‹ Joyeusetés galantes et autresChapitre 50 sur 51 · ''LA SULTANE ROZRÉA''

''LA SULTANE ROZRÉA''

BALLADE TRADUITE DE LORD BYRON

PAR EXUPÈRE PINEMOL

Élève du petit séminaire de La Fère en Tardenois (Aisne)

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

— « Giaour, dit la sultane, en lui lavant à l’eau de rose la verge qu’il avait fort belle et démesurément longue, giaour, ton gland est arrondi et vermeil comme la coupole des mosquées au soleil couchant ! »

Et elle le lui essuya avec l’organe de la parole.

Après les spasmes d’une jouissance sans mélange, le maréchal des logis Corbineau se tortilla négligemment la moustache :

— « J’ai senti bien des langues dans ma vie, exclama-t-il, mais, c’est égal, je suis esbrouffé ! »

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

Le petit nègre d’Éthiopie souleva la portière de brocart à franges d’or ; il était vêtu d’un tablier blanc, pas plus grand que la main, et portait des tchiboucks à bouquins d’ambre, ronds et laiteux ; d’un sachet brodé de perles, il tira le latakieh dont les brins sont fins comme les cheveux, et roux comme les poils du veau.

— « J’aime autant le caporal, dit le maréchal des logis Corbineau, en se tortillant négligemment la moustache, mais, c’est égal, je suis esbrrouffé ! ! »

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

La sultane Rozréa détacha de la muraille sa viole à trois cordes, et commença de battre un refrain lent et cadencé.

Elle chanta :

Auprès des rivages du Phase,
Aux pieds du sourcilleux Caucase,
J’ai vu le jour ;
Chaude fille de Géorgie,
Je n’ai de goût que pour l’orgie,
Et pour l’amour !
À peine ma toison se frise,
Je tache à peine ma chemise,
Car j’ai quinze ans.
Et déjà, de ses lèvres fines,
Mon con serra les quinze pines
De quinze amants !
Oui, cette imperceptible fente
Huma de semence écumante
Plus d’un tonneau.
Mais aujourd’hui c’est toi que j’aime !
Viens ! et tu seras le seizième !
Mon Corbineau !

— « J’aime autant la chanson de la mère Camus dit le maréchal des logis Corbineau, en se tortillant négligemment la moustache, mais, c’est égal, je suis esbrrrouffé ! ! ! »

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

— « Décousez le sac ! » dit le capitan-pacha.

On décousit le sac, et la sultane Rozréa apparut, pâle, échevelée, et tournant vers Corbineau un œil éteint.

— « Corbineau, murmura-t-elle, c’est toi seul que j’aime ! ! »

— « Recousez le sac, dit le capitan-pacha, et à l’eau ! »

.....Le Bosphore tournoya en cercles infinis.

— « L’eau n’est pas très froide pour la saison, dit le maréchal des logis Corbineau, en se tortillant négligemment la moustache, mais, c’est égal, je suis esbrrrrouffé ! ! ! ! »

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

— « Emmenez ce chien, et asseyez-le où vous savez ! » dit le capitan-pacha.

Les chefs des eunuques, Abou-Gastrah et San-Kouyoku, bondirent comme des tigres vers Corbineau ; mais l’un d’eux s’étant embarrassé dans ses jupes battantes, celui-ci profita de l’occaz pour risquer un œil sous les vêtements de l’esclave. Il vit deux cuisses maigres et pelées, et quelque chose de flasque, au milieu, qui pendait.

— « J’ai vu de fiers clitoris dans ma vie, dit le maréchal des logis Corbineau, en se tortillant négligemment la moustache, mais c’est égal, je suis esbrrrrrouffé ! ! ! ! !»

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

Sur la place publique se dressait une longue tige de fer, en manière de paratonnerre ; on l’aimanta de Corbineau.

Quand la pointe entra, il fit la grimace…

Quand elle sortit, il cria : « Nom de Dieu ! » et tourna la tête pour voir…

Eunuques et icoglans avaient disparu.

Il ne restait que le capitan-pacha, lequel se grattait le cul d’un geste ironique, et souriait jaune.

— « J’avais prêté mon anus à bien des usages, dit le maréchal des logis Corbineau en se tortillant négligemment la moustache, mais, c’est égal, je suis esbrrrrrr… »

Et il claqua.

.....Le vent soufflait dans les orangers, et il sentait bon.

FIN.

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