‹ Journal d’un voyageur pendant la guerreChapitre 50 sur 114 · Jeudi 10.

Jeudi 10.

Notre impuissance semble s’accuser de plus en plus. Nous avons pourtant une armée sur la Loire, mais que fait-elle ? est-ce bien une armée ? – Il neige déjà ! la terre est toute blanche, des arbres encore bien feuillus font des taches noires de place en place. La campagne est laide aujourd’hui, sans effet, sans moelleux, sans distances. La terre devient cruelle à l’homme.

Ah ! voici enfin un fait : Orléans est repris par nous ; l’ennemi en fuite, poursuivi jusqu’à Artenay. La garde mobile s’est bien battue, la ville s’est défendue bravement. Pourvu que tout cela soit vrai ! Si nous pouvons lutter, l’honneur commande de lutter encore ; mais je ne crois pas, moi, que nous puissions lutter pour autre chose. Nous sommes trop désorganisés, il y aura un moment où tout manquera à la fois. Ceux qui sont sur le théâtre ne savent donc pas que les dessous sont sapés et ne tiennent à rien ? On se soupçonne, on s’accuse, on se hait en silence. La vie ne circule pas dans les artères. Nous avons encore de la fierté, nous n’avons plus de sang.

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