‹ Journal d’un voyageur pendant la guerreChapitre 77 sur 114 · 23, 24 décembre.

23, 24 décembre.

Depuis deux jours, bonnes nouvelles de Paris, de l’armée du Nord et de celle de la Loire. On est si malheureux, on voit un si effroyable gaspillage d’hommes et d’argent, qu’on doute de ce qui devrait réjouir. Quelle triste veillée de Noël ! Je fais des robes de poupée et des jouets pour le réveil de mes petites-filles. On n’a plus le moyen de leur faire de brillantes surprises, et l’arbre de Noël des autres années exige une fraîcheur de gaieté que nous n’avons plus. Je taille et je couds toute la nuit pour que le père Noël ne passe pas sur leur sommeil de minuit les mains vides. Nous étions encore si heureux l’année dernière ! Nos meilleurs amis étaient là, on soupait ensemble, on riait, on s’aimait. Si quelqu’un eût pu lire dans un avenir si proche et le prédire, c’eût été comme la foudre tombant sur la table.

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