‹ Journal d’un voyageur pendant la guerreChapitre 101 sur 114 · 28 au soir.

28 au soir.

Mais les exaltés veulent le mâter, le livrer peut-être. Il y a encore eu une tentative contre l’Hôtel-de-Ville, et cette fois des gardes nationaux insurgés ont tiré sur leurs concitoyens. Ce parti, si c’en est un, se suicide. De telles provocations dans un pareil moment sont criminelles et la première pensée qui se présente à l’esprit est qu’elles sont payées par la Prusse. On saura plus tard si ce sont des fous ou des traîtres. Quels qu’ils soient, ils tuent, ils provoquent la tuerie : ce ne sont pas des Français, ou ce ne sont pas des hommes.

On parle d’armistice et même de capitulation. Ces émeutes rendent peut-être la catastrophe inévitable. Les journaux anglais annoncent la fin de la guerre. Le gouvernement de Bordeaux s’en émeut et nous défend d’y croire. Ne lui en déplaise, nous n’y croyons que trop. La misère doit sévir à Paris. On a beau nous le cacher, nos amis ont beau nous le dissimuler, cela devient évident. Le bois manque, le pain va manquer. L’exaltation des clubs va servir de prétexte à ce qui reste de bandits à Paris, – et il en reste toujours, – pour piller les vivres et peut-être les maisons. La majorité de la garde nationale paraît irritée et blâme la douceur du général Trochu. Le général Vinoy est nommé gouverneur de Paris à sa place. Est-ce l’énergie, est-ce la patience qui peuvent sauver une pareille situation ? – Elle est sans exemple dans l’histoire. Les Prussiens sont-ils appelés à la résoudre en brûlant Paris ? On ne ferme pas l’œil de la nuit, on voudrait être mort jusqu’à demain, – et peut-être que demain ce sera pire !

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