ACTE IV.
1. Ce fut Brutus lui-même, qui jugea et condamna Lucius Pella, le lendemain même de la scène que Shakespeare va nous montrer. Cette condamnation ne précéda donc pas la dispute de Cassius et de Brutus, mais la suivit au contraire. Du reste Cassius, nous apprend Plutarque, s’en montra fort affligé, et fit valoir pour excuser Pella les mêmes excuses qu’il présente dans Shakespeare.
2. Ce grotesque incident est historique ; seulement ce faiseur d’embarras n’était pas un poëte, mais un philosophe, et s’appelait Favonius. Voici comment Plutarque raconte cette anecdote : « Bientôt ils (Brutus et Cassius) se laissent emporter aux larmes et aux mots blessants : leurs amis étonnés de leur violence et de leur ton de colère, craignent qu’il n’en résulte quelque chose de fâcheux ; mais l’entrée de la chambre leur est interdite. Marcus Favonius, ce partisan zélé de Caton, philosophe moins par raison que par une fougue et une passion furieuses, veut entrer et est arrêté par les esclaves. Mais c’était toute une affaire de contenir Favonius quand il s’était mis quelque chose en tête : il était en tout violent et emporté. Il considérait comme rien d’être sénateur romain ; et la liberté cynique de son langage ne servait point à le relever, ses boutades intempestives n’étant presque jamais accueillies que par des rires. Il écarte en ce moment avec violence les mains de ceux qui le repoussent, entre, et grossissant sa voix, il récite les vers que Nestor prononce dans Homère :
Mais écoutez, votre âge est au-dessous du mien,
et le reste. Cassius se met à rire, mais Brutus le chasse en l’appelant faux chien et franc cynique. Cependant ils ne poussent pas plus loin leurs contestations et se retirent. Cassius donnait un dîner ; Brutus s’y rend avec ses amis. On était assis, quand Favonius arrive en sortant du bain. Brutus proteste qu’il ne l’a pas invité et ordonne qu’on le mette au haut bout de la table : Favonius se place de force au milieu. Il règne dans le repas une aimable gaieté qui n’exclut pas la philosophie. » (Plutarque, Vie de Brutus. Traduction Talbot.)
3. Selon quelques historiens, Portia serait morte non avant mais après Brutus. Voici comment Plutarque résume les diverses traditions qui avaient cours sur cette mort. « Antoine renvoya les cendres de Brutus à Servilia, sa mère. Quant à Portia, femme de Brutus, Nicolas le philosophe et Valère Maxime rapportent que voulant mourir, mais détournée de ce dessein par ses amis qui s’y opposaient et la gardaient à vue, elle prit un jour au feu des charbons ardents, les avala, tint sa bouche complètement fermée et s’étouffa ainsi. Il existe cependant une lettre de Brutus, dans laquelle il adresse des reproches à ses amis et déplore le sort de Portia, qu’ils ont négligée et laissée se donner la mort pour la délivrer d’une maladie. Il semble donc que Nicolas ait commis un anachronisme ; car on voit et la maladie de Portia, et son amour pour son mari, et le moyen qu’elle employa pour se donner la mort, nettement exposés dans cette lettre si elle est vraiment de Brutus. (Plutarque, Vie de Brutus.)
4. C’était une ancienne croyance qu’à l’approche des spectres la lumière des flambeaux s’obscurcissait ou brûlait bleue.