui s'est passé lors de la consommation du mariage du Roi_. Voy. _Revue rétrospective_, 1re série, tome II, page 252.

_Le 29, dimanche._—Il fait son entrée à Bordeaux avec la Reine, sa femme, à deux heures, sur un échafaud fait exprès au coin de la maison. Il reçoit les harangues et le serment des corps de compagnies de Bordeaux, puis fait son entrée, arrive à l'évêché, conduit la Reine en sa chambre, et soupe après[243].

[243] Le Roi était magnifiquement vêtu et couvert d'un cappot tout brodé en or. Le matin le Roi se leva de bonne heure, et après la messe s'en alla avec une suite peu nombreuse sur le port des Chartreux, où les jurats lui offrirent le bateau sur lequel il s'embarqua, accompagné de quatre autres portant ses gardes et alla débarquer devant une maison, près du théâtre, où il dîna. A deux heures arriva la Reine, conduite par MM. de Guise et d'Elbeuf; Malingre raconte très-longuement cette magnifique réception. Le soir il y eut un splendide banquet au Château-Trompette, d'où l'on revint en bateau à Bordeaux, assister à un feu d'artifice.

_Le 30, lundi._—Il descend en la cour, où il voit vingt chevaux d'Espagne, que le roi d'Espagne lui avoit envoyés pour présent, tous caparaçonnés de toile d'or. Il n'y en avoit que dix-neuf, le vingtième s'étoit noyé en chemin, disoit-on. Il en fait monter quelques-uns.

_Le 1er décembre, mardi._—Il va chez la Reine, où il voit danser un ballet à l'espagnole par les filles de la Reine; elle en étoit aussi; puis ils se mettent à jouer des petits jeux comme on fait en France, ce qui étoit aussi d'Espagne. Puis il revient, et se met au lit.

_Le 4, vendredi._—Il va à midi en carrosse chez la Reine, sa mère, ne veut pas aller aux Jésuites pour y voir représenter en comédie _le mariage de Salomon_, va à la chasse, revient chez sa mère.—Pendant que le soir il étoit sur sa chaise percée, M. d'Elbeuf lui demanda s'il avoit vu les jeux des Jésuites?—_Non, j'aime bien leurs jeux quand ils prêchent bien, mais je n'aime pas ces petites badineries._

_Le 5, samedi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine, sa mère, et au conseil.

_Le 6, dimanche._—Il va chez la Reine, à l'hôtel de ville, où messieurs de la ville lui donnèrent une belle collation de confitures. Il en mangea peu.

_Le 8, mardi._—Il va chez le sieur de Bissouze, hors la ville, pour voir des feux d'artifice qui y avoient été faits sur des bateaux par Gerumeau et par Bagaud, artilliers du Roi. Il revient chez la Reine à six heures.

_Le 10, jeudi._—A dix heures et demie il monte à cheval sur celui qui se nommoit _le Soleil_, cheval de couleur isabelle et lequel, du vivant du feu Roi, il nomma _le beau cheval de papa_, va au Parlement tenir son lit de justice, accompagné des ducs d'Elbeuf, d'Uzès, d'Épernon, du comte de Saint-Paul, des maréchaux de Brissac et de Souvré. Il fut plaidé une cause de fermiers du pied fourchu, qui vouloient faire payer les nouveau-nés; le Roi décida de son mouvement en faveur des innocents, disant: _Je veux que mes sujets le gagnent contre moi_.

_Le 12, samedi._—Il donne audience, à trois heures, à un ambassadeur du Moscovite, venant rechercher l'amitié du Roi et lui offrir la sienne; l'ambassadeur demande avant que parler que le Roi se lève et puis lui donne sa main à baiser; le Roi fait l'un et l'autre.

_Le 14, lundi._—Il se va jouer à la galerie vers dix heures, va à la cour, prend plaisir à y courir, se mouille à la pluie à patouiller, et entre à l'office de son pâtissier; le trouvant travaillant, il y fait une petite tarte au coing et une autre à la pomme, y prend de la farine et se joue à fariner aucuns des passants.

_Le 17, jeudi._—Il part de Bordeaux par la porte de Salinières, à neuf heures, et va souper à Créon.

_Le 18, vendredi._—Il va dehors par le village et mauvais chemin, en son écurie, va par toutes les chambres portant lui-même un flambeau; il pleuvoit, va à l'étable, trouve le maréchal qui ferroit un cheval, y met lui-même trois clous, retourne en son logis. Le lit de la Reine mère n'étoit pas arrivé au soir à Libourne; il lui envoie le sien, et se fait tendre un petit lit de camp, porté par les mulets, y travaille lui-même. Il n'y avoit pas de draps, il fait prendre les couvre-chefs et en fait coudre huit ensemble, faisant mettre pour couverture une courtepointe de taffetas en double et le tapis de velours de sa table par dessus; il s'y couche.

_Le 19, samedi._—M. le cardinal de Sourdis est venu, et, à deux genoux, lui a demandé pardon[244]. Le Roi lui dit: _Oui je vous pardonne, à la charge de ne faire plus telles choses_.

[244] _Voy._ au 17 novembre précédent.

_Le 21, lundi._—Chaque jour après son dîner il va chez la Reine sa mère et chez la Reine sa femme. Il soupe d'une olla-podrida, faite à l'espagnole de plusieurs sortes de viandes, beaucoup.

_Le 22, mardi._—Il part de Libourne, arrive à Coutras, va voir le champ où fut donnée la bataille de Coutras, gagnée sur M. le duc de Joyeuse par le Roi son père[245]. Le soir chez la Reine et chez sa mère.

[245] Henri IV n'était que roi de Navarre lorsqu'il remporta, le 20 octobre 1587, la victoire de Coutras, où le duc de Joyeuse perdit la vie.

_Le 24, jeudi._—Il part de la Rochechalais, et arrive à Aubeterre. Il se met vêtu sur son lit pour dormir, jusques à la messe de minuit.

_Le 27, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine sa femme, va à la cuisine de bouche, et fait dresser lui-même l'olla-podrida pour son dîner. Il va chez la Reine avant de se coucher.

_Le 29, mardi._—A trois lieues avant la Rochefoucauld le carrosse du Roi verse; il n'y eut pas de mal, que M. de Souvré qui se blessa au bout du nez contre une pierre.

_Le 30, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chasse à l'oiseau, revient donner audience aux députés de la Religion sur la demande qu'ils faisoient de la paix[246].

[246] Les journées sont absolument les mêmes depuis son mariage. Il continue à prendre ses repas seul et à dormir seul.

_Le 31, jeudi._—Il va à la messe, puis à la garenne, où il court et prend cinq lapins, avec des lièvres, revient à dix heures chez la Reine, dîne ensuite. Il va après chez la Reine, au conseil, goûte à trois heures et demie, va promener aux jardins, revient à cinq heures chez la Reine sa mère. A six heures soupé; le soir il va chez la Reine sa femme; revient à huit heures.

ANNÉE 1616.

Retour du chevalier de Vendôme à Suivray.—Accident au carrosse du Roi.—Tours.—Accident à Tours, dans la salle du Conseil où se tenait la Reine mère.—Heureux hasard qui préserve le Roi.—Le cardinal Ubaldini.—Le Roi joue aux petits soldats.—Conférences de Loudun.—Intimité croissante de M. de Luynes.—Blois.—M. Brulart remet les sceaux au Roi.—Entrée à Paris.—La Reine va à Saint-Germain.—Retour du prince de Condé.—Ambassade du roi d'Angleterre.—Le Roi a une convulsion.—Arrestation du prince de Condé.—Ballet.—Acquisition du domaine de Courcelles.—Le Roi reçoit les officiers des milices de Paris pour les rassurer contre des bruits de désarmement.—Il chasse très-souvent.—Envoyé turc.

_Le 1er janvier, vendredi, à Verneuil._—Il communie, puis touche soixante-huit malades dans la cour du château. Il va chez les Reines, retourne chez les Reines après son dîner, va au sermon, aux vêpres, goûte, va à la chasse. Le soir il retourne chez les Reines.

_Le 4, lundi, à Suivray._—M. le chevalier de Vendôme revient de son voyage de Malte; le Roi lui fait bonne chère, ne le peut laisser aller changer d'habits, pour être tout mouillé de la pluie.

_Le 7, jeudi._—Il arrive à Poitiers avec les deux Reines.

_Le 10, dimanche, à Poitiers._—Il va en la grande place pour voir passer le régiment et la compagnie de gendarmes de M. du Bellay.

_Le 17, dimanche, à Poitiers._—Il va chez la Reine sa mère, va tenir avec elle à baptême le fils de M. le comte de la Rochefoucauld, le nomme Louis[247], va chez le comte à quatre heures, à la collation.

[247] Fils du premier duc de la Rochefoucauld et de Gabrielle du Plessis-Liancourt; il devint évêque de Lectoure et abbé de Saint-Jean-d'Angely, et mourut le 5 décembre 1654.

_Le 22, vendredi._—Départ de Poitiers.

_Le 23, samedi, à Châtellerault._—Il va à la messe, puis va tendre des piéges aux petits oiseaux, à la neige; il faisoit un extrême froid, y dure patiemment. Après son dîner il va chez sa mère et au conseil, sur le retour de M. de Nevers, M. de Boissac[248] et M. de Villeroy devers M. le Prince. Il monte en sa chambre à sept heures et demie.

[248] Pierre de Boissat, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, marié en 1610 à Charlotte de Villars.

_Le 25, lundi._—Il part de Sainte-Maure, arrive à Confrères, où il a goûté, fait faire des beignets et une omelette au lard par le P. Barthélemy de Crochart, cordelier, natif de Bedarride en Provence, y aide lui-même et mange un peu de l'un et de l'autre. Il rentre en son petit carrosse, le conduit lui-même plus d'une lieue. Le carrosse se rompt, il se met dans celui de M. le comte de la Rocheguyon. Arrivé à Tours, il va au jardin, au lieu de se chauffer; il faisoit un extrême froid.

_Le 29, vendredi, à Amboise._—Il se va promener, faisant tirer à ses chiens d'Artois des petits canons achetés à Tours, à l'inventaire de la Bourdaisière.—Il entend la messe, dîne à dix heures et demie, promène, voit ses petits chevaux attelés au carrosse, pour ce qu'il ne vouloit partir qu'à une heure, et qu'un mauvais orage de neige survint, qui les fait remettre dans l'écurie.—L'on a remarqué que ce fut un coup de Dieu, d'autant que s'il fût parti à cette heure-là, sans doute il fût été descendre à Tours, chez la Reine sa mère, et s'y fût trouvé entre deux et trois heures qu'elle étoit au conseil, que le plancher de sa chambre fendit. Elle se trouva sur l'endroit de la poutre, M. le chancelier derrière elle, MM. le comte de Soissons, d'Épernon et M. de Villeroy à côté, qui tombèrent sans beaucoup se blesser, et d'autres, comme les sieurs de Bassompierre[249], marquis de Villaines[250], marquis de Sablé, marquis de Nangis et autres.—A une heure il entre en carrosse, le conduisant par la ville, et arrive à trois heures un quart à Tours, va chez la Reine, sa mère puis chez la Reine.

[249] «La Reine, dit Bassompierre, vint après son dîner en sa chambre, où arrivèrent peu après MM. le Comte (de Soissons), de Guise et d'Épernon, et tant d'autres après eux qu'ils firent enfoncer le plancher de la chambre, où je tombai avec vingt-sept autres personnes, du nombre desquels MM. le Comte, d'Épernon, de Villeroy, d'Aumont, et plusieurs autres tombèrent aussi. La Reine demeura sur une poutre, qui tint ferme, et, passant par dessus son lit, sortit de la chambre. Je fus blessé à l'épaule et à la cuisse, et eus deux des petites côtes enfoncées, dont je me suis senti longtemps depuis.»

[250] Brandelis de Champagne, marquis de Villaines, conseiller d'État, reçu chevalier du Saint-Esprit en 1599.

_Le 31, dimanche, à Tours._—Il donne à dîner au cardinal Ubaldini, auquel il venoit de donner le bonnet[251], avant de se coucher, vêtu de ses habits de ratine. Il s'amuse diversement dans son cabinet.

[251] Il était alors nonce en France.

_Le 3 février, mercredi._—Il dresse une petite collation de confitures sèches pour la Reine, qui le devoit venir voir à deux heures. Après, remis au lit, il s'amuse à faire des bataillons de diverses sortes, avec ses petits hommes d'argent.

_Le 6, samedi._—La Reine sa mère logée à la Bordesiaire[252]; il va la voir; M. d'Épernon prend congé de lui malcontent, ce disoit-on.

[252] La Bourdaisière, château appartenant à Marie Babou, fille de Georges Babou, comte de Sagonne, chevalier des Ordres, mariée en février 1602 à Charles Saladin de Savigny d'Anglure, vicomte d'Étoges. Elle était dame de la Bourdaisière par la mort de son neveu Georges II, tué en duel à Bordeaux, en 1615, par le comte de Barrault, étant capitaine de cent hommes d'armes de la maison du Roi.

_Le 7, dimanche._—Il va à midi, à cheval, à Saint-Gatian, à Tours, en cérémonie, et la Reine aussi, dans sa litière découverte, pour y recevoir l'épée et le chapeau que le Pape lui avoit envoyés et à elle _la Rose d'or_.

_Le 8, lundi._—Il écrit à Mme la princesse d'Espagne, sa sœur.

_Le 9, mardi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, le trouve à table.

_Le 11, jeudi._—Les bouchers d'Amboise lui viennent présenter un bœuf gras, dû au seigneur par eux tout à pareil jour.

_Le 14, dimanche._—Il fait danser un ballet par cinq ou six de ses enfants d'honneur; la Reine y vient.

_Le 15, lundi._—Il danse un ballet lui-même devant la Reine.

_Le 28, dimanche._—Il va au manége, M. de Pluvinel ayant été mandé exprès.

_Le 9 mars, mercredi._—Il va à cheval à la chasse, au Plessis, demande au sieur du Fay, l'un de ses gentilshommes ordinaires, quelle heure il étoit; il répond qu'il n'étoit qu'une heure.—_Vous me dites qu'il n'est qu'une heure pour ne point rompre mon plaisir; il y a plus de demi-heure qu'elle est sonnée. Je m'en veux aller, il faut que je sois à deux heures au conseil_, pour la résolution des articles de la conférence de Loudun[253].

[253] On devait traiter à Loudun de l'accommodement avec le prince de Condé, qui, ligué avec les Réformés, avait commencé les hostilités; les conférences s'ouvrirent le 30 février 1616, et aboutirent à l'édit de pacification de Blois, du mois de mars, scellé le 2 mai, jour de la rentrée du Roi à Paris.

_Le 16, mercredi._—Il va en carrosse chez la Reine sa mère, puis au Plessis où il se met en caleçons pour crosser dans le préau du parc, fait crosser M. le prince de Joinville et M. d'Elbeuf.

_Le 18, vendredi._—Il va au Plessis, où, dans la basse-cour, il joue à la balle forcée, puis s'amuse à conduire son petit carrosse avec deux de ses six petits chevaux fauves, les fait tourner autour d'un puits couvert en ardoises et d'une grosse balle de plomb sur de vieilles charpenteries. En conduisant ce carrosse, il s'amuse à regarder le sieur de Liancourt, son premier écuyer, qui s'amusoit à en conduire un autre; la flèche va donner et heurter l'un des piliers de la charpenterie si fort qu'elle tombe et le comble sur un des chevaux qui étoit à droite, qui se trouva enseveli dessous, et le Roi se jeta dextrement au côté gauche du carrosse, si dextrement qu'il se garantit du danger avec la grâce de Dieu et fut recueilli par le capitaine la Tour, Corse de nation et l'un de ses ordinaires; car sans cela il se trouvoit dessous la ruine. Soudain, sans apparence d'étonnement, il se jeta à terre en disant: _Ce n'est rien_.

_Le 23, mercredi._—Il va au conseil, tenu sur la dernière résolution des articles de la conférence, portés et remportés par M. de Pontchartrain, secrétaire d'État. Le soir il s'amuse à faire et à écrire lui-même un rôle de capitaine de carabins.

_Le 24, jeudi._—Il va jouer au palemail, joue quatre parties contre M. le chevalier de Vendôme. Le soir il s'amuse à faire les exercices des gens de pied.

_Le 27, dimanche._—Entretenu avec M. d'Elbeuf, qui lui représentoit le contentement qu'il avoit à la guerre, et de se voir à la tête d'une armée de trente mille hommes, le Roi dit: _Oui pour un prince_. Il se parloit alors de la paix avec le prince de Condé.

_Le 5 avril, mardi._—Il va chez M. de Luynes, où dînoit M. de Souvré, y mange des poulets lardés, boit très-bien et à diverses fois de l'hypocras tout pur. Il retourne, après la chasse, en haut du château, à la chambre de M. de Luynes, où il a goûté, part d'Amboise et arrive à Tours à sept heures, chez la Reine sa mère.

_Le 7, jeudi._—Il fait cardinal de Lorraine l'archevêque de Reims[254].

[254] Louis de Lorraine, fils de Henri _le Balafré_, tué à Blois; né le 22 janvier 1575, archevêque de Reims après son oncle, mort le 21 juin 1621; il eut plusieurs enfants de Charlotte des Essarts, depuis femme du maréchal de l'Hôpital.

_Le 9, samedi, au Plessis._—Il achève son fort, et y fait venir des petits canons tirés par des chiens, l'un desquels fait difficulté de passer outre sur une planche qui faisoit du bruit. Il le bat rudement et en colère; l'ayant quitté, le reprend: le chien passe sans difficulté; lors il dit froidement et de façon sérieuse: _Voilà comme il faut traiter les opiniâtres et les méchants_, et, lui donnant du biscuit, _et récompenser les bons, les hommes aussi bien que les chiens_.

_Le 14, jeudi._—Sur les trois à quatre heures les Reines le viennent voir; il leur fait voir son fort, dont il n'avoit pas bougé, encore qu'il eût fort plu et grêlé, s'étant mis à couvert sous une table qu'il y avoit fait porter et élever. Son humeur étoit infatigable.

_Le 16, samedi._—Il va au conseil, donne audience à l'ambassadeur du duc de Neubourg, revient à son fort, fait toutes sortes d'exercices. La Reine sa mère y vient; il tire et salue à son arrivée, y donne lui-même le morion à M. le duc d'Elbeuf.

_Le 18, lundi._—A sept heures et demie soupé, et la Reine avec lui; c'est la première fois qu'ils ont mangé ensemble. Il ramène la Reine en sa chambre, revient en la sienne à huit heures trois quarts[255].

[255] Le Roi et la Reine mère vont à Amboise et à Blois, à cause de la maladie qui régnait à Tours.

_Le 20, mercredi._—Il va chez M. de Luynes, qui donne à dîner à la compagnie, y fait ripaille et donne sur l'hypocras assez mal trempé. A trois heures et demie il va au clos, où le sieur de Luynes donne la collation au Roi et à la Reine. Il va, il vient, il travaille fort, et passe trois fois la rivière à pied, sans s'essuyer ni sécher; le soir il s'amuse à faire jeter des fusées sur la terrasse par ses fenêtres.

_Le 21, jeudi._—Il arrive à Blois; à cinq heures la Reine arrive, et le vient voir dans sa chambre, accompagnée de la Reine sa mère.

_Le 28, jeudi._—Il entre dans une colère extrême de ce qu'on lui avoit dérobé sa linotte extrêmement brune, a opinion que c'étoient quelques Espagnoles qui étoient à la Reine; fait rouler son petit canon par le cabinet pour leur faire du bruit, et dit que, n'étoit la crainte d'éveiller la Reine sa mère, qu'il le tireroit contre la porte de la chambre, qui étoit celle même de son cabinet; envoie acheter un cadenas et l'attache à la porte.

_Le 29, vendredi._—Il va à l'assemblée à Burie, où il a dîné. Il se met à jouer aux cartes, à cause de la pluie et de la grêle.

_Le 1er mai, dimanche._—Il va à la chambre de la Reine sa mère, où messire Nicolas Brulart, fait chancelier de France par le feu Roi, remet les sceaux entre les mains du Roi[256]; il n'y avoit qu'eux trois, ayant fait sortir tous ceux qui étoient dedans.

[256] Il avait été fait garde des sceaux en décembre 1604, et devint chancelier, le 10 septembre 1607. Il les reprit le 23 janvier 1623 et les rendit le 2 janvier suivant. Il mourut au château de Sillery, près de Reims, le 1er octobre 1624. Il eut pour successeur Guillaume du Vair, qui ne garda les sceaux que peu de mois et devait ses disgrâces au maréchal d'Ancre.—On prétend qu'en rapportant les sceaux le chancelier Brulart fit pleurer le Roi, en lui exprimant ses regrets.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Fontainebleau à onze heures; à cinq heures la Reine arrive; il la reçoit, la mène en sa chambre et à la salle du bal.

_Le 16, lundi._—Il quitte Fontainebleau, dîne à Bourg-la-Reine, y trouve la Reine, s'habille, se pare; botté, il monte à cheval sur _Soleil_, son beau cheval et celui du feu Roi, voit un bataillon de dix mille hommes parisiens qui étoient venus au-devant pour le recevoir. M. de Liancourt, premier écuyer et gouverneur de Paris, et M. Miron, prévôt des marchands, lui disent seulement: «Que Sa Majesté soit la bien venue!» Il entre à Paris à sept heures et demie, va à Notre-Dame, où le clergé le reçoit et une partie du parlement; rend grâces à Dieu, remonte à cheval, arrive au Louvre à huit heures, chez la Reine sa mère. Le soir il fait sceller en sa présence la commission de garde des sceaux pour M. du Vair, et en reçoit le serment.

_Le 20, vendredi._—Il va courir un chevreuil aux Tuileries, avec ses petits chiens. A neuf heures le duc de Mayenne lui fait la révérence, la face pâle; les ducs de la Trémouille, de Bouillon présents. M. de Mayenne, portant la parole, lui dit: «Sire, nous venons nous jeter entre vos bras, suppliant très-humblement Votre Majesté de croire que nous sommes ses très-honorés, très-obéissants et très-fidèles sujets.»—_Venez, soyez les bienvenus, je suis bien aise de vous voir_; et soudain il change de propos en disant: _Je courrai un chevreuil_.

_Le 22, dimanche._—Il va à la messe à Bourbon, revient en la grande galerie, où il touche mille soixante-six malades. La Reine le voit pour la première fois.

_Le 26, jeudi._—Il va à Issy, voir l'une des maisons de feu la reine Marguerite, qu'il avoit achetée.

_Le 29, dimanche._—Il va au sermon à Saint-Germain-l'Auxerrois, où il avoit fait présenter le pain bénit, le matin, à la première messe.

_Le 6 juin, lundi._—M. le maréchal d'Ancre arrive revenant d'Amiens, le salue; le Roi le fait mettre dans son carrosse à Neuilly, et arrive à Paris à sept heures chez la Reine sa mère; puis il va chez la Reine.

_Le 7, mardi._—Il donne audience à messieurs du parlement et à l'ambassadeur de Malte. Il va aux Tuileries, y court à pied un chevreuil, à outrance.

_Le 8, mercredi._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine, enferme à la clef les femmes espagnoles, pour avoir, le soir précédent, ôté les clefs des coffres à Louise, fille de sa nourrice.

_Le 14._—A midi il donne audience à la cour de parlement, en corps, faisant plainte de ce que les prisons du grand Châtelet avoient été rompues par le comte de Vitry, capitaine des gardes, la nuit, et en avoit enlevé le sieur de Beauvau, accusé et convaincu de fausse monnoie[257].

[257] Le sieur de Beauvau était fils d'un gentilhomme lorrain, qui eut la tête tranchée aux grands jours, à Poitiers. Defontis, lieutenant criminel, le saisit et le mit au Châtelet; le Roi donna un ordre à M. de Vitry pour l'en retirer; le geolier refusa, et à minuit Vitry alla avec des gardes forcer l'entrée. Beauvau fut gracié, et le parlement en fut pour ses plaintes.

_Le 17, vendredi._—Il va à la foire du Landit, à Saint-Denis.

_Le 19, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye; Monsieur, son frère, dîne avec lui. Il lui donne de ses viandes avec un soin et action de père.

_Le 20, lundi._—Il va au parc, et, à l'exemple de quelques-uns de ses petits gentilshommes, quitte son pourpoint, se coiffe de son mouchoir, débride et desselle son cheval, lui donne à manger du foin nouveau pris dans le pré, tout cela par galanterie.

_Le 26, dimanche._—Il reçoit en sa chambre, à cinq heures et demie, le comte d'Auvergne sortant des prisons de la Bastille après douze ans; le genou en terre, il lui demande pardon. Le Roi le veut faire lever, il ne veut point; le Roi lui dit: _Vous avez failli deux fois; je vous pardonne_; le comte lui demande une épée, le Roi la lui donne.

_Le 1er juillet, vendredi._—La Reine ce jour, pour la première fois, se fait servir à la françoise.

_Le 4, lundi._—Il va à la rue de Jouy, chez M. de Fourcy, intendant des bâtiments, où il a goûté; puis va à Saint-Gervais, où il a posé la première pierre du portail de l'église[258].

[258] Élevé sur les dessins de Salomon de Brosse, architecte général des bâtimens du Roi et de la Reine mère. C'est par erreur que l'on donne à cet architecte le prénom de Jacques.—_Voy._ A. JAL, _Dictionnaire critique de biographie et d'histoire_, page 285.

_Le 8, vendredi._—La Reine vient pour la première fois à Saint-Germain-en-Laye trouver le Roi, qui y étoit depuis le matin; elle étoit avec la Reine mère.

_Le 9, samedi._—Il mène la Reine aux grottes pour la première fois, y fait mouiller quelques Espagnoles et Espagnols. Il se va promener, fait jeter des fusées, va à la rivière; on le rencontre presque toujours courant sans se lasser; il avoit chaud et étoit sur les dents.

_Le 11, lundi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, en passant par le bourg de Saint-Germain.

_Le 13, mercredi._—Il va à l'assemblée à Maisons, où il dîne, va courir un cerf à cheval, le réduit à non-plus, et s'il eût eu un cheval frais, il l'eût tué, l'ayant couru plus de trois cents pas l'épée à la main. Il court plus de trois heures, va aux toiles, va à Chambourcy, où il a goûté. Le soir il va chez la Reine sa mère.

_Le 15, vendredi._—LL. MM. quittent Saint-Germain.

_Le 18, lundi._—Il va au logis du sieur de Maisonnette, capitaine du jardin des Tuileries, où il fait la cuisine, va au conseil ensuite.

_Le 20, mercredi._—Ce jour, avant midi, le corps de Marguerite de Valois, dernière du nom, appelée la Reine Marguerite, fut enlevé de la chapelle qu'elle avoit fait édifier derrière sa maison, au faubourg Saint-Germain, sur la rivière, et porté à Saint-Denis, accompagné seulement de deux archers de la garde du corps du Roi. Les moines faisoient difficulté de le recevoir, craignant que ce ne fût une feinte, à cause du peu de compagnie; enfin il fut reçu et mis dans la chapelle des Valois, que la reine Catherine de Médicis a fait construire, où son corps a été mis, et celui du roi Henri III.

_Le 27, mercredi._—Le prince de Condé arrive à Paris après la paix; à six heures il arrive au Louvre; on ne l'attendoit que le jour suivant. Le Roi va chez la Reine mère, et il le trouve chez la Reine[259]. Le soir il va chez la Reine sa femme.

[259] Héroard a laissé ici une ligne en blanc.

_Le 28, jeudi._—Le Roi va chez la Reine mère, M. le Prince y vient; le Roi s'y trouve mal, étourdi par la grande chaleur qu'il faisoit dans la chambre de la Reine. A quatre heures il va chez la Reine sa femme, qui lui avoit préparé la collation, ne y touche point en tout; mais se couche et se repose. A quatre heures et demie il se trouve mieux, va aux Tuileries, y court un faon de biche avec ses petits chiens.

_Le 1er août, lundi._—Il va chez le Gaignier, faiseur de litière de la Reine, en la rue de la Croix du Tiroir, pour voir passer l'ambassadeur d'Angleterre; envoie querir des confitures sèches par le marquis de Mortemart, en a beaucoup mangé. A six heures trois quarts, milord de Haïes, ambassadeur d'Angleterre extraordinaire, arrive fort paré et bien accompagné, et, passant par le Pont-Neuf, va loger à l'hôtel de la reine Marguerite, au faubourg Saint-Germain.

_Le 7, dimanche._—Vêtu et paré à cinq heures, en sa chambre, il donne audience au milord de Haïes, ambassadeur pour se réjouir de son mariage[260].

[260] Jacques Hay, baron de Saley, comte de Carlisle; il venait aussi entretenir le Roi d'un projet de mariage entre le prince de Galles et Madame Christine.

_Le 9, mardi._—Il va au manége, où se trouve l'ambassadeur d'Angleterre.

_Le 1er septembre, jeudi._—Sur les onze heures, M. le prince de Condé fut arrêté en la chambre de la Reine mère, venant du conseil, par M. de Thémines, lui disant que c'étoit par commandement du Roi; sur ce que M. le Prince lui demanda s'il l'osoit bien entreprendre, il le mène en bas, au logement neuf, que la Reine mère avoit fait accommoder pour elle-même. Gardé par M. d'Elbène, commandant de la compagnie des chevau-légers de Monsieur, avec une douzaine de ses compagnons[261]. Le Roi ne veut pas dîner.

[261] La Reine mère fit arrêter le prince de Condé parce qu'il continuait ses menées et menaçait de reprendre les armes.—_Voy._ tous les détails dans le Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 194 et 195.—Ce jour-là le Roi reçut la cour souveraine, le prévôt des marchands et les ambassadeurs, pour leur expliquer la cause de cette mesure.

_Le 2, vendredi._—Il s'amuse à faire la garde lui-même, se couche sur la paillasse, s'endort. Descluseaux, qui faisoit le caporal, l'éveille, le tire par les pieds hors de la paillasse, le met en sentinelle, où il se rendort. Descluseaux le y trouve, le met en prison; ce fut en son lit.

_Le 7, mercredi._—A onze heures il monte à cheval, accompagné de la Reine sa mère, et va au Palais, où il parle en ces termes: _Messieurs, vous saurez par monsieur le garde des sceaux les raisons pour lesquelles je suis venu m'asseoir en ce lieu._—C'étoit sur l'emprisonnement de M. le Prince.

_Le 14, mercredi._—Il fait chevalier de l'accolade l'ambassadeur de Venise, qui prenoit congé pour s'en retourner.

_Le 27, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser un ballet à la Reine.

_Le 8 octobre, samedi._—Ce matin courut un faux bruit que M. de Vendôme ou M. de Bouillon avoit été tué; quelqu'un le disant devant lui avec semblant de joie, le Roi dit froidement et sérieusement: _Je ne me réjouis pas de la mort d'autrui_.

_Le 16, dimanche._—Il va chez la Reine tout élangouri, va à la chapelle de la Tour, puis chez la Reine sa mère, revient à midi fort gai et tout changé, et me dit que la Reine sa mère lui avoit dit qu'il prendroit médecine demain matin, et qu'il y étoit tout résolu puisque c'étoit avec un lait d'amandes, comme j'avois accoutumé de les lui faire prendre, et qu'il y avoit quatre jours qu'il sentoit du mal, mais ne l'osoit dire, de peur de prendre une médecine noire.

_Le 19, mercredi._—Il va le soir à la comédie françoise.

_Le 22, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, la trouve à table qui dînoit, y a mangé beaucoup de pain de Mlle de Vendôme, seul et avec de la bouillie de la Reine. Il va à la plaine de Grenelle, puis revient chez sa mère et chez la Reine.

_Le 27, jeudi._—Le soir il recorde son ballet[262].

[262] Même mention pour le jour suivant.

_Le 31, lundi._—Il étoit malade, dit qu'il sent ses pieds comme s'il les avoit enflés, se plaint de la colique; bu de l'eau cuite avec du julep rosat, mis une éponge abreuvée de décoction sur sa douleur. Un quart d'heure après je l'entends râler et ronfler fort haut, j'y accours; je le trouve la bouche en bas, contre son bras, je le lève, le porte en terre, et le doigt en la bouche pour lui ouvrir les dents, tant que le sieur de Piolive lui met le manche de son couteau en la bouche; perd les sens; vin, eau-de-vie, promené, eau-de-vie, toujours promené; l'accès dure environ un demi quart-d'heure; remis au lit; c'étoit une convulsion. A huit heures soupé en présence de la Reine sa mère.

_Le 1er novembre, mardi._—Il est saigné pour la première fois, à la basilique du bras droit, par Ménard, chirurgien de la Reine sa mère.

_Le 2, mercredi._—Il continue à se plaindre, est entretenu par des contes que lui fait sa nourrice, se fait changer de lit.

_Le 5, samedi._—Levé en robe et en bottines, il va faire lever M. de Luynes au cabinet, et se couche sur son matelas, où il s'amuse sans dormir jusques à près de trois heures, se plaint en se couchant, disant: _Je ne saurois dormir, je vois bien que je rêve_; soudain il s'endort jusques à une heure après minuit.

_Le 9, mercredi._—Levé en robe, il promène un peu. Remis au lit, il s'amuse à écrire lui-même le ragoût des mauvais bouffons de la cour.

_Le 10, jeudi._—Sa première sortie; il va par la galerie aux Tuileries, puis chez la Reine et chez la Reine sa mère; va en son cabinet des armes.

_Le 22, samedi._—Il va en la grande galerie, accompagné d'un exempt des gardes, du sieur de Mataret, gouverneur de la ville et château de Foix, et d'un autre. Regardant à tout s'il étoit suivi, il se met assez avant en l'une des fenêtres qui regardoit sur la rivière, quand le maréchal d'Ancre entra, accompagné de plus de cent personnes, et s'arrêta aussi à une des fenêtres sans aller vers le Roi, se faisant faire la cour par tous, tête nue; mais il savoit bien que le Roi étoit là, car on lui avoit dit, l'ayant demandé en la chambre. Il s'en va aux Tuileries, le cœur plein de déplaisir.

_Le 27, dimanche._—Il monte en la chambre du sieur de Luynes, où il s'habilla de l'habit et pantalon qu'il devoit porter à son ballet. Ce ballet fut le premier qu'il dansa étant Roi. A six heures un quart il soupe avec les onze qui étoient de son ballet avec lui. Il se met au milieu de la table. Il s'amuse à railler premièrement à table avec la compagnie, peu après se met sur le lit où il s'endort doucement environ deux heures. Éveillé en sursaut, en colère, demandant son épée pour combattre Abimélech, et crioit: _Ça, ça! Abimelech_;[263] il se prit à rire. Dansé à onze heures trois quarts son ballet, sa musique s'étant fait attendre deux heures, ce dont il étoit fort fâché. L'entrée étoit de Pantalon; il en étoit. Il dansa son ballet extrêmement bien, alla prendre la Reine, la mena danser aux branles et se retira à deux heures et demie après minuit.

[263] En rêvant à Abimélech, le Juge féroce d'Israël, le Roi est peut-être encore sous l'impression du _déplaisir_ que lui a laissée, quelques jours avant, l'insolence du maréchal d'Ancre.

_Le 2 décembre, vendredi._—Il va chez la Reine à sept heures du soir, et y joue à divers jeux jusqu'à neuf; il chante souvent des psaumes le soir.

_Le 5, lundi._—Il va à la chasse aux plaines du Roule, où il monte à cheval; vole le cochevis qui se sauve dans un grenier, où il monte par une échelle et sa troupe aussi, y font des embûches, et prennent l'oiseau qui se sauve dans son chapeau. Il revient chez la Reine et chez sa mère. Le soir il va encore chez la Reine; en se couchant il chante des Noëls.

_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine et chez la Reine sa mère, fort blême, revient et me dit qu'il avoit failli à tomber chez sa mère, s'il ne se fût appuyé.

_Le 15, jeudi._—Il entre en carrosse et s'en va aux Ternes, qu'il avoit achetés. Le soir il revient en sa chambre où il fait danser un ballet que la Reine faisoit faire à ses filles. Il va chez la Reine sa mère, où il voit encore danser.

_Le 18, dimanche._—Il va à Courcelles, près du pont de Neuilly, qu'il vouloit acheter du sieur Galand, avocat au parlement.

_Le 19, lundi._—Impatient pour aller à Courcelles, il y fait porter des mousquets pour un fort qu'il y vouloit faire bâtir; il fut d'abord en toile cirée et en bois.

_Le 20, mardi._—Il vient dans la galerie, ayant mandé à venir tous les colonels, capitaines, lieutenants, enseignes et quarteniers pour les assurer de sa volonté, contraire à ce que, par bruit commun, on leur faisoit croire qu'il les vouloit désarmer; il va chez la Reine après.

_Le 22, jeudi._—Impatient pour aller à sa maison de Courcelles, à midi il entre en carrosse. Arrivé à Courcelles, il monte sur la butte, où il avoit fait un fort; il n'y avoit que la charpenterie qu'il avoit fait couvrir d'une toile cirée, en attendant l'ardoise. Il s'arme d'un corselet et d'un morion, et d'une pique. La Reine y étoit venue; elle y monte et le trouve en faction; il lui donne la collation après lui avoir fait voir tout l'ordre de la garde du fort, revient à cinq heures à cheval chez la Reine sa mère.

_Le 23, vendredi._—Il monte au cabinet des armes, où il s'amuse à des modèles de quelques machines pour tirer et pour hausser, que l'on y montroit. Il va après chez la Reine sa mère, où il donne audience à un Turc portant des lettres du Grand-Seigneur pour demander la justice des Morisques Gravatins chassés d'Espagne, qui furent volés et fort maltraités, passant par la France. Ce Turc étoit natif de Valence en Espagne et renégat. Le soir il apprend son ballet pour danser au jour de carême-prenant.

_Le 24, samedi._—Confessé par le P. Coton, à onze trois quarts il va à la chapelle de la Tour, où il entendit les trois messes et communia.

_Le 26, lundi._—Il va encore à Courcelles, s'amuse avec ses petits gentilshommes à faire la garde du fort, y a goûté, revient chez la Reine.

_Le 27, mardi._—Il s'amuse à chanter en concert et avec les régales, sur lesquelles jouoit le sieur de la Chapelle.

_Le 29, jeudi._—Il va chez la Reine, puis chez la Reine sa mère, entre en carrosse à douze heures et demie, et va à Courcelles, où il fait ses exercices. Il y a goûté, va sur le bord de la rivière à pied, tire à des oies avec un canon sur une fourchette, en tue une, en blesse une autre, va à pied au long de l'eau, tire sur des pigeons, en tue et continue au long de la muraille jusques aux vignes, où il monte à cheval et s'en revient.

ANNÉE 1617.

Ballets.—Chasses.—Mariage de Mlle de Soissons avec M. de Longueville.—Baptême de Mlle de Pluvinel.—Retour du chancelier de Sillery.—Jeux militaires du Roi.—Meurtre du maréchal d'Ancre.—La Reine mère.—Courses à Saint-Germain et à Fontainebleau.—Mort de la maréchale d'Ancre.—Portrait du Roi par Fernand.—Nombreuses courses du Roi aux environs de Paris.—Il touche par grâce quatre Espagnols.—Mariage de M. de Luynes.—Le prince de Condé sort de prison.—Départ pour Rouen.—Mantes.—Gaillon.—Pont-de-l'Arche.—Entrée à Rouen.—Dieppe.—L'hôtesse de l'Écu de Bretagne.—Retour à Rouen.—Mort de M. de Villeroy.—Réception des cours souveraines.—Assemblée des Notables.—Retour à Saint-Germain.

_Le 1er janvier, dimanche._—Confessé, communié, touché quatre cent six malades.

_Le 4, mercredi._—Il va chez la Reine, y recorde son ballet.

_Le 12, jeudi._—Vêtu de son habit de ratine et de sa robe, il s'amuse à dresser une batterie de petits canons qu'il avoit lui-même fondus à sa forge, dresse la garde autour des canons et fait tout ainsi que s'il eût été à une armée.

_Le 15, dimanche._—Paré pour aller au bal chez la Reine sa mère, il y descend à neuf heures et demie, où il y eut bal et y dansa, et revint à deux heures après minuit.

_Le 19, jeudi._—Il recorde son ballet deux fois dans la journée. Entretenu le soir en se couchant, il dit qu'il n'aime plus la chasse; les deux jours précédents, il n'y avoit point eu de plaisir. Il faisoit mauvais temps.

_Le 22, dimanche._—A neuf heures et demie il va chez la Reine sa mère, pour y voir le ballet de M. le comte d'Auvergne, en revient à une heure et demie après minuit.

_Le 29, dimanche._—Il va souper en la chambre de M. de Luynes, aux Tuileries, qui boit à sa santé. Le soir il donne son ballet, qui ne commence, par suite de difficultés, qu'à deux heures et demie, et entre dans la salle de bal avec beaucoup de peine, à cause de la foule du monde, où il se trouve une demoiselle qui se prend à ses chausses, disant: «Si vous entrez, j'entrerai».—Il entre, et danse le ballet dont le sujet étoit _les Amours d'Armide et de Renaud_; cela dure jusques à cinq heures[264].

[264] «Discours au vrai du ballet dansé par le Roi le dimanche 29e de jour janvier 1617, avec les dessins, tant des machines et apparences différentes que de tous les habits des masques;» par Durand, Paris, P. Ballard 1617, in-4º. L'auteur était un poëte qui finit, peu après, en place de Grève pour un pamphlet contre le duc de Luynes.

_Le 2 février, jeudi._—Mis au lit, il s'amuse à faire habiller huit ou dix des siens de certains habits qui avoient servi à d'autres ballets, les fait danser au violon, lui jouant du tambour.

_Le 4, samedi._—Il va à la volerie, en l'étang de Massy et à Longjumeau, où il prend le héron dans le jardin de maître Jehan Philippy, chirurgien ordinaire de Sa Majesté. Le soir il va voir jouer une tragi-comédie espagnole par les filles de la Reine.

_Le 6, lundi._—Il fait encore la collation chez le sieur Philippy, mange des cerises sèches, en met dans sa pochette. Après son souper il va chez la Reine, où il s'endort, sur deux escabeaux qui plient et un oreiller, jusques à près d'onze heures; à minuit il va chez la Reine sa mère, où il voit danser un ballet de la Reine; revient à une heure.

_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine sa mère, où il voit danser le ballet du prince de Joinville, en revient à deux heures après minuit.

_Le 11, samedi._—Il va aux Tuileries où il court un chevreuil avec ses petits chiens, va aux Feuillants. En dînant il me dit qu'il ne se trouve pas bien, qu'il râle, a l'estomac pesant, et est dégoûté; il étoit enrhumé, dit qu'il pense qu'il auroit besoin de prendre quelque chose. Après son dîner il va chez sa mère, chez la Reine, retourne aux Tuileries. Avant de se coucher il va chez la Reine sa femme, jusques à onze heures.

_Le 19, dimanche._—Il s'amuse doucement, gaiement, fait battre à coups de poing les petits pages de la musique, et puis leur donne un écu à chacun.

_Le 21, mardi._—A une heure et demie il entre en carrosse, va vers les Bonshommes, où il fait conduire des petites pièces de canon et tire aux corneilles. Il en tue une; c'étoit une nouvelle sorte de chasse.

_Le 2 mars, jeudi._—Il va à sa forge, puis aux Tuileries, puis en la place Royale, voir la compagnie de la Reine sa mère.

_Le 4, samedi._—Il s'amuse à faire son équipage pour ce qu'il veut partir pour son voyage. Le soir il va chez la Reine.

_Le 5, dimanche._—Il va chez la Reine sa mère, où se passa le contrat de mariage de Mlle de Soissons avec M. le duc de Longueville[265].

[265] Louise, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et de Anne de Montafié, mariée le 30 avril à Henri d'Orléans, duc de Longueville, né en 1595, mort le 11 mai 1663; elle mourut le 9 septembre 1637; sa fille unique épousa le duc de Savoie-Nemours, et son mari se remaria avec Anne-Geneviève de Bourbon-Condé.

_Le 2 avril, dimanche._—Il va chez la Reine, chez la Reine sa mère, va chez M. de Pluvinel, l'un de ses écuyers près de sa personne, en l'absence de M. de Souvré, et de là à Saint-Thomas du Louvre pour tenir à baptême sa fille avec Madame[266]; y a goûté à la collation.

[266] Gabrielle de Pluvinel, fille du premier écuyer et de Marie de Mancel, mariée: 1º à Simon Marion, baron de Druy, fils du contrôleur général des finances; 2º à Charles de Biancourt, fils de M. de Potrincourt, gouverneur du Canada; 3º à Charles de Poix; ces deux derniers furent «écuyers en chef d'académie», comme M. de Pluvinel.

_Le 13, jeudi._—Il va au conseil et deux fois chez M. de Luynes, en sa chambre.

_Le 17, lundi._—Il va chez la Reine, laquelle ce jourd'hui fut saignée du pied droit, en présence du docteur de la Serva, son premier médecin, et du médecin du duc de Mantoue. Le Roi va la voir le soir.

_Le 24, lundi._—Le maréchal d'Ancre tué sur le pont du Louvre entre dix et onze heures du matin[267].

[267] Héroard a laissé dans son journal une page en blanc.

_Le 25, mardi._—M. le chancelier de Sillery[268] arrive, et, mandé par le Roi, va chez la Reine. Il se rend seul au conseil, pour la première fois avec ses secrétaires.

[268] Il fut mis alors à la tête du conseil par suite du changement de politique extérieure, dont M. de Luynes devint le maître.

_Le 28, vendredi._—Il va à la chambre de M. de Luynes, chez la Reine chez sa mère.

_Le 3 mai, mercredi._—A deux heures et demie le Roi descend dans l'antichambre de la Reine sa mère, pour lui dire adieu. Elle part pour Blois, et lui pour le bois de Vincennes[269].

[269] La Reine mère, en apprenant le meurtre du maréchal, avait dit: «J'ai régné sept ans; il ne faut plus penser à d'autre couronne qu'à celle du ciel.» Elle demeura quelques jours encore au château, mais se voyant abandonnée, elle demanda à se retirer à Blois, où Richelieu, alors secrétaire d'État, l'accompagna. Elle y fut bientôt tenue prisonnière et s'échappa, grâce au duc d'Épernon, dans la nuit du 21 au 22 février 1619; elle se retira alors à Angers, et se déclara pour les mécontents.—Le Roi vit sa mère dans l'antichambre le jour de son départ; elle pleura, ils se parlèrent assez vivement, et le Roi se retira «de peur de faiblir». Il alla coucher à Vincennes «extrêmement accompagné». Héroard a encore laissé ici une page blanche.

_Le 7, dimanche._—Il voit Mesdames, ses sœurs, qui étoient venues le visiter. Il s'amuse à voir combattre des dogues et des ours. Il va chez la Reine le soir, revient chez lui, et s'amuse à démonter des canons de harquebuses.

_Le 8, lundi._—Il va au conseil, puis au parc, à son fort.

_Le 10, mercredi._—A son parc, il fait sentinelle sur le bord du fossé, à l'avenue de la porte, le mousquet sur l'épaule. Il devoit défendre le fort, et M. de Rohan le devoit attaquer; cela est diverti et la trêve publiée à son de trompe.

_Le 12, vendredi._—Il donne audience au nonce[270].

[270] Le Roi revient de Vincennes le 13, se confesse au père Arnoux, touche des malades, reçoit le compliment des cours souveraines pour la mort du maréchal d'Ancre.

_Le 14, dimanche._—Il va à la messe à la chapelle de Bourbon, communie, touche sept cent quatre malades. Il va chez la Reine à deux heures, puis au sermon. Le soir encore chez la Reine.

_Le 17, mercredi._—Il va chez la Reine, en la galerie, où il donne audience à des ambassadeurs, va au conseil après. Le soir chez la Reine; il revient à onze heures trois quarts.

_Le 27, samedi._—Il part de Paris et va à Saint-Germain en Laye, arrive à deux heures au château neuf, va se promener partout, va par les terrasses, et à pied à la garenne. Il revient à huit heures trois quarts, décrit de sa main et donne les relais, pour le lendemain, à courre le cerf.

_Le 29, lundi._—Il revient à Paris, soupe à la Chaussée, maison de M. le président Chevalier, va trouver la compagnie qui soupoit, se met entre M. de Mayenne et M. de Nevers. A sept heures et un quart il entre en carrosse à Paris, va chez la Reine à huit heures et demie, puis va se mettre au lit à neuf heures trois quarts[271].

[271] Le 30 il reçut dans la grande galerie du Louvre M. de Guise fort accompagné et lui dit: «Mon cousin, vous m'aviez bien dit qu'il fallait nous défier du maréchal d'Ancre; mais il n'était pas encore temps.»

_Le 1er juin, jeudi._—A Rueil dîné; il va s'asseoir à table avec la compagnie, y mange peu, va aux grottes, y mouille, y est mouillé, revient à six heures chez la Reine, puis va souper et revient chez la Reine.

_Le 4, dimanche._—Comme on lui reprochoit de ne pas aller voir la Reine, il répondit que cela l'_échauffoit_.

_Le 5, lundi._—Il avoit cessé de jouer à la paume pendant quelque temps; il s'y est remis.

_Le 6, mardi._—Il ordonne de son équipage de canons qu'il veut faire mener à Fontainebleau; va en son écurie, au conseil, chez la Reine. Le soir il va chez la Reine.

_Le 7, mercredi._—Il entre en carrosse à cinq heures et part de Paris pour aller à Fontainebleau, arrive à huit heures et demie à Essonne, où il dîne. A dix heures et un quart il rentre en carrosse jusqu'à Pont-Thierry, où il prend le petit, à quatre personnes, et le conduit lui-même au grand trot jusques à la forêt, et de là par ses petits cochers jusques à Fontainebleau, où il arrive à une heure et demie. Débotté, il va jouer à la paume, puis se va promener jusques à cinq heures, puis soupé. Il va encore se promener; à huit heures mis au lit.

_Le 8, jeudi._—Il se va promener derrière le chenil, à travers les blés et les sables, à pied, va chez la Reine; va en carrosse, à la garenne d'Avon, fouiller aux renards et aux blaireaux, de là fait tout le tour du parc à pied, peu dedans le carrosse, revient et se met dans une nacelle sur l'étang. Il va chez la Reine, puis se promener.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, puis en la chambre ovale, donne audience au marquis de Lancy, ambassadeur extraordinaire de Savoie pour le remercier de sa bonne volonté à son secours. Après son souper, mis au lit, levé, vêtu légèrement, il descend au jardin, s'amuse à faire la garde, se fait mettre en sentinelle, reçoit le commandement du sergent (c'étoit Descluseaux), y est jusques à une heure après minuit.

_Le 23, vendredi._—Il voit jouer les artifices faits pour la Saint-Jean.

_Le 24, samedi._—Il s'amuse le soir à des fusées et à chanter, va chez la Reine et en revient à minuit.

_Le 26, lundi._—Le soir il se va promener, fait mettre le feu à toute la paille vidée des paillasses, va chez la Reine, à neuf heures fait descendre son lit, ne se couche point, descend au jardin, où il est jusques à une heure trois quarts, se jette sur une paillasse, où il est dormant légèrement, tout vêtu.

_Le 27, mardi._—Il part de Fontainebleau, arrive à Paris à dix heures et demie[272].

[272] Jamais la cour n'avait été si grosse; on y compta trente-quatre princes et princesses.

_Le 30, vendredi._—Il va enfin chez la Reine de huit heures à minuit et demi.

_Le 2 juillet, dimanche._—Il va à Saint-Germain-en-Laye.

_Le 5, mercredi._—A trois heures il donne audience à M. l'ambassadeur d'Espagne, puis va jusques au clos de M. de Frontenac.

_Le 6, jeudi._—Il va courir le cerf, revient disant qu'il a grand faim, va chez la Reine, qui n'avoit pas dîné et y a mangé et encore dîné. Le soir il retourne chez la Reine, et vient se mettre au lit à huit heures trois quarts.

_Le 8, samedi, à Saint-Germain._—Il va à l'assemblée à Maisons, ensuite à la chasse voir mourir le cerf, puis va chez la Reine; à huit heures pansé, mis au lit. A pareille heure la maréchale d'Ancre décapitée et brûlée en Grève, à Paris; on lui en parla si souvent et si longtemps qu'il fut en continuelle appréhension[273], sans se pouvoir endormir jusques à trois heures et demie après minuit, qu'il s'endort jusques à huit heures un quart.

[273] Un passage de la lettre que Malherbe écrivait à Peiresc le 25 juin 1617 peut donner une idée du ton, à la fois ironique et cruel, avec lequel on parlait au jeune Roi du supplice de la maréchale d'Ancre. Peiresc était attendu de Provence à Paris et Malherbe lui disait, près de quinze jours avant son arrivée et avant l'exécution: «Pour la Conchine, je crois que vous aurez loisir de la voir _en ses beaux atours_, car, à ce que m'ont dit des gens qui le doivent bien savoir, la chose ira jusques à samedi.»

_Le 10, lundi._—Éveillé à six heures après minuit comme il l'avoit commandé, il va à Saint-Germain-en-Laye où il a dîné; revient en carrosse à Paris à dix heures et demie. Débotté et, jusques à une heure, amusé, il va au conseil, au jeu de paume, chez la Reine; à cinq heures et demie soupé, puis chez la Reine, il en revient à neuf heures et demie, et est mis au lit.

_Le 15, samedi._—Il va chez la Reine, et donne audience aux ambassadeurs de Venise et de Savoie, va au parc, y fait mettre son petit canon et fait mettre un chapeau contre une motte de terre, y pointe sa petite pièce de deux cents pas, donne demi-pied à côté, main droite, et à la deuxième fois donne dedans. Il va vers les Bonshommes, où il a goûté; bu dans son chapeau du vin clairet et de l'eau; il fait boire ainsi M. de Guise et d'autres.

_Le 24, lundi._—Il va sur la rivière faire pêcher le cormoran, le soir chez la Reine, à la comédie en la galerie.

_Le 25, mardi._—Il va chez la Reine, puis va vers les Bonshommes; baigné à la rivière, la première fois depuis qu'il est Roi, enroué après.

_Le 27, jeudi._—Il va à Saint-Germain, se baigne à la rivière à main droite, vers la pointe de l'île de la Garenne, y est un quart d'heure.

_Le 31, lundi._—Le matin baigné en sa chambre. Le soir il entend la comédie en sa chambre.

_Le 2 août, mercredi._—Au bain en sa chambre, il est peint par Fernand[274], peintre excellent, étant dans l'eau. Le soir il voit jouer la comédie.

[274] Ferdinand Elle, dit Ferdinand, «l'un des plus excellents peintres de portraits qui ayent paru en France», dit Mariette. Son fils Louis Ferdinand Elle, connu aussi sous le nom de Ferdinand, fut l'un des premiers membres de l'Académie royale de peinture en 1648, et mourut en 1689, âgé de soixante-dix-sept ans.

_Le 4, vendredi._—Il va aux Tuileries, où il fait courir trois renards par ses petits chiens; l'on y avoit apporté les renards. Le soir il va chez la Reine.

_Le 15, mardi._—Il va au sermon du P. Arnoux, jésuite, voit la Reine en la maison où il fait la collation; c'étoit à Saint-Germain.

_Le 25, vendredi._—Il part de Paris pour aller à Lésigny et au bois de Piple; il arrive à une heure, va aux Fontaines, se trouve las, se couche sur un matelas, court un blaireau après.

_Le 29, mardi._—Il va sur l'étang (il faisoit une extrême chaleur) revient à Paris. Il se plaint de tranchées au ventre, ce qui l'empêche d'aller dîner au faubourg Saint-Honoré, chez M. de Vendôme, et de tenir à baptême son fils.

_Le 2 septembre, samedi._—Il va chez la Reine, puis part de Paris pour aller à Nanterre chasser à la garenne du Vésinet, arrive à Saint-Germain par les terrasses, va jouer à la paume au jeu du bourg, puis se promener.

_Le 3, dimanche, à Saint-Germain._—Il va au vieux château pour voir l'endroit où le tonnerre vient de tomber. C'étoit auprès de la chapelle, au-dessus de la voûte du château, d'où il remonta de la cour après avoir pirouetté autour de trois ou quatre personnes qui y étoient.

_Le 6, mercredi._—Il va chez la Reine, fait tirer des fusées dans le préau, joue aux barres, va à l'assemblée à Joyenval, y dîne, ayant fait quatorze lieues dans le jour sans être aucunement las, ayant chassé beaucoup.

_Le 8, vendredi, à Saint-Germain._—Confessé par le P. Arnoux, il va à la chapelle de la terrasse, où il entend la messe, communie, entend encore la grande messe, puis touche quatre Espagnols malades, par grâce, à cause des maladies qui avoient cours. Il va chez la Reine après son dîner, et à deux heures à l'église, au village, au sermon du frère Paolo di Cesena, Italien, général des Capucins, qui prêcha en son langage, et y entend vêpres, revient à quatre heures. Il va au préau jouer aux barres, puis chez la Reine; mis au lit, il écrit lui-même et donne les relais pour courir le cerf le jour d'après.

_Le 9, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à l'assemblée en Vésinet, où il dîne. A Maisons, le Roi y passe en bac, revient à Paris à quatre heures. Il va chez la Reine après son souper, revient à huit heures.

_Le 10, dimanche._—Le Roi va voir le général des Capucins.

_Le 11, lundi._—Il va chez la Reine, où se font les fiançailles de M. de Luynes avec Mlle de Montbazon[275]. M. l'archevêque de Tours, auparavant évêque de Bayonne, y fit la cérémonie.

[275] Marie de Rohan, fille d'Hercule, duc de Montbazon, et de Madeleine de Lenoncourt, remariée à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse.

_Le 13, mercredi._—A son lever il monte en la chambre de M. de Luynes, et à cinq heures le mène à la chapelle de la Tour, près de l'antichambre de la Reine, où, par M. l'archevêque de Tours, il est épousé. Après son dîner il va chez la Reine, au conseil, va au souper que donne M. de Luynes.

_Le 15, vendredi._—Ce jourd'hui, à midi, M. le prince de Condé a été sorti de la Bastille et mené au bois de Vincennes avec Madame sa femme[276].

[276] Charlotte-Marguerite de Montmorency, morte le 2 décembre 1650.

_Le 21, jeudi._—Il va mettre la première pierre au pont Saint-Michel. En ce temps-là il alloit souvent à l'assemblée de Joyenval.

_Le 22, vendredi._—Mis son habit de satin; il recorde son ballet, va chez la Reine, va au conseil, puis part pour Saint-Germain.

_Le 23, samedi._—Il va à l'assemblée à Maisons; le Roi passe la rivière à gué devant la maison de M. le président Chevalier, courant après le cerf.

_Le 25, lundi._—Il va à l'assemblée à Vaucresson, y dîne, soupe à Saint-Germain.

_Le 26, mardi._—Il revient à Paris, va chez la Reine.

_Le 8 octobre, dimanche, à Saint-Germain._—Il va par la terrasse à pied à la garenne, où il chasse aux lapins à coup de sa petite pièce, en tue un par la tête.

_Le 18, mercredi._—Chez la Reine, dans la chapelle de la Tour, il y tient à baptême le fils aîné de M. de Vendôme, duc de Mercœur, avec la Reine[277].

[277] Louis, fils aîné de César, duc de Vendôme. Il était né en 1612, épousa en 1651 Laure Mancini, nièce du cardinal Mazarin, puis devenu veuf fut créé cardinal en 1667, et mourut en 1669.

_Le 24, mardi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Venise et de Savoie, qui prennent congé.

_Le 27, vendredi._—Il va à l'assemblée à Joyenval, où il a dîné, arrive à neuf heures et demie, va faire la recette de son poisson, et donne dix écus au pourvoyeur et une pistole à ses serviteurs.

_Le 1er novembre, mercredi._—Il touche les malades en la galerie; à onze heures il va chez la Reine.

_Le 11, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil; à midi il entre en carrosse, part de Paris allant à Rouen, arrive à Saint-Germain, il pleuvoit. Il s'amuse à faire lui-même un petit fourneau de forge, de brique et de mortier.

_Le 14, mardi._—Il part de Saint-Germain; à l'entrée du bourg, M. d'Épernon, revenant de Guise, lui fait la révérence. Il soupe à Mantes pour la première fois, y joue à la paume; il dîne à Fresnède.

_Le 15, mercredi._—Il arrive à Vernon pour la première fois, y dîne, arrive à Gaillon[278], va soudain à pied visiter le jardin, puis soupé.

[278] Gaillon appartenait aux archevêques de Rouen, et le cardinal d'Amboise y fit construire un magnifique château entouré d'un parc. _Voy._ les _Comptes du château de Gaillon_, publiés par M. Deville dans la collection des _Documents inédits sur l'Histoire de France_.—Louis XIII trouva le château si beau qu'il songea à l'acheter.

_Le 16, jeudi._—Il va en son cabinet, au conseil, où il n'y avoit que le président Jeannin.

_Le 23, jeudi._—Il part de Gaillon et va à Pont-de-l'Arche pour la première fois; à Rouville dîné. Il va à Pont-de-l'Arche, où le sieur de Marsillat lui donne la collation de confitures.

_Le 24, vendredi._—Il part de Rouville pour aller à Rouen, la première fois, à quatre heures, sans cérémonie, va descendre à l'église de l'évêché, où il fut reçu par M. de Harlay, archevêque. A cinq heures à Saint-Ouen où il logea[279].

[279] Le Roi refusa le poële et aussi le serment obligé des Rois, entrant à Notre-Dame de Rouen, de conserver les priviléges du pays.

_Le 25, samedi._—Il va à la messe et aux vêpres à Saint-Ouen. Il pleuvoit, il languit et s'amuse à jouer au volant en son cabinet.

_Le 27, lundi._—Il part de Rouen pour aller à Dieppe, dîne à Tote et soupe à Baqueville, va se promener partout.

_Le 28, mardi._—Il arrive à Dieppe pour la première fois, va au derrière de son logis pour y voir la mer, va voir le port.

_Le 29, mercredi._—Il monte à cheval, va au-dessus du Pollet, monte au fort de Lunes, à main gauche sur le bord de la mer, où il fait mouiller et mouille lui-même, faisant avancer le piquet. M. le duc de Mayenne rencontra un piquet qui le fit tomber et fut couvert d'eau.

_Le 30, jeudi._—A son dîner, Mathurine[280] y emmène son hôtesse qui dit au Roi: «Dieu vous donne bonne vie et longue, Sire; autrefois j'ai baisé votre père, mais je vois bien que je ne vous baiserai pas. Que Dieu vous bénisse, Sire, et vous maintienne longuement.» C'étoit l'hôtesse de l'Écu de Bretagne. Il retourne au bord de la mer, fait jeter dans l'eau le sieur de Frasque, écuyer de la Reine, et le sieur Bernard, s'amuse, achète beaucoup de petites besognes.

[280] Folle du roi Henri IV.

_Le 1er décembre, vendredi._—Il part de Dieppe, soupe le lendemain à Rouen.

_Le 4, lundi._—Il va à la messe à Notre-Dame, et puis faire l'ouverture des Notables qu'il avoit fait venir pour donner ordre aux affaires de l'État, et prononça ces mots: _Messieurs, j'ai dit mon intention à monsieur le chancelier; il vous la fera entendre; asseyez-vous_.

_Le 5, mardi, à Rouen._—Il va au collége des Jésuites, pour voir les préparatifs qu'ils avoient faits pour jouer des jeux.

_Le 10, dimanche._—Il va chez M. de Luynes, va au conseil, à la messe à Saint-Ouen.

_Le 12, mardi._—Il entre en carrosse, va à l'hôtel de Ville à sa collation. Ce jourd'hui M. de Villeroy est décédé, à quatre heures après midi.

_Le 17, dimanche._—Dîné chez M. de Luynes; il ne boit pas du muscat.

_Le 23, samedi._—Il donne audience à M. le président de Hacqueville[281], accompagné de M. le président Fayet, députés de la cour du parlement de Paris, pour faire remontrances pour la continuation du droit annuel à messieurs des comptes, cour des aides de Paris et trésorier de France.

[281] Jérôme de Hacqueville, seigneur d'Ons-en-Bray; il devint premier président du parlement de Paris en 1627, et mourut le 4 novembre 1628.

_Le 26, mercredi._—Il reçoit les avis par écrit des notables. M. le cardinal du Perron porta la parole.

_Le 28, samedi._—Il va au conseil, où étoient les princes, ducs et pairs et officiers de la couronne, pour lui communiquer les avis de l'assemblée et demander le leur. Le lendemain il donne congé à messieurs les notables, au conseil. A deux heures messieurs de la cour du parlement prennent congé de lui.

_Le 29, vendredi._—Il part de Rouen après l'assemblée, et dîne à Pont de l'Arche, revient souper à Gaillon, et y a couché.

_Le 30, samedi._—En chassant il arrive à Mantes, où il soupe et couche.

_Le 31, dimanche._—Il va à la messe à Notre-Dame et à sept heures entre en carrosse, et part de Mantes; va à Fresne, où il arrive à neuf heures et où il a dîné: ensuite il va à cheval en chassant jusques à Saint-Germain-en-Laye, où il arrive à deux heures et un quart. La Reine, qui ne faisoit que d'arriver[282], le reçoit à l'entrée de la salle; il va chez la Reine, puis au petit cabinet de la galerie, où il s'amuse à faire des fusées. A six heures et demie soupé; il va après chez la Reine, en revient à huit heures trois quarts.

[282] La Reine n'avait pas accompagné le Roi à son voyage de Normandie.

ANNÉE 1618.

Le journal d'Héroard devient plus concis.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Le Roi visite Madrid, et y va loger.—Congé donné aux Notables mandés de Rouen.—Soupers chez M. de Luynes; remarques d'Héroard.—Ballets.—Incendie au palais de Justice.—Mort de la duchesse de Nevers.—Uniformité de la vie du Roi.—Plaintes des ducs et pairs contre le garde des sceaux.—Le Roi donne la barette à M. de Gondi.—Il va à Grosbois chez le comte d'Auvergne.—M. de la Rochefoucauld nommé grand aumônier.—Le Roi à Soissons.—A Coucy.—Le cardinal de Savoie.

_Le 3 janvier, mercredi._—Il va en carrosse à la garenne, où il vole et court des lièvres avec ses lévriers, revient à cinq heures, par les terrasses, chez la Reine, où il a goûté d'un gâteau au beurre fait par Mme Bélier.

_Le 4, jeudi._—A sept heures, éveillé par Beringhen, fort gai, il va à l'assemblée à Joyenval, y dîne. Courant le cerf, il rencontre un petit porte-panier, lui fait déployer toute sa marchandise, et l'achète, laissant le marchand bien joyeux, qui pensoit que ce fussent des voleurs; il fut bien aise de lui avoir fait cette peine. A onze heures il va au laissez-courre; il avoit fort gelé; courant, il en voit qui tremblent, ne court plus, s'en revient et va chez la Reine, se couche à sept heures trois quarts.

_Le 6, samedi._—Soupé en la chambre de M. de Luynes, il va après à la comédie françoise.

_Le 10, mercredi._—Il va chez la Reine, puis à la chambre de M. de Luynes, qui devoit donner la collation de confitures, va à la cuisine, où se proposoit de souper M. de Luynes, et demande à souper au cuisinier, se fait porter un couvert, et a soupé.

_Le 11, jeudi._—Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie, va chez la Reine et chez Mme de Conty qui donnoit la collation, où il n'a rien mangé.

_Le 18, jeudi._—Hors la ville, par la Porte neuve, il va à pied jusques à Chaillot, faisant mener son petit canon par ses petits suisses. M. de Castille lui donne des petits canons de fer, faits en Suisse, et la collation. Il va chez la Reine, soupe, retourne chez la Reine, chez M. de Luynes; revient à neuf heures et demie.

_Le 19, vendredi._—Il va à Madrid, visite tout le logement du château, le fait lui-même marquer pour y aller loger, revient chez la Reine; le soir encore chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 23, mardi._—Il va chez la Reine, au conseil, dîne, donne audience à l'ambassadeur de Venise, puis entre en carrosse et va à Madrid pour y loger; ce fut la première fois.

_Le 25, jeudi._—Il prend un émérillon sur le poing et va à pied dans le bois, vers la Muette, revient tout à l'entour de la muraille du parc, va chez la Reine; va après à la chasse vers la plaine de Saint-Denis.

_Le 26, vendredi._—Après avoir été au conseil, il va se promener et faire travailler à un fort qu'il fait faire près de la porte, à l'avenue du pont de Neuilly.

_Le 28, dimanche._—Il chasse jusque par delà du pont de Saint-Cloud; il étoit à cheval; il faisoit un extrême froid. Il l'avoue contre sa coutume, et demande à se chauffer; il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il a soupé; revient à huit heures.

_Le 29, lundi._—Il va travailler à son fort, revient pour le conseil où il donne congé aux notables qu'il avoit mandés pour l'assemblée tenue à Rouen; puis retourne travailler à son fort, va lui-même querir et conduire des gazons; il faisoit grand froid.

_Le 31, mercredi._—Après son dîner, il va travailler à son fort, à deux heures revient au conseil; à trois s'en va vers Longchamp à la volerie, revient à quatre heures, travaille encore à son fort, puis va chez la Reine, où il mange quelques beignets qui se y faisoient.

_Le 2 février, vendredi._—Il va à confesse au père Arnoux[283], à la messe à la chapelle de la Tour, où il communie, et, dans la grande galerie, touche cent six malades; va au sermon et aux vêpres à Saint-Séverin, puis chez la Reine.

[283] Luynes voulant avoir quelqu'un à lui auprès du Roi fit congédier en 1617 le père Coton, confesseur du Roi et de la Reine mère, et choisit le père Arnoux pour le remplacer. Fontenay-Mareuil et le marquis de Montpouillan ne l'épargnent pas dans leurs Mémoires.

_Le 4, dimanche._—Il va chez la Reine, puis va souper chez M. de Luynes et les princes et autres seigneurs avec lui, revient à neuf heures.

_Le 11, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; _confusion_[284].

[284] _Voy._ au 18 février suivant. Héroard a mis cette mention en marge.

_Le 12, lundi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, y recorde son ballet.

_Le 15, jeudi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes qui soupoit, y recorde son ballet, revient à minuit.

_Le 18, dimanche._—Soupé chez M. de Luynes; un peu de confusion.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes, où il recorde son ballet à neuf heures trois quarts; il revient en la salle, où il voit danser un ballet fait par M. de Nemours; revient à une heure et demie.

_Le 22, jeudi._—Soupé chez M. de Luynes et dansé son ballet.

_Le 25, dimanche._—Il monte dans la chambre de M. de Luynes, où Mme de Luynes donna à souper à la Reine, laquelle à minuit y dansa son ballet. A deux heures après minuit le Roi s'en revient.

_Le 27, mardi._—Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes, où il danse encore un petit ballet, appris en trois jours.

_Le 28, mercredi._—Il va chez la Reine, au sermon du P. Arnoux en la grande salle; amusé ensuite diversement jusques à six heures; il retourne chez la Reine après son souper jusques à huit heures et demie.

_Le 2 mars, vendredi._—Il donne audience aux ambassadeurs de Mantoue et de Savoie.

_Le 7, mercredi._—Éveillé à cinq heures et demie par M. Beringhen, son premier valet de chambre, pour bailler les clefs des reliques qui sont à la Sainte-Chapelle, de peur du feu qui s'étoit mis au Palais, et brûlé toute la grande salle. Il commença à deux heures après minuit par le logis du prévôt de l'île[285]. Levé en robe, il va en la galerie pour voir le feu; remis au lit à six heures. Dans la journée, il va en carrosse à l'Arsenal.

[285] Le feu dura de quatre à six heures du matin; la grande salle fut en totalité détruite, avec la première chambre des enquêtes.

_Le 13, mardi._—Il va chez M. de Mayenne le visiter sur la mort de Mme de Nevers, sa sœur, s'étant vêtu de deuil noir pour le gratifier.

_Le 22, jeudi._—Il entre en carrosse, va à la chasse vers les plaines de Saint-Cloud, par la pluie, la grêle et le tonnerre et éclairs; il entre dans une ferme, où quelques-uns s'étoient retirés, qui mangeoient du pain bis et du beurre salé de la fermière. Il revient ses bottes pleines d'eau, qu'il fallut fendre pour le débotter, va après chez la Reine.

_Le 30, vendredi._—Il va en la cour, où il voit un présent de la reine d'Angleterre: c'étoient six chevaux et une meute de quarante chiens. Il va après chez la Reine et au conseil; le soir encore chez la Reine[286].

[286] Chaque matin le Roi va au manége, chaque jour au conseil, plusieurs fois dans le jour chez la Reine, presque chaque soir chez M. de Luynes. Il ne se trouve plus d'indications d'études; le Roi ne s'occupe que de chasse et d'armes. «En ce temps là, dit Bassompierre, le Roi qui étoit fort jeune, s'amusoit à faire petits exercices de son âge, comme de peindre, de chanter, d'imiter les artifices des eaux de Saint-Germain par de petits canaux de plumes, de faire des petites inventions de chasse, de jouer du tambour, à quoi il réussissoit fort bien.»

_Le 22, dimanche._—Il va en la galerie, où il fait faire les exercices lui-même à ses petits suisses; à quatre heures trois quarts il revient en la ruelle de son lit, reçoit la plainte de certains ducs sur leur préséance avec M. le garde des sceaux, et la plainte particulière de M. d'Épernon contre le garde des sceaux[287].

[287] Du Vair, qui avait repris les sceaux de Claude Mangot à la mort du maréchal d'Ancre.—Ce jour là le Roi était souffrant. _Voy._ dans les Mémoires de Bassompierre le récit de cette scène.

_Le 24, mardi._—Il va chez la Reine, où, dans le cabinet, il entend un évêque grec célébrant la messe à la grecque. Il va ensuite au jeu de paume, revient au conseil, puis dîne, va après chez la Reine, puis aux Tuileries par la galerie. A quatre heures il retourne au conseil, soupe à sept heures, après va paître ses émérillons, et revient se coucher à neuf heures.

_Le 25, mercredi._—Il va chez la Reine, et à une heure entre en carrosse, et part de Paris. Il va à Vanves, loge en la maison de M. Prévost, seigneur de Saint-Germain[288], soupe et couche à Vanves.

[288] Président au parlement de Paris.

_Le 10 mai, jeudi._—Dans la forêt de Saint-Germain il court le cerf, le prend à quatre heures et demie, et se trouvant seul, accompagné seulement de M. du Hallier-Vitry[289], capitaine de ses gardes du corps, et du baron de Palluau, son premier maître d'hôtel, il dit: _Puisque je suis seul à la mort du cerf, c'est à moi à aller querir une charrette pour le porter_. Il pique, et s'en va vers le bourg, en arrête une et la ramène, fait donner la curée en la cour; il va chez la Reine avant son souper.

[289] François de l'Hôpital, connu depuis sous le nom de maréchal de l'Hôpital.

_Le 20, dimanche._—Il va en carrosse à Notre-Dame pour donner le bonnet de cardinal à M. Henri de Gondi, évêque de Paris[290].

[290] Le Roi retourne à Saint-Germain, et y reste jusqu'au 13 juin.

_Le 1er juin, vendredi._—Il va à l'assemblée à Herbelay; il est mouillé et, à la chapelle de la terrasse, se trouve pris de foiblesse.

_Le 3, dimanche._—Il va à la chapelle de la terrasse, a froid, se fait faire du feu, et touche pourtant treize cent dix malades en l'allée du palemail.

_Le 11, lundi._—A une heure il donne audience au colonel Stechimbourg, colonel de la cavalerie légère de Hollande, venant de la part du comte Maurice, prince d'Orange.

_Le 18, lundi._—Il part de Paris et va à Gros-Bois, où M. le comte d'Auvergne lui a fait donner à dîner.

_Le 30, samedi._—Il va jouer en son antichambre au billard; à onze heures va à l'étang; il faisoit grand chaud. M. le duc d'Uzès vient à lui de la part de la Reine; il entre en la boue pour le faire aller à lui, et le fit[291].

[291] Le Roi était allé à Lésigny le 23. Il partit le 12 juillet pour Saint-Germain.

_Le 1er juillet, dimanche._—Il va à onze heures trois quarts au devant de la Reine, qui vient dîner ici; à cinq heures la Reine s'en retourne à Paris. Il soupe chez M. de Luynes[292].

[292] Il est à remarquer qu'Héroard devient de plus en plus insignifiant; il raconte minutieusement les chasses et les promenades du Roi, ses repas, mais ne donne plus que rarement un détail digne d'être relevé.

_Le 6 août, mercredi._—Il se baigne dans la rivière à Asnières, et soupe à la Planquette.

_Le 8 septembre, samedi._—A une heure dîné, où M. le cardinal de la Rochefoucauld dit le _Benedicite_ comme grand aumônier, dont, le matin du jour précédent, il avoit prêté le serment.

_Le 10, lundi._—Il donne l'ordre du Saint-Esprit à M. de la Rochefoucauld, qu'il avoit fait grand aumônier[293].

[293] Le Roi va le 11 à Lésigny et le 15 à Monceaux.

_Le 15, samedi._—Il dîne à Monceaux; la Reine y arrive pour la première fois.

_Le 25, mardi._—Il va à Villers-Cotterets pour la première fois avec le cardinal de Retz.

_Le 28, vendredi._—Il va à la messe aux Chartreux à Bourg-Fontaine, a visité toute la maison et le lieu, y a dîné.

_Le 1er octobre, lundi._—Il arrive à Soissons pour la première fois, va à l'église Notre-Dame, revient au château, où il a logé, va de là visiter les retranchements faits durant le siége; à six heures il va souper au logis de M. de Luynes.

_Le 4, jeudi._—Il quitte Soissons, dîne à Chavignan et soupe à Laon pour la première fois, va à l'église et se promener.

_Le 5, vendredi._—M. de Luynes me dit que le Roi lui avoit dit le soir avant que de s'endormir que depuis quelques jours en se couchant, ou aussitôt qu'il étoit couché, il avoit froid.

_Le 6, samedi._—Il part de Coucy, en chemin mange du raisin en un village où l'on faisoit la vendange, et a tâté un peu du vin doux[294].

[294] Le 9 le Roi retourne à Coucy, et revient le 12 à Soissons.

_Le 10, mercredi._—Il va en l'église, où il eut un peu de foiblesse, blêmit, sua à la figure, revient, chauffé, blême[295].

[295] Le Roi part le 16 de Soissons, couche à Villers-Cotterets, le 17 dîne à Nanteuil et couche à Dammartin.

_Le 18, jeudi._—Il arrive à Paris[296].

[296] Le 24 le Roi va à Saint-Germain, et en revient le 26.—Le 28, comédie chez la Reine.

_Le 6 novembre, mardi._—Le cardinal de Savoie arrive peu accompagné, venant pour remercier le Roi pour le secours qu'il avoit reçu pour les événements de Verceil[297].

[297] Il venait en France non-seulement pour remercier Louis XIII des secours envoyés contre les Espagnols à Verceil, mais aussi pour conclure le mariage de son frère avec Madame Christine, sœur du Roi.

_Le 7 novembre, mercredi._—Il donne audience au duc de Montéléon, qui prend congé pour s'en retourner en Espagne; va chez la Reine, à deux heures, en sa chambre, donne audience au cardinal de Savoie[298].

[298] Le Roi mène M. le cardinal de Savoie à Saint-Germain le 13, et lui fait tout visiter, le mène à la chasse et lui fait courir un cerf avec cent veneurs et cent chiens. Le 28 le Roi retourne à Saint-Germain jusqu'au 10 décembre.

_Le 15, jeudi._—Il va à l'assemblée à Forqueil, y mène le cardinal de Savoie, qui a dîné et couru avec lui.

_Le 29, jeudi._—Il va par la galerie aux Tuileries, où il s'informe, d'un archer des gardes du corps, de la comète qui avoit été vue le matin avec une longue queue.

_Le 21 décembre, vendredi._—Il va aux Feuillants, où il se fait un grand concert de musique.

_Le 29, samedi._—Il va à la volerie vers Massy, fait volerie plénière, y mène M. de Vaudemont[299] et le cardinal de Savoie, revient chez la Reine, soupe, monte chez M. de Luynes, où il voit jouer une comédie françoise.

[299] François de Lorraine, comte de Vaudemont, fils du duc Charles II et de Claude de France.

ANNÉE 1619.

Fiançailles de Madame Christine de France.—Mariage de Mlle de Vendôme.—Baptême du fils de M. de Puisieux.—Le prince de Savoie.—Intimité croissante avec M. de Luynes.—Mariage de Madame Christine.—Ballet.—Départ de la Reine mère de Blois.—Audience des cours souveraines avant le départ du Roi.—Voyage de Touraine.—Réception de M. de Luynes chez lui.—Ambassadeur de Hollande pour le meurtre de Barnevelt.—Ambassade d'Angleterre; d'Alger.—Les députés de l'assemblée générale du clergé.—Serment du maréchal de Praslin.—Une couleuvre.—Entrevue avec la Reine mère.—Entrevue du prince de Condé; son pardon.—Discussion du prince de Condé et de M. de Soissons pour la serviette du Roi.—Fête chez M. de Luynes.—Départ de la princesse de Piémont.—Vendôme.—Le Roi raccommode lui-même une roue de sa voiture.—Chartres.—Mantes.—Le Roi touche trois Portugais.—La compagnie des mulets.—M. de Tavannes et le jugement du capitaine des mulets.—Serment du maréchal de Cadenet.—Retour à Paris.—Les députés de l'assemblée de Loudun.—Promotion de chevaliers du Saint-Esprit.

_Le 5, janvier, samedi._—Il va chez la Reine, puis monte chez M. de Luynes, où il fait les Rois. M. le comte de la Rocheguyon fut le roi.

_Le 9, mercredi._—Il monte à la chambre de M. de Luynes, où il recorde son ballet; après son souper il va chez la Reine et encore chez M. de Luynes, à la comédie.

_Le 11, vendredi._—A sept heures, dans sa chambre, Madame Henriette de France[300] est fiancée et le contrat signé fait entre [Victor-Amédée] de Savoie, à la poursuite de [Maurice] de Savoie, cardinal, son frère.

[300] Héroard se trompe, c'est de Christine de France, née le 10 février 1606, qu'il s'agit; le mariage fut célébré le 10 février.

_Le 20, dimanche._—Il va à la chapelle de la Tour, où Mlle de Vendôme est épousée à M. le duc d'Elbeuf[301]. Après son souper, il va chez la Reine et chez Mlle de Vendôme pour lui faire la guerre.

[301] Catherine-Henriette, fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimée en 1597, mariée à Charles II de Lorraine, duc d'Elbeuf, morte le 20 juin 1663.

_Le 25, vendredi._—Mis au lit, prié Dieu. A onze heures ou environ, sans qu'il y pensât, M. de Luynes vient pour le persuader de coucher avec la Reine. Il résiste fort et ferme, par effort jusques aux larmes, y est emporté, couché, s'efforce deux fois comme l'on dit, _hæc omnia nec inscio_. A deux heures il revient; dévêtu, mis au lit, il s'endort jusqu'à neuf heures du matin[302].

[302] Le Journal d'Arnaud d'Andilly dit que le Roi coucha pour la première fois cette nuit-là avec la Reine. «M. de Luynes le porta dans ses bras. M. de Beringhem (qui mourut trois semaines après) portoit le flambeau. Stéphanille, femme de chambre espagnole, sortit de la chambre et Mme de Bellière, première femme de chambre de la Reine, y demeura seule.» _Voy._ aussi les Mémoires de Pontchartrain et _Le Roi chez la Reine ou histoire secrète du mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche_, par M. Armand Baschet, 1866, in-12.

_Le 3 février, dimanche._—Il va en carrosse chez M. de Sillery, chancelier de France, où étoit logé M. de Puisieux, son fils[303] et de là va à Saint-Eustache où il présente à baptême le fils du sieur de Puisieux[304] avec Mme la comtesse de Soissons; revient chez M. le chancelier, où il a goûté. Il revient à cinq heures trois quarts, monte chez M. de Luynes, où il recorde son ballet. Après son souper il retourne chez M. de Luynes, à la comédie, puis va chez la Reine à une heure.

[303] Pierre Brulart, vicomte de Puisieux, du vivant de son père, secrétaire d'État, marié à Charlotte d'Étampes-Valençay, était veuf sans enfants en 1613 de Madeleine de Neuville de Villeroy.—Puisieux est un village, tout à côté de Sillery, près de Reims, érigé plus tard en marquisat.

[304] Louis Brulart, né en 1619, marquis de Sillery, fils aîné du précédent, mort le 19 mars 1691, ayant épousé en 1638 Marie-Catherine, fille aînée de François V, duc de la Rochefoucauld.

_Le 6, mercredi._—A sept heures le prince major de Savoie arrive avec son frère le prince Thomas[305], en poste, étant partis de Pouilly, et salue le Roi en son cabinet. Le Roi le mène chez Madame, qu'il venoit épouser, puis chez la Reine.

[305] Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, né le 21 décembre 1596, mort le 22 janvier 1656, ayant épousé Marie de Bourbon-Soissons.

_Le 9, samedi._—Il va visiter sa fauconnerie au Bourg-la-Reine avec le prince de Piémont[306] et ses frères, revient à cinq heures, va chez la Reine; à huit heures Madame Christine de France fut fiancée en la chambre du Roi, par M. le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier de France. Le Roi va ensuite chez M. de Luynes, où il a soupé.

[306] Victor-Amédée, fils aîné du duc Charles-Emmanuel, né le 8 mai 1587, duc en 1630, mort le 7 octobre 1637; sa femme, Madame Christine, vécut jusqu'au 27 décembre 1663.

_Le 10, dimanche._—Il va chez la Reine, à la chapelle de la Tour, où, entre dix et onze heures, fut épousée Madame Christine de France au prince de Piémont, et presque à la même heure environ de sa nativité. Le Roi monte le soir chez M. de Luynes, où on m'a dit qu'il a fort gaiement soupé. A dix heures, il conduit Madame Christine en sa chambre, et y est tant que le prince fut couché et quelque temps après. A minuit il va chez la Reine, et en revient à deux heures.

_Le 12, mardi._—Il soupe chez M. de Luynes et donne le souper à tous ceux qui étoient de son ballet, s'y est habillé et a descendu à la salle où, à minuit, il a dansé son ballet[307].

[307] «Vers pour le ballet du Roi représentant les adventures de Tancrède en la forêt enchantée,» par Bordier, 1619, in-4º. _Voy._ pour toutes ces fêtes, le _Mercure françois_ de 1619, p. 86.

_Le 19, mardi, à Saint-Germain._—Il va au bois et à la volerie, et revient par le moulin d'en bas, où le meunier, le prenant pour un fauconnier, couroit après lui, disant et opiniâtrement que c'étoit lui qui lui avoit pris sa poule; à quoi il prenoit plaisir et à le faire contester.

_Le 23, samedi._—Il reçoit des nouvelles que la Reine sa mère, étoit partie de Blois[308] le vendredi au soir, va ensuite chez M. de Luynes, et le lendemain à Paris.

[308] _Voy._ plus haut la note 269, page 210. C'est dans la nuit du 21 au 22 février que le duc d'Épernon fit échapper la Reine mère.

_Le 18 mars, mardi._—A dix heures et demie du soir levé, vêtu en robe, il va chez la Reine _cum voluptate_[309].

[309] A dater de cette époque, chaque fois que le Roi va chez la Reine, Héroard met en marge des chiffres significatifs.

_Le 8 avril, jeudi, à Saint-Germain._—Il va au conseil, puis à la chapelle du vieux château, au service pour la mort de l'Empereur[310].

[310] Mathias, archiduc d'Autriche, roi de Hongrie, fils de Maximilien II et frère de Rodolphe II, fut élu après lui le 13 juin 1612; il adopta son cousin Ferdinand, archiduc de Gratz, et mourut le 10 mars 1619.

_Le 27, mardi._—Il va à Saint-Germain-en-Laye voir Monsieur, son frère, malade.

_Le 29, jeudi._—Il va au conseil, donne audience au nonce, à l'ambassadeur de Lorraine.

_Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain._—Il va par les terrasses à la garenne, voir faire la monstre à sa compagnie de chevau-légers, où le sieur de la Curée, qui l'avoit commandée en lieutenance sous le feu Roi, s'en démet au profit du sieur de Brantes[311].

[311] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, puis duc de Luxembourg et de Piney; il était frère du connétable de Luynes.

_Le 5, dimanche._—Il donne audience à messieurs des compagnies souveraines de Paris, qu'il avoit mandés pour leur commander ce qu'il y avoit à faire pendant le voyage qu'il alloit faire en Touraine, pour les différends de lui et de la Reine sa mère[312].

[312] Le Roi part de Saint-Germain le 7, couche à Linas le 8, à Étampes le 9; il y séjourne à cause de l'Ascension, le 10 à Toury, le 11 à Orléans, le 16 à Blois, le 17 à Amboise.

_Le 12, dimanche._—Pendant son voyage de Touraine, il soupe au Pontil, en la maison du sieur d'Escures, premier maître d'hôtel de Monsieur, qui a donné le souper au Roi.

_Le 19 mai, dimanche, à Amboise._—Il a touché cinq malades espagnols, à la prière de la Reine, d'autant qu'il ne toucha point à cause des bruits de peste.

_Le 20, lundi._—Il va aux Arpentils, où il a dîné, donné par M. de Luynes; c'étoit sa maison.

_Le 28, mardi._—Le Roi arrive à Tours, où M. de Brenne lui apporte des lettres de la Reine mère; il le renvoie le surlendemain sans lettres, mais avec des compliments.

_Le 1er juin, samedi._—Il donne audience à un député de messieurs des États des Pays-Bas sur le fait de l'exécution à mort du sieur de Barnawelt[313].

[313] Jean d'Olden-Barneveldt, avocat général des États de Hollande et principal ministre de la République: il fut chargé de plusieurs ambassades en France, et occupa constamment le premier rang dans les affaires de son pays; mais ayant pris parti pour une secte dite des Arminiens et des Remontrants, contre les Gomariens ou les contre-Remontrants, le prince d'Orange se prononça pour ces derniers; on en vint aux armes, et Barneveldt fut pris et décapité le 13 mai 1619.

Le 4 juin le Roi va au Lude: la Reine à Notre-Dame des Ardilliers de Saumur, et le 5 au Verger, d'où elle revient à Tours.

_Le 10, lundi._—Baigné en la rivière de Loire, au-devant de Marmoustier[314].

[314] Le 16 le Roi va à Amboise et en revient le 19, à cause de M. de Mayenne.

_Le 19, mercredi._—Il reçoit M. de Mayenne venant de l'armée de Guyenne.

_Le 20, jeudi._—Il donne audience au chevalier Hernet, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre et à un chaoux turc venant d'Alger; il étoit renégat natif de Martigues[315].—Il me fit l'honneur de me dire qu'il étoit sorti l'après-dînée, mais qu'ayant senti la chaleur qui lui donnoit à la tête, il s'étoit vite retiré à l'ombre, et que le soir précédent, lorsqu'il se coucha, il avoit mal à la tête, qui lui donnoit de l'inquiétude et qu'il ne me l'avoit pas voulu dire. Il avoit été longtemps sur la rivière du Cher à tirer aux oiseaux, puis dans la prairie, où il se mouilla fort, à cause de ce qu'il avoit beaucoup plu.

[315] A ce moment la France était en paix avec les corsaires des États Barbaresques, à cause des préparatifs de M. de Guise dans les ports de la Méditerranée. Un traité avait été presque conclu en 1618 par l'envoyé, le baron d'Allemagne.

_Le 24, lundi._—Le prince de Piémont revient d'Angoulême.

_Le 25, mardi._—A cinq heures et demie, il salue Mme la princesse de Piémont, sa sœur, qui arrive.

_Le 27, jeudi._—Il part du Plessis, va à Azay, en la maison de M. de Lansac, où il dîne, et en revient le 29[316].

[316] Depuis quelques jours le Roi, dans les villes diverses qu'il traverse, va à la comédie vers cinq heures et demie, avant son souper. La Reine était avec lui. Il s'amuse avant de s'endormir à chanter en concert des hymnes de l'Église, ne manque jamais la messe et les vêpres dans l'église principale du lieu où il est.

_Le 2 juillet, mardi._—Cejourd'hui matin mourut, au Pont de la Mothe, près de Tours, le colonel Galati, Suisse[317] qui avoit si bien fait à Arques du vivant du feu Roi. Il se leva, disoit-il, pour aller voir le Roi au Plessis; ayant fait deux tours de chambre, il lui prend une foiblesse; étant mis sur le lit, la parole lui revient et deux jours après il décéda, âgé de plus de quatre-vingts ans.

[317] Gaspard Gallaty, colonel des Suisses à Arques, où il demeura constamment près du Roi. Le duc de Rohan, partant pour Juliers avec un «beau» régiment suisse, ajoute dans une lettre du 29 juin 1610 à M. de la Force: «Le bon homme Galatty fait encore ce voyage».

_Le 5, vendredi._—Il se relève en robe, fait porter des paillasses, ne se couche pas jusques à une heure après minuit, après avoir fort joué, passé son temps, fait manger les confitures qui étoient dans ses coffres à Marais, Boulanger, etc., fait éveiller ceux qui dormoient sur les paillasses en leur faisant passer un fétu sur le visage, et avant leur avoit barbouillé les mains avec de l'encre; s'endort tout vêtu sur une paillasse.

_Le 8, lundi._—Le Roi étant à Amboise, le comte Henri de Nassau arrive, venant de Flandre[318].

[318] Louis-Henri, depuis prince de Nassau-Dillembourg, fils du comte Georges de Nassau et de Émilie de Sayn, né le 9 mai 1594, général dans l'armée suédoise, mort en juillet 1662.

Le Roi va le 3 à Amboise et en revient le 9, où il reçoit le duc de Nevers. Le 16 il y retourne, jusqu'au 19.

_Le 22, lundi._—Le Roi donne audience en sa chambre à messieurs de l'assemblée générale du clergé, et leur donne congé.

_Le 1er août, jeudi._—Il arrive à Tilly, maison de M. le comte du Lude[319]; à onze heures et demie il prend son harquebuse sur l'épaule et va à pied à l'étang d'Heume, où il a chassé sur l'eau dans son petit bateau et tué beaucoup de gibier de son harquebuse, nonobstant la pluie et le vent; revient à cheval[320].

[319] Timoléon de Daillon, comte du Lude, né en 1600, marié en 1622, à Marie Feydeau.

[320] Le Roi va le 8 à Amboise, et en revient le 12; il y retourne avec la Reine, du 17 au 21.

_Le 13, mardi._—Étant au Plessis, il va dans la journée à la comédie françoise et le soir à la comédie espagnole.

_Le 24, samedi._—M. de Praslin a prêté le serment de maréchal de France[321].

[321] Charles de Choiseul, marquis de Praslin, mort le 1er février 1626, lieutenant général en Champagne.

_Le 26, lundi, au Lude._—Pendant ce voyage il s'est baigné fort souvent ou à la rivière ou dans son cabinet, et a continué de se montrer très-attentif pour la Reine. Il ne manque presque jamais, quoiqu'en voyage, de tenir le conseil, et assiste souvent à la comédie espagnole. Il va généralement chez la Reine le matin et le soir.

_Le 3 septembre, mardi._—En arrivant à Tours, il fait tirer en salut dans son bateau l'harquebuse de M. de Beaumont, mestre de camp; elle creva tout auprès du Roi et il en eut la main toute froissée, et le sieur de Touvion fut blessé à la face.

_Le 5, jeudi._—Il part de Tours à neuf heures et demie, et va à Cousières au-devant de la Reine mère, qui y avoit couché revenant d'Angoulême; y arriva à onze heures et demie. M. de Montbazon vint au-devant de lui, le conduisit par le bois au jardin, aux allées où étoit la Reine mère; elle vient au-devant de lui, l'embrasse, le baise, se prend à pleurer, lui aussi, sans parler l'un et l'autre; après souper il va chez la Reine, puis va voir la Reine mère, logée à l'hôtel de la Bordesière[322].

[322] La Reine s'était retirée dans un château du duc d'Épernon en Angoumois; M. de Richelieu qui pour l'avoir suivie à Blois avait été relégué le 9 avril 1618 à Avignon, fut chargé d'aller la trouver et de la décider à voir le Roi. Cette entrevue n'eut aucun résultat.

_Le 12, jeudi._—Il va pour tirer de l'harquebuse sur les plaines de Saint-Avertin, chassant à pied à main gauche d'une croix, sur le chemin pour aller à Cousières; n'étant que sept à huit, épars autour de lui, il s'éleva une grosse couleuvre, longue d'environ de quatre pieds, d'un vieux chaume, et venant droit à lui à grands élans. Il ne la voyoit point; on lui crie qu'il eût à prendre garde; il la voit à six pas près, saute en arrière, et en même temps couche en joue son harquebuse et la tue, l'ayant coupée en plusieurs pièces.

_Le 19. jeudi._—Il va chez la Reine sa mère, et prend congé d'elle, part de Tours, et va à Amboise. La Reine mère va à Chinon.

_Le 22, dimanche._—A onze heures et demie il va chez M. de Luynes, qui faisoit le festin à messieurs les princes de Piémont et à Mesdames, qui devoient partir le jour d'après.

_Le 23, lundi._—Madame Christine de France, princesse de Piémont, part pour aller en Piémont. Il l'accompagne en carrosse environ une demi-lieue, revient en diligence qu'il treuve au bout du pont d'Amboise, la conduit lui-même au galop, et arrive à dix heures trois quarts à Onzain, où il a dîné.

_Le 24, mardi._—Il arrive en chassant à Vendôme pour la première fois, et va visiter le château, y monte à pied et visite tout.

_Le 25, mercredi._—Il part de Vendôme, va à Claye, où il arrive à dix heures et demie, à cause que la roue de son petit carrosse s'étoit rompue au-dessous d'une montagne où il y avoit un bois et après une descente pierreuse; il prend une hache, lui-même coupe un arbre, l'accommode, et remet la roue dans le fer, puis s'en va.

_Le 7 octobre, lundi, à Mantes[323]._—Il mange une petite grappe de raisin de Corinthe, de ceux qui viennent de lui être présentés par l'un de ses médecins, qui étoit M. Le Tilien, demeurant à Mantes. Il part de Mantes, arrive à Marcines, maison de M. le chancelier Brulart, sieur de Sillery, où il a dîné et couché.

[323] Le Roi avait quitté Chartres le 3, était arrivé le 4 à Montfort, en passant par Épernon, et le 5 à Mantes.

_Le 10, jeudi._—Il arrive à Compiègne pour la première fois, y loge, et va à Saint-Cornille.

_Le 12, samedi._—Il va de Compiègne à Mouchy, maison de M. de Humières.

_Le 14, lundi._—Retour à Compiègne; conseil.

_Le 17, jeudi._—Il va en son cabinet, où je lui demandai s'il toucheroit des malades; il y avoit de la peste à Paris.—_Non, mais ces gens-ci me pressent si fort, si fort; parlez à eux, ils me persécutent si fort. Ils disent que les Rois ne meurent point de la peste_ (en colère); _ils pensent que je sois un Roi de cartes: parlez-leur_, dit-il au père Arnoux.

_Le 18, vendredi._—Il part pour Chantilly.

_Le 20, dimanche, à Chantilly._—A trois heures, dans le petit cabinet de la tour de sa chambre, il reçoit M. le prince de Condé et Mme sa femme sortant de prison du bois de Vincennes, d'où ils étoient partis à onze heures, conduits par M. de Luynes. D'abord M. le Prince met les deux genoux en terre, il demande pardon; ce qu'on put entendre du Roi en le relevant fut qu'il falloit oublier toutes les choses passées, et que M. le Prince répondit «C'est ce que je demande». Mme la Princesse en fit autant, mais le Roi la releva, n'attendant pas qu'elle eût les genoux en terre, et la baisa et Mme de Ventadour, qui l'avoit accompagnée. Le Roi va montrer à M. le Prince ses oiseaux; à quatre heures ils se séparent.

_Le 22, mardi._—Retour à Compiègne.

_Le 1er novembre, vendredi._—Il touche trois Portugais malades des écrouelles, aux Minimes.

_Le 2, samedi._—Revenant au quartier des mulets de Monsieur, son frère, il reçoit une grande plainte de nombre de paysans contre le capitaine des mulets, sur ce qu'il ne leur payoit que quatre sols par mulet, lui qui en avoit vingt. Il le condamne à être pris au corps, ramené au village, et à payer plus qu'il n'avoit convenu avec les paysans. Il ordonne pour premier président M. de Tavannes[324], M. de Grissac, gentilhomme de la vénerie, M. des Chapelles qui avoit le vol du cahier pour greffier, et quelques autres pour la capture, et assista à l'exécution; fait fouetter un des garçons de ce capitaine qui faisoit le rieur et le suffisant[325].

[324] Guillaume de Saulx, comte de Tavannes, fils aîné du maréchal, chevalier des Ordres et l'un des plus fidèles partisans de Henri IV, mort en 1631.

[325] Le Roi quitte le 4 Compiègne, et va le 5 à Monceaux; dîne le 10 à Coupevray, couche à Lésigny, et va le 15 à Fontainebleau: il va le 21 à Villeroy; la Reine à Paris.

_Le 13, mercredi._—Il va à sept heures du matin chez M. de Luynes, en sort pour l'accompagner, allant à Paris au parlement, pour faire enregistrer ses provisions de duc et pair.

_Le 24, dimanche._—Il a bu de l'hypocras de cidre de Vaugrineuse; le soir il envoya querir un gobelet et une bouteille d'hypocras de cidre, en boit deux coups, et en fait boire à tous ses gentilshommes présents.

_Le 5 décembre, jeudi._—Il va au conseil, chez la Reine, chez M. de Luynes. A trois heures il donne audience au comte de Furstemberg[326], ambassadeur extraordinaire de l'Empereur pour avoir secours contre les Bohêmes.

[326] Égon, comte de Furstemberg, né le 21 mars 1588, l'un des principaux généraux de l'Empire, mort le 24 août 1635.—A ce moment la Bohême était en insurrection par suite de la rébellion des protestants de ce royaume; la bataille de Prague (1620) mit fin à ces troubles.

_Le 8, dimanche._—Il va en son cabinet, où il reçoit le serment de M. du Cadenet[327], frère de M. de Luynes, pour l'état de maréchal de France. La Reine part pour aller à Paris.

[327] Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, auteur de la branche des ducs de Chaulnes, dignité qui lui fut conférée en 1621; il mourut le 31 octobre 1649, ayant épousé Claire d'Ailly, comtesse de Chaulnes, dame de Péquigny.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Paris à quatre heures, et va chez la Reine.

_Le 20, vendredi._—Il donne audience aux députés de l'assemblée de Loudun lui présentant leurs cahiers.

_Le 25, mercredi._—Il va après dîner à sa petite chambre, où entrent M. le prince de Condé, les sieurs de Tavannes, d'Andresy, de Flochet, et se parloient de mots qui dépassoient la gaillardise; le Roi dit: _Je ne veux point que l'on dise des saletés et des vilainies._—Peu après il commanda au P. Arnoux de prêcher son sermon.

_Le 27, vendredi._—A cinq heures et demie le Roi voulant souper, M. le comte de Soissons, grand-maître, voulut présenter la serviette; alors M. le prince de Condé la lui veut ôter, l'autre s'en défend. Sur ce différend le Roi envoie querir Monsieur, son frère, auquel M. le Comte la donna, qui la servit au Roi[328]; il va chez la Reine.

[328] _Voy._ le détail de cette scène dans le Journal d'Arnauld d'Andilly, page 457.

_Le 31, mardi._—A deux heures il entre en carrosse, et va aux Augustins pour faire les chevaliers du Saint-Esprit[329].

[329] La promotion fut de cinquante-neuf chevaliers

ANNÉE 1620.

Festin des Rois.—Le Roi manque de se noyer.—Mariage de M. de Cadenet.—Ballet.—Indisposition de la Reine.—Le Roi fait une omelette.—Il tue un aigle.—_Ballet des ivrognes._—Mariage de M. de Liancourt.—Le Roi va à Amiens.—Fiançailles du jeune duc de Guise et de Mlle de Bourbon, et de son frère avec Mlle de Luynes.—Jubilé.—Conte du Roi.—Il est mordu par un de ses chiens.—Il couche avec M. de Canaples.—Baptême de Mlle de Bourbon.—Feu de la Saint-Jean.—Départ pour Rouen.—Le duc de Longueville.—Siége de Caen.—Prise du château.—Le Mans.—Le Roi fait arborer sa cornette.—Combat du Pont-de-Cé.—La Reine mère se soumet.—Séjour à Tours; la Reine s'y rend.—Revue.—Saintes.—Bordeaux.—Navarreins.—Le gouverneur de Sale.—Bazas.—Voyage à Abbeville.—Offrande due par les habitants.—Calais.

_Le 1er janvier, mercredi._—Il va encore aux Augustins pour les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, à deux heures et demie, y a dîné, au festin royal.

_Le 2, jeudi._—Il va encore aux Augustins, à la messe des chevaliers pour les morts[330], y a dîné au festin, et après le dîner va tenir le chapitre.

[330] La fête de l'ordre du Saint-Esprit se tenait tous les ans, le 1er janvier, et le lendemain un service était célébré pour les chevaliers morts dans l'année.

_Le 4, samedi._—Après son souper il joue au hère avec quelques princes et plusieurs seigneurs.

_Le 5, dimanche._—A six heures trois quarts il va chez M. de Luynes, où il a soupé, au festin des Rois.

_Le 13, lundi._—Il va chez la Reine, où il assiste aux fiançailles de M. de Cadenet et de Mlle de Péquigny, faites par Mgr le cardinal de la Rochefoucauld, et monte après chez M. de Luynes, où il recorde son ballet.

_Le 23, jeudi._—Il part de Lésigny et va à Gros-Bois, où M. le comte d'Auvergne lui a fait le festin, revient à Paris et le soir recorde son ballet chez M. de Luynes. Il va chez la Reine à huit heures.

_Le 28, mardi._—Il va à pied jusqu'à l'île vis-à-vis des Bonshommes, où il tue une quantité de gibier à l'harquebuse, va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il recorde son ballet.

_Le 29, mercredi._—Il reçoit en son cabinet M. le maréchal de Lesdiguières; il recorde son ballet chez M. de Luynes, et le soir voit danser chez lui un ballet de la ville[331].

[331] Il mange fort souvent des truffes à l'huile, beaucoup de fruits confits, boit toujours du houblon, prend beaucoup d'exercice, et s'amuse encore comme un enfant.

_Le 30, jeudi._—A une heure il va par la galerie aux Tuileries à pied et en l'île devant les Bonshommes, passe à Grenelle, revient pour passer l'eau, fait dételer un cheval aveugle d'un chariot, l'attache à son petit bateau, qu'il faisoit toujours porter dans une charrette, se met dedans, le fait tirer par le cheval allant amont la rivière; le cheval se sentant battu aux jambes, se prend à courir et à prendre l'écart, de telle façon que le bateau se fût renversé dans la rivière, n'eût été que le sieur de Réaux, lieutenant des gardes du corps, coupa promptement la corde.

_Le 2 février, dimanche._—Il va chez la Reine, en son cabinet des armes. A deux heures il entre en carrosse, va aux Feuillants, au sermon et à vêpres, où le chevalier Helver, ambassadeur d'Angleterre, renouvelle l'alliance avec le Roi, offensive et défensive. Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, mercredi._—Il va chez la Reine qui étoit fort malade de fièvre continue, double, tierce, n'en veut aucunement sortir pour aller prendre l'air. Il revient souper, va encore chez la Reine, monte après chez M. de Luynes, revient à dix heures se coucher.

_Le 6, jeudi._—Amusé diversement, il ne sort point, à cause de la maladie de la Reine, de laquelle il étoit vivement touché.

_Le 11, mardi._—Il va en carrosse à la foire de Saint-Germain-des-Prés; va chez la Reine, au conseil.

_Le 14, vendredi._—Il va à six heures en carrosse à la volerie à Roissy, y a dîné. Le Roi m'avoit commandé de demeurer près de la Reine.

_Le 17, lundi._—Il part de Juilly, arrive au Bourget portant un grand faucon sur le poing, ayant le vent à la face et la pluie sur le dos. Il entre à l'hôtellerie, lui onzième, fait lui-même une omelette avec du pain et autres choses, fort épaisse, la fait rissoler, en mange un peu et a bu un coup de vin fort trempé; arrive à Paris, et va chez la Reine.

_Le 18, mardi._—Il va au Palais pour la vérification de quelques édits; à dix heures va en la grande salle, où il voit danser le ballet de M. le prince de Condé; on l'appeloit _le Ballet des ivrognes_.

_Le 19, mercredi._—Il va chez la Reine, se plaint de lassitude, s'assied contre sa coutume, va au conseil.

_Le 20, jeudi._—Il assiste dans le grand cabinet de la Reine aux fiançailles de M. de Liancourt, premier écuyer de la Reine, avec Mlle de Schomberg[332].

[332] Jeanne de Schomberg, fille du maréchal comte de Montreuil et de Françoise d'Espinay-Duretal, mariée à Roger du Plessis-Liancourt, duc de la Rocheguyon, née en 1601, morte le 14 juin 1674.

_Le 26, mardi._—Avant son souper furent faites en sa présence les accordailles du fils aîné de M. de Guise avec Mlle de Bourbon, fille aînée de M. le prince de Condé[333], et du fils puîné de M. de Guise avec la fille de M. de Luynes[334].

[333] Anne-Geneviève, fille du prince de Condé et de Charlotte de Montmorency, née le 27 août 1619.—François de Lorraine, prince de Joinville, né le 3 avril 1612; ce mariage ne fut jamais célébré. Le prince mourut le 7 novembre 1639, sans alliance, et sa fiancée épousa, le 2 juin 1642, Henri d'Orléans, duc de Longueville: elle mourut le 15 avril 1679.

[334] Anne-Marie d'Albert, fille du duc de Luynes et de Marie de Rohan-Montbazon.—Henri de Lorraine, né le 4 avril 1614, depuis duc de Guise; ce mariage ne fut pas non plus célébré. M. de Guise mourut le 2 juin 1664 sans alliance et sa fiancée, le 21 septembre 1646, également sans avoir été mariée.

_Le 3 mars, mardi._—Il va chasser à Ouarthy, où il arrive à quatre heures et demie. A une lieue de Clermont, il voloit une corneille, une aigle fond pour la prendre et la tenoit, et l'élève en haut. Le Roi demande son harquebuse; on la lui baille n'étant chargée que de poudre et de plomb. Il la tire en l'air de la hauteur d'un clocher, et lui rompt l'aile droite; elle tomba à bas de ses pieds; il la fait prendre et mener à son logis.

_Le 4, mercredi._—En chassant il arrive à Breteuil, et y tue un aigle, va souper, au réfectoire, des viandes de bêtes tuées depuis quatre jours, lièvres, perdrix, canards, aigles; il ne fait qu'en sentir une tranche.—Je ne me trouvois pas à ces débauches; ce fut une mascarade.

_Le 9, lundi, à Amiens._—Entre midi et une heure il va à pied hors de la citadelle pour voir tout ce qui se passa durant le siége fait par le Roi, son père[335], s'informe particulièrement, comme une personne fort expérimentée, jusques aux menues particularités, tant des assaillants que des assiégés, et spécialement il demande: _Où étoit le logis du Roi mon père?_ et s'y alla mettre dedans. C'étoit dans un portail à la Magdeleine s'en informant spécialement du sieur de Praslin et de la Curée, qui étoient au siége.

[335] La ville d'Amiens, prise par les Espagnols le 11 mars 1597, ne fut rendue au roi Henri IV, après un long siége, que le 25 septembre de la même année.

_Le 27, vendredi, à Fontainebleau._—Il entend le sermon en la grande salle, puis part à Avon gagner le jubilé; plusieurs fois il y va à pied pour gagner le jubilé.

_Le 29, dimanche._—A la chapelle en la grande salle, communié; à vêpres, à Avon. Il revient en chassant, tue des perdrix avec son harquebuse.

_Le 31, mardi._—Il va chez la Reine, entre en carrosse à dix heures et demie, part de Fontainebleau, et va à Valery, maison de M. le prince de Condé, où il a soupé.

_Le 9 avril, jeudi._—Il part de Fontainebleau, et arrive à neuf heures et demie au Bois-Malesherbes, où il a dîné.

_Le 17, vendredi._—Amusé diversement à faire des contes, il raconte au père Arnoux des miracles inventés tout à l'heure, qui en rioit, et y prenoit plaisir. Le Roi en dit un des visions de saint Antoine, que le diable lui apparut en un corps sans tête, les jambes faites comme un virebrequin, et une flûte au cul.

_Le 1er mai, vendredi._—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 17, dimanche._—Il entre en carrosse, va chez M. d'Escures, à la place Royale, où il a dîné.

_Le 22, vendredi._—Il part de Paris, et va à Fresne.

_Le 26, mardi._—Le Roi revient à Paris.

_Le 31, dimanche._—Il est mordu au-dessus du gras de la jambe, près du jarret, par un chien des siens qui s'entrebattoient; la morsure petite et point profonde; mis dessus de la thériaque avec du vin.

_Le 1er juin, mardi._—Le sieur de Canaples, puîné du sieur de Créquy, colonel du régiment des gardes[336], marié en Lorraine avec Mlle de Combalet, se trouve avec le Roi chez M. de Luynes. Ils vont coucher en la chambre, en un lit de Mme la marquise du Montlaur[337]. Le Roi y boit un coup de vin clairet fort trempé, après leur avoir fait beaucoup de malices, et s'en revient à onze heures trois quarts.

[336] Charles II de Créquy, second fils de Charles de Créquy, duc de Lesdiguières par son mariage; il fut tué au siége de Plombières, le 15 mai 1630. Il épousa Anne du Roure, fille de Claude, seigneur de Combalet, et de Marie d'Albert de Luynes.

[337] Marie de Montlaur, mariée à Jean-Baptiste d'Ornano, marquis de Montlaur, maréchal de France en 1626, mort l'année même, en prison à Vincennes. Il était en 1620 gouverneur de Monsieur, duc d'Orléans.

_Le 3, jeudi._—Étant à Montfort, il va à la Neufville, maison de M. de Bellengreville[338], grand prévôt de l'hôtel, où il a dîné.

[338] Joachim de Bellengreville, seigneur de Neuville, chevalier des Ordres, mort le 15 mars 1621.

_Le 4, vendredi._—Il part de Montfort, va aux Menus, maison appartenant à M. Bernard, maître d'hôtel du Roi, où il a dîné.

_Le 8, lundi._—Il va au cabinet des armes; à trois heures, fut fait au département de la Reine, mère du Roi, le baptême de Mlle de Bourbon, fille de M. le prince de Condé, et nommée Anne par la Reine; son compère fut M. le duc de Luynes[339].

[339] C'est celle qui venait d'être fiancée au prince de Joinville. _Voy._ plus haut la note 333, page 243.

_Le 23, mardi._—A six heures et demie il entre en carrosse, va à l'hôtel de ville pour le feu de la Saint-Jean, y met le feu lui-même, revient à neuf heures, va chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 27, samedi._—Il va chez M. de Luynes, où il se jouoit une comédie.

_Le 28, dimanche._—Il va jusqu'à l'île Maquerelle, où il s'amuse à tirer de la harquebuse.

_Le 30, mardi._—Il retourne à l'île Maquerelle, où il s'est baigné.

_Le 7 juillet, mardi._—A cinq heures trois quarts il entre en carrosse, part de Paris pour aller à Rouen, arrive à deux heures à Pontoise pour la première fois.

_Le 10, vendredi._—Il part d'Escoucy, arrive à Rouen; il venoit sur quelques bruits d'émotion, à la suscitation de M. de Longueville.

_Le 11, samedi, à Rouen._—Il va à la messe à Saint-Ouen, puis au parlement, où il interdit M. de Longueville du gouvernement de Normandie.

_Le 13, lundi._—Il va à Pont-Audemer et à Honfleur pour la première fois.

_Le 15, mercredi._—Il se rend de Dive à Escouyville, où il dîne, buvant du vin clairet moins trempé qu'à l'ordinaire, de son commandement, disant gaiement qu'il le falloit ainsi puisqu'il alloit à la guerre. Il va au conseil aussitôt après dîner, puis s'arme, prend son hausse-col pour la première fois. Il part d'Escouyville à onze heures et demie, en venant reconnoît la place du château de Caen, conduit particulièrement par M. le prince de Condé et M. de Luynes. A trois heures il arrive à Caen, et tient conseil, fait sommer le château par le sieur Galeteau, conduit par un trompette.

_Le 17, vendredi._—Le château se rend. Il leur envoie le marquis de Mouy et M. de Créquy leur donner abolition.

_Le 18, samedi._—Il va au château, où il visite tout et partout, jusques aux plus petites choses.

_Le 22, mercredi._—Il va voir le cabinet d'un nommé Bourgeois.

_Le 2 août, dimanche, au Mans._—Il va à vêpres, où il a un sol de distribution, suivant un ancien fonds donnant ce à chacun qui seroit assis aux chaires hautes, le premier dimanche du mois.

_Le 4 mardi._—Il part de la Suse à neuf heures et demie, monte à cheval et fait arborer sa cornette blanche pour la première fois.

_Le 6, jeudi._—Dîné à Duretal, chez M. le comte de Schomberg.

_Le 7, vendredi._—Il faisoit une chaleur excessive, et il étoit vêtu d'un collet de buffle double et doublé de satin; à une heure il s'arme de sa cuirasse et commande de s'armer à tous ceux de sa troupe, monte à cheval à une heure trois quarts sur _l'Arméville_, cheval d'Espagne, et part de Frellassay, et va pour voir gagner les barricades au faubourg du Pont-de-Scé. Il le vit et faire la charge avec telle furie et résolution, favorisée du canon à la tête par les régiments des Gardes et de Picardie qu'il ne s'en est jamais vu de pareil. Il s'en revient à huit heures trois quarts, soupe à Brin. Il faisoit grand chaud, et il en a beaucoup souffert. C'est le premier combat qu'il a vu faire, et le plus chaud et le plus heureux dont on eut il y avoit longtemps ouï parler.

_Le 8, samedi._—Il entre au Pont-de-Scé, et va au château.

_Le 13, jeudi, à Brissac._—Conseil; il part à quatre heures et demie à cheval pour aller au-devant de la Reine sa mère, venant d'Angers. A deux quarts de lieue il l'attend; environ six heures elle arrive, descend de sa litière, le Roi étant à trente ou quarante pas d'elle. Il s'avance, elle se démasque; il la baise une fois seulement, Monsieur après, qu'elle baise deux fois, puis M. le prince de Condé, et après M. de Luynes. Les paroles qui furent dites, je ne les sais pas. Cette cérémonie ne dura pas longtemps. Le Roi remonte à cheval, elle en sa litière; le Roi gagne le devant, l'attend à l'entrée du château. Elle descend, se démasque, le Roi la baise et la conduit en sa chambre, puis s'en vient souper à sept heures et demie; il retourne chez elle le soir jusqu'à neuf heures.

_Le 15, samedi._—Il touche, en la chapelle de Brissac, deux jésuites portugais.

_Le 16, dimanche._—Il prend congé de sa mère à neuf heures du soir; sa mère vient chez lui le soir jusques à dix heures et demie, lui au lit.

_Le 22, samedi._—Il part de Poitiers pour aller voir la Reine à Tours.

_Le 23, dimanche, au Plessis-les-Tours._—Il trouve la Reine arrivée la veille au soir, lui raconte les effets de son voyage, lui montre les cartes et logements de son armée, couche avec elle de dix heures à une heure trois quarts.

_Le 31, lundi._—Il part de la Tricherie, arrive à Poitiers; la Reine arrive aussi; il va la voir.

_Le 3 septembre, jeudi._—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, à deux heures monte à cheval et va à la plaine de la Curnille, où il a vu toute l'infanterie de son armée d'environ dix mille hommes, la fait voir à la Reine. Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes.

_Le 5, samedi._—La Reine mère arrive à Poitiers à sept heures.

_Le 7, lundi, à Poitiers._—Il va à la salle du Palais, où il voit des jeux représentés par des écoliers des Jésuites. Après souper il va chez la Reine, où arrive M. le duc de Mayenne, lequel, portant un genou tout bas en terre, dit ces paroles: «Sire, je suis venu ici pour supplier Votre Majesté de juger de moi par mes intentions et non par mes actions, et s'assurer que je n'ai jamais eu et n'aurai jamais autre volonté que de lui rendre toute sorte d'obéissance et telle qui lui est due par un très-humble et très-fidèle serviteur.» Le Roi lui répond: _Je suis bien aise de ce que vous vous êtes mis en votre devoir; quand vous ferez mieux à l'avenir que vous n'avez fait, j'oublierai ce qui s'est passé_. Il s'en va à la fenêtre, lui donne loisir de saluer la Reine et la compagnie, puis revient à lui, et l'entretient ainsi que s'il n'y eût jamais eu noise. Il va chez la Reine sa mère, appelle M. de Mayenne, qui se reculoit, et le fait entrer devant.

_Le 10, jeudi._—Il part de Lusignan, arrive à la Motte-Saint-Éloi, où M. de Parabère lui donne à dîner.

_Le 15, mardi._—Arrivé à Saintes pour la première fois, en son cabinet, il donne audience à messieurs les députés du parlement de Bordeaux.

_Le 19, samedi._—Il arrive à Bordeaux par la porte du Chapeau-Rouge, va en carrosse à l'évêché, et à une heure demande à dîner.

_Le 28, lundi._—Il part de Bordeaux, va pour la première fois à Cardillac, maison de M. d'Épernon, qui donne à dîner au Roi[340].

[340] Le duc d'Épernon venait de faire sa soumission.—Le Roi faisait ce voyage pour unir le Béarn à la couronne (édit d'octobre), le mettre sous le ressort du parlement érigé alors à Pau et faire restituer les biens ecclésiastiques usurpés par les huguenots, ce qui causa la guerre de religion de l'année suivante.

_Le 12 octobre, lundi._—Il arrive à cinq heures à Roquebert, trouve en chemin des soldats qui emportoient du foin et un paysan qui alloit après. Il y va, et le fait remporter par ceux mêmes qui l'avoient pris, et commande deux archers de sa garde pour les accompagner sur le lieu où ils l'avoient pris, ou bien qu'ils eussent à le payer.

_Le 15, jeudi._—Il arrive à quatre heures et demie à Pau, le régiment des gardes marchant devant lui à cheval. En la cour du château, la cour de parlement, en robe rouge, lui demande pardon du refus qu'ils avoient fait à la vérification de son édit sur les revenus ecclésiastiques. Il leur répond: _Servez-moi mieux à l'avenir, et j'oublierai le passé_.

_Le 17, samedi._—Il arrive à quatre heures à Navarreins, visite toute la ville, y fait entrer quatre compagnies du régiment de ses gardes, en met dehors la garnison et le sieur de Sale, gouverneur depuis l'an soixante-neuf, mis par la reine Jeanne, à pareil jour que le comte de Montgommery l'avoit pris en son nom et mis dehors les catholiques, après la bataille qu'il gagna à Orthès sur M. de Tarride.

_Le 19, lundi._—A trois heures, dans la salle basse du château, il prête le serment de prince de Béarn en l'ouverture des états du pays qu'il y avoit assemblés, jura les priviléges du pays et eux pareillement le serment accoutumé.

_Le 20, mardi._—A neuf heures il va à la procession pour le rétablissement de la messe, qui a lieu à l'église, devant le château.

_Le 25, dimanche._—Il part aux flambeaux de Bazas, et arrive à sept heures au pont de Laugon, pour se y embarquer. Son bateau n'étant point arrivé, il y va au-devant à pied, assez loin, et s'embarque pour aller coucher à Bordeaux.

_Le 28, mercredi._—Il va à la messe, et à onze heures et un quart va chez M. de Luxembourg[341], où il a dîné, va à la chasse, au château, revient à quatre heures au conseil, retourne chez M. de Luxembourg en festin.

[341] Léon d'Albert, seigneur de Brantes, frère du duc de Luynes, marié, en juillet 1620, à Charlotte-Marguerite, fille et héritière de Henri de Luxembourg, duc de Piney, mort le 25 octobre 1630. Elle se remaria avec Henri de Clermont-Tonnerre, et c'est leur fille qui donna les duchés de Piney et de Luxembourg à la famille de Montmorency.

_Le 5 novembre, jeudi._—Il goûte à Amboise chez M. Langlois, fourrier du corps, d'une omelette que lui-même avoit faite, et à l'oignon, boit deux coups d'un vin fort trempé, monte à cheval, se trouve mal d'un étourdissement, de lassitude et de mal au cœur, a envie de vomir, beaucoup d'écume, avec un peu d'émotion et douleur de tête, se plaint, va au pas, eut froid, gagne Escures, va à la cuisine, apprête le souper pour les autres, sa bouche échauffée, soupe d'une rôtie au sucre et se met au lit.

_Le 7, samedi._—Il arrive à cheval, fort gai, à Paris, à midi, au Louvre, salue la Reine sa mère, la Reine, Madame. Il va chez M. de Luynes, où il dîne, couche avec la Reine pendant une heure.

_Le 21 décembre, lundi._—Il arrive à Abbeville pour la première fois. Entrée des gens de guerre; les habitants vont au-devant de lui pour lui offrir trois bœufs, trois mesures d'avoine, et trois poinçons de vin. C'est le devoir des habitants, dû au Roi la première fois qu'il vient à Abbeville.

_Le 31, jeudi, à Calais._—Il s'amuse à voir ceux qui vont à la mer pour la première fois, pour s'éprouver, part de Calais; passant par Marquise, il se fait donner un pain sortant du four, en mange la croûte. Étant près de Boulogne, il va sur la rive de la mer, attendre les bateaux qui revenoient de la pêche, arrive à Boulogne à quatre heures trois quarts, soupe une heure après. Il avoit fait acheter une plie, en mange le dos[342].

[342] Bassompierre se trompe lorsqu'il dit dans ses _Mémoires_: «Le Roi finit heureusement l'année 1620 à Paris.»

ANNÉE 1621.

Festin des Rois.—Ballet d'Apollon.—Rupture de la trêve des Pays-Bas.—Querelle du cardinal de Guise et de M. de Nevers.—Mort du roi d'Espagne Philippe III.—M. de Luynes connétable.—Départ pour le midi.—Orléans.—Blois.—Entrevue avec la Reine mère.—Mot du Roi aux habitants de Parthenay.—Le Roi va reconnaître Saint-Jean-d'Angély.—Les assiégés tirent sur le Roi.—Séjour au camp.—Les prisonniers rochellois.—Capitulation de Saint-Jean.—De Pons.—De Bergerac.—Siége de Clérac.—Mort du maréchal de Termes.—Prise de la ville.—Le Roi y tient les sceaux.—Moissac.—Piquecos.—Commencement du siége de Montauban.—Mort du duc de Mayenne.—La Reine à Moissac.—Montauban secouru.—Entrevue de MM. de Luynes et de Rohan.—Messieurs du Clergé viennent faire un don au Roi.—Attaque de Montauban.—Un laquais tué à dix pas du Roi.—Levée du siége.—Le Roi va à Toulouse.—Siége de Monhurt.—Sa prise.—Maladie du connétable de Luynes.—Sa mort.—Indifférence du Roi.—Son départ.—Il arrive à Bordeaux.—Réception.—Libourne.

_Le 1er janvier, vendredi._—Il reçoit un ambassadeur extraordinaire de l'Archiduc[343], envoyé pour le visiter.

[343] Albert, archiduc d'Autriche, précédemment cardinal et archevêque de Tolède, marié en 1598, à Isabelle-Claire-Eugénie, fille du roi Philippe II, et gouvernante des Pays-Bas.

_Le 5, mardi, à Amiens._—Il va au cabinet de ses oiseaux; à cinq heures trois quarts va chez M. de Luynes, où il a soupé à six heures et demie, au festin des Rois, qu'il donnoit. J'ai appris qu'il mangea fort et but six ou sept fois de l'hypocras fort trempé. Il l'avoit lui-même fait mettre dans la bouteille; c'étoit pour faire boire et mettre en train la compagnie et spécialement M. d'Elbeuf, qui buvoit le vin sans eau.

_Le 12, mardi._—Il va chez la Reine et, à sept heures, à la comédie italienne.

_Le 15, vendredi._—Il va au conseil, où messieurs de la cour du parlement le viennent trouver.

_Le 16, samedi._—A onze heures il monte à cheval, et va vers les plaines du Roule, où il fait volerie générale de toute sa fauconnerie. Les Reines[344] et Madame y étoient.

[344] Il y a plusieurs jours qu'il visite régulièrement la Reine sa mère.

_Le 13 février, samedi._—A neuf heures il entre en carrosse, bien qu'il fît un extrême froid; ce fut sur le rapport que l'on lui vint faire qu'il y avoit un loup à la garenne de Colombes; il le court, le prend, revient à quatre heures chez la Reine, puis chez la Reine sa mère. Le soir à la comédie italienne.

_Le 15, lundi._—Il va à la chapelle de Bourbon, entre en carrosse, part de Paris pour aller à la chasse, va à Versailles, où il a dîné, par après monte à cheval, part de Versailles, et en chassant arrive à Saint-Germain-en-Laye.

_Le 18, jeudi._—Il va chez M. de Luynes, chez la Reine, chez sa mère, va à Bourbon à deux heures, y recorde son ballet, et à sept heures M. de Liancourt, premier écuyer, lui a donné à souper en la galerie. Le cardinal Bentivoglio[345], nonce, y soupa. Je n'y étois pas; j'appris qu'il n'avoit pas trop mangé, mais bu trois coups d'hypocras fort trempé. A une heure après minuit, il y danse son ballet d'Apollon[346], revient à quatre heures et demie après minuit.

[345] Guy Bentivoglio, né à Ferrare, en 1579, dont le frère, le marquis Guy, soutint César de Ferrare contre le Pape. Paul V le nomma cardinal pendant sa nonciature en France; tout faisait supposer qu'il remplacerait Urbain VIII sur le trône pontifical, quand il mourut, le 7 septembre 1644, pendant le conclave.

[346] Les vers furent encore rimés par Bordier, auteur du ballet de 1619; c'est sans contredit l'un des plus licencieux de l'époque.

_Le 19, vendredi._—Il va à la chapelle de Bourbon, où il donne le bonnet de cardinal au nonce Bentivoglio, le fait dîner avec lui.

_Le 20, samedi._—Il va chez la Reine, au conseil, donne audience aux députés des Pays-Bas pour la rupture de leur trêve[347], va chez la Reine sa mère, chez M. de Luynes, à la comédie italienne le soir, puis chez la Reine.

[347] La trêve entre l'Espagne et les États-Généraux expira le 10 avril, et l'archiduc Albert essaya vainement de la proroger; il mourut cette même année, le 13 juillet.

_Le 21, dimanche._—A neuf heures il va en la salle de Bourbon, où il danse derechef son ballet, revient à une heure après minuit.

_Le 2 mars, mardi._—Il va chez la Reine; amusé diversement jusques à onze heures trois quarts qu'il va à la grande salle de Bourbon pour y voir danser le ballet de la Reine, qui commença entre minuit et une heure. Il revient à quatre heures après minuit; mis au lit, puis levé, il va chez la Reine.

_Le 10, mercredi._—Il va en la galerie, y joue au billard, M. de Longueville avec lui. Il va après au sermon.

_Le 18, jeudi._—Il va aux Récollets poser la première pierre de leur église à Saint-Germain.

_Le 24, mercredi._—Ce jourd'hui matin fut la querelle de M. le cardinal de Guise et de M. de Nevers, au logis de M. Guynet, au rapport d'une affaire dont ils étoient en différend.

_Le 25, jeudi, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle des terrasses, touche un jésuite à la fin de la messe, après va chez M. de Luynes. La grande neige, le vent, le mauvais temps l'empêchent de sortir; il va de çà, de là, joue aux échecs, au billard; tout cela ne le contentoit point. Il va chez M. de Luynes, revient souper à six heures; retourne chez M. de Luynes, et se couche à neuf heures.

_Le 28, dimanche, à Paris._—Après souper il va chez M. de Luynes, où il demeura jusques à près d'une heure après minuit, en attendant la nouvelle de M. le cardinal de Guise, qu'il envoya prendre par le sieur de la Vieuville, capitaine des gardes du corps, pour le mener à la Bastille. Il revient, est dévêtu, mis au lit, peu après s'en va chez la Reine.

_Le 29, lundi._—Il va à la volerie vers le Bourget et le Blancmesnil.

_Le 31, mercredi._—Il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il déclare M. de Luynes connétable de France, et retourne chez la Reine, où il le déclare.

_Le 2 avril, vendredi._—Il reçoit au conseil le serment de M. de Luynes pour la charge de connétable; il lui donne l'épée en le baisant[348].

[348] La charge était vacante depuis la mort du duc de Montmorency en 1614; le duc de Mayenne essaya vainement d'empêcher qu'on donnât cette dignité suprême «à un homme qui ne savoit pas ce que pesoit une épée». La cérémonie se fit pompeusement dans la grande galerie, en présence de toute la cour. Après un discours du chancelier, le Roi présenta lui-même au duc une épée nue dont le poignard et le fourreau étaient enrichis de diamants; le duc d'Anjou, frère du Roi, la lui ceignit.

_Le 8, jeudi._—Nouvelle de la mort du roi d'Espagne.

_Le 10, samedi._—Il va chez la Reine avec le marquis de Mirabel et le cordelier confesseur d'elle, lui annoncer le décès du roi d'Espagne en ces termes, en espagnol: _Je viens de recevoir présentement des lettres d'Espagne où l'on m'écrit que pour certain le Roi votre père est mort._—Puis il monte à cheval et va à la chasse.

_Le 11, dimanche, à Fontainebleau._—Il touche les malades, va à pied à l'hermitage de la Madeleine, à une lieue de Fontainebleau.

_Le 29, jeudi._—Il va à la chasse à la volerie, entre en une maison de village pour se sécher; il étoit fort mouillé de la pluie.

_Le 30, vendredi._—Il va à la chambre de ses oiseaux. A onze heures, nonobstant la pluie qu'il eut toujours, il part du bois Malesherbes et, en chemin, rencontre d'aventure à la campagne un faon qu'il court à force; il fut tué à coups d'épée[349].

[349] Comme les protestants se remuaient de nouveau et qu'outre une assemblée assez séditieuse à la Rochelle, ils s'étaient emparés de Privas et de quelques autres places, le Roi se décida à aller les réduire; il se mit en route le 1er mai. Héroard ne mentionne pas le jour de ce départ.

_Le 3 mai, lundi._—Il va à la comédie françoise à Orléans, part d'Orléans dans le bateau, le lendemain matin à huit heures, dîne dans le bateau; arrive à Blois à quatre heures, va au conseil. Le soir il va chez la Reine après son souper[350].

[350] Héroard ne mentionne pas le passage du Roi à Saumur, dont il enleva le gouvernement à du Plessis-Mornay.

_Le 14, vendredi._—Il va chez la Reine, chez le connétable (M. de Luynes) au conseil, reçoit la Reine sa mère, à trois heures, laquelle s'en retourne coucher à Bourgueil.

_Le 16, dimanche._—Il va voir la Reine sa mère, qui étoit venue de Bourgueil pour lui dire adieu.

_Le 18, mardi._—Il arrive de Thouars à Parthenay pour la première fois, ne veut pas du dais, dit qu'il est assez assuré de la fidélité des habitants; il craignoit la cérémonie.

_Le 29, samedi._—Il part de Niort, va à Chizay, va chez le connétable, monte à cheval, va voir passer l'artillerie qui étoit à Briou, en fait tirer douze canons pour les faire entendre à ceux de Saint-Jean-d'Angély[351].

[351] Le Roi réduisit, outre Niort, Parthenay avant d'arriver à Saint-Jean.

_Le 30, dimanche._—Il touche des malades et loge au château de la Thibaudière, au bourg de Chizay, se confesse, va à l'église et touche les malades; revient ensuite dîner.

_Le 31, lundi._—Il dîne d'un demi-pain de munition, sans boire, chez M. de Lesdiguières à Saint-Julien; puis, avec lui et le connétable, il va reconnoître la ville de Saint-Jean-d'Angély.

_Le 2 juin, mercredi._—Il tient conseil en l'église de Saint-Julien, et fait sommer M. de Soubise de lui rendre la place et de se rendre. Il a répondu être très-sujet et serviteur du Roi, mais ne la pouvoir rendre, la place lui ayant été commise par le sieur de Rohan, son frère, en sa garde.

_Le 3, jeudi._—A deux heures il va à Aulnay voir la Reine; y allant à cheval, étant sur une hauteur avec M. le connétable et le maréchal de Praslin, sur une fourche de chemin, doutant quel chemin ils prendront, sur cette dispute ils s'arrêtent. Cela donne loisir aux assiégés de pointer un canon sur eux; comme ils commencent à démancher sur la main droite, par l'avis de M. de Praslin, ils virent la balle, et elle tomba à dix pas devant le Roi, qui n'en demeura non plus ému que de rien. Il arrive à cinq heures à Aulnay.

_Le 5, samedi._—Le matin, en s'habillant, il s'informoit comment étoit fait M. de Navailles, qui sans son passeport étoit venu voir son frère blessé d'une mousquetade au coude[352]; l'ayant vu par la fenêtre, sortant de la chambre de M. le connétable et s'en retournant par sa permission, le père Arnoux entra. Le Roi lui dit: _Je viens de voir un Navailles qui s'en retourne._—«Comment, Sire, le laissez-vous aller?»—_Oui, pour ce que je lui ai donné ma foi: vous eussiez bien voulu que je l'eusse rompue._—«Mais, Sire, il est criminel de lèse-majesté!»—_C'est tout un; s'il a fait une faute, je n'en veux pas faire un cent._

[352] N. de Montault de Navailles; il mourut de cette blessure.—Il avait pour frères: Philippe, depuis duc de Navailles, mort en 1654, et Bernard, seigneur de Pontous, qui périt en 1634, au siége de la Mothe.

_Le 12, samedi._—Il va voir la Reine, logée à Brisembourg; soupe chez le connétable; couche avec la Reine de dix heures à huit heures moins un quart.

_Le 18, vendredi._—Au conseil, il pardonne aux prisonniers rochellois[353] et les renvoie, fait donner à chacun une épée, de l'argent et des hommes pour les conduire.

[353] Le 10 mai l'assemblée de la Rochelle avait confirmé la division du royaume en cercles protestants et appelé tous les religionnaires aux armes.

_Le 19, samedi._—Étant à Vervaux, logé à Saint-Julien, il va au conseil; la Reine sa mère, logée à Mata, le vient visiter; le soir il va chez le connétable.

_Le 23, mercredi._—Il voit le feu des batteries, qui a commencé à six heures du matin; va aux batteries à onze heures. A côté de lui le baron de Palluau est blessé à la tête et son beau-frère de Carbonnier tué du même coup[354].

[354] M. de Carbonnier avait reçu une commission du maréchal de Thémines, au mois d'avril, pour commander une compagnie.—Antoine de Buade, baron de Palluau, dont Héroard a déjà parlé, sous le nom de M. de Frontenac.—C'est ce même jour que M. de Soubise se décida à traiter, voyant d'une part les munitions manquer et d'autre part la trahison prête à éclater.

_Le 24, jeudi._—Conseil pour le traité de Saint-Jean.

_Le 25, vendredi._—Conseil où on décide ce qu'on fera. Au conseil dans l'après-midi, M. de Soubise vient vers le Roi, et demande pardon.

_Le 28, lundi._—Il va à Brisembourg[355]; à neuf heures il va chez la Reine; ne pouvant dormir, ils jouent aux cartes.

[355] C'est ce jour que le Roi se fit rendre Pons, petite ville près de Saintes, et où le marquis de Châteauneuf commandait.

_Le 1er juillet, jeudi._—Sa mère le vient voir, prend congé de lui pour s'en aller à Angers.

_Le 6, mardi._—Il part de Cognac pour aller à Barbezieux. Il faisoit grand froid, il se plaint, portant un pourpoint fort léger. Il va en la chambre de M. le connétable; se plaint de douleurs de tête.

_Le 8, jeudi._—Il arrive à Cottras en chassant à l'harquebuse; les gens de Castillon lui apportent les clefs de la ville.

_Le 9, vendredi._—Le soir les habitants sortis de Bergerac demandent pardon; ils avoient, disent-ils, donné de l'argent pour sortir[356].

[356] C'est à Bergerac que les villes de la Basse-Guyenne envoyèrent des députés au Roi pour leur soumission; le Roi y demeura du 13 au 17 juillet; il y laissa M. de Rambures avec son régiment. (_Mémoires de Caumont._)

_Le 10, samedi._—A Saint-Émilion il loge en l'église.

_Le 19, lundi._—Il part de Saint-Berthoumion, ne peut passer le petit ruisseau nommé Tolosat[357], étrangement débordé à cause de la grande et continuelle pluie, attend deux grosses heures durant, attendant nouvelles du passage, et cependant la pluie invariable en impétuosité et abondance tombe sur lui, qu'il enduroit, n'ayant jamais voulu se mettre à couvert, disant que les autres n'y étoient point. Après avoir vu qu'il étoit impossible de passer le ruisseau, il rebrousse au dernier lieu et arrive à Hautevigne, maison du baron Fumel[358]. Il étoit neuf heures; il ne se veut essuyer ne débotter, va à la cuisine, où il aide aux préparatifs de son dîner. Les officiers étoient allés la nuit à Tonneins, et avoient passé avant le débordement. Le Roi passa le demeurant de la journée en peine, à cause du mauvais temps, prépara le souper comme il avoit fait le matin, mais plus abondant, car le matin l'on n'avoit trouvé aucunes choses.

[357] «Ce ruisseau de Tolosat, les villageois le nomment _lou gach_, ou gué de Combes.» (_Note d'Héroard._)

[358] Le baron de Fumel, qui enleva l'année suivante Monflanquin à M. de Castelnau.

_Le 23, vendredi[359]._—Éveillé à cinq heures par impatience pour aller voir un combat qui se devoit faire contre ceux de Clérac, où alloit le maréchal de Lesdiguières. Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, à dix heures monte à cheval et va faire les approches devant Clérac; voit tous les combats qui se firent à diverses fois, où le maréchal de Terme est blessé au bras gauche et au poumon du côté gauche[360]. Il revient à sept heures chez la Reine.

[359] Le 20 juillet le Roi logea à Tonneins-Dessus, et les 21 et 23 il fit faire les approches de Clérac, où furent tués plusieurs bons officiers. Les habitants de cette ville après avoir envoyé des députés au Roi, exaspérés de la façon dont on avait imposé une garnison et des conditions aux gens de Bergerac, résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. (_Mémoires de Castelnau._)

[360] César de Saint-Lary, baron de Termes, frère du grand écuyer duc de Bellegarde, très-brave et très-querelleur; il n'avait pas voulu ce jour-là prendre de cuirasse; il mourut le lendemain «et fut grandement regretté», dit Castelnau.

_Le 24, samedi._—M. de Termes meurt à deux heures; la balle, qui perçoit le diaphragme et l'estomac, se trouva contre le cœur sans l'offenser.

_Le 30, vendredi._—Il va au camp devant Clérac pour voir commencer les batteries.

_Le 5 août, jeudi._—Clérac se rend à la discrétion du Roi[361].

[361] Trois batteries battirent la place pendant quinze jours; elle pouvait tenir longtemps encore cependant, mais le gouverneur, Peyrebrun de Saint-Orse, se laissa gagner en secret et décida les habitants de se rendre à discrétion. La ville fut indignement saccagée, malgré la promesse donnée; le Roi y fit pendre quelques notables, entre autres Lafargue, procureur en la chambre de l'édit de Nérac, et son fils, ministre protestant.

_Le 7, samedi._—Il va en la chambre de M. le connétable où il fait tenir le scel en sa présence, M. le connétable faisant la charge de garde des sceaux, accompagné du maître des requêtes et autres officiers du scel. Jugement du Roi sur une lieutenance de _vétérans_, présentée par Barbereau, huissier de sa chambre. Entendant ce mot, et toutefois en ayant autrefois entendu parler, il demande: _Qu'est-ce qu'un vétéran?_ Lui ayant été répondu et pour qui c'étoit, il dit: _Cela ne se donne qu'aux soldats qui le gagnent, et avec beaucoup de peine, et au péril de leur vie; ceux-ci n'ont point de peine_; il lui fut dit: «Sire, les chanceliers et gardes des sceaux l'ont toujours scellé sans difficulté.»—_C'est tout un, il le faut renvoyer au conseil_; et ce ne fut scellé.

_Le 17, mardi._—Il quitte Moissac, arrive à Piquecos, château appartenant à M. le marquis de Montpezat[362], à une lieue de Montauban.

[362] Henri Desprez, marquis de Montpezat, gouverneur du Périgord au temps de la Ligue. L'armée passait alors l'Aveyron d'un côté avec le Roi, et le Tarn avec le duc de Mayenne.

_Le 30, lundi._—Il va chez M. le connétable[363], assiste au sceau.

[363] Le Roi va régulièrement deux fois par jour chez le connétable, quelquefois davantage.

_Le 1er septembre, mercredi._—Cejourd'hui, entre sept et huit heures du matin, commença la batterie de trois endroits devant Montauban[364].

[364] Dans la semaine précédente on avait exécuté les travaux. Le Roi établit son quartier un peu à l'écart du côté de Montmirat, le duc de Mayenne investit Ville-Bourbon, le prince de Joinville et le maréchal de Saint-Gérant le Monstier. Au quartier de Montmirat, où Luynes commandait, se trouvaient les maréchaux de Praslin et de Cadenet. Son chirurgien écrivait alors à sa femme: «Sachez que je ne cours aucun hasard, monseigneur le connétable me faisant l'honneur de m'affectionner et de me tenir toujours auprès de sa personne.» (_Mémoires de Castelnau._) Les tranchées terminées, le feu commença le 1er septembre sur le bastion de Montmirat; le lendemain le marquis de Villars, frère du marquis de Montpezat et frère utérin du duc de Mayenne, périt étouffé par une explosion de mines.

_Le 15, mercredi._—Sur les trois heures M. le duc de Mayenne est tué aux tranchées d'une mousquetade dans l'œil qui lui traversa la tête; il meurt soudain sans parler[365]. Le Roi va à la chasse.

[365] Le duc montrait sa tranchée au duc de Guise, raconte Bassompierre, n'ayant pas de plus grand plaisir que de s'exposer ainsi; une balle traversa le chapeau de M. de Schomberg et tua raide le duc. Ce fut le marquis de Castelnau qui tira cette mousquetade, comme il eut soin de le faire dire au Roi.

Entre minuit et une heure, Montauban est secouru[366].

[366] Le secours venu du Languedoc et des Cévennes par les soins du duc de Rohan, sous les ordres de M. de Beaufort, se composait de 1,200 hommes d'élite. Ils tombèrent dans une première embuscade aux approches de Montauban, puis dans une autre; mais les assiégés, à l'aide de feux, les dirigèrent et purent faire entrer 6 à 700 hommes. M. de Beaufort fut conduit à Piquecos, et le Roi le condamna aux galères; on l'envoya à la Bastille. Dans la suite il fut repris à Pamiers par le prince de Condé et décapité par ordre du parlement de Toulouse.

_Le 8 octobre, vendredi._—Ce matin à quatre heures, M. le connétable alla à Reniers y trouver M. de Rohan, pour traiter d'accord.

_Le 13, mercredi._—Il va au camp, où il a dîné chez M. le prince de Joinville, où il voit la batterie de dix-huit canons contre un boulevart.

_Le 14, jeudi._—Il se plaint de douleurs de dents, saigne du nez; il faisoit grand chaud; la douleur cesse. Il n'avoit point saigné depuis la mort du Roi, ou environ.

_Le 17, dimanche._—Il va au camp, y fait porter ses armes à quatre heures du matin, au quartier de M. de Montmorency, y dîne de sa viande; séant à table avec lui et M. de Luynes seulement et l'abbé Rucelay[367], à neuf heures. A une heure il monte à cheval pour voir trois attaques qui se devoient faire: l'une du côté où il étoit, l'autre du côté des gardes, et la troisième du côté de la rivière, sur Ville-Bourbon; ce fut sur les trois ou quatre heures. Il fut tiré de la ville un coup de canon qui tua un laquais à dix pas de lui sans l'effrayer. Il revient à huit heures.

[367] L'abbé de Ruccellaï, clerc de la chambre apostolique, était dit Bassompierre, en parfaite intelligence avec le connétable de Luynes et l'avait assisté jusqu'à sa mort. Nommé abbé de Saint-Maixent, il mourut l'année suivante, au siége de Montpellier.

_Le 18, lundi._—Il va en son cabinet, y donne audience à Messieurs du clergé, portant la parole M. l'évêque de Nantes[368], docte et éloquent personnage, offrant un million d'or pour faire la guerre.

[368] Philippe de Cospéan.

_Le 28, jeudi._—Il va en son cabinet; à midi arrive le milord Haye, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, qui dîne avec M. le connétable, et à trois heures a son audience du Roi, accompagné seulement de M. le connétable, dans sa chambre[369].

[369] Sur cette audience de milord Hay et sur la charge de garde des sceaux exercée par le connétable de Luynes (_voy._ le journal d'Héroard, au 7 août précédent); voici ce que raconte Bassompierre: «Le milord Hay, ambassadeur extraordinaire de la Grande-Bretagne, envoyé pour s'entremettre de la paix entre le Roi et les huguenots, eut sa première audience du Roi, après laquelle il l'alla prendre de M. le connétable. M. de Puisieux, selon sa coutume, venoit entendre du Roi ce que le milord lui avoit dit à son audience, quand le Roi m'appela en tiers, et me dit: «Il va prendre l'audience du roi Luynes.» ..... Lors le Roi commença à déchirer M. le connétable et à en dire tout ce qu'il avoit en sa fantaisie, ulcéré de ce qu'on avoit adjoint à la charge de connétable celle de chancelier.»

_Le 31, dimanche._—Il part de Moissac[370].

[370] Le Roi avait quitté Picquecos quelques jours avant pour aller au delà de la rivière au château de Montbeton pendant qu'on emmenait l'artillerie et les bagages. Avant qu'il y fût, on canonna Montbeton; mais dès qu'on sut qu'il y résidait, il y eut défense de tirer de ce côté. En partant le Roi fit incendier le château. Il laissa à Moissac le duc d'Angoulême avec une assez forte division.—Voir dans les _Mémoires de Castelnau_ la relation détaillée de ce siége.

_Le 15 novembre, lundi._—Il entre à Toulouse pour y dîner, la première fois, loge à l'archevêché[371].

[371] Le Roi quitta Montbeton le 14 novembre, alla à Castelnau de Frégefont et de là à Toulouse.

_Le 18, jeudi._—Il va collationner en cérémonie, en la maison de ville.

_Le 19, vendredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement, qui le supplient de séjourner plus longtemps, pour donner aide à leur conservation.

_Le 20, samedi._—Il va à quatre heures aux Jésuites, voir jouer la tragédie d'_Andromède_.

_Le 21, dimanche._—Il fait son entrée solennelle; va à Saint-Étienne.

_Le 24, mercredi._—Il va en son cabinet, où messieurs du parlement de Toulouse prennent congé du Roi. Il part de Toulouse en chassant, et arrive à deux heures à Grenade.

_Le 30, mardi._—Il va au camp devant Monhurt[372] avec M. de Luynes, où le sieur Desplans près de lui reçut une mousquetade qui lui perça le manteau, le gant et s'arrêta dans le pommeau de la selle de son cheval.

[372] L'investissement de Monhurt, où commandait le marquis de Mirembeau, avait commencé le 17.

_Le 3 décembre, vendredi._—Il va chez M. le connétable, qui se trouvoit mal de rhume et fièvre, depuis six heures du matin qu'il eut froid.

_Le 7, mardi._—Il va voir les bateaux couverts pour le siége de Monhurt, et va au logis de M. de Schomberg à pied; ainsi pendant plusieurs jours de suite, visitant les tranchées et même gaiement quitte sa volerie disant: _Je m'en vais chez M. de Schomberg_, s'amusant pour tromper le déplaisir qu'il avoit de la maladie du connétable.

_Le 12, dimanche._—Il va au camp pour voir sortir ceux de Monhurt, à qui il donnoit la vie; ils sortirent un bâton blanc à la main[373]; les femmes et les fils sortirent à part dans des bateaux pour les conduire à Tonneins. Ce fut un de ses soins particuliers que la ville sera brûlée et une potence élevée au milieu. Il fait mettre son armée en bataille et sans armes, de peur que les soldats ne s'entretuent pour le pillage. Après dîner il veut aller au camp voir achever la sortie, puis va à sa volerie.

[373] Le marquis de Mirembeau, blessé dès le début, sortit le premier sur le rempart, avec un manteau noir et un laurier blanc à la main, puis le vicomte de Castet, et tous deux firent signe qu'ils voulaient parlementer. La ville fut brûlée le soir. (_Mercure françois_, tome VII, p. 928.)

_Le 13, lundi._—Comme il fut débotté en revenant de chez M. de Schomberg, soudain vient une fausse alarme; il se botte, sort de la salle et donne l'ordre avec une incroyable résolution. Un certain personnage lui dit: «Sire, si Votre Majesté se veut retirer, l'on peut faire face avec ses deux cents chevaux.»—_Retirer! je veux mourir plutôt que me retirer._

_Le 15, mercredi._—Il quitte Longuetille à cause de la maladie de M. le connétable, qui meurt à Dumasan, à deux heures[374].

[374] Il mourut d'une fièvre pourprée; Bassompierre assure que le Roi ne le regretta pas. Fontenay-Mareuil ajoute que pendant sa maladie un seul de ses gens à peine voulait consentir à rester près de lui, et qu'il vit des valets jouer au piquet sur son cercueil, au lieu de prêtres, quand on l'emporta à Maillé en Touraine, domaine auquel il avait fait attribuer le nom de Luynes.

_Le 16, jeudi._—Il va voir M. de Luxembourg, frère du défunt connétable.

_Le 21, mardi._—Il arrive à Bordeaux pour la troisième fois[375], va au conseil et reçoit toute la cour du Parlement ensemble.

[375] Le Roi avait laissé dans la province le duc d'Elbeuf et le maréchal de Thémines avec des troupes.

_Le 22, mercredi._—Il fait M. de Vic[376], conseiller d'État, garde des sceaux; le lendemain il reçoit son serment.

[376] Méry de Vic, seigneur d'Ermenonville, était le plus ancien conseiller d'État lorsque le Roi lui donna la charge de garde des sceaux. Il n'en jouit pas longtemps, car il mourut à Pignan, entre Montpellier et Pézenas, le 2 septembre 1622.

_Le 25, samedi._—En sa chambre à deux heures, il entend le sermon du P. Séguiran, jésuite, qui lui avoit été donné pour confesseur à Saint-André.

_Le 31 décembre, vendredi._—Il arrive à Libourne.

ANNÉE 1622.

Départ de Libourne en chassant.—Barbezieux.—Festin du Roi chez M. de Schomberg.—Poitiers.—Tours.—Amboise.—On y charge avec des boules de neige les magistrats.—Réception des cours de Paris à Bourg-la-Reine.—Entrée à Paris.—Saint-Germain.—Ballet.—La Reine fait une fausse-couche.—Fiançailles du comte d'Alais.—Départ pour le Languedoc.—Le jeudi saint à Orléans.—Querelle du maréchal de Vitry et du duc de Luxembourg.—Blois.—Nantes.—Le Roi dit du mal de M. de Luynes.—Combat de l'île de Rié.—Niort.—Saint-Jean-d'Angély.—Le Roi affecte de ne pas vouloir en regarder les ruines.—Réception des envoyés suisses.—Siége et prise de Royan.—Reddition de Sainte-Foy la Grande.—M. de Caumont la Force traite et est fait maréchal.—Agen.—Le Roi passe devant Montauban avec son armée en bataille.—Assaut et prise de Négrepelisse.—Rendez-vous de l'armée à Campadour.—Siége de Saint-Antonin.—Une balle effleure le Roi.—Le duc de Retz blessé près du Roi.—Combat du Roi et du prince de Joinville à coups de prunes.—Arrivée à Toulouse.—Pose de la première pierre de l'église des Carmélites.—Réception à Castelnaudary.—Carcassonne.—Narbonne.—Le Roi visite quatre frégates dans le port.—A la réception officielle, le cheval du Roi se cabre.—Le Roi communie.—Béziers.—Pézenas.—Lunel.—Aigues-Mortes.—Le Roi rejoint l'armée à Castelnau.—Le duc de Lesdiguières vient prêter serment.—Commencement du siége de Montpellier.—M. de Caumartin nommé garde des sceaux.—M. d'Ocquerre, secrétaire d'État.—M. de Bassompierre maréchal.—Mot du Roi.—Congé du prince de Condé; sa conversation avec le Roi.—Reddition de Montpellier.—Départ.—Arles.—Réception brillante.—Course de taureaux.—La Sainte-Baume.—Marseille.—La pêche du thon.—Notre-Dame de la Garde.—Beaucaire.—Assemblée des États.—Avignon.—Le duc de Savoie.—Grenoble.—Dîner au château du connétable.—Vienne.—Lyon; le Roi y trouve les deux Reines.—Le Roi donne le chapeau à M. de Richelieu.—Fiançailles de Mlle de Verneuil avec le fils du duc d'Épernon.—Le Roi reçoit sa sœur la princesse de Piémont.—Roanne.—Nevers.

_Le 3 janvier, lundi._—Il part à pied de Libourne à cause du froid, et un peu après monte à cheval, et par un pont de bateaux sur la rivière d'Isle, arrive à Guitre, s'amusant à chasser en chemin. A quatre heures il entre au conseil; le conseil tenu, il s'amuse à jouer aux cartes, au hère, avec aucuns de son conseil et autres.

_Le 5, mercredi._—Il arrive à quatre heures et demie à Barbezieux; va au conseil, et à six heures et demie a soupé chez M. le comte de Schomberg, qui donnoit le festin de la veille des Rois.

_Le 6, jeudi._—Il arrive à Châteauneuf sur Charente; M. le prince de Condé lui va au-devant. A trois heures au conseil.

_Le 10, lundi._—En se couchant il s'amuse à faire de la musique et fait chanter M. le Prince.

_Le 13, vendredi._—Arrivé à Poitiers, il s'amuse à ses oiseaux; va au conseil, s'amuse à jouer jusques à six heures.

_Le 18, mardi._—Il faisoit un temps serein, mais extrêmement froid; en route il met plusieurs fois pied à terre, arrive à Tours à deux heures, va au conseil à trois.

_Le 19, mercredi._—Il part de Tours et fait une grande partie du chemin à pied, arrive à une heure à Amboise. Les magistrats de robe longue le viennent saluer; il avoit neigé; incontinent après les harangues, sur leur retraite, on leur fait une charge de pelotes de neige sur leurs robes et leurs bonnets carrés.—Il soupe au festin donné dans le château par M. le duc de Chaulnes, lieutenant du Roi, au château[377].

[377] M. de Cadenet avait été créé pair et duc de Chaulnes en 1621.

_Le 20, jeudi._—Il faisoit grand froid; il part d'Amboise à cheval, et à un quart de lieue il entre en carrosse. Il arrive à Blois à une heure, voit M. Truchon, l'un de ses apothicaires, demeurant à Blois, lui demande: _Truchon, me voulez-vous nourrir, j'ai grand faim_; son gobelet n'étoit pas arrivé.

_Le 24, lundi._—Il arrive à une heure à Orléans, où arrive de Paris M. le comte de Soissons qu'il accueillit fort gracieusement. Il va au conseil.

_Le 28, vendredi._—Dînant à Bourg-la-Reine, il reçoit les compagnies qui venoient de Paris; part de Bourg-la-Reine à deux heures, voit sept mille quatre cents hommes, habitants de Paris, postés en armes devant lui et à cheval, entre à Paris, revenant de Montauban, va à Notre-Dame, revient à six heures au Louvre, soupe, prie Dieu, va chez la Reine, à onze heures s'endort.

_Le 29, samedi._—Il va à la messe, puis chez la Reine sa mère. Le soir à la salle d'en haut, à la comédie italienne.

_Le 4 février, vendredi._—Il part de Paris pour aller à Saint-Germain-en-Laye, loge chez M. de Frontenac, capitaine du château; logé en la basse-cour.

_Le 5, samedi._—Il part de Saint-Germain, va à Pontoise, où il s'amuse à faire et à manger des beignets; soupant à Cormeille, soudain il va au gobelet, où il fait faire des petits choux au lait; bu six coups de vin clairet fort trempé, à la santé des princes qui étoient là: MM. les princes de Condé, de Vendôme, son frère le grand prieur. Il revient dans sa chambre, où il danse aux chansons.

_Le 6, dimanche._—Il va au logis de M. de Vendôme, où il a déjeûné; va à la messe, monte à cheval, part de Cormeille et va à Saint-Denis; va à la cuisine, dresse les plats, emporte le premier, les princes de même, dresse sur table, puis dîne, arrive à Paris à deux heures. Il va chez la Reine; soupe à six heures et demie, puis va en son cabinet à la comédie italienne, puis au bal, et revient à minuit.

_Le 7, lundi._—Il va en haut à la comédie italienne, y voit un grand ballet venu de la ville, à onze heures revient se mettre au lit; puis relevé peu après, il va chez la Reine.

_Le 10, jeudi._—Il va à la volerie vers Grenelle. La terre étoit fort molle, à cause du dégel et des pluies; son cheval tombe et lui de tout son long, il ne se fait aucun mal. Il revient chez la Reine sa mère.

_Le 23, mardi._—Il va le soir chez la Reine.

_Le 25, vendredi._—Il entre en carrosse pour aller passer son temps, part de Paris, arrive à Villemenon, aussitôt va à la cuisine, fait dresser la viande, la met sur table, s'assied avec la compagnie: M. le prince de Condé, M. de Vendôme, M. le grand prieur, son frère, M. le Grand, M. de Courtenvaux, M. de Blainville, premiers gentilhommes de la chambre.

_Le 13 mars, dimanche._—Il va à l'assemblée à Meulan, où il a dîné au festin fait par Desplans, gouverneur; retourne à Saint-Germain.

_Le 14, lundi._—Il revient à Paris, va chez la Reine, et lui donne M. de Beauclerc pour secrétaire[378].

[378] Charles de Beauclerc, sieur d'Achères et de Rougemont, secrétaire d'État de la Reine-mère pendant sa régence, fils d'un trésorier général de l'extraordinaire. Henri IV l'avait donné comme secrétaire des commandements au Dauphin. Devenu Roi, il le créa secrétaire du cabinet et il devint l'intime confident de M. de Luynes, qui s'en dégoûta à cause de sa franchise. Après la mort du favori, Louis XIII nomma Beauclerc un des deux intendants des finances, et le fit secrétaire d'État en 1624. Richelieu ayant reconnu ses hautes qualités voulut le conserver au siége de la Rochelle; mais il ne voulut pas quitter le Roi, et mourut à Paris, en 1630.

_Le 16, mercredi._—Il va chez la Reine, à ses oiseaux, au conseil. Sur les trois heures après midi la Reine accouche d'un embryon de quarante ou quarante-deux jours; il va chez elle à six heures trois quarts[379].

[379] «La Reine devint grosse, et l'étoit de six semaines, quand un soir, Mme la Princesse tenant le lit, la Reine y alla passer la soirée jusques après minuit avec les autres princesses et dames du Louvre; M. de Guise, les deux frères de Luynes, M. le Grand, Blainville et moi, nous y trouvâmes, et la compagnie fut fort gaie. Quand la Reine s'en retournant coucher et passant par la grande salle du Louvre, Mme la connétable de Luynes et Mlle de Verneuil la tenant sous les bras et la faisant courir, elle broncha et tomba en ce petit relais du haut dais, dont elle se blessa et perdit son fruit. On céla l'affaire au Roi le plus que l'on put.... On fit savoir au Roi comme et en quelle façon la Reine s'étoit blessée, et on l'anima tellement contre les deux dames, qu'il dépêcha de Toury-la-Fouraine à la Reine pour lui mander qu'il ne vouloit plus que Mlle de Verneuil et Mme la connétable de Luynes fussent auprès d'elle, et leur écrivit à chacune une lettre pour leur faire savoir qu'elles eussent à se retirer du Louvre.» (_Mémoires de Bassompierre._) Mme de Motteville dit seulement que dans les commencements de son mariage «la Reine se crut devenue grosse, comme elle le crut quelque temps, et de s'être blessée pour avoir trop couru après la connétable.»

_Le 17, jeudi._—Il va chez la Reine, à midi monte à cheval, va à la volerie vers les plaines du Roule et de Montmartre, revient à cinq heures chez la Reine sa mère, à sept heures va en sa chambre, où il fait les fiançailles du fils de M. le duc d'Angoulême, le comte d'Alès, et de la fille de M. le maréchal de la Châtre[380]. Le soir il va à la comédie italienne.

[380] Louise-Henriette, fille unique du second maréchal de la Châtre et d'Élisabeth d'Étampes-Valençay, épousa Louis-Emmanuel de Valois, comte d'Aletz. Veuve en 1653, elle se remaria avec François de Crussol, et après divorce avec M. Pot de Rhodes, grand maître des cérémonies.

_Le 20, dimanche._—Il part pour son grand voyage, secrètement, à cheval, tandis que tout le monde l'attendoit au Louvre pour le voir passer.

_Le 24, jeudi, à Orléans._—Il va aux Récollets, où il lave les pieds aux enfants, va en sa chambre. Querelle de M. le maréchal de Vitry et de M. de Luxembourg dans la chambre du Roi. A trois heures il entre en carrosse, va gagner les pardons.

_Le 26, dimanche._—Il va délivrer les prisonniers.

_Le 27, lundi._—Il part d'Orléans, entre en bateau, encore qu'il fît grand vent et contraire, ne craint pas, déjeûne dans le bateau, met pied à terre à Beaugency.

_Le 31, jeudi._—Il arrive à Blois, chez la Reine sa mère.

_Le 5 avril, mardi._—Il part de Blois, s'embarque pour Nantes avec M. de Soubise, arrive à quatre heures à Tours. Logé près de Saint-Julien, il va chez M. de Souvré, où il a soupé.

_Le 7, jeudi._—Il va à l'abbaye de Saint-Florent où il a goûté. M. l'évêque de Cominges[381], qui en étoit abbé, lui a donné la collation.

[381] Gilles de Souvré, fils du maréchal; nommé, en 1614, abbé de Saint-Florent, il quitta en 1623.

_Le 9, samedi._—Il arrive à Ancenis, maison de M. de Vendôme, qui donna le festin fort magnifique.

_Le 10, dimanche._—Reçu à Chassay près Ancenis, par la maison de l'évêque; étant au lit, il y parle de M. le connétable. Il en contoit bien des choses qu'il lui demandoit, et entre autres qu'il lui dit qu'il lui falloit donner 4,000,000 d'or; qu'il n'avoit jamais vu tant de parents.

_Le 13, mercredi._—Il va au conseil, sur le rapport, fait par M. le Prince, que M. de Soubise avec toute son armée étoit entré dans l'île de Riez.

_Le 14, jeudi._—Il part de Legeay, voit son régiment des Suisses, ne laisse pas de chasser à la harquebuse; à onze heures n'ayant rien à dîner, il mange du pain qu'il fait acheter des Suisses et un peu de fromage dont il n'avoit jamais mangé, arrive à Chalan, où il dîne.

_Le 15, vendredi, à la Chaussée._—M. le prince de Condé lui envoie demander des secours; il quitte son dîner, et dit: _Je y veux aller!_—Il monte à cheval; va à deux lieues de chemin, couche dans une petite masure, tout vêtu, sur de la paille, sa robe dessus, son manteau dessous, y dort deux heures par sommes entrecoupés, par soin de se lever pour aller à la guerre[382].

[382] «Sur le temps que, couché sur un méchant lit, le Roi conféroit du passage avec nous, dit Bassompierre, il arriva une grande alarme par tout le camp, comme si les ennemis nous fussent venus sur les bras, et en cet instant cinquante personnes se jetèrent dans la chambre du Roi, qui lui dirent que les ennemis venoient à nous. Je savois bien qu'il étoit impossible, car la mer étoit haute, et qu'ils n'eussent su passer; c'est pourquoi, au lieu de m'en alarmer, je voulus voir comme le Roi la prendroit, afin que, selon sa hardiesse ou son étonnement, j'eusse à l'avenir à me gouverner vers lui aux propositions que je ferois. Ce jeune prince, qui étoit couché sur le lit, se leva assis, à cette rumeur, et, avec un visage plus animé que de coutume, leur dit: «Messieurs, c'est là dehors qu'est l'alarme et non dans ma chambre, comme vous voyez, et où il faut aller.» ..... Je fus ravi de voir l'assurance et le jugement d'un homme de son âge, si mûr et si parfait. Il se trouva que c'étoit une fausse alarme.»

_Le 16, samedi._—Il se lève à minuit; se fait amener le cheval que lui a donné M. du Hallier. En la bataille, M. le prince de Condé et le comte de Soissons à l'avant-garde, M. de Vendôme à l'arrière-garde. Il marche une lieue ou deux en bataille, entre dans une île sans qu'il y eût de gens de guerre. A quatre heures du matin il se trouve à Saint-Gilles-en-Rié, où le prince de Soubise se sauvoit avec toute son armée en désordre. Je remets le demeurant à l'histoire. Ce fut un coup du ciel d'avoir préservé le Roi engagé dans l'île, et d'avoir eu la victoire sans un seul blessé ou fort peu; il y fut tué plus de trois mille hommes; canons, drapeaux et bagages perdus. A onze heures et demie à Saint-Gilles, ce fut la plus grande route, dîner[383]. Il va le soir à Aspremont, se débotte à huit heures, fut vingt heures sans se coucher et dix-huit à cheval.

[383] L'île de Rié est un canton du Poitou, entouré de marais, et où M. de Soubise s'était retiré; le Roi le battit complétement, et lui tua 4,000 hommes.

_Le 20, mercredi, à la Roche-sur-Yon._—M. Leclerc, intendant des finances, lui donne à goûter.

_Le 24, dimanche._—Il va à Niort pour la deuxième fois, va au château, où il a dîné au festin donné par M. de Parabère, gouverneur de la ville[384].

[384] Jean de Baudéan de Parabère, lieutenant du Roi en Poitou.

_Le 26, mardi._—Il voit passer le régiment de Navarre, commandé par le baron de Palluau, puis va au conseil.

_Le 28, jeudi._—Il part de Chizay, volant par le chemin, arrive à trois heures à cheval à Saint-Jean-d'Angély. En entrant il baissa son chapeau et détourna sa vue des ruines des murailles, entièrement rasées. Aussitôt qu'il fut entré, il haussa son chapeau et regardoit librement partout.

_Le 1er mai, dimanche, à Saintes._—Il va à vêpres, et à trois heures et demie donne audience aux Suisses de Berne et de Zurich.

_Le 7, samedi._—A cinq heures du matin, il monte à cheval et va avec M. du Hallier, capitaine des gardes, et deux écuyers, aux tranchées, où il fut tiré un coup de pièce qui tomba à six pas de lui. Il donne cent écus aux soldats de ses gardes qui entroient aux tranchées[385].

[385] «Je fus, rapporte Bassompierre, voir le Roi en son quartier, lequel me dit que le lendemain, à quatre heures du matin, il vouloit venir à notre tranchée, et que je l'attendisse au commencement d'icelle, à une longue ligne que je fis toute la nuit hausser pour le faire arriver en sûreté. Il vint donc le samedi 7, accompagné de M. d'Épernon et de M. de Schomberg: c'étoit la première fois qu'il y étoit jamais venu. Il me fit l'honneur de me dire: «Bassompierre, je suis nouveau: dites-moi ce qu'il faudra faire pour ne point faillir.» A quoi je ne fus guère empêché, car il fit plus généreusement que pas un de nous n'eût fait, et monta trois ou quatre fois sur la banquette des tranchées pour reconnoître à découvert, s'y tenant si longtemps que nous frémissions du péril où il se mettoit, avec une plus grande froideur et assurance qu'un vieux capitaine n'eût su faire, et ordonna du travail de la nuit suivante comme s'il eût été un ingénieur. Je lui vis faire en retournant une action qui me plut extrêmement; car, après être remonté à cheval, à un certain passage que les ennemis connoissoient, ils tirèrent un coup de pièce qui passa à deux pieds au-dessus de la tête du Roi, qui parloit à M. d'Épernon; je marchois devant lui, et me tournai, appréhendant le coup que je vis venir pour le Roi. Je lui dis: «Mon Dieu, Sire, cette balle a failli vous tuer.» Il me dit: «Non pas moi, mais M. d'Épernon;» et ne s'étonna ni ne baissa la tête, comme beaucoup d'autres eussent fait.... J'ai vu plusieurs et diverses autres actions du Roi en plusieurs lieux périlleux, et dirai sans flatterie ni adulation que je n'ai jamais vu un homme, non un roi, qui y fût plus assuré que lui.»

_Le 9, lundi._—Il va à trois heures et demie au camp, voir une attaque qui se devoit faire d'un bastion, qui fut rude et dura plus de deux heures.

_Le 11, mercredi._—Il monte à cheval, va au camp, à la tranchée du régiment des gardes; il donne la composition à ceux de Royan[386]; revient à la messe sous la tente. Après son dîner, il va au camp pour faire accomplir la composition, revient au conseil.

[386] La place soutint quinze jours de tranchées.

_Le 12, jeudi._—Il va au logis de M. de Schomberg, où il a soupé.

_Le 25, mercredi._—Il arrive à quatre heures à Sainte-Foy-la-Grande, qui se remet en son obéissance[387].

[387] M. de la Ville aux Clercs, secrétaire d'État (plus connu depuis sous le nom de comte de Loménie de Brienne), fut envoyé par le Roi vers le marquis de la Force, et l'on traita pour Sainte-Foy et pour toute la Basse-Guyenne, sans que le marquis voulût qu'on s'occupât de lui. Le traité fut ainsi conclu, et le Roi le jour de son entrée donna à M. de la Force le bâton de maréchal de France, avec une large indemnité.

_Le 26, jeudi, à Sainte-Foy._—Il va à confesse au P. Séguin, à la messe et à la procession à la Fête-Dieu.

_Le 31, mardi._—Il part d'Aiguillon et arrive au Port-Sainte-Marie.

_Le 2 juin, jeudi._—Il va à Agen pour la deuxième fois, va à l'évêché, où M. l'évêque[388] lui donne à souper.

[388] Claude de Gelas, ancien trésorier de la Sainte-Chapelle, nommé en 1614, mort en 1630.

_Le 8, mercredi._—A neuf heures il monte à cheval, part de Villemande, ayant fait mettre en marche son armée en bataille. Passant près de Montauban, il a dîné à onze heures à Albias, dans un champ labouré, au grand soleil. Il remonte après à cheval, va voir les attaques qui se faisoient à Négrepelisse, qui avoit refusé les portes[389].

[389] Le siége dura deux jours et la ville fut saccagée, parce que ses habitants avaient massacré, au mois de janvier précédent, quatre cents hommes de troupes royales.

_Le 10, vendredi._—Il va à la fenêtre, d'où il voit l'assaut qui se donnoit à Négrepelisse, qui fut prise; tout tué et le lendemain brûlé.

_Le 12, dimanche._—Il va à la messe en la rue, sous le portique de son logis; monte à cheval. A sept heures il part de las Gardies, village, passe la rivière de l'Aveyron et arrive à Montricous; va au conseil.

_Le 13, lundi._—Il arrive à la plaine de Campadour, qu'il avoit donnée pour rendez-vous à l'armée, y dîne sous des pruniers. A midi il monte à cheval, et va voir faire un logement au siége de Saint-Antonin[390]. Il y fut tiré un coup de piste, portant balle de plomb de la grosseur d'un œuf, qui passa droit et au-dessus de lui. Il arrive à trois heures aux Granges, et y a soupé, en un très-méchant logis.

[390] Les habitants de cette ville avaient déjà refusé en 1621 de se soumettre au duc de Mayenne, et reçurent pour gouverneur, quand Sainte-Foy se rendit, le baron d'Eymet, cinquième fils du maréchal de la Force.

_Le 16, jeudi._—Il va au camp à dix heures, au-dessus d'une batterie où il y avoit deux coulevrines, en pointe par deux fois, tire sur des paysans qui remparoient; à la deuxième fois il en tue deux.

_Le 17, vendredi._—Il s'endort à onze heures, entretenu de bons discours par M. le prince de Joinville et M. de Bassompierre; endormi jusqu'à neuf heures après minuit.

_Le 19, dimanche._—A une heure il monte à cheval, va au camp, où il vit faire une attaque à une corne, qui fut virilement soutenue et repoussée par les femmes, à coups de hallebarde. M. le duc de Retz fut blessé près du Roi, d'une mousquetade à travers du genou, la balle demeurant dedans. Il s'en va au conseil, s'en revient fort fâché.

_Le 24, vendredi._—Il dîne chez M. de Schomberg, puis voit sortir la garnison de Saint-Antonin, qui se rend à composition.

_Le 25, samedi._—Il arrive à Castelnau de Montmirail, fait un combat contre le prince de Joinville avec des prunes nouvelles prises aux arbres, non encore mûres[391].

[391] «Comme la traite étoit longue, dit Bassompierre, le Roi fut contraint, pour attendre les troupes demeurées derrière, d'y séjourner le 25 (à Castelnau de Montmirail), où nous nous amusâmes à faire un retranchement entre deux chemins, que nous garnîmes de noix, et le défendîmes contre le Roi, qui l'attaqua.»

_Le 27, lundi._—Il arrive à Toulouse à dix heures, pour la deuxième fois, y dîne, va au conseil, reçoit les députés de la cour de Parlement et les autres corps des compagnies.

_Le 3 juillet, dimanche._—Il entre en carrosse à dix heures, va à la messe aux Carmélites, et y met la première pierre à leur église, va ensuite en sa chambre, au conseil, et à quatre heures regarde passer les processions des pénitents bleus, entre lesquels étoit M. le Prince. A sept heures trois quarts il va chez M. le prince de Joinville, qui faisoit bâtir, et y a soupé.

_Le 4, lundi._—Éveillé à trois heures et demie après minuit, il se plaint, criant et me disant avoir eu froid étant couché dans le lit, et fort peu dormi, les yeux chauds et la tête pesante. Levé, blême, il se sent foible et lassé; vêtu, botté, prié Dieu, déjeuné à quatre heures. Il part de Toulouse et arrive à dix heures et demie à Villefranche de Lauraguais; à onze heures et demie il se plaint encore des mêmes choses qu'il avoit fait ici dessus; dîne pourtant. Il va après en sa chambre, en son cabinet; son lit n'étoit pas venu, il se met tout vêtu sur une paillasse qu'on lui avoit apprêtée de paille fraîche. A une heure dévêtu, mis au lit, pouls plein, égal, un peu hâté, chaleur aux yeux, douleurs aux tempes et au chignon du col, chaleur âcre; il clignotoit, altéré. A deux heures il s'endort jusques à quatre et demie, se trouve mieux; levé assez gai, soupé en son cabinet.

_Le 5, mardi._—Il arrive à Castelnaudary, après avoir entendu les harangues des magistrats au faubourg. Entrée à onze heures.

_Le 14, jeudi._—Il arrive à Carcassonne, reçoit les harangues, y entre pour la première fois, va à l'église, puis au conseil[392].

[392] Le 16 le Roi avait envoyé au duc de Lesdiguières, âgé de quatre-vingts ans, le brevet de connétable en Dauphiné, en annonçant sa conversion.

_Le 17, dimanche._—Il entre à Narbonne pour la première fois; harangue hors la ville. Le sieur d'Effiat[393], écuyer cavalcadour de la grande écurie, portoit devant lui l'épée royale. Étant à cheval sous la porte, ayant la croupière trop serrée et étant piqué, il saute les quatre pieds en l'air; le Roi, surpris, est jeté sur le col, se remet si dextrement qu'à peine il y apparut, et ne parut rien à sa contenance. Il va à pied au port, voir les quatre frégates que M. de Guise avoit emmenées, puis monte à cheval et fait tout le tour de la ville pour voir les fortifications.

[393] Antoine Coeffier, dit _Ruzé_, marquis d'Effiat, premier écuyer de la grande écurie, puis maréchal de France, mort en 1632. Il fut père du grand écuyer Cinq-Mars.

_Le 18, lundi, à Béziers._—Il s'amuse à jouer aux cartes avec les sieurs de Montmorency, marquis de Portes, comte de Carmain[394], de Bassompierre et de Toiras[395] jusques à neuf heures et demie.

[394] Adrien de Montluc-Montesquiou, maréchal de camp, chevalier des ordres, comte de Carmain par sa femme, Jeanne de Foix.

[395] Jean du Caylar de Saint-Bonnet de Toiras, d'abord capitaine de la volière de Louis XIII, maréchal en 1630 pour la défense de Casal, disgracié par Richelieu et mort en 1636, au service du duc de Savoie.

_Le 24, dimanche._—Confessé, il va à la messe aux Jésuites; il se y faisoit une cérémonie pour la canonisation du père Ignace, et y a communié. Après son dîner il retourne au sermon aux Jésuites.

_Le 25, lundi._—Il va en sa chambre, s'amuse à peindre au crayon, ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de Puisieux, secrétaire d'État.

_Le 11 août, jeudi._—Il part de Béziers, va à Pézenas pour la première fois, va à la Grange, se y fait mouiller aux grottes; va à la chasse voler les perdreaux, revient souper.

_Le 15, lundi._—Il part de Frontignan, va à Lunel.

_Le 17, mercredi._—Il va à Semières, où il reçoit la ville, et fait sortir environ douze cents hommes de guerre; à neuf heures et demie M. le Prince lui a donné à dîner.

_Le 19, vendredi, à Lunel._—A quatre heures il va hors la ville voir le régiment des gens de pied du fils de M. le Prince, qui venoit de Berry.

_Le 21, dimanche._—Confessé par le père Séguiran, il va à la messe au Temple, y entend le sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier.

_Le 22, lundi._—Il va à Aigues-Mortes, va par toute la tour, et par toute la ville.

_Le 26, vendredi._—A cinq heures il reçoit M. le connétable de Lesdiguières.

_Le 28, dimanche._—Il va au conseil, donne l'épée de connétable à M. le maréchal de Lesdiguières.

_Le 31, mercredi._—Il va à Castelnau, qu'il avoit pris pour rendez-vous de l'armée, se loge en haut de la montagne, du côté de Montpellier, et va à une petite maison appartenant au sieur d'Aimerie, premier consul dans Montpellier, se y accommode lui-même.

_Le 5 septembre, lundi._—A une heure après midi, dévêtu, mis au lit pour dormir, n'ayant rien dormi la nuit à cause du bruit; il ne dort point. A quatre heures vêtu; il donne audience aux députés de Marseille[396].

[396] La tranchée avait été ouverte le 2 septembre au matin. C'est ce jour qu'à la recommandation de la Reine-mère Richelieu fut fait cardinal.

_Le 12, lundi._—Il va au conseil, fait sceller en sa chambre et en sa présence les provisions de secrétaire d'État pour M. d'Ocquerre[397] par la signature de M. de Gesvres, son oncle.

[397] Nicolas Potier d'Ocquerre, fils du président de Blancmesnil et de Isabeau Baillet, secrétaire d'État par la démission de son oncle, Louis Potier de Gesvres, père du duc de Tresmes, était président en la chambre des comptes; il mourut en 1628 au siége de la Rochelle.

_Le 23, vendredi._—Il donne les sceaux à M. de Caumartin[398]; pour motif, le décès de M. de Vic, décédé à Pignan.

[398] Louis Le Fèvre de Caumartin, fils de Jean, trésorier général des finances, et de Marie Varlet; il fut d'abord président au grand conseil; il mourut à Paris, le 21 janvier 1623, âgé de soixante-douze ans.

_Le 29, jeudi._—A minuit vêtu, botté, il fait prendre les armes, va au quartier des Suisses dans la hutte d'un colonel, sur les avis du secours qui devoit venir à Montpellier; sans dormir, il va à la cuisine de bouche, où il a déjeuné.

_Le 6 octobre, jeudi._—Il monte à cheval et va voir les trois régiments de gens de pied qui arrivoient du Dauphiné. M. le connétable arrive.

_Le 9, dimanche._—Après dîner il va à son cabinet, où il fait entendre à M. le prince de Condé la résolution qu'il avoit prise sur la paix, et sur ce qu'il vouloit repartir pour le dissuader, le Roi dit: _Il n'en faut plus parler, je l'ai ainsi résolu_[399]; là-dessus M. le Prince demande congé pour aller à Notre-Dame de Lorette, qui lui est accordé et part soudain du logis du Roi, s'en va à Mauguiol et sur la nuit s'embarque au Thau de Mauguiol, et arrive à minuit à Aigues-Mortes, et avant le jour il part pour aller à Arles.

[399] On lit dans une lettre du marquis de la Force à sa femme, du 3 novembre 1622, que M. le Prince se plaignant au Roi de la paix, Louis XIII lui répondit que «puisqu'il voyoit qu'il s'opiniâtroit à ne la vouloir pas, que s'il ne l'avoit pas faite, que plutôt que ne la pas faire, il la leur feroit encore beaucoup plus avantageuse.»

_Le 12, mercredi._—Ce matin, avant que d'aller dîner, il fait M. de Bassompierre maréchal de France, par la démission de M. de Lesdiguières, fait connétable, disant ces mots en riant devant messieurs de son conseil: _J'ai promis à Bassompierre, quand il auroit fait ses affaires, de le faire maréchal de France; je le fais et reçois son serment_[400].

[400] Bassompierre ne dit mot de cette plaisanterie. Suivant ses _Mémoires_, le Roi dès la fin d'août, en donnant au duc de Lesdiguières l'épée de connétable, avait en même temps donné à Bassompierre le bâton de maréchal, en lui promettant d'en faire expédier les lettres. «Le mercredi 12 (octobre), ajoute-t-il, je vins le matin au conseil, et me sembla que le Roi me faisoit moins bonne mine que de coutume et ne me parla point. Il étoit au cabinet de ses oiseaux, et peu après dit à la compagnie qu'ils vinssent tenir le conseil en sa chambre..... Comme nous entrions, M. le garde des sceaux me dit: «Je pensois, pour reconnoître les obligations que je vous ai, vous envoyer vos lettres parfumées, mais le Roi me pressa si extrêmement par Bautru, qu'il m'envoya hier au soir, que je n'eus pas le temps.»—«Quelles lettres?» lui répondis-je.—«Celles de maréchal de France, dont vous allez prêter le serment.» Dont je fus bien étonné et réjoui de cette nouvelle inopinée, et en même temps le Roi dit ces _mêmes_ mots: «Messieurs, j'ai intention de reconnoître les bons et grands services que j'ai reçus depuis plusieurs années de Monsieur de Bassompierre, tant aux guerres que j'ai eues qu'en d'autres occasions, d'une charge de maréchal de France, croyant qu'il m'y servira dignement et utilement, etc.»

_Le 19, mercredi._—En la cour du logis, assis sur un haut dais, le seigneur de Calonges, gouverneur dans Montpellier durant le siége, lui demande pardon au nom du conseil des Églises. Il va après en sa chambre, où les députés des Cévennes en font autant; à cinq heures les consuls de Montpellier[401].

[401] Le traité fut signé ce jour, et mit fin à la guerre; il confirma l'édit de Nantes, et accorda aux protestants pour places de sûreté Montauban et la Rochelle.

_Le 23, dimanche, à Montpellier._—Il va à la procession générale, entend la messe à la grande loge, va visiter les fortifications[402].

[402] Deux mille hommes de la ville sortirent en armes au-devant du Roi, qui entra dans Montpellier avec pareil nombre de soldats, suivis de ceux qui étaient sortis; puis il renvoya les siens, n'en gardant que deux cents pour ses gardes particuliers.

_Le 24, lundi._—A onze heures dîné au festin, chez M. de Luxembourg.

_Le 25, mardi._—Il va au conseil, va après au collége du Pape, voir le cabinet de M. Ramelin, y tient à baptême un garçon d'un pauvre homme, avec la femme de M. le général Grille, homme riche.

_Le 28, vendredi._—Il part de Saint-Gilles, passe le Rhône, arrive à Arles.

_Le 30, dimanche._—Il arrive à Arles, fait son entrée, en demeure fort satisfait. Le peuple crioit en son langage: «Vive notre bon Roi Louis», et l'on lui a ouï dire ces paroles: _Dieu vous bénie, mon peuple, Dieu vous bénie!_ Le soir pensif, il me dit qu'il avoit été triste tout le jour, joue avec M. de Blainville.

_Le 1er novembre, mardi, à Arles._—Il va à la grand'messe à l'évêché[403], et, en la cour, touche quatre cents six malades. Il voit courir les taureaux sauvages en la place de l'évêché.

[403] L'évêque Gaspard de Laurent, né à Arles, nommé en 1603, mort en 1629, reçut le Roi dans l'église de Saint-Étienne et le harangua, à ce que disent les auteurs du _Gallia Christiana_, qui ajoutent que tous les dessins de la réception ont été publiés par T. Bovis, prêtre, dans son _Histoire des rois d'Arles_.

_Le 3, jeudi._—Il part d'Arles, va à Salon, arrive à Aix, fait son entrée.

_Le 5, samedi._—Il part d'Aix et va souper à Maximin.

_Le 6, dimanche._—Il va à Sainte-Baulme, où il fait ses dévotions[404]; y eut froid, y a dîné à midi. Il va après à Aubaigne.

[404] C'est le roc situé près de Saint-Maximin, au haut d'une montagne, où la tradition assure que sainte Madeleine fit pénitence pendant trente ans; il y a eu de tout temps une chapelle.

_Le 7, lundi._—Il part d'Aubaigne et fait son entrée à Marseille à six heures; va à la Majour, revient souper en son logis.

_Le 8, mardi._—Le matin il va voir pêcher aux thons, et il en tue six avec une corsecque. A deux heures et demie il monte à pied à Notre-Dame de la Garde, où M. Brayer, qui étoit le capitaine, lui a donné la collation; il revient par Saint-Victor.

_Le 9, mercredi._—Il va à la messe à la Majour pour faire chanter le _Te Deum_ pour la nouvelle de la bataille navale gagnée par M. de Guise, devant la Rochelle[405], va voir la pêche du thon.

[405] Cette bataille navale avait été gagnée le 16 septembre.

_Le 10, jeudi._—Il part de Marseille, arrive en chassant à Aix pour la deuxième fois, va à l'église.

_Le 11, vendredi._—Il va à l'église, où il tient à baptême le fils de M. d'Oppède[406], premier président du Parlement; part après dîner.

[406] Jean Meynier, baron d'Oppède, fils du premier président qui fit exécuter en 1551 le jugement prononcé contre les Vaudois. Une branche de la maison de Forbin a relevé ce nom et hérité de cette haute charge de magistrature.

_Le 15, mardi._—Il passe à Tarascon, va à Beaucaire, à l'assemblée des états de la province de Languedoc; il lui est fait entrée.

_Le 16, mercredi._—Il passe le Rhône, revient à Tarascon, passe la Durance à gué, et à trois heures fait son entrée à Avignon; loge au palais.

_Le 17, jeudi._—Il monte à cheval, va à la chasse, où M. le duc de Savoie le va rencontrer, et revient le menant avec lui, et entre avec le Roi à Avignon.

_Le 18, vendredi._—Il va aux Jésuites voir jouer des comédies.

_Le 20, dimanche._—Il va en son cabinet, donne audience aux députés de l'assemblée des états de Languedoc, M. l'évêque de Montpellier[407] prenant la parole; va chez M. de Luxembourg, où il a dîné au festin, à la maison de M. de Breton. Après son dîner il va au sermon, puis tient à baptême le fils de M. de Breton, dont sa femme étoit accouchée une heure après que le Roi eut fait son entrée, avec Mme la duchesse de Chevreuse.

[407] Pierre Fenouillet, qui n'était rentré qu'avec le Roi dans Montpellier et l'y harangua.

_Le 21, lundi._—Il entre en carrosse et M. le duc de Savoie avec lui, et part d'Avignon. A un demi-quart de lieue, M. le duc de Savoie sort du carrosse, et prend congé de lui, ayant porté un genou en terre, et s'en retourne en Piémont. Le Roi arrive à deux heures et demie à Caderousse, va au conseil, puis joue aux cartes avant souper.

_Le 28, lundi._—Il fait son entrée à Montélimart, puis à Valence, puis à Romans, part de Saint-Marcellin, par Tullin, Varète, où il s'arrête à un moulin, y voit forger des épées.

_Le 29, mardi._—Il fait son entrée à Grenoble, à quatre heures.

_Le 1er décembre, jeudi._—Il va à l'église à sept heures et demie, monte à cheval, va à Vigile, lieu de plaisance de M. le connétable, qui lui a donné à dîner; après dîner il revient à Grenoble.

_Le 3, samedi._—Étant à Grenoble, il mange chaque jour du fromage de la Grande Chartreuse, qu'ils lui avoient donné; en mange d'un deuxième, le trouve bon; il l'étoit. Il part de Grenoble à cheval, et monte en carrosse aux faubourgs à cause du froid.

_Le 5, lundi._—Il fait son entrée à Vienne; y soupe.

_Le 6, mardi._—Il arrive à Lyon pour la première fois, par la Saône, en bateau, à l'archevêché, ayant vu auparavant à la rencontre la Reine sa mère et la Reine. En arrivant il va en son cabinet, puis au cabinet de la Reine, et le soir chez la Reine à la comédie françoise; le soir couché, puis relevé, il va chez la Reine.

_Le 8, jeudi._—A une heure il entre en carrosse, va voir la Reine sa mère, logée à Bellecourt, va à vêpres aux Jésuites, revient chez la Reine.

_Le 10, samedi._—Il va à l'église, où il donne le bonnet de cardinal à M. de Richelieu, évêque de Luçon. Il va chez sa mère, revient chez M. d'Alincourt; à quatre heures à la comédie italienne.

_Le 11, dimanche._—Il va dîner à la Motte, puis fait son entrée à Lyon. Il arrive à l'archevêché avec la Reine, dans une litière ouverte et le visage découvert. Il a soupé au festin chez M. d'Alincourt.

_Le 15, jeudi._—Il monte à cheval, va à la volerie pour recevoir en chemin Mme la princesse de Savoie-Piémont, sa sœur, revient à quatre heures à la comédie italienne.

_Le 20, mardi._—Il passe la rivière de Loire sur un pont de bateaux; elle étoit glacée. Il arrive à Roanne à neuf heures. Il avoit fait dessein d'aller par eau jusques à Briare, pour y faire la fête de Noël; cet accident de glace le fait changer de dessein. A midi il monte à cheval, part de Roanne, chassant de la harquebuse.

_Le 22, jeudi._—Il arrive à un méchant village nommé Tolon, y a dîné; à midi il monte à cheval, part de Tolon, en passant sans s'arrêter dans Moulins dehors la ville, et chassant arrive à deux heures à Villefranche, descend à la Croix-Blanche, et, sans y entrer, monte sur un autre cheval, fait porter ses oiseaux et sa harquebuse, va à la chasse vers la rivière d'Allier, revient à quatre heures, s'amuse à faire des barricades devant et derrière son logis, pour s'occuper, avec des chariots, et pour y faire faire la garde par ses mousquetaires.

_Le 23, vendredi._—M. le duc de Nevers le vient saluer. Il arrive à Nevers à trois heures; réception. N'ayant pas voulu entrer, il va descendre à l'église, puis au château, le visite tout, reçoit les soumissions des magistrats, soupe, servi de neuf services, le festin donné par M. de Nevers.

_Le 30, vendredi._—Dispute entre les sieurs d'Aiguilly[408] et de Sourdis[409], enfants d'honneur qui portoient des oiseaux de la chambre; Aiguilly est appelé par le sieur de Longueville. Le Roi le honnit; les voilà en colère. On lui dit qu'il les faut empêcher: _Non, non, qu'on ne les empêche pas; laissez-les battre; je les séparerai bien, je leur ferai trancher la tête_.

[408] Nicolas Hennequin, baron d'Ecquevilly; il fut depuis pourvu de la charge de capitaine général de la vénerie, des toiles de chasse, tentes, pavillons du Roi et équipages du sanglier.

[409] Charles d'Escoubleau, depuis marquis de Sourdis, maréchal de camp et chevalier des ordres; il mourut le 21 décembre 1666.

ANNÉE 1623.

Revue à Charenton.—Entrée à Paris.—Disgrâce de M. de Schomberg.—Ballet des géants et des pygmées.—M. de Beauclerc nommé secrétaire de la Reine.—Coucher du Roi à une auberge du Bourget.—Ballet des Bacchanales.—Fiançailles de M. de Loménie.—Lacune de onze mois dans le journal.

_Le 5 janvier, jeudi._—En chassant il arrive à Pizeaux, voit la Reine, qui y avoit couché, la trouve prête à partir pour aller coucher à Fontainebleau. Il chasse tout le jour, et fait les bois avec M. d'Angoulême.

_Le 8, dimanche._—Il arrive à Lésigny, où M. le prince de Joinville le traite tant qu'il y est.

_Le 9, lundi._—A la fin de son souper il mange un bouquet de fenouil sucré avec du sucre candi. J'avois fait faire par le fruitier du foin sucré, par bouquets de la même façon. M. de la Vieuville en mangea et quelques autres; de là la risée.

_Le 10, mardi._—Il arrive à Charenton, où il a dîné chez M. de Verdun[410], premier président au parlement de Paris. Après son dîner, il monte à cheval et trouve au-devant de lui sept ou huit mille hommes en armes, gens de pied, en huit bataillons, entre dans la ville, à la porte Saint-Antoine, à six heures. Il va à Notre-Dame; au sortir, entre en carrosse, va au Louvre, à huit heures, soupe et après va chez la Reine.

[410] Nicolas de Verdun, nommé à Toulouse par Henri IV, remplaça à Paris M. de Harlay en 1615, et mourut le 16 mars 1627.

_Le 11, mercredi._—Il donne audience à messieurs du Parlement qui le venoient saluer.

_Le 18, mercredi._—Il va à Saint-Germain, et revient à Paris avec la Reine sa mère.

_Le 19, jeudi._—Après la messe il va chez la Reine sa mère, fait sortir jusques aux femmes, demeure seul avec elle, M. de la Vieuville, capitaine des gardes, seul à la porte; ils sont ensemble une heure entière.

_Le 20, vendredi._—Il va au conseil chez la Reine sa mère, où étoient avec eux M. le chancelier, M. de Puisieux, son fils, où fut le congé de M. le comte de Schomberg[411], surintendant des finances, qui lui fut apporté par écrit par M. Tronçon, secrétaire du cabinet.

[411] M. de Schomberg avait été nommé surintendant en 1619; il venait de faire les deux campagnes du midi avec le Roi et avait exercé les fonctions de grand maître de l'artillerie devant Clérac et devant Montpellier. Le Roi l'avait nommé en 1622 gouverneur du Limousin. Éloigné de la Cour en 1623, il y revint en avril 1625, et reçut le bâton de maréchal en juin 1625.

_Le 22, dimanche._—A onze heures il fait venir et danser en sa chambre le ballet de Monsieur, son frère, représentant le combat des géants et des pygmées, fait tenir le bal.

_Le 24, mardi._—Il va au conseil, où il résoud le conseil des finances et fait intendant M. de Beauclerc, secrétaire de la Reine.

_Le 27, vendredi._—Il va au Blancmesnil, soupe à sept heures de la viande de M. d'Ocquerre, secrétaire d'État, et fils de M. le président de Blancmesnil.

_Le 28, samedi._—Il va à cheval à Louvres en Parisis, et y soupe.

_Le 29, dimanche._—Il revient à Paris, va chez la Reine sa mère et chez la Reine. Le soir encore chez la Reine, et à la comédie italienne.

_Le 1er février, mercredi._—A deux heures il va au conseil, où il se fait montrer les états de sa maison.

_Le 3, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 7, mardi._—Il va chez la Reine; depuis plusieurs jours il recorde son ballet chaque jour.

_Le 20, lundi._—Il va à la volerie plénière par les plaines du Roule, vers celle de Saint-Denis; les Reines et les dames y vont aussi. Elles s'en reviennent, et lui, sans découvrir son dessein à personne, va au Bourget, loge à une hôtellerie, y fait lui-même tout. Il étoit en eau, de peine, change de chemise, soupe à six heures de la viande qu'un poulailler de Senlis portoit à des conseillers et à Messieurs des Comptes à Paris, mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un porte-manteau; M. le grand-écuyer de Bellegarde lui fait son lit; il s'enveloppe dans sa mandille doublée de panne de soie, et se met sur le lit.

_Le 23, jeudi._—Il va à la comédie, où il fait aller M. le connétable de Lesdiguières, et M. Brulart, chancelier de France.

_Le 27, lundi._—Il va de çà, de là, attendant de danser son ballet[412], va chez M. le prince de Joinville, grand chambellan, se jette sur son lit, y dort tout vêtu, environ deux heures; commencé à danser son ballet après minuit, fini à cinq heures et demie. Il ne se couche point, déjeune, va à la messe, revient au conseil, dîne, part de Paris et va à Louvres en Parisis, soupe avec des viandes habillées par Georges, son premier cuisinier.

[412] Ballet des _Bacchanales_, organisé par Bordier; il a été imprimé à l'Imprimerie royale.

_Le 28, mardi._—Il revient à Paris à cinq heures, va chez la Reine sa mère, où se font les fiançailles du sieur de Loménie, seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, avec Mlle Marie de Marçais[413]. Il va en son cabinet, puis en la salle de bal, au bal, et revient à neuf heures trois quarts.

[413] Henri-Auguste de Loménie, sieur de la Ville aux Clercs, depuis comte de Brienne. Il eut la capitainerie des Tuileries à la mort du duc de Luynes. Il revenait, au moment de son mariage, d'une ambassade en Angleterre. Il fut enfin chargé des affaires étrangères sous la régence d'Anne d'Autriche, et mourut le 5 novembre 1666.

_Le 6, lundi._—Il va à la salle pour voir danser le ballet de la Reine, le matin.

· · ·

_Ici défaut la suite du présent journal durant onze mois douze jours, avec quelques autres interruptions, remarquées aux endroits, qui ont été misérablement perdus ou pillés et vilainement employés par la veuve femme du feu sieur Hérouard, premier médecin du roi Louis treizième._

ANNÉE 1624.

Lacune des deux premiers mois.—Le Roi chasse et couche à Versailles.—Cène de la Reine.—Le Roi se jette à l'eau pour en tirer un homme.—Le journal d'Héroard devient beaucoup plus court et monotone.—Manœuvres militaires à Compiègne.—Entrée du cardinal de Richelieu au conseil.—Le comte de Carlisle.—Le Roi pose la première pierre au pavillon du Louvre vers le jardin et à la fontaine de l'Hôtel de Ville.—Inscription de Grotius.—Le Roi se fait raser pour la première fois.—Il couche à Versailles, que l'on meublait.—Disgrâce du surintendant la Vieuville.—M. de Schomberg au conseil.—Chute de cheval du Roi.—Feu d'artifice pour sa naissance.—Été très-chaud.—Rambouillet.—M. d'Aligre chancelier.—Lacune dans le journal.

_Le 6 mars, mercredi._—Il va à Versailles à la chasse, revient au galop comme il étoit allé, va chez la Reine sa mère.

_Le 8, vendredi._—Il va à la chasse à Versailles, prend un renard, fait la curée.

_Le 9, samedi._—Il entre en carrosse et va pour la chasse à Versailles, y dîne, par après monte à cheval, va courir un cerf, le prend, revient de bonne heure et prend un renard. Après souper il va en sa chambre, fait faire son lit, qu'il avoit envoyé querir à Paris, y aide lui-même.

_Le 10, dimanche._—Il va à la messe, puis courir un renard, après dîner monte à cheval et arrive à Paris. Il va chez la Reine sa mère, au sermon, puis va jouer à la paume.

_Le 18, lundi._—Il va au conseil, donne audience au milord Richi, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre.

_Le 22, vendredi._—Il court le cerf et le loup à Chantilly, en prend deux de chaque, court après un renard.

_Le 29, vendredi._—Il va à Compiègne, à la chasse.

_Le 2 avril, mardi._—A sept heures il part de Compiègne et monte à cheval, et commande à son écuyer de bouche de prendre deux ou trois pièces de poisson pour son dîner et de le suivre; va à Arton, à Choisy où il fait faire l'exercice à six compagnies du régiment des gardes, et y mêle ses mousquetaires qu'il fait mettre pied à terre fort bien, et à dix heures fait étendre en terre des mandilles, dont il se sert de nappe, et a dîné. Il revient à Compiègne, au conseil, après son dîner.

_Le 4, jeudi saint._—Il va à la chapelle, lave les pieds aux pauvres, dîne à midi; va chez la Reine, lui voit faire sa Cène, revient en sa chambre et me fait l'honneur de me dire: _Je viens de voir ce que je n'avois jamais vu_. Il va en sa chapelle à Ténèbres; à six heures va jouer à la longue paume en la cour du château. Après son souper il va chez la Reine, se couche, puis se lève, s'amuse à faire des bataillons avec des jetons, puis se recouche et s'endort.

_Le 7, dimanche, jour de Pâques._—Confessé, il va à la chapelle à la messe, y a communié, touche les malades dans la basse-cour; le soir il va chez la Reine.

_Le 11, jeudi._—A une heure et demie, il monte à cheval et va à la chasse, court un lièvre qui passe une petite rivière; il le suit, et voyant devant un homme de cheval qui faillit à tomber, il se jette dans l'eau jusqu'au-dessus des bottes. Le sieur de Saint-Michel, celui qui saisit Ravaillac, descend dans l'eau, le prend aux bras et le porte au delà de la rivière. Le lièvre revient à passer l'eau, il suit de même dans l'eau, revient à six heures. Dévêtu, séché, essuyé, changé d'habit; il va au conseil, va chez la Reine, soupe et se couche à neuf heures.

_Le 12, vendredi._—Il part de Compiègne, va dîner à Moussy.

_Le 13, samedi._—Couché, il se lève en robe, fait appeller le sieur d'Argenson[414], fort entendu aux fonctions militaires, et s'amuse à dresser diverses sortes de bataillons et à en inventer de nouveaux, tant il est inventif en toutes choses et spécialement aux choses de la guerre; après il va chez la Reine.

[414] René de Voyer, seigneur d'Argenson, depuis conseiller d'État et ambassadeur à Venise, mort à Venise, en 1651. Il fut chargé de la démolition de la citadelle de Bergerac et de faire raser plusieurs châteaux dans la Marche, l'Auvergne et le Bourbonnais.

_Le 15, lundi._—Étant à cheval, son pied lui fait grand mal; il s'étoit plaint la veille du pied droit; débotté, chaussé d'un soulier, il ne laisse pas d'aller à la chasse. Le soir il a une grande douleur à l'orteil du pied droit; le soir mis dessus des mouillages.

_Le 18, jeudi._—Il va dans la plaine près de Compiègne, où il y avoit six compagnies de son régiment des gardes, leur fait lui-même faire les exercices. La Reine y étoit, M. le comte de Soissons, M. le connétable et toute la Cour; il faisoit extrêmement bien. Il revient à cinq heures chez la Reine sa mère.

_Le 29, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil, où il donne séance à M. le cardinal de Richelieu[415].

[415] «M. le cardinal de Richelieu, dit Bassompierre à cette date, avoit été mis au conseil étroit.»

_Le 1er mai, mercredi._—Il va jouer à la longue paume, et Monsieur, qui l'étoit venu voir, avec lui; à une heure il dîne, et Monsieur avec lui. Il va à la chasse au loup, a goûté à la campagne.

_Le 6, lundi._—La Reine sa mère, à Compiègne avec lui. Il va au conseil, donne audience aux Hollandois, va à la comédie italienne; après monte à cheval, va à la chasse.

_Le 8, mercredi._—Couché à dix heures; levé, il va chez la Reine[416], revient et s'endort jusques à cinq heures et demie après minuit.

[416] Ces mentions significatives sont fréquentes.

_Le 26, dimanche de la Pentecôte._—Il faisoit une excessive chaleur. Il touche les malades.

_Le 29, mercredi._—A midi il donne audience à l'ambassadeur de Venise.

_Le 30, jeudi._—Il a goûté de quatre sortes de vins que M. le duc de Savoie lui a envoyés.

_Le 31, vendredi._—A cinq heures du matin il va à cheval à la chasse, détourner un renard avec son limier; c'étoit une façon nouvelle qu'il avoit inventée.

_Le 3 juin, lundi._—Il donne audience à M. l'ambassadeur de Danemark.

_Le 4, mardi._—M. le comte de Carlisle[417], ambassadeur anglois, arrive pour le mariage de Madame, entre quatre et cinq heures.

[417] James Hay, comte de Carlisle.

_Le 5, mercredi._—A trois heures le comte de Carlisle voit le Roi à son audience première; le soir il va chez sa mère et chez la Reine.

_Le 7, jeudi._—Il donne audience à M. le comte de Carlisle seul, après va au conseil, puis chez sa mère; le soir il va chez la Reine.

_Le 10, lundi._—Il va à la chasse au renard, revient à quatre heures et demie, fait faire les exercices à six-vingts hommes de pied de sa suite, qu'il arma sur-le-champ des armes ramassées.

_Le 13, jeudi._—Il va chez sa mère, puis donne audience à l'ambassadeur de Danemark.

_Le 18, mardi._—Les Hollandois prennent congé de lui.

_Le 21, vendredi._—Il va chez la Reine le soir.

_Le 26, mercredi._—Il va à la comédie italienne, puis chez la Reine sa mère. Il est à son souper; sur la fin l'on dessert du massepain de la Reine; il n'avoit osé en demander, l'écoute et le demande à l'officier qui le desservoit, le prend, et le mange. Monsieur, son frère, y survient, lui en donne, le jeu l'échauffe; M. de la Vieuville y vient et M. Bautru[418]. Ils se prennent à la viande, aux poulets; lui en mange deux cuisses, et d'un poulet d'Inde, du pain assez, et bu un coup de vin fort trempé. A dix heures et demie il va en sa chambre, ayant pris congé de la Reine sa mère, et se promène avec M. de Montmorency, ne se couche point, monte à cheval à une heure et va à Louvres en Parisis.

[418] Guillaume de Bautru, né en 1586, d'un conseiller au grand conseil; il a été comte de Serrant, conseiller d'État, introducteur des ambassadeurs et plusieurs fois ambassadeur; ç'a été de plus l'un des beaux esprits du dix-septième siècle, au jugement de Ménage. Il mourut le 7 mars 1665.—Son frère, Nicolas de Bautru, comte de Nogent, était capitaine des gardes de la porte.

_Le 27, jeudi._—Il va au Blanc-Mesnil, dépouille son pourpoint, se met sur son lit à midi et s'éveille à quatre heures. Il va jouer à la longue paume deux heures, puis soupe et se couche à dix heures.

_Le 28, vendredi._—Il monte à cheval à onze heures, part du Blanc-Mesnil, arrive à Paris à une heure, va au Louvre pour mettre la première pierre du pavillon du côté du jardin, avec une médaille de la face et du revers du pavillon, avec lettre faite par M. Grotius, Flamand, homme très-docte[419]. Au partir de là il est allé à l'Hôtel-de-Ville, y a goûté, y met la première pierre d'une fontaine que l'on avoit fait venir en la place des eaux de Roungy, puis monte à cheval, va au galop à Versailles[420], y arrive à cinq heures, va à la chasse au renard, revient souper à huit heures.

[419] Hugues de Groot, compromis avec Barnevelt; il fut emprisonné et s'échappa par l'habileté de sa femme. Il vint en France, où il obtint une pension; il essaya de rentrer dans sa patrie, mais dut s'éloigner encore et rentra à Paris comme ambassadeur de Suède. Il mourut à Rostok, dans le Mecklenbourg, en 1645.

[420] On trouve dans le registre de la paroisse de Saint-Julien de Versailles, à la date du 30 juin 1624, l'acte de baptême d'une fille de François Mongey, concierge du château de Versailles, tenue par «Nicolas Bautru, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, pour et au nom de très-chrétien Louis treizième de ce nom, roi de France et de Navarre, lui étant à son château de Versailles». (_Archives de la mairie de Versailles._) L'installation de Louis XIII à Versailles est fixée à l'année 1624 par cet acte et par le journal d'Héroard à la date du 2 août suivant. La terre et seigneurie de Versailles ne fut cependant achetée par le Roi que le 8 avril 1632, à Jean-François de Gondi, archevêque de Paris.

_Le 29, samedi, à Versailles._—Il va à la messe, puis au bois à pied. Après dîner il monte à cheval pour aller au laissez-courre d'un cerf, puis va courir un renard.

_Le 30, dimanche, à Versailles._—Après dîner il fait faire l'exercice à ses mousquetaires.

_Le 1er juillet, lundi, à Versailles._—Il chasse au renard, va courir le cerf qui le mène jusques aux étangs de Marcoussy et revient à Versailles fort las.

_Le 2, mardi, à Versailles._—Il va à la messe, va faire donner la curée du cerf à ses chiens, revient au château, va faire faire l'exercice à ses mousquetaires, puis a tracé le plan de la basse-cour de sa maison de Versailles.

_Le 3, mercredi, à Versailles._—Il va à la messe, court le cerf, donne la curée à ses chiens.

_Le 4, jeudi, à Versailles._—Il chasse au renard.

_Le 5, vendredi._—Il part de Versailles après déjeuner.

_Le 14, dimanche._—Il fait ses cheveux lui-même, les sèche avec de la poudre, va à la comédie italienne, s'amuse à lire l'art militaire d'Élian[421].

[421] «_Cl. Œliani et Leonis imperatoris Tactica, gr.-lat., cum notis Sixti Arcerii et J. Meursii_; Leyde, Elzevir, 1613, in-4º.»

_Le 27, samedi, au Plessis._—Il mange d'un déjeuner donné par M. de Huxelles, maître de la maison[422]. Il part après le déjeuner; il soupe à Saint-Germain, soudain monte à cheval, et part sur les mêmes chevaux qui l'avoient porté et va à Ruel voir la Reine sa mère. Il revient de même à neuf heures.

[422] Jacques du Blé, marquis d'Uxelles, chevalier des ordres, lieutenant général en Bourgogne, maréchal de camp, tué au siége de Privas en 1629; il avait épousé, en 1627, Claude Phélypeaux, fille de Raymond, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'État.

_Le 28, dimanche._—Il va au conseil, à vêpres, puis à quatre heures et demie va en carrosse au coin de l'île, du côté bas de la garenne, commence à apprendre à nager par M. Galeteau, premier valet de chambre du Roi et le sieur Descluseaux, porte-manteau du Roi, et y demeure une heure.

_Le 29, lundi._—Il entre en carrosse, et va baigner à la rivière, comme le jour précédent.

_Le 30, mardi._—Il part de Saint-Germain, va à Joyenval dîner à l'assemblée.

_Le 31, mercredi._—Levé en robe, il va chez la Reine.

_Le 1er août, jeudi._—Il se fait raser la barbe pour la première fois (il ne y avoit que du poil presque imperceptible), par François Despaux, barbier de la chambre du Roi; il lui rase le menton et les joues.

_Le 2, vendredi._—Après souper il monte à cheval, part de Saint-Germain; va au déçu de chacun à Versailles, où il arrive à huit heures et demie, s'amuse à voir toutes les sortes d'ameublements que le sieur de Blainville, premier gentilhomme de la chambre, avoit fait acheter, jusques à la batterie de cuisine[423]. L'on l'a fait coucher tout vêtu sur son lit, lui disant qu'il seroit plus tôt prêt pour aller détourner le cerf.

[423] Dans un Inventaire général des titres du domaine de Versailles, manuscrit conservé aux Archives de l'empire (O, 12795, folio 307) on trouve l'indication d'un «État des héritages que le sieur Martin vend au Roi, situés dans le terroir de Versailles et ès environs, et datés du 5 et autres jours suivants du mois d'août 1624.»

_Le 3, samedi, à Versailles._—Éveillé à trois heures, il prend son limier et va au bois pour détourner le cerf, y est deux ou trois heures, et revient tout mouillé à Marly. Il se jette sur un méchant lit sans dormir, et après dîner va courir son cerf, qu'il avoit détourné. Il ne le prend point, et revient à Saint-Germain.

_Le 7, mercredi._—Après souper il va en son cabinet, prend son habit de drap, monte à cheval à sept heures et part de Saint-Germain pour Versailles, où il arrive à neuf heures.

_Le 8, jeudi, à Versailles._—Éveillé à trois heures et demie, il prend son limier, va à quatre heures au bois détourner le cerf, revient à Vaucresson, dîne à huit heures, se va coucher sur de la paille, puis monte à cheval et va courir le cerf.

_Le 10, samedi, à Saint-Germain._—Il est vêtu de noir pour le décès de M. de Lorraine.

_Le 12, lundi, à Saint-Germain._—Il va à la chapelle des terrasses à la messe; va à pied à son écurie, monte à cheval, va dans la forêt, à la mare aux canes, où il dîne sur les paniers, sous un chêne, tout de viande froide. Comme il fut remonté à cheval, le cheval du sieur Soupite, premier valet de chambre, se cabra, qui faillit à lui tomber sur les épaules, n'étoit qu'il s'en garantit d'un soudain coup d'éperon.

_Le 13, mardi._—Il envoie querir M. le marquis de la Vieuville, surintendant des finances, démis de sa charge par la bouche du Roi, qui commande à M. de Tresmes, capitaine des gardes du corps, de le faire entrer dans le petit carrosse de Sa Majesté accompagné d'un certain nombre d'archers, et de le faire conduire à Amboise[424].

[424] Il avait été nommé en 1623; le cardinal de Richelieu le rappela à la surintendance peu de temps après. Il mourut le 2 janvier 1653.

_Le 15, jeudi, à Saint-Germain._—Il communie, touche les malades, va chez la Reine, au sermon et à vêpres. A quatre heures, pour ne savoir que faire, il est dévêtu, mis au lit et s'endort jusques à six heures et demie. Après souper il va chez la Reine.

_Le 16, vendredi._—Il va courir le cerf, revient à cinq heures, fort hâlé et mauvais visage; va chez la Reine, puis en sa chambre, où il reçut les serments du prévôt des marchands et échevins de Paris; goûte sur le pied du lit et s'endort soudain.

_Le 18, dimanche._—La Reine sa mère étoit chez la Reine; il va au conseil, y établit M. de Schomberg. Le soir il retourne chez la Reine.

_Le 19, lundi._—Le soir chez la Reine.

_Le 20, mardi._—Il va chez la Reine, revient en sa chambre, me dit avoir froid, sur les onze heures, et en avoir eu de même le dimanche matin. Dévêtu, mis au lit; puis levé, il va chez la Reine en son cabinet, joue aux cartes et fait jouer aussi les princes et seigneurs. Après son souper il retourne chez la Reine, se plaint de lassitude par tout le corps, provenant du grand travail de la chasse du cerf; fait faire de la musique jusques à onze heures, et s'endort jusques à deux heures après minuit.

_Le 21, mercredi._—Rendormi jusques à neuf heures, amusé jusques à dix, il entend la messe. A onze heures levé, dîné à l'antichambre, il va après en sa chambre; mis au lit sans dormir, à cinq heures il se met au pied de son lit, y fait mettre la table, et fait jouer les jeunes seigneurs avec lui. A six heures levé en robe, soupé à l'antichambre. Remis au lit après; la Reine le vient voir.

_Le 22, jeudi._—Il va au conseil, puis entre en carrosse et va à la rivière, à la volerie; il faisoit une épouvantable et effroyable chaleur, se met sous un arbre à l'ombre sans se travailler. Mis au lit, relevé, il va chez la Reine.

_Le 24, samedi._—Il mange des muscats frais de Montpellier, cueillis dans la vigne de M. Mariotte, mon beau-frère. Le soir il se promène par la chambre à cause de la grande chaleur, avant de se coucher, se met au lit avec inquiétude.

_Le 27, mardi._—Il part de Saint-Germain-en-Laye, va voir la Reine sa mère, à Rueil, y mange d'une tarte aux prunes de la façon du sieur François, écuyer de bouche de la Reine. De là il va au galop jusques à Versailles, où il monte sur un cheval de pas, et va à Châteaufort, où il a dîné.

_Le 29, jeudi._—A deux heures il va en son écurie, où il saigne un peu du nez pour y avoir frotté avec le bout des doigts. A deux heures il monte à cheval et va à la chasse, revient souper à six heures.

_Le 31, samedi._—Il va en sa garde-robe, botté, va à la chasse. Courant à toute bride, à son accoutumée, son cheval tombe sur le devant, à chute redoublée, et tourne sur le côté; il ne se fait aucun mal, remonte sur le même cheval, quelque prière qu'on lui en fasse faire, et court comme auparavant; revient à sept heures souper.

_Le 29 septembre, dimanche._—Le soir il va chez la Reine sa mère, puis en face le portail, pour voir jouer les artifices de Morel, l'artiller, monté sur un cheval tout entouré de fusils, qui se promenoit.

_Le 4, vendredi._—Il revient à sa chambre, où il reçoit M. d'Aligre, garde des sceaux à serment de chancelier par le décès de M. Brulart, sieur de Sillery, qui décéda le jour précédent[425]. Puis il monte à cheval, et va à Châteaufort, où il a dîné.

[425] Étienne d'Aligre avait les sceaux depuis le 6 janvier précédent. Disgracié en 1626, on lui retira les sceaux, et il passa deux ans au château de la Rivière dans le Perche; il y mourut, le 11 décembre 1635.

_Le 7, lundi._—A onze heures il monte à cheval, part de Dourdan avec la pluie, va courir le cerf, court tout le jour ainsi jusques à la nuit, qu'il se trouve dans les bois de Rambouillet; il ne savoit où il étoit, à cause de l'obscurité de la nuit, ce qui le fait résoudre, me dit-il, d'aller tout droit pour pousser à l'aventure. Il trouve quelques maisons, se y arrête, arrive à Rambouillet tout mouillé, environ les huit heures, à l'hôtellerie.

_Le 8, mardi._—Le matin il part de Rambouillet, arrive à Versailles à huit heures, se met au lit, sans dormir, se lève à dix heures; part de Versailles, court et prend deux lièvres en chemin, et arrive à Saint-Germain. Il va chez la Reine, puis à sa chambre.

_Le 9, mercredi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 12, samedi, à Versailles._—Il détourne le cerf, rentre tout mouillé, change de linge, de chausses et de chaussures, et après dîner court le cerf jusques à Porchefontaine; il le laisse dans l'étang et revient à Saint-Germain.

_Le 14, lundi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 19, samedi, à Saint-Germain._—Il détourne le cerf le matin, le court l'après-dîner; la Reine y étoit.

_Le 31, jeudi._—Il n'a point voulu déjeuner, à cause du jeûne du jour; va à la chapelle des terrasses, revient en sa chambre, puis au conseil, chez la Reine sa mère. Il dîne, puis se va botter en sa garde-robe, monte à cheval à midi, et va à la chasse au renard; revient à cinq heures chez la Reine sa mère, après va en son cabinet, où il a fait collation à cause du jeûne.

_Le 1er novembre, vendredi._—Confessé, communié, touché les malades; il va chez la Reine le soir.

_Le 2, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine, qui lui donne à dîner à onze heures trois quarts; à une heure il monte à cheval, part de Saint-Germain[426].

[426] Depuis quelque temps Héroard ne prend plus les notes que quand le Roi reste chez lui; il ne le suit plus dans ses excursions, ou à la chasse, aussi y a-t-il un certain désordre et des interruptions. Héroard avait alors soixante-quinze ans, et devait n'avoir plus toute la force nécessaire pour suivre le jeune Roi dans ses promenades.

_Le 10, mercredi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 17, dimanche._—Il va en sa chambre, où il reçoit la nouvelle de l'entière résolution par le comte de Carlisle, ambassadeur d'Angleterre, sur le mariage de Madame.

_Le 19, mardi._—Il va chez la Reine.

_Le 20, mercredi._—Il part de Paris, va à Crosne.

· · ·

_Ici pareillement défaut de suite de ce journal jusqu'au mercredi 27 mai mil six cent vingt-six, qui sont dix-huit mois sept jours, qui ont aussi malheureusement été dissipés par sa veuve et ses parents._

ANNÉE 1626.

Lacune des cinq premiers mois.—Voyage du Roi avec la Reine.—Chartres.—Orléans.—Blois.—Arrestation des princes de Vendôme.—Tours.—Saumur.—Nantes.—Les États.—Manœuvres militaires.—Fiançailles du duc d'Orléans.—Départ.—Vitri.—Laval.—Le Mans.—Chartres.—Retour à Paris.—Lacune d'un mois.—Courses autour de Paris.—Lacune.

_Le 28 mai, jeudi._—[427] Il part de Paris pour aller à Versailles.

[427] Pendant l'intervalle de cette lacune, le Roi n'avait pas quitté les environs de Paris. La guerre civile s'était réveillée avec violence en Languedoc et en Aunis; la lutte commençait avec les Rochellois, soutenus par MM. de Rohan. On avait célébré à Paris, par procureur, le mariage d'Henriette de France avec le roi Charles Ier d'Angleterre (11 mai 1625). Le 11 février 1625 le Roi donna dans la salle du Louvre le ballet intitulé: _Les fées de la forêt de Saint-Germain_, où figurait aussi le duc de Montmorency. C'est une donnée des plus extraordinaires: Louis XIII y dansa habillé en espagnol, puis il représenta un des assaillants de la fée Alizon. Monsieur y dansa dans l'entrée des Demi-Feux.

En février 1626, édit de pacification pour les protestants; le 4 mai on conduisit à la Bastille le maréchal d'Ornano, accusé d'avoir voulu brouiller Monsieur avec le Roi, et la Cour eut quelques difficultés pour l'enregistrement d'édits bursaux.—C'est à cette époque que Monsieur prit le titre de duc d'Orléans et qu'on négocia son mariage avec Mlle de Montpensier; l'on commença aussi alors à cabaler contre Richelieu.

_Le 1er juin, lundi._—Il va au conseil, commande à M. de la Ville-aux-Clercs d'aller chez M. le chancelier lui demander les sceaux et les ayant rendus, les donne à M. de Marillac.

_Le 2, mardi._—Il part de Paris pour aller à Blois et va à Chartres, où il dîne; il va au-devant de la Reine sa mère, logée à Chanteloup.

_Le 4, jeudi._—Il arrive à Toury, fort mouillé d'un grand orage qui ne le peut empêcher de bêcher un renard qu'il prit.

_Le 5, vendredi, à Orléans._—Monsieur, son frère, arrive de Paris et va voir le Roi. Il va chez la Reine.

_Le 6, samedi._—Il part d'Orléans par eau, dîne en bateau, arrive à Blois à six heures; y soupe et se couche.

_Le 8, lundi._—Il va à la messe au donjon, puis chez la Reine sa mère, et revient en sa chambre, les pieds tout mouillés; il avoit passé dans l'eau jusqu'au jarret. Il va à la chasse au sanglier; le soir il va chez la Reine.

_Le 13, samedi._—A trois heures il commande à M. du Hallier, capitaine des gardes en quartier et à M. le marquis de Mouy[428], capitaine des grandes gardes, d'aller de sa part arrêter M. le duc de Vendôme et M. le grand prieur, son frère[429]. Il les fait prisonniers, on les mène par eau à Amboise. Après le Roi va au conseil, et chez la Reine, sa mère; à neuf heures il dîne, et va en sa chambre, s'endort jusques à trois heures après midi; le pouls un peu hâté.

[428] Louis de la Marck, marquis de Mouy, frère du comte de Brenne, capitaine des gardes, premier écuyer de la Reine; il mourut cette même année.

[429] Ils furent arrêtés pour avoir pris part aux cabales de la Cour. César y perdit le gouvernement de Bretagne; mis en liberté en 1630, il alla servir en Hollande.—Son frère mourut à Vincennes, le 8 août 1629, et on le crut empoisonné.

_Le 25, jeudi._—A huit heures et demie, il entre en carrosse, va à l'assemblée à la route de Beauregard, y a dîné dans la forêt, sous un arbre.

_Le 27, samedi._—Le Roi part de Blois pour aller à Tours.

_Le 29, lundi._—Il va faire sa prière à Notre-Dame-des-Ardillers, puis entre en bateau et va à Saumur; il ne veut point souper.

_Le 3 juillet, vendredi._—Il arrive à Nantes; Monsieur, son frère, couche avec lui.

_Le 11, samedi._—Il va à la salle des Jacobins, où l'on tenoit les États de la province, accompagné de la Reine sa mère, et de Monsieur, son frère.

_Le 18, samedi._—Il va chez la Reine sa mère, puis au conseil.

_Le 19, dimanche._—Il va dans son cabinet seul, entend M. le cardinal deux heures durant; après va à vêpres à Saint-Pierre.

_Le 21, mardi._—Le soir il va chez la Reine.

_Le 22, mercredi._—Il fait venir vingt compagnies du régiment des gardes, qui étoient alors près de lui, et les régiments de trois mille Suisses, avec les cent de la garde, les fait mettre en bataillon comme pour se battre.

_Le 31, vendredi._—Il va à l'assemblée à Bourgon, où il dîne; va à la chasse, puis chez la Reine sa mère.

_Le 5 août, mercredi._—Ce jour fut fiancé, par M. de Richelieu, Monsieur Gaston de France, frère unique du Roi, avec Mlle de Bourbon, fille de feu M. le duc de Montpensier[430].

[430] Marie de Bourbon, morte le 4 juin suivant. De ce mariage naquit Anne Marie-Louise d'Orléans, le 29 mai 1627, souveraine de Dombes, duchesse de Montpensier, morte sans alliance, le 5 avril 1693. Gaston se remaria avec Marguerite de Lorraine, le 31 janvier 1632.

_Le 6, jeudi._—Il va chez la Reine, sa mère; à onze heures, Monsieur épouse Mlle de Montpensier, par M. de Richelieu, aux Minimes.

_Le 13, jeudi._—A six heures et demie il va, dans la galiote de M. de Thoiras, se promener sur la rivière.

_Le 15, samedi._—Confessé par le père Souffren[431]; il va à Saint-Pierre et communie par M. le cardinal de Richelieu; touche dans le chœur de l'église trente-cinq malades.

[431] _Voy._ la note [442] du 1er novembre 1627.

_Le 18, mardi._—Il va à La Haye, voir M. le cardinal de Richelieu avant de se mettre au lit, se met en colère, ne se peut apaiser; en soi-même, se plaint à moi qu'il avoit tort.

_Le 23, dimanche._—La Reine mère part de Nantes pour aller coucher à Ancenis; il va l'accompagner.

_Le 24, lundi._—Il part de Nantes, et va[432] à Chevillière, maison de M. de Crapadoc, y dîne.

[432] Héroard ne mentionne même pas l'exécution du comte de Chalais, décapité à Nantes, le 19 août.—C'est alors que Richelieu, faisant ressortir les dangers dont il était environné, se fit concéder une compagnie de gardes.

_Le 25, mardi._—Il part de Chevillière, et va à Châteaubriand; y soupe.

_Le 27, jeudi._—Il part de Bain, et arrive à La Fontaine, maison de M. le duc de Brissac[433], y dîne, s'y promène, y joue.

[433] François de Cossé, fils aîné du second maréchal de Brissac et de Judith d'Acigné; grand pannetier de France, lieutenant-général en Bretagne, mort le 3 décembre 1651, à soixante-dix ans.

_Le 31, lundi._—Mis sur son lit pour se reposer et ne savoir que faire; il part de Fontaine, et arrive à Châteaubourg, puis va à Vitré.

_Le 1er septembre, mardi._—Il fait son entrée à Laval.

_Le 3, jeudi._—Il arrive au Mans.

_Le 7, lundi._—Il part de Champoud, et arrive à Chartres.

_Le 13, dimanche._—Il monte à cheval, va voir la Reine sa mère, à Limours, revient au conseil.

_Le 14, lundi._—Il arrive à Rambouillet, où il a soupé et couché.

_Le 16, mercredi._—Il arrive à Versailles.

_Le 17, jeudi._—Il arrive à Paris pour souper, va chez la Reine sa mère.

_Le 21 septembre, lundi._—Il retourne à Versailles, va à Saint-Germain.

_Le 24, jeudi._—Il va au bois dîner sur l'herbe, aux Loges; se met sur son lit dans la journée. Le soir il va chez la Reine[434].

[434] Il y a dans le manuscrit une lacune du 25 septembre au 1er novembre 1626. Pendant ce temps le connétable de Lesdiguières était mort, le 28 septembre.

_Le 1er novembre, dimanche._—Confessé, touché les malades, joué au palemail et à la longue paume. Il va chez la Reine sa mère.

_Le 2, lundi._—Il part de Saint-Germain, et va à Versailles.

_Le 3, mardi, à Versailles._—Il fait un excellent festin aux Reines et princesses, où il porta le premier plat, puis s'assied auprès de la Reine. Il y fit garder un ordre merveilleux, puis leur donna le plaisir de la chasse. Un lièvre poursuivi se vint rendre dans leur troupe.

_Le 4, mercredi, à Versailles._—Il va à la chasse.

_Le 15, dimanche._—Après dîner il part de Versailles, et va, en chassant aux chiens, à Saint-Germain, où il arrive à une heure, va chez les Reines, au conseil, et à trois heures monte à cheval pour revenir à Versailles[435].

[435] Il y a dans le manuscrit une autre lacune du 20 novembre 1626 au 1er janvier 1627. Le 19 décembre 1626, Malherbe écrivait à Peyresc: «Vous avez su le congé donné à Barradas (premier écuyer de la petite écurie). Nous avons un Saint-Simon, page de la même écurie, qui a pris sa place. Le Roi, mercredi dernier, le présenta à la Reine sa mère. C'est un jeune garçon de dix-huit ans ou environ. La mauvaise conduite de l'autre lui sera une leçon.» Bassompierre parlant aussi de la disgrâce de Barradas, dit «que l'on avoit mis en sa place, proche du Roi, un jeune garçon d'assez piètre mine et pire esprit, nommé Saint-Simon». C'est le père de l'auteur des _Mémoires_.

ANNÉE 1627.

Le Journal devient de plus en plus concis.—Voyages de plus en plus fréquents à Versailles.—Mort de Madame.—Maladie du Roi.—Départ pour la Rochelle.—Niort.—La Rochelle.—Le fort Louis.—La digue.

_Le 1er janvier, vendredi_.—Confessé, touché les malades.

_Le 8, jeudi._—Il part de Versailles, arrive à Paris. Le soir, il va chez la Reine[436].

[436] Nouvelle lacune jusqu'au lundi 8 mars. C'est à cette époque, dans une assemblée de notables qui se tint pendant les mois de janvier et février 1627, que Bassompierre, prenant la parole et reprochant au Roi la suspension de l'achèvement des bâtiments royaux, disait «que son inclination n'est point portée à bâtir, et que les finances de la chambre ne seront point épuisées par ses somptueux édifices, si ce n'est qu'on lui veuille reprocher le chétif château de Versailles, de la construction duquel un simple gentilhomme ne voudroit pas prendre vanité».

_Le 18 mars, jeudi, à Versailles._—A dîner il mange d'un pâté que M. le cardinal de Richelieu avoit envoyé à ses mousquetaires.

_Le 7 avril, mercredi._—Il va chez la Reine[437].

[437] Cette mention significative et, comme nous l'avons dit, accompagnée de chiffres, se reproduit le samedi 10 avril.

_Le 22, jeudi._—Il part de Versailles, vient à Paris, où M. le duc de Lorraine le salue en son cabinet.

_Le 23, vendredi._—Il donne audience au cardinal de Spada, nonce[438].

[438] Bernard Spada, né d'une famille assez obscure de la Romagne, en 1592, mort le 10 novembre 1661.

_Le 24, samedi._—Il donne audience aux Grisons.

_Le 26, lundi._—Il va chez la Reine sa mère, la voit dîner.

_Le 27, mardi._—Il part de Paris, va à Sainte-Geneviève-des-Bois.

_Le 15 mai, samedi._—Il part de Paris, va à la chasse au bicorne à Beaulieu, suivi de M. Flamen; après va à Morgemont.

_Le 27, jeudi._—Il va chez la Reine.

_Le 31, lundi._—A Auteuil, soupé; il va de Paris à Versailles.

_Le 4 juin, vendredi._—Il va au Louvre voir expirer Madame; après part de Paris, et va à Versailles.

_Le 5, samedi, à Versailles._—Il monte à cheval pour aller voir Monsieur, son frère, à Saint-Cloud, puis s'en retourne à Versailles.

_Le 16, mercredi._—Il va à Auteuil, où il dîne en la maison de M. Coquet, commissaire général de la maison du Roi.

_Le 19, samedi._—Il va à Vaucresson, où il a dîné, où Monsieur est venu le trouver, et ayant donné la serviette au Roi, s'en retourne à Saint-Cloud.

_Le 23, mercredi._—Il va aux Tuileries, donne de l'eau bénite au corps de Madame.

_Le 6 juillet, mardi._—Malade, on le fait suer; il se plaint, dit: _Je suis pris_; il a la fièvre, claque des dents.

_Le 14, mercredi._—Toujours malade. M. Charles et M. Bonnart[439] sont arrivés pour conseil.

[439] Médecins consultants.

_Le 20, mardi._—Toujours la fièvre, il se plaint de grandes lassitudes.

_Le 29, mardi._—Il est saigné par M. Boutin, l'un de ses chirurgiens. Il va pourtant au conseil, se fait souvent faire de la musique.

_Le 1er août, dimanche._—Il est encore malade; il a la fièvre; il fait dire la messe; il se lève à dix heures, se fait couvrir et mettre des bouteilles aux pieds. Il eut froid et dura ainsi avec un peu de frémissement jusques à douze heures et demie, et durant trois quarts d'heure eut un peu de sueur, et eut un peu de vigueur; à une heure et demie fort trempé de sueur, essuyé, prend de l'eau purgative, après mis au petit lit, à trois heures goûté. Le soir soupé, puis changé et mis au grand lit à sept heures.

_Le 15, dimanche._—Toujours la fièvre, il prend des demi-bains chaque jour et des eaux purgatives; ne sort pas.

_Le 19, jeudi._—A trois heures levé, porté en chaise jusqu'au delà de la chaussée, il part de Villeroy, entre dans la litière de la Reine sa mère. En chemin il se plaint d'un point du côté gauche dans les fausses côtes, d'appréhensions, envoie un valet de pied à Paris pour faire venir M. Bontemps, qui l'a suivi à Olinville, où il soupe et couche.

_Le 21, samedi._—On le saigne au bras gauche, six onces.

_Le 23, lundi._—Il part d'Olinville en la chaise de M. Liancourt.

_Le 24, mardi._—Il entend la messe au lit, à neuf heures se met dans la chaise, porté par des Suisses, part de Paloiseau; en haut de la montagne d'Igny monte à pied, puis se met dans le carrosse jusqu'à Versailles. A onze heures un quart il arrive, se met auprès du feu, puis sur son lit, à midi dîné à table; puis va en sa chambre, se couche sur son lit, se fait couvrir les jambes de sa robe fourrée, y est environ une heure, s'amuse à peindre. A quatre et demie il sort à pied, va à la porte entretenir les soldats du corps de garde, puis entre dans son petit carrosse tiré par un cheval, et va se promener voir son plant.

_Le 25, mercredi, à Versailles._—Il va à pied à la messe à l'église, revient à dix heures et demie, se met sur le lit; dîné en son cabinet. A une heure et demie il entre en carrosse, part de Versailles et chasse le renard dans le parc de Roquencourt, puis va jusqu'à la montagne de Marly, et à Marly se met dans sa chaise. Il est porté jusques au bas de la montée, où il entre en carrosse, et sur les quatre heures arrive au bâtiment neuf, à Saint-Germain.

_Le 28, samedi._—Il part dans son petit carrosse pour aller à la chasse au sanglier.

_Le 31, mardi._—La fièvre disparoît. Il prend du lait clair. Il va à la chasse et au conseil, conduit son carrosse lui-même.

_Le 12 septembre, dimanche._—Il part de Saint-Germain en Laye après déjeuner pour aller à Paris, où il arrive à onze heures, va chez la Reine sa mère, puis chez la Reine, à midi dîne en son cabinet, de sa viande. A trois heures il rentre en carrosse à cause de la pluie, et part de Paris pour retourner à Saint-Germain, où il arrive à six heures.

_Le 15, mercredi._—Il alloit mieux et, approuvé de tous les médecins qu'on avoit appelés, il les renvoya, leur donnant congé et les remerciant. Il va courir le cerf.

_Le 17, vendredi._—Il va en chassant de Saint-Germain à Versailles.

_Le 18, samedi, à Versailles._—Il va à l'église, puis fait faire l'exercice à ses mousquetaires.

_Le 21, mardi._—Il part de Versailles, va dîner à Chevreuse, et après va à Sainte-Maime.

_Le 25, samedi._—Il part pour Joinville.

_Le 9 octobre, samedi._—Il arrive à Niort[440].

[440] Le journal ne mentionne pas le départ du Roi. Depuis quelque temps l'armée et la flotte menaçaient la Rochelle. Le duc d'Orléans arriva au camp formé vers le mois d'août sur la ville, le 15 septembre.

_Le 13, jeudi, à Aitré[441]._—Il va au Plomb pour voir l'armée angloise.

[441] Aytré, village à deux lieues de la ville, où était le quartier général.—Le Roi arriva le 12, et prit son logement dans ce village; l'armée le salua de toute son artillerie.

_Le 30, samedi._—Il va en sa chambre et au conseil, retenu par le temps de vent et de pluie, il va à vêpres, fait collation, le soir se couche, ne dort pas, se lève par la chambre par inquiétude des troupes qui, sous la conduite de M. le maréchal de Schomberg, devoient passer du port de Plomb à l'île de Ré. Il se remet au lit, s'endort jusqu'à quatre heures.

_Le 1er novembre, lundi._—Il va à la messe, à confesse, n'a point voulu déjeuner; va au jardin, où il touche quatre cents malades. L'après-midi il va au sermon du père Suffren[442].

[442] Jean Suffren, jésuite, né en 1565; il suivit Marie de Médicis en Angleterre, et mourut en 1641; ses sermons furent publiés en 1622.

_Le 5, vendredi._—Il monte à cheval, va au Plomb, où il fait porter son dîner avec la viande de M. le maréchal de Bassompierre, et après va au fort Louis[443], où il n'avoit pas encore été, y fait tirer cinq ou six canonnades contre une barque qui alloit de l'île de Ré dans la Rochelle.

[443] Construit à 2 kilom. de la place, au couchant.

_Le 6, samedi._—Il va au conseil avec M. le Cardinal.

_Le 17, mercredi._—Ce jour-là, à trois heures, les Anglois ont levé les ancres et se sont du tout retirés.

_Le 23, mardi._—Il va au logis de M. le cardinal de Richelieu.

_Le 9 décembre, jeudi._—Il va plusieurs jours de suite à l'assemblée à Cigoignes, et y dîne. Il va voir la digue[444] qui se faisoit pour étroissir le port.

[444] La digue fut commencée le 28 novembre, par Louis Métezau et Jean Tiriot; elle fut achevée au mois de mai suivant par Pompée Targon.

_Le 17, vendredi._—Il va en sa chambre, botté; à une heure et demie monte à cheval, va chez M. le cardinal de Richelieu.

ANNÉE 1628.

Danger du Roi en mer.—L'escadre rocheloise.—Le Roi est souffrant.—Héroard mandé à Aytré.—Dernière journée écrite par Héroard.—Mort d'Héroard.

_Le 1er janvier, samedi._—Confessé, communié, il touche les malades, va au conseil.

_Le 11, mardi._—Il monte à cheval, va à Maran, où M. de la Musse prend les notes.

_Le 12, mercredi._—Il va se mettre par eau dans le canal, à la pêche; le vent le porte à la mer, fort en danger. Il revient à quatre heures.

_Le 19, mercredi._—A deux heures après minuit éveillé à l'alarme des vaisseaux qui sortoient hors la ville, et au bruit de plus de cinquante coups de canon[445]. Il est inquiet jusques à sept heures, s'endort deux heures durant; éveillé à neuf heures, il n'a point déjeuné; à onze heures il va en son cabinet, dîne.

[445] Les capitaines Bragneau et Gobert sortirent avec deux brûlots et six navires pour gagner l'Angleterre, et ils passèrent heureusement hors de la baie.

_Le 24, dimanche._—J'arrive à Aytré mandé en diligence; j'arrive à neuf heures du soir; le Roi étoit couché. Il m'envoie commander de me trouver le matin à son lever. J'ai l'honneur de le voir à sept heures; MM. de Gorry, de Chiest, de Guillaume résolvent ensemble de lui tirer du sang, ce qui fut exécuté à neuf heures, saigné au bras droit.

_Le 28, vendredi._—Le marquis de Spinola, allant de Flandre en Espagne, le vient saluer. Il se retire dans le carrosse du Roi comme il étoit venu.

_Le 29 janvier, samedi._—Éveillé à six heures après minuit, doucement levé, bon visage, gai, pissé jaune, assez peigné, vêtu, prié Dieu, altéré, ne veut point de bouillon, prend son julep d'eau d'orge et du jus de citron; va à la messe, se va promener à pied à la digue, revient à dix heures; dîné, deux pommes cuites sucrées, chapon pour potage et pain bouilli, veau bouilli, la moelle d'un os, potage simple confit et jus de citron, hachis de chapon avec pain émié, gelée, le dedans d'une tarte à la pomme; une poire confite, trois cornets d'oublie, pain assez, bu du vin clairet fort trempé, dragée de fenouil la petite cuillerée. Va à sa chambre, et à midi va à pied à la Malmète; revient à quatre heures, va en son cabinet; à six heures soupe, potage et hachis de chapon, et jus de veau, potage confit avec jus de veau, veau bouilli, la moëlle d'un os, les pilons[446].

[446] Nous avons reproduit cette dernière journée textuellement. Elle peut faire juger de ce qu'est le journal d'Héroard dans ses dernières années.

_Ici finit le journal de la vie active du Roi Louis treizième, exactement décrit et contenant six volumes, dont le présent est le dernier, depuis sa naissance jusqu'à ce jour, par Messire Jehan Hérouard, seigneur de Vaugrineuse, son premier médecin, qui fut saisi de maladie à Aitré, au camp devant la Rochelle, le samedi vingt-neuvième janvier mil six cent vingt-huit, et y décéda le huitième février en suivant, au service du Roi, son maître, à la santé duquel il s'étoit entièrement dédié, âgé de soixante-dix-huit ans, moins curieux de richesses que de gloire d'une incomparable affection et fidélité._

_Son corps repose dans l'église de Vaugrineuse._

APPENDICES.