‹ L'Abbé de l'Épée: sa vie, son apostolat, ses travaux, sa lutte et ses succèsChapitre 41 sur 42 · XXXVIII

XXXVIII

Pièces de vers auxquelles donne naissance l'inauguration de la statue de l'abbé de l'Épée, à Versailles. Improvisation poétique du sourd-muet Pélissier, avec épigraphe du sourd-muet Lenoir.--Le conseil municipal autorise le maire à accepter le monument, et adresse des remercîments aux commissaires, aux souscripteurs et au statuaire.--La commission sollicite en vain de M. le Ministre de l'intérieur, par l'intermédiaire de M. le préfet, une dernière subvention pour solder ses comptes.--Relevé définitif des recettes et dépenses.--Tribut de regret de la commission à quatre de ses membres décédés.--Ses remercîments à M. le préfet Aubernon.--Elle décerne une médaille au statuaire Michaut.--Désir des souscripteurs sourds-muets de voir leurs noms imprimés dans les journaux, afin de constater leur reconnaissance pour l'abbé de l'Épée. La commission ne peut que faire lithographier des listes générales.--Conclusion: sept vœux émis; trois encore à exaucer, une statue dans l'Institution, berceau de l'art d'élever les sourds-muets; deux inscriptions, l'une, sur la maison modeste où il naquit, à Versailles; l'autre, sur la maison modeste où il commença à enseigner, à Paris.

A l'occasion de l'inauguration de la statue, plusieurs pièces de vers, plus remarquables, en général, sous le rapport de l'intention que sous celui du talent, parurent dans les journaux de Seine-et-Oise.

Notre poëte sourd-muet, Pélissier[105], voulut chanter, à son tour, cet envoyé du ciel, et, plus heureux, il réussit à le faire dans la véritable langue des dieux.

Ses vers ont pour épigraphe cette pensée d'un de nos frères:

Élever des statues aux grands hommes, c'est léguer à la postérité de sublimes leçons.

A. LENOIR.

Il est de certains noms consacrés par la gloire, Ainsi que ces feux purs qui scintillent aux cieux, Astres éblouissants qu'aux pages de l'histoire Les siècles font éclore en jalons lumineux. L'esprit de l'Évangile, en dépit de l'envie, Fait rayonner leur front d'un éclat souverain, Et l'artiste leur doit une seconde vie Dans le granit ou dans l'airain.

M. le préfet, président d'honneur de la commission, adressa, le 16 septembre, à M. le baron de Fresquienne, expédition d'une délibération par laquelle le conseil municipal de Versailles autorisait M. le maire à accepter l'hommage fait à la ville du monument de l'abbé de l'Épée. Dans cette même délibération, le conseil municipal votait des remercîments aux commissaires, aux souscripteurs et à l'artiste désintéressé, auteur de la statue.

· · ·

M. le préfet transmit, le 30 avril 1844, à M. le Ministre de l'intérieur, la demande formée par les membres de la commission, à l'effet d'obtenir une nouvelle subvention de 1,800 francs, pour acquitter la somme restant à payer aux entrepreneurs qui ont contribué à la construction et à l'érection du monument. Malgré la recommandation et les démarches personnelles de ce fonctionnaire, M. le Ministre ne put accueillir favorablement cette pétition, et voici en quels termes il l'en informa:

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«J'aurais voulu, Monsieur le préfet, qu'il me fût possible de donner suite à votre demande, mais l'état des fonds dont je dispose pour encouragement aux beaux-arts ne m'en offre pas les moyens. Je vous en témoigne tous mes regrets.»

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Le 25 juin 1845, les membres composant la commission ouvraient leur quatorzième et dernière séance chez M. le baron de Fresquienne, pour procéder à la clôture définitive de leurs opérations.

Lecture fut faite d'un rapport divisé en cinq paragraphes:

1º Compte-rendu des opérations depuis la première séance jusqu'au jour de l'inauguration;

2º Procès-verbal de la séance d'inauguration;

3º Compte-rendu des travaux jusqu'à ce jour, 25 juin 1845;

4º Examen des comptes de M. le trésorier, et rapport;

5º Inventaire des pièces écrites et imprimées de la commission.

COMPTES DE M. LE TRÉSORIER,

Recettes.

1º Subvention du Ministre de l'intérieur. 3,000 f. » c.

2º Souscription du roi. 300 »

3º Souscription de la ville de Versailles. 2,000 »

4º Souscriptions particulières. 6,499 »

5º Intérêts de fonds libres placés momentanément chez M. le receveur général. 208 40

6º Allocation de la ville de Versailles pour solder les travaux. 1,805 47 ------------ Total. 13,812 f. 87 c.

Dépenses.

1º Acquisition de registres et autres menues dépenses. 11 f. 10 c.

2º Frais d'un modèle en bois, et papier. 27 50

3º Frais d'impressions diverses. 1,099 50

4º Affranchissements et ports de 531 45 lettres ----------- Transport. 1,669 f. 55 c.

5º Remboursement à M. Michaut des déboursés du modèle de la statue et de son transport à l'Institution des sourds-muets, où elle a été exposée. 1,270 »

6º Prix du bronze et de la fonte de la statue payé à M. Saint-Denis. 6,000 »

7º Acquisition et frais de transport du granit de Soignies, pour le piédestal, et frais accessoires. 1,462 96

8º Prix de la grille d'entourage en fonte. 993 80

9º Écritures diverses payées au sieur G..., et à d'autres personnes employées par M. de Sainte-James. 155 05

10º Gravure d'une planche en cuivre placée sous le piédestal, payée à M. Gabriel Cerf. 77 »

11º Travaux d'établissement de la statue, du piédestal, et accessoires payés aux divers entrepreneurs. 2,182 51 ------------ Total. 13,810 f. 87 c. =============

Balance.

La recette s'élève à 13,812 f. 87 c. La dépense à 13,810 87 -------------- Par conséquent, le trésorier est reliquataire de. 2 f. » ================

Quant à l'engagement pris de publier l'état des recettes et dépenses dans les trois mois de la clôture des travaux,

Attendu qu'il a été impossible de pourvoir plus tôt à cette obligation; que, d'un autre côté, la publication serait suffisante si elle était faite dans les journaux du département,

La commission arrête ce qui suit:

Il sera fait une seule publication dans l'un des journaux qui paraissent à Versailles; elle sera ainsi conçue:

«La commission des souscripteurs au monument de l'abbé de l'Épée, en terminant ses travaux, a arrêté le chiffre de ses recettes et de ses dépenses dans sa dernière séance du 25 juin, et, afin de se montrer fidèle à l'engagement qu'elle a pris dans ses prospectus, elle a fait la déclaration qui précède.»

L'excédant en recette de 2 francs fut versé à la caisse du bureau de bienfaisance.

La commission, en se séparant, crut devoir exprimer les vifs regrets qu'elle avait éprouvés de ce que quatre de ses membres les plus distingués, dont elle avait été à même d'apprécier le zèle et les lumières, n'avaient pu assister au terme de ses travaux.

La mémoire du marquis de Sémonville et du chevalier de Jouvencel, et les souvenirs si rapprochés encore de MM. Taphinon et Douchain, lui étaient précieux, et l'on savait combien leur concours avait été généreux et utile.

La commission voulut aussi témoigner sa vive reconnaissance à M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise, qui, en acceptant le titre de président d'honneur, avait facilité l'accomplissement de ses travaux.

Heureuse et flattée de son bienveillant patronage, elle aimait à renouveler à ce digne magistrat l'expression de sa profonde gratitude.

Après avoir pris l'avis de ses collègues, M. le président déclara les travaux terminés et la commission dissoute.

EXTRAIT DU COMPTE-RENDU DES OPÉRATIONS DU BUREAU DEPUIS L'INAUGURATION.

«Le conseil municipal, sur la proposition d'un de ses membres, étranger à la commission, a décerné, en 1843, à M. Michaut, notre statuaire, une médaille comme témoignage de sa reconnaissance pour son zèle désintéressé. Ce don, modeste en apparence, vous paraîtra néanmoins précieux, et honorer autant l'artiste qui s'en est rendu digne que le corps qui le lui a décerné.»

Les sourds-muets souscripteurs du monument avaient exprimé le vœu que leurs noms fussent publiés dans les journaux. Ce n'était pas orgueil de leur part, c'était le besoin impérieux de prouver à leurs frères, à leurs parents, à leurs amis, qu'ils avaient répondu, comme c'était, pour eux, un devoir, à l'appel d'une légitime reconnaissance. Certainement le plus vif désir de la commission Versaillaise eût été de se rendre à leur juste empressement; mais elle recula devant les dépenses auxquelles cet objet l'aurait entraînée. Il eût fallu payer les frais d'insertion 50 centimes la ligne, et il en aurait coûté 200 francs, au moins, pour obtenir cette publicité dans un seul grand journal de Paris; de plus, on eût dû envoyer un exemplaire de cette liste à chaque sourd-muet souscripteur. C'était, à 20 centimes l'un, 16 francs encore! non compris ceux qui avaient souscrit collectivement. La commission pensa qu'il valait mieux faire lithographier des listes de tous les souscripteurs, sans exception, lesquelles leur seraient distribuées, et permettraient d'en reproduire d'autres dans la suite. Ces listes, d'accord avec les quittances individuelles, appartiennent à chaque souscripteur, pour qui elles constituent comme un titre personnel[106].

Sur les sept vœux émis dans cet ouvrage, quatre seulement sont exaucés:

Un monument s'élève dans l'église Saint-Roch, à Paris, près de l'autel où l'abbé de l'Épée célébrait la sainte messe, sur l'emplacement même où reposent ses dépouilles mortelles.

Sa statue orne le fronton de l'Hôtel de Ville de la capitale de la France.

Une autre statue du saint Vincent de Paule de nos frères d'infortune décore une des places de Versailles, sa patrie.

Son portrait a été inauguré au Musée national de cette ville.

Mais le berceau de son admirable création, mais l'Institution nationale des sourds-muets de Paris, attend encore sa statue, qui lui a été promise.

Mais rien ne signale même au respect public la maison modeste où il naquit à Versailles, la maison modeste où il commença à enseigner à Paris.

Paris, Versailles, la France, le monde entier, acquitteront-ils donc enfin ces trois dernières dettes de reconnaissance?

En douter un instant serait leur faire injure.

Nous attendons avec une pleine confiance la réalisation prochaine de nos trois derniers vœux.

FIN.

NOTES.

(A) L'orthographe du nom de l'abbé de l'Épée a été l'objet d'une discussion intéressante, à l'époque où l'on s'occupait de l'érection de sa statue à Versailles.

Lespée, c'est ainsi que ce nom est signé par son père dans l'extrait du registre de 1712 des actes de l'état civil de la ville de Versailles, que nous rapportons textuellement plus bas. Lespée, c'est ainsi qu'il est écrit encore au frontispice d'un petit livre pour étudier les règles du jeu de trictrac, qui porte le millésime de 1698, et qu'une des nièces du célèbre instituteur, madame la comtesse de Courcel, a bien voulu me communiquer il y a onze ou douze ans. Mais à cette orthographe nous opposons, non-seulement celle de la signature qu'on lit au bas d'une lettre autographe par lui adressée à l'abbé Salvan, son élève, et, comme lui, instituteur des sourds-muets, mais encore celle du nom de de l'Épée retrouvé sur un livre dont il fit don à Anne-Catherine Dessales, sourde-muette, pour récompense de la science dont elle avait donné des preuves dont un exercice public à Paris, le 8 août 1779.

D'ailleurs, n'avons-nous pas plus d'un exemple de ces altérations d'orthographe?

L'empereur Napoléon, qui s'appelait d'abord Buonaparte (un nom italien), ne signa-t-il pas Bonaparte dès qu'il se vit investi du commandement de l'armée d'Italie?

A la vue de la noble particule, précédant le nom de notre héros pacifique, quelqu'un osera-t-il accuser sa vanité? Mais qui donc ignore que son humilité était devenue proverbiale?

(3e Arrondissement de Seine-et-Oise.)

MAIRIE DE VERSAILLES.

Extrait du registre des actes de naissance de la ville de Versailles, pour l'année 1712.

L'an mil sept cent douze, le vingt-six novembre, a été baptisé Charles-Michel né avant-hier, fils de Charles-François Lespée, expert ordinaire des bâtiments du roi, et de Françoise-Marguerite Varignon, son épouse, de cette paroisse. Le parrain a été Michel Varignon, oncle maternel; la marraine, Catherine Portier, veuve de Thomas Valleran, entrepreneur des bâtiments du roi, qui ont signé avec le père présent.

Signé: Michel Varignon, Catherine Portier, Lespée et Blaise, prêtre.

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(B) Voici une note, concernant les formulaires, que nous devons à l'obligeance d'un de nos amis, M. Dupoux:

«Deux formulaires, ou actes d'adhésion, furent imposés aux catholiques, à l'occasion des disputes sur le jansénisme.

«Voici la traduction du premier, arrêté par l'Assemblée du clergé, en 1656, et sanctionné par une bulle d'Alexandre VII, du 16 octobre de la même année:

«Je me soumets entièrement à la Constitution de notre Saint Père le pape Innocent X, du 31 mai 1653, selon son véritable sens, expliqué par l'Assemblée de Messeigneurs les prélats de France, du 28 mars 1654, et confirmée, depuis, par le bref de Sa Sainteté, du 29 septembre de la même année. Je reconnais que je suis obligé, en conscience, d'obéir à cette Constitution, et je condamne, de cœur et de bouche, la doctrine des cinq propositions de Cornélius Jansenius, contenues dans son livre, intitulé Augustinius, que le pape et les évêques ont condamnées, laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansenius a mal expliquée contre le vrai sens du saint docteur.»

«La signature pure et simple de ce premier formulaire fut ordonnée par l'Assemblée du clergé de 1660, et rendue obligatoire comme loi de l'État par une déclaration royale du 20 avril 1664.»

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«Voici maintenant la traduction du second formulaire, appelé le formulaire d'Alexandre VII, parce qu'il fut imposé par ce souverain pontife, et inséré dans sa bulle du 15 février 1665.

«Je me soumets à la Constitution apostolique d'Innocent X, du 3 mai 1653, et à celle d'Alexandre VII, du 16 octobre 1656; et je rejette et condamne sincèrement les cinq propositions extraites du livre de Cornelius Jansenius, intitulé Augustinus, et dans le sens du même auteur, comme le Saint-Siége apostolique les a condamnées par les susdites Constitutions. C'est ce que j'assure: ainsi Dieu m'aide et les saints Évangiles!»

«Une déclaration du roi, promulguée le 25 avril 1666, ordonna à tous les archevêques et évêques du royaume de signer ou de faire signer ce formulaire par tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers, par les religieuses et les maîtres d'écoles, sans aucune distinction, explication ou restriction.

«Il est présumable que le second formulaire, celui d'Alexandre VII, est le même qu'on proposa à l'abbé de l'Épée de signer, lorsqu'il se présenta pour entrer dans les ordres; car il ne paraît pas qu'il en ait été prescrit un troisième.

«La bulle de Clément XI, publiée en 1705, et qui commence par ces mots: vineam domini Sabaoth, se borne à condamner ce que l'on appelait le silence respectueux, c'est-à-dire la prétention des jansénistes, qui consistait à condamner les cinq propositions, mais sans reconnaître qu'elles fussent extraites du livre de Jansenius, sous le prétexte que, ce dernier point étant une question de fait non révélé, l'on n'était point, en conscience, tenu de le confesser, même sur l'ordre du pape.

«La bulle unigenitus du même pontife, en date du 8 septembre 1713, contient la condamnation du fameux livre du père Quesnel, intitulé: Réflexion morales sur le Nouveau Testament. Elle ne propose pas, non plus, de nouveau formulaire. C'est, du reste, le dernier acte relatif au jansénisme qui soit émané du Saint-Siége.

«Les querelles du jansénisme furent terminées par un ouvrage intitulé: Corps de doctrine, adopté, en 1720, par l'Assemblée du clergé de France. Je ne sache pas que cet ouvrage contienne un nouveau formulaire. On le vérifierait en se reportant aux procès-verbaux de l'Assemblée du clergé à cette époque.»

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Désireux de ne conserver aucun doute à cet égard, et de savoir positivement si le formulaire imposé par Alexandre VII est bien celui qu'on voulut faire signer à l'abbé de l'Épée, lorsqu'à dix-sept ans, il demanda à être admis dans les ordres sacrés (dans le courant de 1729 à 30), je m'adressai au savant abbé Girard, sous-bibliothécaire de la Sorbonne, qui, avec un empressement que je n'oublierai de ma vie, se livra incontinent à d'actives recherches, relativement au fait qui me préoccupait. Il en résulta clairement qu'il n'avait été publié que deux formulaires, l'un, par le clergé de France, en 1656, l'autre, par le pape Alexandre VII, en 1665. C'est, à son avis, ce dernier dont l'approbation a été constamment exigée. Ce ne peut donc être, a-t-il ajouté, que celui-là auquel l'abbé de l'Épée aura été obligé d'apposer sa signature.

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(C) Qu'on juge de l'étrange surprise que j'éprouvai en lisant en note ce qui suit, à la page 11 d'une brochure intitulée: Inauguration de la statue de l'abbé de l'Épée dans Versailles, sa ville natale.

«Jamais l'abbé de l'Épée n'a été avocat au parlement, ni même admis au stage. C'est ce qui résulte de recherches dues récemment à l'obligeance de M. Caubert, doyen du conseil de l'ordre des avocats à Paris.»

Or, cette déclaration est contraire au témoignage unanime de toutes les notices qui ont été publiées, jusqu'à ce jour, sur la vie de l'apôtre des sourds-muets.

Ayant tout lieu de présumer que les recherches en question n'avaient pas été faites aussi scrupuleusement qu'on aurait pu le désirer (loin de moi, d'ailleurs, la moindre pensée de douter de la bonne volonté qu'on y a apportée), ou, du moins, que les archives du Palais avaient dû souffrir de la révolution de 93, je me décidai à procéder moi-même à de nouvelles investigations à ce sujet, et je parvins enfin à savoir qu'aux Archives de la République existait l'acte de réception de M. l'abbé de l'Épée comme avocat, à la date du lundi 13 juillet 1733.

La preuve de son admission est consignée, en outre, dans une lettre de ce bienfaiteur de l'humanité à Me Élie de Beaumont, datée du 1er février 1779, laquelle commence par ces mots:

«Nous avons eu l'honneur, l'un et l'autre, d'être reçus avocats en la cour... Pour moi, l'état auquel je me suis consacré depuis 1731, ne me permet de défendre, comme avocat, que ceux que les canons des conciles appellent miserabiles personæ....»

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(D) Réponse de M. l'abbé Coffinet, chanoine, secrétaire de l'évêché de Troyes, à M. de Sainte-James Gaucourt, secrétaire de la commission pour l'érection de la statue de l'abbé de l'Épée, en date du 21 août 1843:

21 août 1843:

«MONSIEUR,

«En recevant votre lettre, j'éprouvais d'abord la crainte de ne pouvoir répondre à votre désir; car les archives du secrétariat de l'évêché de Troyes ne remontent pas au-delà de 1802. Mais bientôt je me rappelai qu'à l'époque de 1793, quelques actes épiscopaux avaient été transférés à la Préfecture. Je m'empressai donc d'écrire à M. le préfet, pour le prier d'ordonner des recherches depuis 1712 jusqu'à 1737. Elles furent couronnées d'un plein succès. Elles fournirent même des renseignements imprévus. C'est avec un vif plaisir que je vous transmets l'extrait de ces documents, destinés a éclaircir, tout à la fois, une partie de la vie d'un homme justement illustre, et à donner toute la certitude désirable à un fragment de son histoire.

«Je dois les extraits ci-joints à l'obligeance de M. Ph. Guignard, archiviste de l'Aube. Ce jeune homme, aussi distingué par sa science que par sa piété, me demande, pour échange de son travail, un exemplaire de la notice que vous préparez sur l'abbé de l'Épée. Il vous prévient que, dans le cas où vous ne relateriez pas ces documents à la suite de votre ouvrage, il se propose de faire imprimer tout au long ces fragments précieux pour le nom de l'homme qu'ils concernent, dans la Bibliothèque de l'école des chartes.

«Si je ne craignais d'être indiscret, je vous prierais de m'adresser également un autre exemplaire de votre notice, que je conserverais avec soin dans mes archives.

«Agréez l'assurance des sentiments respectueux avec lesquels je suis, etc.»

ARCHIVES DU DÉPARTEMENT DE L'AUBE.

Registre des actes épiscopaux (titres de l'évêché de Troyes).

23 mars 1736. Nomination de M. Charles-Michel de l'Épée à la cure de Feuges (arrondissement d'Arcis-sur-Aube).

31 mars 1736. Promotion de M. Charles-Michel de l'Épée aux quatre ordres mineurs et au sous-diaconat.

26 août 1736. Patrimoine de M. Charles-Michel de l'Épée trouvé suffisant pour qu'il puisse être promu aux ordres sacrés.

22 septembre 1736. Promotion de M. Charles-Michel de l'Épée au diaconat.

28 mars 1738. Nomination de M. Charles-Michel de l'Épée au canonicat de Pougy.

5 avril 1738. Promotion de M. Charles-Michel de l'Épée à la prêtrise.

Registre des actes épiscopaux (titres de l'évêché de Troyes).

Inventaire Vallet. Registre nº 37, de 1731 à 1742, page 190.

1736. Nomination de M. Charles-Michel de l'Épée à la cure de Feuges.

1e 23 mars 1736 fº 62, vº

Cura de Feugiis (Feuges.)

Jacobus Benignus Bossuet, permissione divinâ, Trecensis episcopus, dilecto nostro Magistro Carolo-Michæli l'Épée, clerico parisiensi, salutem in Domino! Curam, seu parochialem ecclesiam, sub invocatione sancti Benedicti de Feugiis (Feuges, arrondissement d'Arcis-sur-Aube), in nostrâ diœcesi, cujus, occurente vacatione, collatio, provisio et alia quævis dispositio ad nos, ratione nostræ dignitatis episcopalis, pleno jure, spectare et pertinere dignoscitur, proùt spectans et pertinens, liberam nunc et vacantem per desertionem Magistri Laurenti Cuchin presbyteri, illius ultimi et immediati possessoris pacifici, aut alio quovis modo et ex cujuscumque personâ, tibi presenti atque sufficienti, capaci et idoneo per prævium examen reperto, contulimus et donavimus, conferimusque et donamus, ac de illâ, illiusque juribus et pertinentiis universis providimus et providemus per presentes.--Quocircà Mandamus notario apostolico qui super hoc fuerit requisitus, quatenùs te, seu procuratorem tuum, ad hoc legitimè constitutum, nomine tuo et pro te, in possessionem corporalem, realem et actualem dictæ parochialis ecclesiæ, juriumque et pertinentium ejusdem universorum ponat et inducat, adhibitis solemnitatibus in talibus assuetis, jureque cujuslibet salvo.

Datum Trecis, sub signo vicarii nostri generalis, anno Domini millesimo septingentesimo trigesimo sexto, die verò mensis Martii vigesimâ tertiâ, presentibus ibidem Magistro Petro Noel et Daniele Lenoir, presbyterio Trecis respectivè commorantibus, testibus ad premissa vocatis, et in presenti minutâ, cum vicario nostro generali, subsignatis.

Signé: Noel, Philippe, vicarius generalis, Lenoir.

Promotion de Charles-Michel de l'Épée aux quatre ordres mineurs et au sous-diaconat.

2e 31 mars 1736 même reg. fº 63, rº.

Clericali tonsurâ initiati et promoti ad quatuor minores, subdiaconatûs, diaconatûs et presbiteratûs, ordines per nos Jacobum Benignum Bossuet, permissione divinâ, Trecensem episcopum, in sacello palatii nostri episcopalis Trecensis, anno Domini millesimo septingentesimo trigesimo sexto, die verò Sabbati Sancti mensis Martii ultimâ.

Ad quatuor minores ordines.

M. Carolus-Michæl l'Épée, clericus parisiensis, pastor parochialis ecclesiæ de Feugiis, in nostrâ diœcesi.

Ad subdiaconatum.

M. Carolus-Michæl l'Épée, acolytus parisiensis, pastor parochialis ecclesiæ de Feugiis, in nostrâ diœcesi, sub titulo patrimonii approbando.

Patrimoine de Charles-Michel de l'Épée trouvé suffisant pour qu'il puisse être promu aux ordres sacrés.

3e 20 août 1736 même reg. fº 65, vº.

Jacobus Benignus Bossuet, permissione divinâ, Trecensis episcopus, universis presentes litteras inspecturis notum facimus quod, viso quodam instrumento publico coràm Magistris Billeheu et Baptiste, notariis, Lutetiæ commorantibus, die quintâ mensis Maii proximè elapsi confecto, quo Carolus-Franciscus de l'Épée et Franscisca Margareta Varignon, prius uxor, Parisiis, in vico Ludovici magni, commorantes, summam ducentarum et quinquaginta librarum annui reditûs, dilecto nostro Magistro Carolo-Michæli de l'Épée, subdiacono parisiensi, pastori parochialis ecclesiæ de Feugiis, in nostrâ diœcesi, et ipsorum filio, in titulum patrimonii cujus ope ad sacros (etiam presbyteratûs) ordines promoveri possit, cessisse et donasse dignoscuntur; quam quidem summam 250 liv. ex tributis et vectigalibus, principatûs Dumbensis ad hoc oppigneratis ob collocatam quinque millium librarum summam, singulis annis percipiendi jus habebant, ipsi donatores juxtà instrumentum publicum hâc de re coràm Poncet, notario in ditione Dumbensi, die octavâ mensis Julii anni millesimi septingentesimi vigesimi septimi confectum; cujus quidem donationis sponsores existunt. Achilles Bellanger et Antonius Dionysius Goblain, Parisiis commorantes; nos, prœfatam summam 250 liv. annui reditûs sufficientem ut, ope hujusmodi tituli patrimonii, prœfatus Magister Carolus-Michæl de l'Épée ad sacros (etiam presbyteratûs) ordines promoveri possit et valeat, judicavimus et approbavimus, judicamusque et approbamus, cum hoc tamen vinculo quod dictus Magister de l'Épée, suum præditum reditum vendere, donare aut alio pacto alienare non poterit, absque nostrâ aut vicarii nostri generalis licentiâ, quod ei strictè sub pænis juris interdicimus.

Datum Trecis, sub signo vicarii nostri generalis, anno Domini millesimo septingentesimo trigesimo sexto, die verò mensis Augusti vigesimo.

Promotion de Charles de l'Épée au diaconat.

4º 22 sept. 1736, même reg. fº 66, rº et vº

Clericali tonsurâ initiati, etc...... anno Domini 1736, die verò sabbati Quatuor Temporum septembris vigesimâ secundâ, per Jac. Ben. Bossuet.

Ad diaconatum.

M. Carolus-Michæl l'Épée subdiaconus parisiensis, pastor parochialis ecclesiæ de Feugiis, in nostrâ diœcesi.

Nomination de Charles de l'Épée au canonicat de Pougy.

5º 28 mars 1738, même reg. fº 66, rº et vº

Jacobus Benignus Bossuet, permissione divinâ, Trecensis episcopus, dilecto nostro Magistro Carolo-Michæli l'Épée, diacono parisiensi, salutem in Domino! Canonicatum et præbendam collegiatæ ecclesiæ sancti Nicolai de Pugiaco (Pougy,--arrondissement d'Arcis-sur-Aube), in nostrâ diœcesi, quorum, occurente vacatione, collatio, presentatio et alia quævis dispositio ad nos, ratione nostræ dignitatis episcopalis, pleno jure, spectare et pertinere dignoscuntur, proùt spectans et pertinens, liberos nunc et vacantes per puram et simplicem resignationem Magistri Petri Lorin presbyteri, illorum ultimi et immediati possessoris pacifici, in manibus nostris spontè et liberè factam et per nos admissam, tibi presenti atque sufficienti, capaci et idoneo, contulimus et donavimus, conferimusque et donamus, ac de illis illorumque juribus et pertinentiis universis providimus et providemus per presentes. Quocircà Mandamus dilectis nostris canonicis et capitulo prœfatæ ecclesiæ collegiatæ de Pugiaco et in eorum recusationem, P., notario apostolico qui super hoc fuerit requisitus, quatenùs te, seu procuratorem tuum, ad hoc legitimè constitutum, nomine tuo et pro te, in possessionem corporalem, realem et actualem dictorum canonicatûs et præbendæ, juriumque et pertinentium eorumdem universorum, ponent et inducant, seu ponat et inducat, stallum in choro, locum et vocem in capitulo, tibi, vel dicto tuo procuratori, pro te, assignent, seu assignet, adhibitis solemnitatibus in talibus assuetis, jureque cujuslibet salvo.

Datum Trecis, sub signo vicarii nostri generalis, anno Domini millesimo septingentesimo trigesimo octavo, die verò mensis Martii vigesimâ octavâ, presentibus ibidem Magistro Petro Noel et Daniele Lenoir, presbyterio Trecis respectivè commorantibus, testibus ad præmissa vocatis et in presenti minutâ, cum vicario nostro générali, subsignatis.

Signé: Lefebvre, vicarius generalis; Lenoir, Noel.

Promotion de Charles de l'Épée à la prêtrise.

6º 5 avril 1738, même reg. fº 84, vº et 85, rº.

Clericali tonsurâ initiati, etc...... anno Domino millesimo septingentesimo trigesimo octavo, die verò Sabbati Sancti quintâ mensis Aprilis, per Jac. Ben. Bossuet.

Ad Presbyteratum.

M. Carolus-Michæl l'Épée, diaconus parisiensis, canonicus ecclesiæ collegiatæ de Pugiaco, in diœcesi Trecensi.

Je soussigné, certifie que tous les documents ci-dessus sont très-authentiques. Ils ont été, sur ma demande, et d'après l'autorisation de M. le préfet, puisés par M. Ph. Guignard, archiviste de l'Aube, dans les Actes épiscopaux qui furent déposés à la Préfecture avant 1793.

Troyes, le 21 août 1843.

Signé: COFFINET, Chanoine, secrétaire de l'évêché de Troyes.

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(E) «Les agiographes, remarque M. l'abbé Bouchet, avec une sagacité impartiale qui l'honore, ont la sotte habitude, dans leurs vies des saints, de ne nous présenter que le beau côté de leurs héros, ce qui nuit à la vérité historique et en fausse les conséquences morales, car, avec de telles vies, les lecteurs s'imaginent toujours que les saints ne sont pas des hommes comme eux, et que, eux, lecteurs, étant hommes, ils ne peuvent pas être des saints.

«Quand même nous écririons la vie d'un saint, nous croirions de notre devoir d'historien de chercher et de montrer en lui quelque point vulnérable dans son existence. Si l'abbé de l'Épée n'est pas proprement un saint canonisé, c'est un homme de génie, et, ce qui vaut mieux encore qu'un homme de génie, un bienfaiteur, le plus grand bienfaiteur des sourds-muets.

«Son génie et sa bienfaisance ne l'ont malheureusement pas mis à l'abri des faiblesses humaines, et, loin d'atténuer ses fautes, nous les dirons aussi nettement que ses vertus, tout en gémissant de voir un homme aussi supérieur tomber formellement dans l'hérésie, et, loin de taxer l'Église catholique d'intolérance et de crier au rigorisme outré, nous préférons dire franchement que l'abbé de l'Épée a erré dans la foi et s'est attiré les rigueurs de l'Église, société divinement instituée pour garder le dépôt sacré des doctrines.

«Puis, dans le parti janséniste, aujourd'hui presque entièrement éteint, les bonnes œuvres étaient communément matière à ostentation; cependant, nous croyons que l'abbé de l'Épée fut toujours un homme profondément modeste, comme le sont presque tous les hommes de génie, et nous ne pouvons nous empêcher d'admirer la réponse qu'il fit au prêtre qui se crut obligé de lui refuser les cendres.

«Le jansénisme répand une large tache sur cette belle vie de l'abbé de l'Épée, et les éloges maladroits des historiens et des panégyristes ignorants ne parviendront jamais à l'effacer. Consolons-nous en disant: le soleil a ses taches. Et notre pénible fonction d'historien une fois remplie, nous ne persistons pas moins à croire que la question de bonne foi et l'immense charité de l'ami des sourds-muets lui auront fait trouver grâce devant celui qui est le Dieu de vérité, mais qui est aussi et surtout le Dieu de charité: Deus caritas est.

«Comme ami des sourds-muets, nous admirons le premier instituteur public des sourds-muets en France; mais, comme chrétien, nous aimons encore davantage l'Église catholique, dont, avant tout, il eût dû regretter de ne pas rester le ministre soumis.»

(F) Copie du certificat délivré par l'abbé de l'Épée à Mlle Blouïn.

Je soussigné, instituteur gratuit des sourds-muets de Paris, certifie à tous ceux auxquels il appartiendra, que Mlle Charlotte-Louise-Jacqueline Blouïn, native d'Angers, m'ayant été adressée par feu Monsieur Ducluzel, intendant de Tours, pour que je lui apprisse à instruire les sourds-muets, cette demoiselle a fait, dans cet art, des progrès qui ont surpassé mon attente, et que le témoignage que j'en ai rendu, lorsqu'elle est retournée dans son pays, a engagé Monsieur l'intendant, quelques mois après, à m'écrire la lettre suivante, en date du 19 février 1782:

«Enfin, Monsieur, la demoiselle Blouïn, pour laquelle je vous avais demandé vos bontés, vient d'être autorisée à ouvrir un cours d'éducation pour les sourds-muets à Angers. Ses talents sont votre ouvrage: je ne dois mes succès qu'aux vôtres, dans l'art où vous avez daigné lui communiquer vos lumières: agréez-en le premier hommage. Ce n'est pas assez que la capitale vous admire, ma Généralité va jouir de vos bienfaits; je m'estime heureux d'avoir pu contribuer, avec vous, à diminuer les malheurs de l'humanité.

«J'ai l'honneur d'être....»

Signé: DUCLUZEL.

Mlle Blouïn, étant revenue à Paris pendant les vacances de 1782, vient d'y faire un second voyage sur la fin de celles de la présente année, où nous avions déjà repris nos leçons. Dès qu'elle y est entrée, j'ai cessé de les dicter par signes aux sourds-muets, pour lui en laisser faire la fonction, qu'elle a remplie parfaitement. Ses opérations lui ont attiré les applaudissements d'un grand nombre de personnes de différents pays, qui ne pouvaient se lasser d'admirer les talents que Dieu lui a donnés pour réussir dans cette œuvre. Je la crois donc capable de conduire ses élèves au degré d'instruction auquel sont parvenus ceux de nos sourds-muets qui en ont donné des preuves dans des exercices publics, et singulièrement dans celui du 13 août 1783, en présence de Monseigneur le nonce du pape, et de Monseigneur l'archevêque de Tours, accompagné de quelques-uns de ses illustres confrères.

En foi de quoi, j'ai délivré le présent certificat.

Paris, ce 11 novembre 1783.

Signé: l'abbé de L'ÉPÉE.

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(G) A Monsieur le directeur de l'Institution nationale des sourds-muets de Paris, sur la nouvelle dactylologie de M. Leménager.

«Ce 17 juillet 1842.

«Le mémoire de M. Leménager, sur lequel vous demandez l'avis des professeurs de l'institution, afin de remplir le vœu de M. le ministre de l'Intérieur, ne tend à rien moins qu'à remplacer la dactylologie usuelle de nos sourds-muets par une nouvelle dactylologie de l'invention de l'auteur.

«D'abord, tant s'en faut que le travail de M. Leménager soit une méthode nouvelle, comme il le prétend. C'est, tout au plus, au contraire, si l'on y voit seulement un jeu de mains ingénieux. Or, il est ici question d'examiner s'il est vrai, comme il le soutient encore, que son nouveau mode digital de communication est plus commode, plus prompt, et plus facile que celui que nous employons. M. Leménager est dans une étrange erreur, lorsqu'il prête à ce dernier les inconvénients qu'il n'a pas. Ce n'est pas la faute de l'instrument, mais celle de la personne qui en fait usage, si elle ne met pas autant ou presque autant de rapidité dans ses doigts que M. Leménager dans les siens. Cet instrument exige des doigts tant de souplesse ou d'agilité qu'on n'aperçoive pas le plus léger mouvement dans le bras. Je ne prétends pas, toutefois, que notre alphabet manuel puisse suivre la parole à la course. Ce but sembla atteint un instant par le Syllabaire dactylologique de M. Recoing, qui entreprit d'instruire lui-même son fils sourd-muet, travail sur lequel divers rapports furent présentés à notre conseil d'administration. Et, cependant, on ne pensa pas qu'il pût être d'une utilité indispensable dans notre éducation générale, et l'on allégua, comme l'une des principales raisons de son rejet, le temps considérable qu'exigeait cette étude encore compliquée, quoique déjà fort abrégée depuis.

«Quant à l'alphabet qui nous occupe, il ne me paraît pas plus utile, malgré sa simplicité, de l'appliquer à l'enseignement d'une école de sourds-muets. A quoi bon former nos enfants à apprendre de mémoire un alphabet qui semble plutôt fait pour les parlants que pour eux? car, indépendamment des vingt-cinq lettres de l'alphabet ordinaire, on y trouve des indications représentant une série de voyelles combinées et accompagnées d'autres lettres qui forment des sons pour l'épellation et la terminaison d'un grand nombre de mots. Adoptât-on même aujourd'hui cet alphabet de pure convention, qui peut répondre que, dans un temps plus ou moins éloigné, il n'en surgirait pas, comme à l'envi, une multitude d'autres? Dans cette hypothèse, auquel d'entre eux attribuer la stabilité et la prééminence sur les autres?

«En raisonnant ainsi, je suis loin, Dieu m'en garde! de me constituer le chevalier de notre dactylologie, originaire d'Espagne, et qui, après avoir été introduite par l'abbé de l'Épée, avec quelques modifications, dans son école, s'est propagée, à l'exception de l'Angleterre, dans presque toutes celles d'Europe et d'Amérique, bien qu'on puisse lui reprocher, sans injustice, de ne pas s'adapter parfaitement, dans ses diverses positions, aux différents caractères de l'écriture et de la typographie. Mais pourquoi, au lieu de nous arrêter inutilement à discuter le mérite respectif que peut avoir tel ou tel alphabet dactylologique, ne pas nous consacrer au perfectionnement, à la généralisation de notre langue naturelle, de notre langue universelle, de la langue des signes? Loin de chercher à étendre le domaine de la dactylologie, pourquoi ne pas travailler à le restreindre au profit de l'intelligence? Dans l'état actuel de l'enseignement, nous arrivons au point où la dactylologie ne servira plus qu'à tracer les noms propres de personnes ou de lieux, et encore transitoirement, en attendant qu'on leur impose des signes de convention qui expriment leurs qualités bonnes ou mauvaises, procédant, en cela, comme les parlants ont procédé dans leur baptême universel des hommes et des lieux! Or, pour cette mission transitoire, dont l'importance diminue chaque jour, la vieille dactylologie espagnole est plus que suffisante, et elle a l'immense avantage, d'être adoptée et connue.

«Loin donc de s'occuper à perfectionner et à répandre la dactylologie, il faudrait, je le répète, chercher à la restreindre, travaillant de plus en plus, dans notre enseignement, à substituer l'intelligence à la matière, l'idée à sa représentation brute. C'est ce que n'a pu comprendre M. Leménager, étranger qu'il est au véritable langage mimique. C'est ce langage qui, plus que toutes les dactylologies possibles, peut nous être d'une immense ressource dans notre infirmité et l'emporter même de vitesse, comme il le désire, sur la langue parlée.

«Ce sujet m'a emporté beaucoup trop loin à propos d'une nouvelle trouvaille dactylologique, trouvaille, selon moi, sans importance et même sans objet.

«Je termine en vous réitérant la nouvelle assurance du profond respect et du sincère dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être, mon cher directeur,

Votre dévoué serviteur.

A Messieurs les membres de la Commission Consultative de l'Institution nationale des sourds-muets de Paris, sur la nouvelle dactylologie de M. Charles Wilhorgne.

«Ce 4 mai 1847.

Vous m'avez chargé, sur la demande de M. le Ministre de l'intérieur, de vous rendre compte d'un essai de M. Charles Wilhorgne, avocat à Rouen, sur la dactylographie ou sténographie des doigts, laquelle, suivant l'auteur, aurait, sur ce qu'on est convenu d'appeler chez nous la dactylologie, l'avantage de rivaliser presque avec la parole elle-même. Pour le prouver, M. Wilhorgne s'efforce d'établir, entre l'un et l'autre système, un parallèle qui, il faut bien le dire tout d'abord, révèle, en lui, peu de connaissance des procédés en usage dans nos écoles. A la simple inspection des deux planches gravées que renferme sa brochure, et qui représentent l'alphabet manuel de son invention, on ne voit pas trop en quoi cet instrument peut être utilisé avec fruit dans nos études. La dactylographie de M. Wilhorgne a pour but, non-seulement d'indiquer les lettres ou syllabes sur les phalanges de la main, mais encore, dit-il, «d'exprimer d'une façon abrégée, et sans jamais s'écarter des lois de l'orthographe, une prodigieuse quantité de mots par l'emploi des terminaisons les plus usitées du langage, à la représentation desquelles sont affectées certaines parties extérieures de la main gauche.» L'auteur se croit fondé à en conclure que son nouveau mode digital de communication doit infailliblement produire une grande rapidité dans l'expression de la pensée, et il ajoute que, pour éviter la confusion des mots, qui semblerait, au premier abord, inséparable de l'adoption de son procédé, on sera tenu de fermer la main après chaque mot. Ici il fait jouer d'abord un rôle important à la main gauche; mais, plus tard, après avoir paru reconnaître l'inconvénient qu'il peut y avoir à employer les deux mains, il se voit obligé de transférer la fonction de la gauche à la droite, en réservant, toutefois, aux ongles du pouce et du petit doigt de la main gauche le privilége de reproduire certaines terminaisons chaque fois que l'index de la droite les indique.

«Si l'on veut que l'importance de tel ou tel alphabet manuel se mesure sur le plus ou moins de promptitude qu'il offre, celui que nous employons aujourd'hui ne demande, pour être presque aussi rapide que la parole elle-même, qu'une certaine souplesse dans les doigts, lors même que l'usage en serait restreint à représenter, sans en omettre une seule, les lettres composant, soit un mot, soit une phrase. Tout bien considéré, nous pensons que celui de M. Wilhorgne ne réussira pas mieux que tous ceux qu'on a essayé d'introduire dans notre enseignement à diverses époques, à supplanter le système espagnol adopté par l'abbé de l'Épée avec quelques modifications. Celui-ci obtiendra toujours la préférence, non-seulement des sourds-muets, mais des parlants eux-mêmes.

«L'auteur commet une non moins grande erreur, lorsqu'il prétend que sa dactylographie présente un avantage marqué sur notre dactylologie en ce qui concerne les rapports des sourds-muets, devenus aveugles avec les autres.

«Les aveugles de naissance peuvent aussi facilement que les sourds-muets, devenus aveugles, converser avec les autres hommes, au moyen de notre alphabet manuel. Il leur suffit, pour cela, de suivre, par le toucher, les contours rapides de la main parlante.

«En somme, la dactylographie de M. Wilhorgne ne nous paraît guère mériter que la Commission Consultative en propose l'adoption à M. le Ministre en faveur de nos jeunes sourds-muets. C'est un système tout conventionnel, qui peut paraître plus ou moins ingénieux à certaines personnes, mais qui ne saurait aspirer au mérite d'une utilité réelle et d'une pratique générale. Il semble devoir plutôt être abandonné au choix des parlants, dont les doigts se montrent rebelles au mécanisme de la dactylologie usuelle des sourds-muets.

«A notre avis, la dactylologie de l'abbé de l'Épée répond amplement aux besoins de cette branche secondaire de notre enseignement. On a beau faire, les principaux moyens de communication des sourds-muets seront toujours (et de plus en plus) d'abord la mimique naturelle perfectionnée, excluant les représentations dactylologiques des lettres d'une langue et peignant, indépendamment des langues, chaque idée par un signe, puis l'articulation et la lecture sur les lèvres pour quelques-uns, et le dessin et l'écriture pour le grand nombre.

«Essayer de ramener aujourd'hui notre enseignement à une dactylologie ou dactylographie plus ou moins rapide, plus ou moins saisissante, c'est vouloir lui faire rebrousser chemin, c'est chercher à le pousser dans une fausse route. L'importance de la dactylologie ou de la dactylographie (n'importe) diminue chaque jour, à mesure du progrès de notre enseignement. Les hommes d'activité et de savoir, au lieu d'user leurs efforts à poursuivre le progrès dans ces moyens secondaires, insuffisants, applicables à la seule représentation isolée d'une langue et non à l'idéologie de toutes, devraient s'entendre pour concentrer leurs vues sur des problèmes beaucoup plus importants, dont notre spécialité attend, en vain, la solution, tels que les meilleurs moyens d'initiation à la connaissance, plus ou moins complète, de sa langue maternelle, et l'emploi du peu de loisir que laisse à nos élèves cette étude, toujours longue et difficile, à quelques travaux intellectuels, variés, qui les intéresseraient en les y ramenant.

«Chaque année voit éclore de prétendues découvertes qui émanent de philanthropes mus par les meilleures intentions, mais, malheureusement, tout à fait étrangers à l'enseignement des sourds-muets. Il en résulte que, souvent, ils nous donnent, soit pour du nouveau, soit pour de l'utile, ou ce que nous connaissons depuis fort longtemps, ou ce qui, en définitive, ne nous offre qu'une utilité plus que contestable. Il serait à désirer que ces personnes, qui pourraient rendre de véritables services, si elles étaient plus éclairées sur un enseignement qu'elles ignorent, voulussent bien consulter les hommes spéciaux avant de bâtir leurs systèmes et de prendre la plume; il en résulterait une grande économie de temps et pour eux-mêmes et pour les hommes spéciaux qu'on charge ensuite d'examiner leurs écrits. Or, rien n'est plus précieux que le temps, à une époque où l'on vit si vite.»

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(H) Legs d'un sourd-muet.--Un legs fort important a été fait à la ville de Rouen par une personne qui est morte au mois d'août 1847, en laissant, par un acte de sa dernière volonté, toute sa fortune à cette ville.

Cette fortune consiste, assure-t-on, en biens-fonds d'une valeur de 300,000 fr., et en une bibliothèque dans laquelle on ne compte pas moins de soixante mille volumes.

Le donateur est un sourd-muet, M. le baron Coquebert de Montbret, célibataire, appartenant à une famille fort riche, et dont l'unique plaisir était de collectionner des publications littéraires de toutes sortes. M. Coquebert de Montbret avait des manières rustiques; il fuyait la société pour vivre dans l'intimité de ses chers bouquins, et il était animé d'une telle ardeur pour la science, que, malgré son infirmité, il parvint à connaître à fond les langues et les littératures orientales. Sa passion favorite pour les livres fut souvent exploitée, aux dépens de sa fortune, par d'indignes spéculateurs, qui auraient dû respecter, au moins, son infirmité.

Le Conseil Municipal de Rouen eut à délibérer sur le testament, dont la validité était contestée par les héritiers. Mme Brongniart, sœur de M. de Montbret, attaqua cet acte en nullité, se fondant sur ce que le testateur n'avait pas la plénitude de ses facultés intellectuelles au moment où il disposait de sa bibliothèque et de son patrimoine en faveur de la ville de Rouen. Sa passion pour les livres avait souvent entraîné M. de Montbret à consentir à des prix énormes pour l'acquisition de raretés bibliographiques; sa famille les considérait comme des prodigalités qui mettaient en péril sa fortune; elle voulut le protéger contre la rapacité des exploitateurs, lesquels pouvaient d'autant plus aisément abuser des fantaisies du bibliomane, qu'il était privé de la ressource ordinaire de débattre un marché verbalement, parce qu'il était sourd-muet, et elle obtint qu'il lui fût constitué un conseil judiciaire.

Les prodigues sont des fous aux yeux du monde; mais tous les prodigues ne sont pas des fous aux yeux de la science. Jusqu'à son dernier jour, M. Coquebert de Montbret parut dans les conditions d'un homme qui, non seulement conserve ses facultés intellectuelles, mais encore les possède à un degré fort éminent. Les termes mêmes de son testament, les motifs assignés à ses dispositions dernières sont des témoignages, en quelque sorte complémentaires, que cet homme, voué pendant toute sa vie aux plus nobles investigations de l'esprit, était resté, jusqu'au bout, sain de tête et de cœur.

Telle fut, du moins, la présomption qui ressortit des informations préliminaires auxquelles le conseil municipal de Rouen dut se livrer; mais ce fut une présomption assez puissante pour l'amener à accorder l'autorisation de plaider et de soutenir en justice la validité du legs de M. de Montbret.

Ajoutons qu'à la présomption de lucidité se joignait, chez le testateur, celle de la fermeté et de la fixité de sa volonté dans l'acte important de sa munificence; car le testament avait été fait en quadruple expédition et déposé en quatre endroits différents, afin qu'il fût mieux garanti par le donataire.

Des légataires particuliers demandèrent à la ville la délivrance de leurs legs; mais leurs prétentions restèrent nécessairement subordonnées à l'issue de la contestation. Toutefois, la levée des scellés eut lieu à la requête de la ville et de Mme Brongniart, sous réserve des droits de chaque partie.

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(I) La méthode de l'abbé de l'Épée, couronnée des succès les plus heureux, donna lieu, d'abord, à un arrêt rendu en conseil d'État, le 21 novembre 1778, par lequel le roi Louis XVI annonçait qu'il prenait sous sa protection l'établissement de ce grand instituteur, non moins recommandable par ses vertus qu'estimable par ses talents, et qu'il avait l'intention d'en assurer la perpétuité.

Ce premier arrêt fut suivi d'un second, du 25 mars 1785, que nous croyons devoir rapporter textuellement:

«Le roi s'étant fait représenter, en son conseil, l'arrêt rendu en icelui le 21 novembre 1778, par lequel, étant informée du zèle et du désintéressement avec lequel le sieur abbé de l'Épée s'est dévoué à l'instruction des sourds et muets de naissance, Sa Majesté aurait ordonné qu'il serait incessamment procédé à l'examen des moyens les plus propres à former, sous sa protection, dans la ville de Paris, un établissement d'éducation et d'enseignement en faveur des sujets de l'un et de l'autre sexe qui seraient affligés de cette double infirmité, et que, à cet effet, il serait proposé à Sa Majesté tels statuts et règlements qu'il appartiendrait, tant pour sa fondation que pour le gouvernement et direction desdits établissements, et, en attendant qu'il y ait été pourvu définitivement, Sa Majesté aurait ordonné que, sur la portion libre des biens que les monastères des Célestins, situés dans le diocèse de Paris, tenaient de la libéralité des rois ses prédécesseurs, il serait, sous les ordres des sieurs commissaires établis par ledit arrêt pour veiller particulièrement à tout ce qui pourrait accélérer et préparer ledit établissement, payé et délivré par le sieur Bollioud de Saint-Julien, commis à la régie desdits biens par les arrêts des 29 mars et 6 juillet 1776, toutes les sommes qui seraient jugées nécessaires, soit pour la subsistance et entretien des sourds et muets qui seraient sans fortune, soit, en général, pour toutes les dépenses préparatoires dudit établissement. Et Sa Majesté s'étant fait rendre compte, tant de ce qui a été fait jusqu'à présent, en exécution dudit arrêt, que de l'empressement avec lequel plusieurs évêques, et notamment ceux d'Orléans, d'Amiens et de Soissons, ont déjà concouru à l'exécution de ses vues pour la dotation de cet établissement, elle aurait reconnu que le moyen d'exciter et d'étendre une émulation aussi précieuse pour l'humanité, serait d'en fixer, dès à présent, le siége, et de mettre ainsi les pauvres qui seront forcés d'y avoir recours, en état de jouir, sans délai, de l'enseignement qui leur aura été assuré, et les autres évêques du royaume à portée de faire participer leurs diocésains à cet avantage, par l'application et cession d'une légère portion des biens vacants qui pourront se trouver, à l'avenir, à leur disposition, et principalement de ceux qui proviendront de la dotation royale. Et Sa Majesté s'étant pareillement fait représenter les divers plans, devis et projets, qui ont été dressés par les ordres desdits sieurs commissaires pour la construction d'un hospice propre à recevoir les sujets de l'un et de l'autre sexe, elle aurait de même reconnu que cet établissement ne pouvait être mieux placé, et avec plus de célérité et moins de dépenses, que dans la partie des bâtiments conventuels du monastère des Célestins de Paris, qui a son entrée par la rue du Petit-Musc, et est séparée des autres lieux claustraux, ainsi que de l'église, par une ligne transversale de démarcation, qui a été tracée, à cet effet, du levant au couchant, par le sieur Lemoine de Couson, architecte; et comme, d'ailleurs, le grand nombre d'élèves dont le sieur abbé de l'Épée est aujourd'hui surchargé, ne permet pas de différer plus longtemps la fondation de cet établissement, Sa Majesté, en attendant que le sieur archevêque de Paris ait prononcé, en la forme ordinaire, sur la destination des biens dudit monastère, et, néanmoins, après avoir pris l'avis dudit sieur archevêque, a jugé convenable de faire connaître ses intentions définitives, tant sur son emplacement, que sur les conditions qui seront nécessaires pour y être admis. A quoi voulant pourvoir, ouï le rapport, et tout considéré, le roi, étant en son conseil, a ordonné et ordonne ce qui suit:

«Art. 1er. Il sera incessamment pourvu à la confection des distributions et réparations nécessaires pour recevoir l'établissement des sourds et muets, de l'un et de l'autre sexe, dans la partie des bâtiments et lieux conventuels des Célestins de Paris à ce destinée, et y former un hospice permanent d'éducation et d'enseignement en leur faveur, par le sieur abbé de l'Épée et autres instituteurs qui lui succéderont à l'avenir.

«2. Le montant des frais desdites réparations, lesquelles seront faites sur les plans et devis qui en auront été préalablement dressés et agréés par Sa Majesté, sera avancé et délivré par le sieur Bollioud de Saint-Julien, receveur général du clergé, sur les revenus libres des biens des Célestins du diocèse de Paris, sur les ordonnances du sieur archevêque, et dans les termes qui seront convenus à ce sujet, sauf, lors du décret à intervenir pour l'union et application desdits biens, à retenir lesdites avances sur les deniers comptants qui seraient destinés à former la dotation de cet établissement.

«3. Jusqu'à ce que, en conséquence dudit décret, il ait été pourvu d'une manière convenable à ladite dotation, il sera annuellement payé et délivré par ledit sieur de Saint-Julien, sur les mêmes biens, au sieur abbé de l'Épée, et sur ses simples quittances, la somme de 3,400 liv., pour être employée à l'entretien des pauvres sourds et muets, de l'un et de l'autre sexe, qui pourront en avoir besoin, et à faciliter l'instruction de l'ecclésiastique adjoint à ses travaux pour se former audit enseignement.

«4. A compter du jour du présent arrêt, et jusqu'à ce que ledit établissement ait été consolidé par lettres-patentes de Sa Majesté, les rentes et redevances qui ont été ou seront, par la suite, unies et affectées à la fondation et entretien d'icelui par les décrets des évêques, et notamment ceux des évêques d'Orléans et d'Amiens, des 14 mars 1780 et 1er août 1781, et lettres-patentes confirmatives, dûment enregistrées, seront perçues par ledit sieur de Saint-Julien; en conséquence, seront les divers établissements chargés de l'acquit d'icelles, ensemble les fermiers et débiteurs, même les payeurs des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris, tenus de payer et vider leurs mains en celles dudit sieur de Saint-Julien, au moyen de quoi et sur les quittances qu'ils en recevront, ils seront et demeureront bien et valablement déchargés; et seront lesdites sommes par lui remises audit sieur abbé de l'Épée, et employées au profit des sourds et muets, aux conditions imposées auxdits décrets en faveur des sujets de chaque diocèse.

«5. La pension gratuite entière pour chaque élève sera et demeurera fixée à la somme de 400 liv. par an, et la demi-pension à celle de 200 liv.; et ne pourront être lesdites pensions payées et continuées au-delà du terme de trois années, passé lequel les mêmes sujets ne pourront plus en jouir, sous quelque prétexte que ce soit.

«6. Lesdites pensions et demi-pensions gratuites ne seront accordées qu'à des sujets d'une pauvreté reconnue et attestée par le certificat du curé de la paroisse et par l'extrait du rôle des impositions, qui sera, à cet effet, délivré par le receveur particulier de l'élection; et seront lesdits extraits et certificats dûment légalisés par le juge royal le plus prochain, pour être, s'il y a lieu, sur iceux procédé à l'admission du sujet dans ledit hospice.

7. Toutes les dispositions ci-dessus seront exécutées jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné par les décrets, règlements et lettres-patentes à intervenir, pour la direction et administration temporelle et spirituelle dudit établissement; et sera, en conséquence, le présent arrêt notifié, de l'ordre du roi, aux débiteurs des redevances et payeurs des rentes affectées à la dotation d'icelui, à ce qu'ils n'en ignorent et aient à s'y conformer.

Fait au conseil d'État du roi, etc.»

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(J) Différence entre les mots sourd et muet et sourd-muet.

Dans les premiers temps où le triste sort des enfants atteints de surdi-mutité éveilla la commisération publique, on se servait habituellement de l'expression sourd et muet. Ce n'est que vers la fin du dix-huitième siècle que sourd-muet devint le terme consacré.

Quoi qu'il en soit de ces deux appellations, l'analogie fondée sur les rapports des causes avec leurs effets nous amène à établir entre l'un et l'autre une distinction raisonnée.

La dénomination de sourd et muet suppose deux incapacités distinctes et ne découlant pas forcément l'une de l'autre; d'une part, l'incapacité d'entendre, occasionnée par la paralysie du nerf auditif ou par toute autre cause, de l'autre, l'incapacité absolue d'articuler la parole humaine, cette incapacité étant le résultat physiologique d'une paralysie ou lésion survenue dans la langue ou dans toute autre partie de l'appareil vocal, tandis que l'appellation de sourd-muet renferme, au contraire, l'idée du rapport direct de la surdité au mutisme, de telle façon que celui-ci soit considéré alors comme la conséquence obligée de celle-là.

En thèse générale, ne remarque-t-on pas que l'appareil vocal de nos jeunes sourds-muets est tout aussi bien conformé que celui des jeunes entendants-parlants? Toutefois, évidemment les premiers ne réussissent pas, comme les seconds, toutes conditions égales, d'ailleurs, à acquérir l'usage, proprement dit, de la parole, savoir: la flexibilité, la pureté, la douceur, le charme de l'articulation. Quelle cause peut amener un tel désavantage si ce n'est l'inaction, plus ou moins prolongée, des organes vocaux du jeune sourd-muet, et surtout l'absence complète chez lui, de la surveillante, de l'institutrice élémentaire de la parole, du juge infaillible des sons, une oreille ouverte, attentive, exercée?

N'est-on pas fondé a induire de là que, chez le jeune sourd-muet, les organes de la parole sont tout à fait dans le cas d'une arme dont les ressorts, faute d'usage, se rouilleraient et perdraient leur élasticité?

Le nombre des sourds et muets paraît, en ce moment, si faible comparativement à celui des sourds-muets, que c'est de ces derniers seuls que les gouvernements s'occupent exclusivement aujourd'hui, et que, sur la porte des établissements qui leur sont consacrés, on ne lit plus que ces mots: Institution ou école des sourds-muets et non des sourds et muets.

On a prétendu établir cinq catégories[107] parmi les jeunes sourds-muets de chaque année réunis à l'Institution nationale de Paris, catégories qu'on a basées sur leurs différents degrés de surdité. Moi, homme incompétent en pareille matière, je laisse à tout autre le soin de constater l'exactitude ou l'inexactitude de cette remarque[108].

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(K) Extrait de l'allocution de M. Ferdinand Berthier au banquet anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Épée, du 11 décembre 1842.

«Mes amis! le moment qui s'enfuit est trop précieux, trop solennel pour que je néglige l'occasion qu'il m'offre de faire un appel à votre concours de camarades et de frères. Cet appel n'est pas nouveau pour vous: déjà, il vous a été fait par moi; déjà vous vous y êtes associés de cœur. Il s'agit de l'achat du tableau de notre frère Peyson (de Montpellier), représentant les derniers moments de l'abbé de l'Épée. Mes démarches pour y parvenir sont connues de plusieurs d'entre vous; malheureusement, à mon bien vif regret, jusqu'ici elles n'ont été couronnées d'aucune assurance positive. Quoi qu'il en soit, et pour l'acquit de ma conscience, il était de mon devoir, c'était, dans ma pensée, un parti pris de venir vous en rendre compte dans une occasion solennelle comme celle-ci. J'avais besoin de clore ainsi la mission de mandataire que vous m'aviez confiée depuis si longtemps et à laquelle je m'enorgueillis d'avoir toujours été fidèle. Permettez-moi donc, en finissant, de soumettre à votre approbation une nouvelle demande que j'ai signée et qu'aucun de vous, j'en suis sûr, ne refusera de signer, à mon exemple. Demain elle pourra être déposée entre les mains de M. le Ministre de l'intérieur. Que Dieu soit en aide aux pauvres sourds-muets!»

Pétition à M. le comte Duchâtel, ministre de l'intérieur. «Paris, le 11 décembre 1842.

Monsieur le ministre,

Les sourds-muets de tous les pays, de toutes les conditions, réunis aujourd'hui, suivant l'usage, en famille et dans un banquet pour fêter l'anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Épée, pensent qu'ils ne sauraient mieux faire éclater leur reconnaissance envers celui qu'ils ont l'habitude d'appeler leur père intellectuel qu'en tendant vers Votre Excellence leurs mains timides, mais confiantes, et la sollicitant en faveur d'un des leurs, de Peyson, artiste distingué, auteur d'un portrait de l'abbé Sicard, que la liste civile a daigné lui commander pour le musée historique de Versailles, où il figure en ce moment.

Peyson a, de plus, exposé, au salon de 1839, un grand tableau représentant les deniers moments de l'abbé de l'Épée. Cette œuvre remarquable n'a pas trouvé, jusqu'à ce jour, un Mécène.

Peyson, sans protecteur, presque délaissé, aurait, depuis longtemps, brisé son pinceau, si ses frères ne s'étaient efforcés de faire luire, à ses yeux, un rayon d'espérance en lui répétant qu'il y a ici-bas une Providence pour les jeunes talents malheureux. Votre Excellence ne refusera pas de réaliser cette prédiction de l'amitié en autorisant l'acquisition du tableau de notre artiste. Qui de nous peut en douter en se rappelant ce que vous avez déjà fait, Monsieur le ministre, pour un autre de nos frères, pour Léopold Loustau, peintre habile, à qui vous avez commandé successivement deux grands tableaux religieux?

Tous les sourds-muets et tous leurs amis attendent avec une égale confiance l'effet de votre sollicitude en faveur de Peyson, son digne émule.

Nous sommes, avec le plus profond respect, Monsieur le Ministre, Les très-humbles, etc.

Avec la plus instante recommandation à l'intérêt de Monsieur le Ministre de l'intérieur, L. De Jussieu, membre du Conseil supérieur des établissements de bienfaisance;

A. de Lanneau, directeur de l'Institution royale des sourds-muets; Ferdinand Berthier, doyen des professeurs de l'Institution royale des sourds-muets; Victor Lenoir; de Nogent; Imbert; Salcède de Monville; Leroy; Pélissier; Del Portal; L. Fabrège; Bonniol; Ch. Michel; A. Lenoir; Léopold Loustau; Greux; Dumont; A. Gamble; Leguillon; Lardé; Brézillon; Worner; Damien; Fouret; Boudin; Convert; Boulard; de Widerkehr; Chomat; Steiner; Rouet; Duneuf; Dréville; Cervoni; Huart; Lemarié; Franclet; Bézu; Puybonnieux, professeur à l'Institution royale des sourds-muets; Pollet; Trezel; Nonnen; Michelet, membre de la Commission Consultative de l'Institution royale des sourds-muets; Queilhe; E. Allibert; Lecomte; Eug. Garay de Monglave, membre de la Commission Consultative de l'Institution royale des sourds-muets, remplissant les fonctions d'inspecteur-général des études; Léon Gilles; Robillard; A. Levassor.

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(L) «A Messieurs les membres de la Commission Consultative de l'Institution royale des sourds-muets de Paris.

«Paris, ce 14 mai 1845.

«MONSIEUR,

«J'ai l'honneur de vous rappeler qu'au dernier banquet annuel des sourds-muets en commémoration de l'anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Épée, banquet auquel la plupart d'entre vous avaient bien voulu s'empresser de prendre part, j'avais été chargé, comme président, d'annoncer qu'un de nos frères, M. Peyson, peintre d'histoire, par un élan spontané de son cœur reconnaissant, offrait à l'Institution royale de Paris son tableau représentant les derniers moments de ce grand homme de bien. Nous fûmes heureux de vous voir témoigner hautement que l'Institution, dont l'administration vous est confiée, serait fière de posséder dans son sein un souvenir d'un de nos artistes qui ont le mieux recueilli les précieux fruits de l'éducation qu'on reçoit dans cet établissement.

«Si un vœu de sa part avait quelque droit à être écouté de vous, il demanderait que son tableau figurât dans votre salle du conseil, car il ne serait pas à sa place dans celle des séances publiques, qui, par la disposition du jour, nuirait plutôt à son exposition, et qui, d'ailleurs, renferme déjà un grand tableau reproduisant un beau trait de la vie de l'abbé de l'Épée.

«Les sourds-muets osent espérer que vous voudrez bien faire apposer au bas du tableau une inscription constatant, à la fois, et le nom du donateur, et le motif de son offrande.

«Veuillez, le plus tôt que vous jugerez convenable, envoyer prendre le tableau, dans l'atelier du peintre, quai Bourbon, 39.

«Permettez-moi, Messieurs, de saisir cette occasion de vous prier d'agréer l'hommage de notre reconnaissance et de celle de tous les élèves, qui seront heureux de voir multiplier autour d'eux l'image de leur créateur intellectuel.

«Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

«A. LENOIR.»

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(M) L'emplacement actuel de l'Institution des sourds-muets de Paris fut jadis la propriété d'une colonie de l'hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas, situé en Italie, dans le territoire de la république de Lucques, colonie connue sous le nom des religieux de cet hôpital ou de frères pontifes ou constructeurs de ponts.

Nous ignorons l'époque précise de cette fondation à Paris. Seulement des lettres de Charles-le-Bel, de l'année 1322, ainsi que d'autres lettres de Philippe de Valois, de l'année 1335, nous apprennent que ces religieux avaient la jouissance de la moitié d'un local nommé le Clos du roi; qu'ils y recueillaient les pèlerins de la Terre-Sainte, et portaient le signe du tan sur leurs habits. On les appelait aussi les frères hospitaliers.

Leur première chapelle fut bénie en 1350. Une autre plus vaste, dont les chefs avaient le titre de commandeurs, s'éleva en 1519, et fut érigée, dans le cours de 1566, en succursale de l'église paroissiale, malgré l'opposition des curés du voisinage.

«Avons permis et permettons, porte la Sentence de l'Official de Paris, aux manants et habitants desdits faubourgs de la porte Saint-Jacques et de Notre-Dame-des-Champs, avoir, à leurs dépens, autres personnes qui disent, chantent et célèbrent à haute voix, et avec chants, lesdits offices divins, etc.»

En 1572, il ne restait plus que deux religieux dans cet hôpital, presque abandonné. Catherine de Médicis s'étant fait bâtir un nouvel hôtel appelé Hôtel de la reine, et, plus tard, Hôtel de Soissons, sur l'emplacement qu'occupaient alors les Filles repenties, et où s'élève aujourd'hui la Halle au Blé, ces filles, dépossédées, vinrent s'installer dans le monastère des moines de Saint-Magloire, qui, par contre coup, prirent possession de la maison de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, emportant avec eux les reliques de leur patron. De là cette demeure prit le nom de leur ordre.

La chapelle du monastère vit, en 1584, s'édifier, à côté d'elle, une nouvelle succursale, consacrée aux besoins spirituels des fidèles du quartier, qui ne pouvaient guère s'accommoder des heures des religieux.

Mais cette église fut bientôt trouvée si petite, qu'on se vit forcé, dans l'année 1630, d'en entreprendre la reconstruction, qui ne put être terminée qu'en 1688. Monsieur, frère de Louis XIII, en avait posé la première pierre, et les libéralités du prince de Longueville contribuèrent à son achèvement.

Le bâtiment qui avait servi à l'ancien hôpital, et qui fut démoli en 1823, était séparé de l'église paroissiale par une ruelle connue, à cette époque, sous le nom de rue des Deux Eglises, auquel celui de rue de l'Abbé de l'Épée a été récemment substitué, à la demande de l'Institution des sourds-muets.

La vie que menaient les moines de Saint-Magloire, scandalisa tellement l'évêque de Paris, Henri de Gondi, qu'il résolut de les supprimer, et de donner leur établissement aux prêtres de l'Oratoire. Cette maison devint ainsi le premier séminaire dont la capitale ait été pourvue. Elle se maintint avec cette destination jusqu'à la révolution de 1792, qui y transféra, ainsi que nous l'avons dit, l'Institution des sourds-muets, fondée par l'abbé de l'Épée.

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Voici la description exacte de cet édifice, tel qu'il existe aujourd'hui:

Il est situé au-dessus de l'église de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Son portail, lourd et massif, disgracieux à l'œil, n'offre rien de remarquable comme œuvre architecturale. Les principaux corps de logis, formant les trois côtés de la grande cour, sont: le bâtiment des garçons, en face de l'entrée; à gauche, celui des filles; à droite, un autre bâtiment qui renferme un atelier (celui des menuisiers), la salle des séances publiques, communiquant à la Bibliothèque, l'infirmerie des garçons, outre les logements du médecin, de l'aumônier et des employés. Au nord, un vaste appendice a été consacré à tous les détails de l'administration et aux appartements du directeur, du professeur faisant fonctions de sous-directeur et du receveur-économe. La salle des séances de la Commission Consultative est attenante aux premiers. Du même côté, se déroulent trois jardins: le premier est destiné au directeur, le second au receveur-économe, le troisième à l'aumônier. Le niveau de ces trois jardins, qui côtoyent la rue de l'abbé de l'Épée, est élevé d'un mètre au-dessus de celui du grand jardin de la maison.

Comme les trois petits jardins qui l'avoisinent, le bâtiment en question donne sur la rue de l'abbé de l'Épée, et fait angle intérieurement, du côté du grand jardin, avec la façade du principal corps de logis.

Pour isoler complétement l'Institution des sourds-muets, on a démoli, il y a quelques années, une vieille masure formant l'angle des rues d'Enfer et de l'abbé de l'Épée, laquelle avait abrité jadis le quartier des filles, et tombait en ruine depuis long-temps.

L'ensemble de ces constructions, surmontées de paratonnerres, et élevées de quatre étages, réunit presque toutes les conditions de commodité et de salubrité désirables.

Le bâtiment des garçons, faisant face au grand portail, est situé entre le jardin, avec terrasse au couchant, et la cour au levant. Dans cette cour, on contemple un orme colossal, dont la tête domine majestueusement les plus hautes maisons du quartier Saint-Jacques, et s'aperçoit de toutes les éminences de Paris et des alentours. Ce géant végétal, dont l'existence remonte à plus de trois siècles, ombragea le bon La Fontaine, lorsqu'il vint passer deux ans dans une cellule du séminaire de Saint-Magloire. Il vit s'asseoir fréquemment aussi, sous son feuillage, l'éloquent auteur du Petit Carême.

Un bassin occupe le centre du jardin, à l'extrémité duquel règne un quinconce de beaux tilleuls, au milieu duquel s'élève un gymnase. Au fond de ce quinconce, un mur sépare d'une institution de jeunes parlants une longue file d'élégants parterres que nos jeunes sourds-muets se plaisent à cultiver à leurs heures de récréation. Le Jardin des Plantes leur envoie le superflu de ses richesses. A frais communs, ils y ont taillé, industrieux horticulteurs, des voûtes, des berceaux, des grottes de charmille. Là, faisant trêve à leurs jeux, ils se groupent pour étudier sur des tables éparses, et, dans leur libéralité, livrent ensuite, tout le reste du jour, leurs fraîches oasis à qui veut en jouir.

La maison des garçons est surmontée d'une horloge à deux cadrans tournés, l'un vers la cour, l'autre du côté du jardin. Cette horloge est abritée par un petit campanile que couronne une girouette. Tout le long de la grande façade de la cour règne, au rez-de-chaussée, une galerie couverte, intérieurement tapissée de tableaux extraits de revues pour les enfants; d'images reproduisant leurs jeux; de cartes géographiques; de tableaux synoptiques d'histoire; de gravures représentant les hauts-faits des annales de tous les peuples, les merveilles de la nature, les grands hommes de France, etc., etc. Ses piliers supportent, au premier étage, une autre galerie vitrée, faisant saillie sur le bâtiment. Le long du rez-de-chaussée s'ouvrent des salles d'étude, un atelier (celui des tourneurs), le réfectoire, la cuisine et l'office.

Il y a, dans l'établissement, deux escaliers conduisant aux divers étages. Le plus grand a des marches en pierre et une rampe en fer; l'autre est en bois.

Le premier étage est occupé par les classes et la chapelle; le second, par les salles de dessin et d'écriture et par les trois ateliers de lithographes, de cordonniers et de tailleurs; les troisième et quatrième, par les dortoirs. Celui des plus grands élèves est au troisième; celui des plus petits, au quatrième. Au troisième, tous les lits sont de fer, tandis que, au quatrième, il n'y a presque que des lits de bois. Au bout de chaque dortoir, on a pratiqué un vestiaire et un salon de toilette, avec lavabo. Les rez-de-chaussée sont pavés en dalles; le reste de l'établissement est parqueté.

Les classes sont au nombre de six, que domine une septième, dite de perfectionnement, fondée par feu le docteur Itard, ancien médecin de l'Institution. Les arrivants suivent, d'année en année et de classe en classe, le professeur respectif qui les a reçus à leur entrée dans la maison, lequel leur fait ainsi parcourir l'échelle graduelle du cours général d'études, fixé à six années par le règlement. C'est ce qu'on appelle le système de rotation. L'enseignement comprend les préceptes de la religion et les éléments de grammaire générale, d'histoire, de géographie et de calcul, sans compter la parole artificielle et la lecture sur les lèvres, enseignées par un professeur et son adjoint, dans deux salles d'étude, à tous les élèves qui font preuve de dispositions pour cette double spécialité.

Il y a, dans chaque classe, des tableaux noirs, sur lesquels la leçon est écrite à la craie, et une rangée de pupitres, devant lesquels les jeunes sourds-muets, assis, écrivent sur des ardoises les dictées qu'on leur fait par signes, ou les compositions dont on leur donne le sujet.

Les élèves de sixième année sont, en outre, admis à un concours annuel qui détermine l'admission de deux d'entre eux, pour trois années de plus, à la classe de perfectionnement dont nous avons parlé, et qui doit toujours se composer de six élèves.

Tous les exercices de la maison des garçons ont lieu au son de la caisse, qu'ils battent eux-mêmes, avec la précision, avec l'ensemble de vieux tambours de la ligne, et dont les moindres vibrations leur sont sensibles, soit par l'épigastre, soit par la plante des pieds ou la paume des mains.

Dans la chapelle, éclairée par cinq fenêtres percées dans le mur de droite et ornée de quatorze bas-reliefs en plastique, représentant le Chemin de la Croix, on remarque, derrière le maître-autel, un grand tableau de Steph. Barth. Garnier, qui représente Jésus-Christ rendant l'ouïe et la parole à un jeune sourd-muet.

Sur l'arc de la voûte qui couronne cette peinture, on lit cette inscription:

«Il a bien fait toutes choses. Il a fait entendre les sourds et parler les muets.»

«Saint-Marc, ch. VII, verset xxxvii.»

A gauche, on admire le beau tableau dont nous avons parlé, œuvre et don affectueux d'un sourd-muet vivant, Frédéric Peyson, ancien élève de l'École, et disciple de Léon Cogniet, représentant les derniers moments de l'abbé de l'Épée. A côté, un second autel avec la statue de la Sainte Vierge. A droite, enfin, une plaque de marbre portant cette inscription en lettres d'or:

«L'an 1805 et le 13 février, cette chapelle a été solennellement bénie et consacrée à Dieu, sous l'invocation de saint Roch et de saint Ambroise, par Sa Sainteté le pape Pie VII, lors de sa visite à cette Institution, sous le ministère de Son Excellence Monseigneur de Champagny; étant administrateurs, MM. Brousse-Desfaucherets, Mathieu de Montmorency, Bonnefoux, Duquesnoy, Sicard.

«Réédifiée en 1830, par A.-M. Peyre, architecte.»

Au-dessus de la porte du saint lieu règne une tribune destinée aux jeunes sourdes-muettes, et au-dessous un confessionnal.

Dans les classes et les études, toutes les prières sont faites, à tour de rôle, par un élève, à l'aide de la mimique.

Sous la chapelle est la cuisine, spacieuse et bien tenue, munie d'un réservoir qu'on remplit au moyen d'une pompe, et d'un grand fourneau de fonte, sur lequel est appendue une abondante batterie de cuisine. Par un perron de quelques marches on monte de cette pièce au réfectoire des garçons, dont la fontaine est de marbre, ainsi que les tables, qui reposent sur des pieds de fonte; au moyen d'un tour pratiqué dans l'office, la même cuisine dessert le réfectoire des filles, qui en est entièrement séparé, et occupe l'autre extrémité des bâtiments.

En arrivant dans la salle des séances publiques, qui se trouve dans l'aile de droite, en entrant par la rue Saint-Jacques, le regard s'arrête, tout d'abord, sur un grand tableau exécuté et donné à l'Institution, en 1835, par Ponce Camus. Cette peinture représente le jeune sourd-muet connu sous le nom du comte de Solar(sujet du drame de M. Bouilly, joué à la Comédie-Française), accompagné de son maître et protecteur, l'abbé de l'Épée, reconnaissant la maison où il a vu le jour, sur une des places publiques de Toulouse. Aux murs de droite et de gauche sont gravés les noms des anciens administrateurs de l'établissement, qu'on retrouve encore entre les bustes du fondateur et de son élève et successeur, l'abbé Sicard. Ces deux vénérables images ornent les deux côtés du tableau noir destiné aux exercices publics, sur lequel repose un autre buste plus grand de l'abbé de l'Épée, œuvre remarquable de M. Auguste Préault. Au-dessus du tableau noir on lit cette inscription:

«L'École des sourds-muets, en France, a été fondée par l'abbé de l'Épée, qui l'a établie à ses frais, en 1760, rue des Moulins, à la butte Saint-Roch. Elle a été érigée en Institution nationale par les lois des 24 et 29 juillet 1791.»

Devant le tableau règne une estrade consacrée aux exercices, d'où l'on descend, par un double perron, à une série de gradins disposés en amphithéâtre pour le public. Le long du mur de droite on lit, sur une pierre de marbre:

«Mme Suzanne-Elisabeth-Eulalie Champion, veuve Vignette, décédée à Paris, le 3 février 1831, a légué à l'Institution royale des sourds-muets trois fermes, sous la condition que, à perpétuité, huit enfants sourds-muets, pauvres, seraient admis gratuitement dans cette Institution.»

Le mur de gauche a pour pendant cette autre inscription:

«Jean-Marc-Gaspard Itard, chevalier de la Légion-d'Honneur, membre de l'Académie royale de médecine et de plusieurs Sociétés savantes, médecin, pendant trente-huit ans, de l'Institution, né à Oraison (Basses-Alpes), le 15 avril 1774, décédé le 5 juillet 1838, a, par son testament, fait à Paris, le 4 octobre 1837, légué a cette Institution huit mille francs de rente perpétuelle, 5 pour 100, pour y fonder une classe d'instruction complémentaire et six bourses triennales gratuites en faveur de six sourds-muets désignés au concours parmi les élèves qui ont atteint le terme ordinaire des études.

«Le conseil d'administration a voulu que ce marbre perpétuât le souvenir de ce bienfait et l'expression de la reconnaissance de l'Institut.»

L'uniforme des garçons est, à peu près, le même que celui des jeunes lycéens parlants. Les dimanches et jours fériés, il consiste en une tunique, un pantalon et un képi de drap bleu foncé, avec liséré rouge. Pendant la semaine, ils sont vêtus d'une blouse bleue.

Les élèves sont divisés en compagnies et en pelotons, ayant à leur tête un sergent-major, des sergents et des caporaux, portant fièrement, sur leurs manches, les marques distinctives de leurs grades respectifs.

Deux petits pavillons, élevés des deux côtés du grand portail, font saillie sur la cour. Dans l'un est le bureau du contrôleur du service; l'autre sert de logement au concierge.

Pour entrer dans le quartier des filles, on passe devant ce dernier pavillon, qui est contigu à la salle des bains, et l'on arrive à la loge spéciale de la portière de cette partie de la maison.

La distribution du quartier des filles reproduit, à peu de choses près, en diminutif, celle du quartier des garçons. Cette aile de l'édifice est composée de quatre étages.

Le rez-de-chaussée renferme une pièce d'entrée, avec une fontaine au fond, une salle de récréation et un réfectoire. De là on descend par quelques marches dans un jardin, clos de murs, contenant un bassin et un gymnase, sans compter les parterres des sous-maîtresses.

Le premier étage est occupé par les classes et par une grande salle d'étude, qui se transforme en ouvroir, à certaines heures du jour; le second, par les dortoirs; le troisième, par l'infirmerie et la lingerie; le quatrième, par les logements de la surveillante en chef et de ses subordonnées.

L'établissement entier, qui a coûté plus de 1,200,000 francs, a été élevé par la munificence du gouvernement, à la place des vieux bâtiments de l'hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas, qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, menaçaient ruine, ayant été construits en 1386, sous Philippe-le-Hardi.

Le personnel des deux établissements se compose comme suit: un directeur responsable, assisté d'une commission consultative de quatre membres, qui se renouvelle par quart; un receveur-économe et un aumônier.

Quartier des garçons: sept professeurs, dont quatre sourds-muets (un des professeurs parlants remplit les fonctions de sous-directeur; un autre, celles de bibliothécaire-archiviste).

Un professeur suppléant, un surveillant sourd-muet, un maître d'étude sourd-muet, des aspirants sourds-muets ou parlants, dont le nombre est fixé, chaque année, par le ministre; six chefs d'ateliers, dont un sourd-muet; un maître de dessin, un maître d'écriture, un contrôleur du service, un veilleur et cinq hommes de peine.

166 élèves, dont 100 à la charge du gouvernement, et 8 aux frais des familles.

Quartier des filles: une surveillante en chef, trois dames professeurs, trois répétitrices, des aspirantes dont le nombre est également fixé chaque année; deux maîtresses d'étude, dont une sourde-muette; une maîtresse de dessin, une maîtresse d'écriture, une infirmière, une portière, une veilleuse et deux servantes, dont une sourde-muette.

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(N) Le 17 décembre, on lisait dans le NATIONAL:

«La lettre de M. Berthier, sur l'absence du portrait de l'abbé de l'Épée au Musée de Versailles, a inspiré à un jeune sourd-muet de Gourdon les vers suivants, que nous nous faisons un devoir d'insérer dans nos colonnes. Nous donnons rarement place à des vers, à cette époque peu poétique; mais on ne lira pas, sans en être vivement touché, cette nouvelle preuve des bienfaits de l'abbé de l'Épée. Son génie a rendu la vie morale à ceux dont l'âme aurait passé, sans guide et sans flambeau, de la nuit d'ici-bas dans la nuit de la tombe.»

LE SOURD-MUET.

Et souvent je me dis: Pourquoi, sur cette terre, Où l'homme n'a reçu qu'une vie éphémère, Doit-il toujours pleurer, doit-il toujours gémir? Est-ce un crime de naître, une loi de souffrir? Bercé d'illusions, dévoré de rancune, Revêtu de douleur, couronné d'infortune, Pourquoi meurt-il éteint par la fatalité? Que de maux ont pesé sur notre humanité! Sans doute que, parmi ces brillantes planètes Qui scintillent aux cieux et roulent sur nos têtes, Un météore horrible, annonçant le malheur, N'éclaire que misère, et souffrance, et douleur, Qu'il embrase le monde, et, de son orbe immense, Répand dans tous les lieux sa funeste influence.

Sous cet astre fatal ma mère me conçut; Au cri de mes douleurs mon père me reçut. Le malheur fut mon roi. Le cœur rongé d'envie, Il m'avait attendu sur le seuil de la vie; Et, quand, dans mon berceau, le double éclat des cieux, Pour la première fois, resplendit à mes yeux, Un plus épais nuage enveloppa mon âme. Nulle voix d'harmonie, ou d'espoir, ou de flamme, Ne vint me convier aux champs de l'avenir. Orphelin, sans amis, ange déchu, martyr, Sur le portail doré qui s'ouvre à l'existence, Je n'ai pas lu ce mot, ce doux mot: Espérance! Comme le nautonnier égaré dans les mers, Errant de plage en plage, et, seul dans l'univers, Moi, sur l'esquif brisé, pilote sans étoile, Sans un souffle qui vînt, le soir, enfler ma voile, Sur la mer de la vie, à la merci des flots, J'ai vogué tristement à travers bien des maux.

Du moins, dans son naufrage, une voix le console. C'est l'alcyon plaintif qui, sur l'eau, chante et vole; C'est le vent qui soupire à l'oreille en passant; C'est l'écume blanchâtre, au reflet caressant. Ces vibrations d'air, musique aérienne, Ces concerts, aussi doux qu'une âme éolienne, Parlent au nautonnier: sensible à cet accord, Captif lui-même, il chante, il s'oublie, il s'endort. Moi, pauvre sourd-muet, dans ce désert immense, Je n'eus pas une voix pour charmer ma souffrance. Ma mère, en son amour, me berçant sur son sein, Ne ferma pas mes yeux au souffle d'un refrain. Dans mot isolement, jamais tendre parole Qui fait bondir le cœur, qui ramène et console, Sur mon âme captive, en sons mélodieux, N'est descendue, hélas! messagère des cieux.

Hélas! je traversais, sans amis et sans guide, Ce monde, ne m'offrant qu'un désert bien aride, Ne sachant où j'allais et d'où j'étais venu, Ignorant l'univers, à moi-même inconnu. Amour, gloire, vertu, beaux-arts et poésie, Grave inspiration, légère fantaisie, Tous vos dons me manquaient pour exalter mon cœur, Pour me guider au bien, au plaisir, au bonheur.

Ils passaient à mes yeux, ils passaient sur mon âme, Comme un feu sous le vent, sans irriter la flamme. Je t'ignorais encor, douce religion. Trésor de dévoûment, de consolation, De l'homme malheureux visible Providence, Toi qui, dans cet enfer, lui portes l'espérance, J'ignorais que l'on pût, sous tes blanches couleurs, Épancher en silence et ses maux et ses pleurs, Et qu'il me fût permis, à la fête d'Isaure[109], Écartant les douleurs qui m'agitent encore, Sur un luth gracieux laissant glisser mes doigts, Chanter, comme aujourd'hui, mes peines d'autrefois, Mes rêves d'avenir, d'amour, de délivrance, Dire l'hymne sacré de la reconnaissance, Et, de la mélodie invoquant les faveurs, Aspirer à cueillir la poésie en fleurs. Et toi, lyre fidèle, aux paroles de flamme, Délices de mon cœur, doux écho de mon âme, Mon amour, mon souci, mon trésor et mon Dieu, Il m'eût fallu te dire un éternel adieu!

Béni soit à jamais l'art divin de l'Épée! Mon âme, par sa voix, se relève frappée; Il l'a dit, et j'ai vu surgir à l'horizon Le flambeau de l'esprit, l'astre de la raison; Ces rayons bienfaisants, de leur vive lumière Éclairent, à mes yeux, une vaste carrière. L'ange de poésie, ange gardien du cœur, Est descendu du ciel m'enivrer de douceur; Sous son aile d'amour, à sa voix d'harmonie, Je me suis abrité, devinant le génie: Il m'ouvre, en souriant, un avenir heureux; Il me prête son luth, et nous chantons tous deux. Souvenir enivrant! à son réveil, mon âme Se consume d'extase, et d'ivresse, et de flamme; Ravi, hors de moi-même, en cet instant si doux, Je bénis le bon ange, et fléchis les genoux. Lui, soudain, agitant sa baguette magique, A mes yeux, fait jaillir un univers mystique, Univers idéal, monde mélodieux Où mille doux échos, comme un essaim joyeux D'esprits aériens, de légères sylphides, Apportent à mon cœur des accents frais, splendides, Des bruits surnaturels, de ravissants accords, L'extase de la lyre et ses vagues transports, Concerts délicieux, musique intérieure Qui font qu'en écoutant, l'âme palpite et pleure. Reprends ta harpe d'or, terrestre séraphin, Poëte de l'espoir, chantre de Jocelyn! Ouvre à nos pas errants tes lacs mélancoliques Et sème notre ciel d'étoiles poétiques! Dans mon exil moral, un Dieu m'a visité; Il s'est fait mon ami, ce Dieu de charité; Il a brisé mes fers... J'ai volé vers ta sphère; J'ai senti ton éclat inonder ma paupière; Ivre de ton ivresse et rempli de tes vers, J'ai tenté mon essor, au bruit de tes concerts. Une lyre à la main, guidé par ton génie, J'ai, comme un rêve d'or, goûté ton harmonie, Céleste volupté! charmante illusion! Et, soudain, au flambeau de l'inspiration, Ravi d'enthousiasme, en mes élans immenses, J'ai secoué mon aile aux pures jouissances. Pareil au jeune aiglon qui, dans son frêle essor, Attiré par l'instinct, d'une aile faible encor S'essaie, en se jouant, sur les profonds abîmes, Ou, rasant des rochers les gigantesques cimes, Va là-haut contempler l'astre de l'univers; Long-temps se balançant dans l'empire des airs, Aspirant, beau d'orgueil, à braver les orages, Il monte, monte encor par dessus les nuages!

Gloire à toi, de l'Épée! Oh! si jamais ma voix, Pour immortaliser le héros de mon choix, Pouvait, dans ses accents, égaler mon délire, Si jamais je pouvais demander à ma lyre Des vers heureux, échos d'infinis sentiments, C'est pour toi que j'aurais mes plus sublimes chants. Pour toi, j'exhalerais honneur, reconnaissance. Mes succès seraient doux et mon ivresse immense. De quel nom te nommer, mon second créateur, Et sur quel piédestal un transport de mon cœur Doit-il placer ton buste, éterniser ta gloire, Perpétuer ton œuvre et venger ta mémoire? O tendre de l'Épée, ange de charité, Sois à jamais béni dans la postérité! Ton génie immortel, vainqueur de la nature, Concevant l'impossible, a comblé la mesure De l'abîme profond où m'avait relégué Le malheur qu'en naissant, le sort m'avait légué. Amour et gloire à toi! plein du Dieu qui m'anime, Je redirai toujours ton dévoûment sublime.

PÉLISSIER, de Gourdon (Lot),

Professeur sourd-muet à l'Institution nationale de Paris.

· · ·

(O) A Monsieur Dupin aîné, président de la Chambre des députés.

«MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Les journaux ont bien voulu s'empresser de rendre public notre vœu relatif au monument de l'abbé de l'Épée, et ils sont prêts à nous ouvrir leurs colonnes à cet effet. Nous venons, au nom de nos frères, vous offrir la présidence de la commission qui surveillerait et dirigerait cette œuvre éminemment philanthropique. Elle se composerait de MM. le baron de Schonen, le baron Séguier, le vicomte de Chateaubriand, Chapuys-Montlaville, Eugène Garay de Monglave, l'abbé Olivier, Cavé, chef de la division des beaux-arts (de laquelle ressortissent les écoles des sourds-muets); Ferdinand Berthier, président de la Société centrale des sourds-muets; Forestier, vice-président, et Lenoir, secrétaire. L'intérêt que vous portez à nos frères ne nous permet pas de douter de votre assentiment.»

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(P) Lettre de M. Victor Lenoir, architecte du gouvernement, à M. Ferdinand Berthier, en date du 12 juin 1838.

«J'ai pour l'abbé de l'Épée la reconnaissance d'un fils: il a élevé mon frère avec vous, et j'ai pris l'habitude de me croire de la famille des sourds-muets.

«J'éprouve le plus vif désir de m'associer à votre pieuse intention de lui élever un monument durable comme ses bienfaits.

«Les fonds de la souscription détermineront le degré de richesse du monument; tâchez d'obtenir la statue assise, en bronze, de l'abbé de l'Épée, enseignant deux enfants attentifs à son regard, sinon un piédestal portant des bas-reliefs en bronze, et, sur le piédestal, un livre, signe de l'Évangile de l'apôtre des sourds-muets!

«J'offre à la commission de lui proposer divers projets, en lui soumettant les devis; je ne demande, ni honoraires, ni gloire, car je veux seulement signer mon œuvre de mon nom de frère d'un sourd-muet.

«Agréez tous mes compliments et mes amitiés!»

Autre lettre du même à M. Ferdinand Berthier et à M. Alphonse Lenoir.

«Mon cher ami, et mon cher frère, je vous renouvelle l'offre de m'associer à l'œuvre pieuse qui a pour but d'élever un monument à l'abbé de l'Épée, le père intellectuel de tous les sourds-muets.

«Je vous offre mon concours gratuit comme architecte du gouvernement. Les fonds de la souscription détermineront le caractère de richesse du monument. Tâchez d'obtenir qu'on fasse une statue en bronze, assise, et aux trois quarts de nature! A défaut, que des bas-reliefs et un médaillon, sur un piédestal en marbre, rappellent, au moins, les principaux traits de la vie la plus généreuse et la plus utile!

«Agréez mes embrassements de frère!»

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(Q) Pièces à l'appui de la proposition de MM. Lassus, architecte, et Auguste Préault, statuaire.

DEVIS ESTIMATIF DE TROIS PROJETS

Concernant un Monument à élever, dans l'église Saint-Roch, à la mémoire de l'abbé de l'Épée.

PREMIER PROJET.

Monument.

La figure de 1m 80 c (5 p. 6 p.) de hauteur. 9,000 f. 00 c.

Le piédestal et tous ses accessoires. 3,020 00

Gravure des inscriptions. 200 00 ----------- Total du monument. 12,220 f. 00 c. ci. 12,220 f. 00 c. ------------

Décors de la chapelle. 5,861 00 ------------ Total général. 18,081 f. 00 c. ============

DEUXIÈME PROJET.

Monument.

Un buste en bas-relief. 6,500 f. 00 c.

Colonnes, consoles et tous autres accessoires. 11,035 00

Gravure des inscriptions. 200 00 ------------ Total du monument. 17,735 f. 00 c. ci. 17,735 f. 00 c. ------------

Décors de la chapelle. 5,861 00 ------------ Total général. 23,596 f. 00 c. ============ TROISIÈME PROJET.

Monument.

Un buste et deux petites figures. 10,500 f. 00 c.

La pyramide. 600 00

Le piédestal et tous les ornements 5,120 00

Gravure des inscriptions. 200 00 ------------------- Total du monument. 16,420 f. 00 c. ci. 16,420 f. 00 c. ===================

Décors de la chapelle. 5,861 00 ------------ Total général. 22,281 f. 00 c. ============

DESCRIPTION.

Ce monument, couronné par le buste en bronze de l'abbé de l'Épée, aurait, à droite et à gauche, un jeune sourd-muet représenté, à l'instar des statues antiques du silence, par une figure dont la bouche serait fermée par un anneau.

Ces deux enfants formuleraient un mot de reconnaissance dans le langage mimique inventé par le fondateur de l'Institution des sourds-muets.

Au-dessous serait placée une guirlande de fleurs funèbres, entourée d'un philactère, sur lequel serait gravée une inscription indiquant, par quelques mots, le lien que cet homme vertueux a su établir d'abord entre tous ces malheureux êtres que la nature semblait vouer à l'isolement, puis entre eux et la société dont ils étaient séparés.

Enfin le Christianisme, dominant et inspirant cet acte de dévoûment, serait représenté par la croix placée au-dessus.

Sous le buste le nom serait gravé en lettres d'or sur une plaque de marbre noir.

La grande plaque de marbre de même couleur, placée entre les deux enfants, recevrait une inscription composée de deux parties: la première, écrite en caractères ordinaires; la seconde, avec les signes employés par les sourds-muets.

DEVIS DES TRAVAUX.

Maçonnerie.

La fondation en moëllon neuf et mortier de chaux hydraulique, de 1,50 sur 0,60 et 0,80 de haut, estimée. 15 00

La fouille pour ledit déblai et sortie des terres, estimée. 4 00

Le piédestal en pierre neuve de Forjet, de 1,20 de large, sur 0,95 de haut, et 0,45 d'épaisseur, produit en cube. 0 513

La taille des parements en trois sens, 2,10, sur 0,75 de haut, produit. 2 00

La double taille pour le dégagement du socle et de la table, 2,00 développé sur 0,75 de haut, produit. 1 50

Les moulures du socle et celle de la table, de 2,40 développées sur ensemble, 1,20 de profil, produisent. 2 8

Le morceau au-dessus, 1,80 de haut, sur 1,05 et 0,45 d'épaisseur, produit. 0 851

Les parements en trois sens, 2,00 développés sur 1,80 de haut, produisent. 3 60

Les doubles tailles pour le dégagement des figures et des saillies de moulures, évaluées à. 10 00

Les moulures au pourtour de la table, 1,80, sur 0,60 de profil, produisent. 1 080

Les moulures de couronnement, ensemble 3,10, sur 1,50 de profil, produisent. 4 65

Les différentes tailles au petit socle qui porte le buste et le dégagement des consoles, évaluées à 2 00

Résumé de la maçonnerie.

1,364 m. cubes de pierre neuve, en Forjet de choix, pour sculpture, pour fourniture, taille des lits et joints, bardage et double transport, entrée difficile, et pose à 1 fr. 25 c. le mètre, valent. 170 f. 50 c.

19,100 m. superficiels de tailles de parements layés, et évaluation en Forget, à 6 25 le mètre. 119 39

8,61 m. superficiels de taille de moulures ragrées et passées au grès avec grand soin, à 8 50 le mètre. 73 18

Les articles, appréciés à prix d'argent, montent ensemble à. 19 00 --------- Total de la maçonnerie. 382 f. 05 c. =========

Marbrerie.

Une table de marbre noir, de 0,64 X 0,35 = 0,224

Une autre de marbre noir, de 0,25 X 0,11 = 0,027 ----- 0,251 Déchets, 1/10e. 0,025 ----- Total. 0,276 =====

A raison de 60 fr. le mètre, produit. 16 f. 56 c.

400 lettres, à 25 fr. le cent. 100 00

L'incrustement, surface 0,276, à 30 fr. le mètre. 8 28

Le transport et la pose. 5 00 --------- Total. 129 f. 84 c. =========

Sculptures d'ornements.

Un couronnement dans le bas du buste, de 0,60 de long. 60 f. 00 c.

Deux consoles, de 0 m. 20 c. de haut, sur 0 m. 13 c. de longueur. 80 00

Sept rosaces, de 0 m. 10 c. de diamètre, à 28 f. 60 c. chaque, valent 200 00 --------- Transport. 340 f. 00 c.

Une guirlanle de fleurs funèbres, de 1 m. 10 c. 0,25 de haut 300 00 Deux rinceaux, placés à droite et à gauche de la croix, de 0,25 à 60 fr. 00 c. chaque, produit.. 120 00 Pour l'établissement des modèles 210 00

Total 970 f. 00 c. =========

Statuaire et bronzes.

Modèles en fonte, en bronze, du buste de l'abbé de l'Épée et de deux jeunes muets 5,168 f. 11 c. ----------- Total 5,168 f. 11 c. ===========

Résumé général.

Maçonnerie 382 f. 05 c. Marbrerie 129 84 Sculpture d'ornements 970 00 Statuaire et bronze 5,168 11 ----------- Total 6,650 f. 00 c.

Honoraires de l'architecte et frais de direction... 350 00 ----------- Total général.... 7,000 f. 00 c. ===========

Le présent devis dressé par l'architecte soussigné. Paris, 1er mai 1840.

Signé: LASSUS, architecte; AUGUSTE PRÉAULT, statuaire; BERNARD, marbrier; FRÉMY, maçon; PYANET, sculpteur ornemaniste.

Les soussignés:

1º Auguste Préault, statuaire, demeurant à Paris, place de l'Arsenal, nº 2;

2º Victor-Joseph Pyanet, sculpteur ornemaniste, demeurant place Furstemberg, nº 9;

3º Charles-Jean Frémy, entrepreneur de maçonnerie, demeurant rue Vanneau, nº 12;

4º Louis-François Bernard, entrepreneur de marbrerie, demeurant rue d'Enfer, nº 100;

Tous appelés par M. Lassus, architecte, demeurant rue Saint-Germain-l'Auxerrois, nº 65, pour prendre connaissance du projet adopté par la commission instituée pour le monument à élever à l'abbé de l'Épée, et pour examiner le devis de la dépense, dressé par cet architecte, lequel devis s'élève:

1º Pour la statuaire et bronze, à la somme de.. 5,168 f, 11 c. 2º Pour la sculpture d'ornements, à 970 00 3º Pour la maçonnerie, à.. 382 05 4º Pour la marbrerie, à 129 84 ----------- Total général.... 6,650 f. 00 c. ===========

s'engagent, envers la commission, à exécuter les travaux de statuaire, bronze, sculpture d'ornements, maçonnerie et marbrerie, chacun en ce qui le concerne, conformément aux projet, devis et modèles adoptés par la commission, le tout, sans dépasser le montant des devis partiels, et sans, cependant, se prévaloir de cette disposition pour ceux de ces travaux qui seront susceptibles d'être réglés, chacun devant fournir un mémoire, qui sera vérifié et réglé.

Il est bien entendu que la présente soumission ne comprend que les travaux relatifs au monument, tel qu'il est indiqué dans les projet et devis adoptés par la commission, et qu'elle ne s'applique nullement aux travaux que l'on pourrait juger convenable de faire dans la chapelle où l'on doit placer le monument, soit pour le recevoir, soit pour compléter la décoration de cette chapelle. Ces travaux nécessiteront de nouveaux projets et devis.

La présente soumission, faite en double expédition, dont une sera déposée entre les mains de M. le président de la commission, et l'autre restera entre les mains de M. Lassus, architecte, constitué, par le président, arbitre dans le cas où il y aurait nécessité.

Paris, le 1er mai 1840.

Signé: Lassus, architecte; Auguste Préaut, Bernard, Frémy, Pyanet.

Dans le cas où le produit de la souscription ouverte pour le monument à élever à l'abbé de l'Épée, n'atteindrait pas le chiffre de 7,000 fr., total général du devis, M. Auguste Préault s'engage, envers la commission, à exécuter et livrer tous les travaux de statuaire et bronze, en acceptant d'abord la somme de 3,000 fr., donnée par le Ministère de l'intérieur, s'engageant, en outre, à forfait, à supporter les chances de la souscription, et dégageant complètement la commission de toute responsabilité, dans le cas où le chiffre de 7,000 fr. ne serait pas atteint.

Paris, le 1er mai 1840.

Signé: Auguste Préault.

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(R) Extrait du registre des délibérations du Conseil municipal de Versailles.--Séance du 14 novembre 1839.

Il serait superflu de rappeler les droits de l'abbé de l'Épée à la reconnaissance publique. Animé d'une charité persévérante, il est parvenu à triompher d'une des plua grandes infirmités qui affligent l'espèce humaine. Sa mémoire sera vénérée aussi loin que son bienfait pourra s'étendre. Jalouse, à juste titre, de pouvoir revendiquer cet apôtre de l'humanité, Versailles, sa ville natale, s'est empressée de lui payer son tribut et de lui décerner le plus grand honneur municipal en donnant son nom à la rue près de laquelle il est né. Le roi des Français a voulu que son buste figurât dans le monument qu'il a élevé à toutes les gloires de la France. Il a fait plus encore: il a voulu lui décerner un honneur tout particulier en plaçant son portrait dans la galerie de la Mairie. Mais ces honneurs, tout grands qu'ils sont, n'ont pas paru à plusieurs de nos concitoyens reconnaître suffisamment les services rendus par l'abbé de l'Épée: dans leur louable admiration, ils ont formé le projet d'élever, à leurs frais, une statue, et se sont adressés à M. le maire pour obtenir l'autorisation nécessaire; ce magistrat, entrant dans leurs vues et partageant leur zèle, vous demande votre sanction.

Représentants de la commune, interprètes des sentiments de nos concitoyens, vous n'hésiterez pas à la donner.

Cette sanction est accordée à l'unanimité.

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(S) COMMISSION POUR LE MONUMENT

A ÉLEVER

A L'ABBÉ DE L'ÉPÉE,

DANS VERSAILLES, SA VILLE NATALE.

Souscription. -- Prospectus

Un des hommes que la ville de Versailles compte, avec le plus juste orgueil, au nombre de ses enfants est l'abbé de l'Épée, qui, animé par la charité la plus éclairée, a su, en inventant l'alphabet manuel, donner la parole et l'intelligence aux sourds-muets, et, par là, les mettre en communication de sentiments et de pensées avec les autres hommes.

Depuis longtemps, on a manifesté le désir d'ériger une statue à la mémoire de ce bienfaiteur de l'humanité; ce soin est surtout un devoir pour ses compatriotes.

Un artiste distingué, M. MICHAUT (des Monnaies), en a formulé la pensée dans une statuette. Un grand nombre d'habitants de cette ville ont vu et apprécié son œuvre; ils ont élu une commission chargée d'en surveiller l'exécution, et de provoquer des souscriptions pour en assurer le succès.

Ce monument, destiné a perpétuer, sur l'une des places de Versailles, le souvenir de l'abbé de l'Épée, représentera ce grand homme au moment où il vient d'inventer son alphabet manuel. Ses yeux, levés vers le ciel, expriment sa reconnaissance pour l'heureuse découverte que Dieu lui a inspirée.

Dignité dans la pose, onction dans les traits, fidélité historique dans la ressemblance et les vêtements, tous ces précieux avantages, garantis par le talent sévère et consciencieux de l'artiste, font vivement désirer l'exécution en grand de cette œuvre d'art, si noblement conçue.

M. MICHAUT, habitant de Versailles, fait généreusement l'offre gratuite de son travail. La matière et les accessoires, auxquels on veut attacher un caractère monumental, seront les seuls objets de dépense.

La commission ose compter sur un concours généreux à l'exécution de son projet; elle fait un appel à tous les gens de bien, à tous les admirateurs du génie, à toutes les familles qui ont profité des services rendus par l'abbé de l'Épée, et ne doute pas qu'on ne s'empresse d'y répondre, non-seulement dans Versailles et dans toute la France, mais encore chez les nations qui ont adopté les procédés de cette bienfaisante institution; car il s'agit, moins d'élever un monument au génie, que de payer la dette de la reconnaissance.

La commission voulant, dans l'intérêt de tous les souscripteurs, multiplier, en quelque sorte, le monument qu'elle se propose d'élever, a décidé que:

1º Une médaille de bronze, du module de 0,067 1/2 millimètres (30 lignes), serait délivrée à toute personne qui souscrirait pour la somme de vingt francs;

2º Les souscripteurs qui désireraient obtenir des médailles en or ou en argent, en préviendraient la commission;

3º La commission publierait successivement la liste des souscripteurs.--Dans les trois mois qui suivraient l'érection de la statue, il serait publié un compte de la souscription et de son emploi.

En conséquence, une souscription est ouverte:

Chez les notaires Besnard, Giroud-Mollier, Lemoine, Lenoble et Marchand, à Versailles;

Chez les notaires Delapalme, Casimir Noel, Damaison, Fourchy, Hochon, Guénin, Schneider, Tourain, à Paris;

Dans les départements, chez MM. les présidents des chambres de notaires de chaque arrondissement;

A l'étranger, chez les correspondants de MM. Mallet et Ce., banquiers à Paris.

Arrêté à Versailles, en décembre 1839, par les membres de la Commission soussignés:

Président, le baron de Fresquienne, membre du Conseil municipal et ancien maire de Versailles;--Vice-Président, M. l'abbé Caron, ancien professeur de l'Université;--Secrétaire, M. E. Baudard de Sainte-James;--Vice-secrétaire, M. Besnard, notaire, membre du Conseil municipal;--Trésorier, M. Gauguin, receveur municipal;--Membres, MM. Rémilly, membre de la Chambre des députés et maire de Versailles; vicomte Wathiez, lieutenant-général; le chevalier de Jouvencel, ancien député et ancien maire de Versailles; Bernard de Mauchamps, vice-président du Tribunal; Taphinon, conseiller de préfecture; Coupin de la Couperie, peintre d'histoire et membre du Conseil municipal; Douchain, architecte et membre du Conseil municipal; Lebrun, directeur de l'École normale primaire; Battaille, docteur en médecine; Boisselier, peintre paysagiste.

IGNORANCE DE L'HOMME PAR LE DÉFAUT DU COMMERCE DE LA SOCIÉTÉ.

Au moment de terminer ce travail, nous sommes redevable à l'obligeance de M. le baron de Stassart, ancien président du sénat belge, ministre plénipotentiaire, de la communication de l'autographe suivant, qui figure dans sa précieuse collection, et dont nous croyons devoir donner une copie exacte à nos lecteurs:

«M. Félibien, de l'Académie des Inscriptions fit savoir à l'Académie des Sciences, un événement singulier, peut-être inouï, qui venoit d'arriver à Chartres.

»Un jeune homme, de vingt-trois à vingt-quatre ans, fils d'un artisan, sourd et muet de naissance, commença tout-d'un-coup à parler, au grand étonnement de toute la ville; on sut de lui que, quelque trois ou quatre mois auparavant, il avoit entendu le son des cloches et avoit été extrêmement surpris de cette sensation nouvelle et inconnue; ensuite, il lui étoit sorti une espèce d'eau de l'oreille gauche, et il avoit entendu parfaitement des deux oreilles. Il fut, ces trois ou quatre mois, à écouter, sans rien dire, s'accoutumant à répéter tout bas les paroles qu'il entendoit, et s'affermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots; enfin, il se crut en état de rompre le silence, et il déclara qu'il parloit, quoique ce ne fût encore qu'imparfaitement. Aussitôt des théologiens habiles l'interrogèrent sur son état passé, et leurs principales questions roulèrent sur Dieu, sur l'âme, sur la bonté ou la malice morale des actions; il ne parut pas avoir poussé ses pensées jusque-là; quoiqu'il fût né de parents catholiques, qu'il fût instruit à faire le signe de la croix et à se mettre à genoux dans la contenance d'un homme qui prie, il n'avoit jamais joint à tout cela aucune intention, ni compris celle que les autres y joignoient; il ne savoit pas bien distinctement ce que c'était que la mort, et il n'y pensoit jamais; il menoit une vie purement animale; tout occupé des objets sensibles et présents, et du peu d'idées qu'il recevoit par les yeux, il ne tiroit pas même de la comparaison de ces idées tout ce qu'il semble qu'il en auroit pu tirer. Ce n'est pas qu'il n'eût naturellement de l'esprit, mais l'esprit d'un homme privé du commerce des autres est si peu exercé et si peu cultivé, qu'il ne pense qu'autant qu'il y est indispensablement forcé par les objets extérieurs; le plus grand fonds des idées des hommes est dans leur commerce réciproque. (Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1703, pag. 18.)

L'abbé de L'ÉPÉE.»

SOUSCRIPTION

AU

MONUMENT DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.

(T) SOUSCRIPTION AU MONUMENT DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE,

Le roi LOUIS-PHILIPPE 300 fr.

MM. Aubernon, pair de France, préfet de Seine-et-Oise, président d'honneur de la commission du monument 100

Le baron de Fresquienne, conseiller municipal, président de idem 100 L'abbé Caron, vice-président de idem 100 De Sainte-James Gaucourt, conseiller municipal, secrétaire de idem 20 Besnard, notaire, conseiller municipal, vice-secrétaire de idem 20 Gauguin, receveur municipal, trésorier de idem 20 Rémilly, député et maire, membre de idem 50 Wathiez, lieutenant-général (vicomte), idem 40 Bernard de Mauchamps, président du tribunal, idem 20 Taphinon, conseiller de préfecture, idem 10 Lebrun, directeur de l'école normale, idem 20 Coupin de la Couperie, ex-conseiller municipal, idem 10 Douchain, architecte, ex-conseiller municipal, idem 20 Boisselier, peintre paysagiste, idem 5 Battaille, docteur en médecine, idem 20 Marquis de Sémonville, idem 500 Le chevalier de Jouvencel, ancien député, ancien maire de Versailles, idem 200 Baroche, élève de l'abbé d» l'Épée, sourd-muet, 1 Grégoire, id. .id 4 Foucque, id. id. 1 50 Dubois, .id .id 10 Lefébure, .id .id 5 De Lanneau, directeur de l'Institution des sourds-muets de Paris 20 Ed. Morel, professeur de .id 10 Lafon de Ladébat, agent-comptable de .id 5 Sellier, chef d'atelier, à .id 5 Desportes, .id 5 Jourdain, .id 5 Girault, .id 5 Léon Vaisse, professeur, .id 40 Lecoq, .id 5 Lenoir, .id 10 Langlois, chef d'atelier, .id 5 Allibert, aspirant, .id 3 Mlle Barbier, professeur, .id 10 Mlle Morel, .id .id 10 Mlle F. Auber, répétitrice, .id 5 Mlle E. Ferment, professeur, .id 10 Mlle Roger, .id .id 5 Mlle Legay, aspirante, .id 5 Mlle Alleton, monitrice, .id 5 Mlle Meunier, .id .id 3 50 Mme Nysten, maltresse d'étude, .id 3 Mlle Wiser, .id .id 3 Mme Vion, surveillante en chef aux sourdes-muettes 5 Mme Lafargue, maîtresse de dessin, .id 5 Leforestier, aumônier, .id 5 Menière, médecin, .id 5 Taupier, maître d'écriture, .id 5 Des élèves de l'Institution des sourds-muets de Paris, 28 90 Michelot, membre du conseil de perfectionnement de l'Institution des sourds-muets de Paris, 20 Jean Dourgnon, sourd-muet, valet de chambre de M. Borelli, 5 Mamès Dourgnon, son cocher, 5 Ferdinand Berthier, sourd-muet, doyen des professeurs de l'Institution nationale de Paris, 20 Allonor, serrurier, sourd-muet, 5 Alavoine, horloger, .id 5 Aucher, chapelier, .id 1 50 Audibert, cordonnier, sourd-muet, 8 Bejat, nacrier, .id 2 Bloïn, fondeur, .id 2 Bouly, employé, .id 1 Breüer, serrurier, .id 5 Brejillon .id 1 Chabot, orfèvre, .id 2 Choquet, imprimeur, .id 3 Contremoulin, employé, .id 25 Crispaille, brossier, .id 2 Daudin, fondeur, .id 2 Delarue, manufacturier, .id 2 Delille, maçon, .id 1 Deruez, employé, .id 5 Deschenes, rentier, .id 5 Dorel, relieur, .id 2 Doumic, imprimeur, .id 5 Dubois, de l'île de Ré, .id 5 Ducornoy, ébéniste, .id 3 Dumont, tailleur, .id 1 Emeux, bottier, .id 15 Fèvre, imprimeur, .id 10 Franclet, tourneur, .id 3 Fontaine .id 5 Filleron, peintre, .id 2 Frédéric, grainier, .id 3 Galbois .id 1 Gamble, graveur, .id 3 Gevold .id 1 50 Gonet, bijoutier, .id 2 Gouttebarge, employé, .id 5 Graize, imprimeur, .id 5 Guillaume, orfèvre, .id 3 Barielle, imprimeur, .id 5 Hennequin, dessinateur, .id 5 Joulin, tailleur, .id 1 Jumentier, peintre, .id 2 Knecht, sellier, .id 2 Lavaud, marinier, .id 1 Legras, fleuriste, .id 2 50 Levert, ciseleur, sourd-muet 3 Levite, tailleur, .id 1 Lhuillier, tailleur, .id 1 50 Mairet, sellier, .id 2 Maloisel, tourneur, .id 5 Mauviel, libraire, .id 2 Metais, employé, .id 2 Michel, pâtissier, .id 2 Michel, employé, .id 3 Mondlange, graveur, .id 5 Mullot, imprimeur, .id 2 Nicolas, souffletier, .id 2 Nogaret, tailleur, .id 1 De Nogent, propriétaire, .id 10 Nonnen, rentier, .id 10 Page, employé, .id 5 Pagez, dessinateur, .id 5 Pasly, employé, .id 25 Pollet, nacrier, .id 5 Quentin, tailleur, .id 2 Quinsard, cordonnier, .id 5 Richard, ébéniste, .id 1 Richard, serrurier, .id 1 Robert .id 2 Roche, imprimeur, .id 2 Romain, imprimeur, .id 5 Romanet (le comte de), .id 25 Romiguière, imprimeur, .id 5 Savaton, cordonnier, .id 3 Trovalet, tailleur, .id 2 Verlet, papetier, .id 2 Vincent, tourneur, .id 5 Wallon, mosaïcien, .id 5 Brocheton (le docteur), 10 Boyd, de Ceylan 20 Boyd Dundas 20 Le conseil de préfecture de Seine-et-Oise 50 Fasman, artiste peintre, à Versailles, 5 Fessard, propriétaire, 10 Lenud (le colonel) 10 Loz de Beaucours 20 Noble (le docteur) père 10 Pinard, curé de Notre-Dame de Versailles, 30 Petit, architecte de la ville de Versailles, 10 Savouré 5 Usquin, lieut.-col. de la garde nationale de Versailles, 50 Veytard, ancien capitaine, de Versailles, 20 Demanche, ancien adjoint au maire de Versailles, 10 Ed. Tassin de Villiers, 5 L'Évêque de Versailles, 100 Chabin, entrepreneur de pavage, 10 Binart, entrepreneur de menuiserie, 5 Decret, garde du génie, 5 Michel, colonel de la garde nationale de Versailles, 5 Denis fils, entrepreneur de serrurerie, 5 Tîssot, entrepreneur de maçonnerie, 20 Cormué fils, entrepreneur de peinture, 5 Lambert-Baudry, propriétaire, 5 Bardet, entrepreneur de couverture, 5 Membré, chef d'institution, à Versailles, 5 Francolin aîné 20 Angouillant, entrepreneur de maçonnerie, 10 Meunier, curé de Saint-Symphorien de Versailles, 80 Rendu, conseiller de l'Université, 20 Wartel, artiste de l'Opéra, 10 Odout 10 Périchot, conseiller municipal de Versailles, 5 De Reboul Berville 5 Lebeau, entrepreneur de peinture, 5 Bourgeois, marchand tapissier, 2 Mathieu (le colonel) 5 Paumier 5 Delorme 10 Bléry 5 Dupont (le chevalier) 5 Christophe (le général) 20 Louvet 5 Mazuel 5 Lemazurier (le docteur) 5 Lebert 20 Valery, bibliothécaire du château de Versailles, 10 Me Haussmann 20 Vollot 5 D'Hastrel (le général) 20 Lemoine, notaire, 5 Marchand, idem 20 Gady, ancien juge, 20 De Saint-Cyr 5 Un officier de la garde nationale de Versailles.. 2 Un clerc de notaire 1 Mme de Breuilly 5 M. Gr*** 50 Legendre 5 Guillemot 5 Un petit clerc 25 Mme Boullé 20 Mme Guillemot 5 Ledoux-Leroy 20 Croiset, receveur de l'hospice de Versailles, 5 Lepoitevin, architecte, 10 Hamouy, coiffeur, 2 Théry, propriétaire 3 Morel, marchand tapissier, 5 Gauthier, avocat, conseiller municipal de Versailles, 30 Horeau, architecte, 10 Mlle Giraud-Chaudra 5 Les contrôleur et employés de l'octroi de Versailles 40 Legrand, ancien greffier du tribunal de Versailles, 5 Bailly de Villeneuve 5 Haley (de Londres) 5 Morel jeune 5 Berthod, professeur au collège royal de Versailles, 2 Merlin (le général baron) 5 Les secrétaire, chefs de bureau et employés de la mairie de Versailles 21 Deshayes, supérieur général des Filles de la Sagesse, 20 Delacomble, directeur des contributions directes, à Versailles 20 Devouges, inspecteur, .id 10 Levieil, contrôleur principal, .id 5 De Poiféré, contrôleur, .id 5 Ineriz, .id .id id. à Saint-Germain, 5 Dubois, .id .id id. à Meulan, 5 Desclozeaux, contrôleur des contr. direct., à Mantes, 5 Salerne, .id .id id. 5 Michelin, .id .id à Pontoise, 5 Soulas, .id .id à Gonesse, 5 Delahaytrée, .id .id à Luzarches, 5 Fechez, .id .id à Corbeil, 8 Dubois, .id .id id. 5 Odoard, .id .id à Etampes, 5 Crosse, .id .id à Rambouillet, 5 Thomas, .id .id à Dourdan, 5 Dahirel, surnuméraire, à Versailles 3 Tellot, aspirant .id 3 De Doudeauville (le duc) 20 De Praslin (le duc) 20 De Bastard (le baron) 20 Camille Perrier 20 Guéneau de Mussy 20 De Gérando (le baron) 20 Rendu (le baron) 20 La société archéologique de Rambouillet 20 La société d'Agriculture de Seine-et-Oise 100 La société des Sciences naturelles de Seine-et-Oise 20 L'archevêque de Bourges 50 Le Chapitre métropolitain de Bourges 40 Berry-Baldwin, membre de la chambre des Communes, 20 Coster, ingénieur en chef, au Puy, 25 Bouchitté, professeur, 5 Le curé de Saint-Louis, à Versailles 20 Mlle Laloua, peintre, 5 M. Gringoire Bonnet de Ville, économe au collège de Versailles Barthe, chef d'institution, à Versailles Huvé, ancien notaire Corneille, propriétaire, 0 Boulanger, marchand papetier, 5 Lenoble, notaire à Versailles, 20 Les clercs de son étude 25 Gerdolle 20 Pesse-Remont 10 Nourtier, juge de paix, 10 Borelli, procureur-général à la cour royale d'Aix, 10 De Larochefoucauld (le duc) 20 Souscription faite au corps de garde de l'Hôtel-de-Ville par MM. les officiers, sous-officiers et gardes nationaux de Versailles 284 75 Blanc, aumônier de l'École normale 5 Anquetil, professeur de .id 5 Peyré, .id .id 5 Philippar, id. .id 5 Deschamps, .id .id 5 Aubry, .id .id 5 Vitry, médecin, 5 Auger, instituteur, 3 Vilmay, maître adjoint à l'école normale primaire, 2 Stoos, idem 2 Les élèves maîtres 30 La conférence des instituteurs primaires du canton de Versailles 30 Collet, vicaire de Notre-Dame, 10 Morand 19 50 H. de B. 100 Le Bourgeois, notaire au Havre, 5 Le chevalier de Barneville, capitaine d'artillerie, au Havre, 5 Anry, courtier de commerce, idem 5 Lacour, avoué, au Havre, 25 Pipereau, .id 25 Mme Borel 5 L'évêque de Dijon 20 Droz, de l'Académie française, 20 L'évêque de Saint-Brieux 50 Le marquis Théodore Duprat 5 La chambre de commerce de Marseille 100 Le ministère de l'ºintérieur 3000 Tavernier, négociant, à Paris, 25 Delapalme, notaire, idem 5 Un anonyme 5 Genain, sourd-muet, 2 Bazin, .id 5 Peyson, de Montpellier, peintre, sourd-muet, 20 Queilhe, .id 4 Boclet, graveur au dépôt de la guerre, .id 20 Boulard, .id 10 Gers, sourd-muet 20 Allibert, prof. à l'Institution nationale de Paris, .id 10 Portal, sourd-muet 10 Chalumeau, .id 4 De Duras (la duchesse) 20 Pelmer 5 Bruère 20 Un anonyme 20 Institut des sourds-muets de Zurich. 50 Duhamel, juge suppléant, à Versailles, 20 Souscription des visiteurs de la statue à l'Institution des sourds-muets de Paris 66 Steinnhouwer 5 Oudet, juge de paix, 5 Aubertin 3 Le baron Dennée, intendant militaire, 20 L'abbé Van den Hecke 10 Griolet (Ernest), sourd-muet, 10 Imbert (Jules), .id 2 50 Loustau, peintre, .id 5 Levassor, .id .id 10 Pelissier, prof. à l'institution nationale de Paris, .id 5 Lecomte (Eugène), employé, sourd-muet 5 Verrier (Gustave), .id 50 Laroucault, .id 5 Dumont (Félix), .id 1 Chalumeau, .id 2 Badolle, .id 5 Un ancien élève de l'institution nationale des sourds-muets de Bordeaux 10 Haacke, sourd-muet, 2 Damien, .id 2 50 Greux, .id 2 50 Convert, .id 2 Fouret, .id 2 Sainton, .id 2 Saverot, .id 5 Laurent (Edmond), à Blois, .id 20 Trézel, .id 2 Bézu, peintre .id 2 Letellier, négociant 3 F. de Jouvencel, maître des requêtes et député, 10 Néglet, architecte, 5 Le baron de Stassart, sénateur belge 10 Le comte d'Epinay Saint-Luc 20

FIN DES NOTES.

TABLE DES CHAPITRES.

Chapitre I 7

Les sourds-muets dans l'antiquité et le moyen âge.--Abandon général. --Quelques efforts tentés en leur faveur.--Ils échouent, faute d'ensemble.--Naissance de l'abbé de l'Épée.--Sa vocation pour l'état ecclésiastique.--Le formulaire d'Alexandre VII.--Il refuse de le signer.--Il est autorisé, néanmoins, à remplir les fonctions du diaconat.--Il devient avocat et prête serment le même jour que M. de Maupeou.--Enfin, un neveu de Bossuet lui fraie le chemin du sacerdoce.

Chapitre II 14

Vertus et maximes de l'abbé de l'Épée.--Sa tolérance.--Ses rapports avec le protestant Ulrich.--Ses vœux en faveur des juifs.--Son abnégation, son humilité.--Ses relations avec un évêque janséniste, qu'il rend dépositaire de son adhésion à la bulle =Unigenitus=--On lui interdit le ministère de la parole et celui de la confession. --On lui refuse les cendres.--Sa réponse à un prêtre intolérant. --Vengeance sublime.--Commencement de son apostolat.

Chapitre III 20

Deux sœurs sourdes-muettes, élèves du R. P. Vanin, de la doctrine chrétienne.--La mort les ayant privées de leur instituteur, l'abbé de l'Épée se résout à continuer son œuvre.--Théorie du langage des gestes.--Il ignore entièrement les travaux de ses prédécesseurs.--Ses premières tentatives.--Objections des philosophes et des théologiens.--Réponses victorieuses à ces objections.--Important avis du R. P. Lacordaire.

Chapitre IV 28

Lutte plus sérieuse du célèbre instituteur des sourds-muets avec les hommes de sa spécialité.--Publication de ses divers travaux sous le voile de l'anonyme.--Succès de ses séances publiques.--Intérêt que lui portent Louis XVI, Joseph II et Catherine de Russie.--Sa réputation grandit avec son zèle.--Exercices en français, en latin, en italien, en espagnol, en anglais.--Quelques taches éparses dans l'ensemble de son système.--Puériles décompositions grecques et latines.

Chapitre V 35

Les signes naturels seuls peuvent-ils suffire à l'expression même des idées métaphysiques?--Divers essais infructueusement tentés pour arriver à une écriture universelle.--Descartes et Leibnitz ne croient pas à la possibilité d'un succès.--M. de Lamennais est d'un avis contraire.--La fusion de toutes les langues en une seule, si elle était possible, serait-elle durable?--La mimique est la seule langue universelle.--Tentative heureuse de Bébian pour peindre le geste et le fixer sur le papier comme on y fixe la parole.--Sa MIMOGRAPHIE.

Chapitre VI 40

Parole artificielle enseignée aux sourds-muets.--A quel hasard en est due l'introduction dans le cours d'études de l'abbé de l'Épée.--Découverte inattendue d'un livre espagnol et d'un livre latin sur cette spécialité.--Juan Pablo Bonet et Conrad Amman.--Quelques ouvrages composés sur ce sujet après l'abbé de l'Épée.--Sourds-muets parlants les plus remarquables, formés par ses leçons. --Succès qu'avait déjà obtenus, à Paris, dans l'articulation artificielle, un juif portugais, Jacob Rodrigues Pereire, et qu'ignorait complètement notre célèbre instituteur.

Chapitre VII 45

L'alphabet manuel, à une seule main, est originaire d'Espagne et remonte à 1620.--Persistance de l'Angleterre à garder l'alphabet manuel à deux mains, pareil à celui de nos collèges.--Plusieurs instituteurs d'Allemagne n'en emploient aucun.--Difficulté pour les commencements.--Notre dactylologie se popularise en France. --Ses avantages.--Quelques-unes de ses règles.--Son utilité pour les parlants.--Son usage dans les ténèbres.--Elle est inférieure à la mimique.--Justice rendue à Pereire par l'abbé de l'Épée. --Justification du célèbre instituteur par lui-même.--Exposé de sa méthode.--Attaque du sourd-muet Saboureux de Fontenay.--L'abbé de l'Épée offre d'être jugé contradictoirement avec Pereire et d'adopter même son système, s'il est déclaré supérieur au sien.

Chapitre VIII 54

Tentatives en faveur des sourds-muets en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, en France, à Genève, en Espagne, en Portugal, en Italie.--Travaux de Saint-Jean de Beverley, de Rodolphe Agricola, de Jérôme Cardan, de J. Pasck, de saint François de Sales, de Pedro de Ponce, de Juan Pablo Bonet, de Ramirez de Cortone, de Pedro de Castro, de John Bulwer, de J. Wallis, de William Holder, de Degby, de Gregory, de Georges Dalgarno, de Van Helmont, de Conrad Amman, de Kerger, de Georges Raphel, de Lassius, d'Arnoldi, de Samuel Heinicke, d'Ernaud, de Jacob Rodrigues Pereire. --Succès brillants des deux derniers à l'Académie des sciences de Paris.--Pension de Louis XV au second.--Il le nomme son interprète pour les langues espagnole et portugaise.--Sa tolérance religieuse.--Secret absolu recommandé à ses élèves.--Il offre de vendre sa méthode au gouvernement.--Lettre de la sourde-muette Mlle Marois.--Legs du sourd-muet Coquebert de Montbret.

Chapitre IX 65

Avènement de l'abbé de l'Épée.--Rivalité de l'abbé Deschamps.--Son cours élémentaire.--Il est combattu par le sourd-muet Desloges, ouvrier relieur et colleur de papier, élève d'un autre sourd-muet, domestique d'un acteur de la Comédie-Italienne.--L'abbé de l'Épée devient le confesseur de ses enfants d'adoption.--L'empereur Joseph II lui sert la messe.--Il amène dans son établissement sa sœur la reine Marie-Antoinette et lui adresse un prêtre allemand, en le priant de le mettre à même de populariser sa méthode dans ses États.--Lettre de ce prince à l'abbé de l'Épée.

Chapitre X 70

Lutte entre deux instituteurs allemands de sourds-muets.--L'abbé de l'Épée intervient.--Il en appelle aux académies de Vienne, d'Upsal, de St-Pétersbourg, de Zurich et de Leipsick.--Abstention générale, à l'exception de celle de Zurich, qui se prononce en sa faveur.--Nouvelle attaque de M. Nicolaï de Berlin.--Nouvelle victoire de l'abbé de l'Épée.--Condillac se prononce pour lui.--Extension trop grande donnée à la parole artificielle du sourd-muet.--Opinion de l'abbé de l'Épée sur ce sujet.

Chapitre XI 75

Vertus et bienfaits de l'abbé de l'Épée.--Sa soutane usée.--Presque octogénaire, il se prive de feu pour ses enfants, durant un hiver rigoureux.--Projet d'un tableau de l'abbé de l'Épée par le sourd-muet Léopold Loustau.--Il refuse un évêché en France et une abbaye en Allemagne.--Belles réponses à Joseph II et à Catherine de Russie.--Paroles mémorables.--Il ne demande qu'à instruire des sourds-muets pauvres et à apprendre pour eux les langues de tous les pays.--Son désintéressement, ses sacrifices.--Louis XVI redoute d'abord son jansénisme.--Plus tard, il accepte le patronage de son école, en autorise le transfert à l'ancien couvent des Célestins et lui assigne une rente annuelle sur sa cassette.--La mort ne permet pas à l'abbé de l'Épée de voir ses élèves installés dans ce nouveau local.--Statistique des pensions de sourds-muets et de sourdes-muettes, existant à cette époque à Paris.--Son école à un second étage de la rue des Moulins.--Sa maison de campagne à loyer, rue des Martyrs.--Scènes attendrissantes.

Chapitre XII 85

Episode du jeune comte de Solar.--Un sourd-muet, de douze à treize ans, trouvé sur la grande route de Péronne, envoyé à Bicêtre, puis à l'Hôtel-Dieu de Paris.--Quelques souvenirs confus.--Enlèvement et abandon.--Appartient-il à une famille riche?--Note envoyée à toutes les maréchaussées de France.--Étrange visite à l'Hôtel-Dieu--Le sourd-muet en est retiré et mis en pension avec d'autres frères d'infortune.--Une confusion de personnes.--Nom de Joseph substitué à celui de Louis Leduc.--Le prince de Montbarey et Mme de Hauteserre.--Découverte de la demeure de Mme la comtesse de Solar, à Toulouse. --Un trait de lumière.

Chapitre XIII 92

L'abbé de l'Épée veille attentivement sur le dépôt que lui a confié la Providence--Menaces dont il est l'objet.--L'autorité le protège.--Diverses personnes reconnaissent le jeune Solar. --Voyage du célèbre instituteur, avec son protégé, à Clermont, en Beauvoisis, sa ville natale.--Nouvelles reconnaissances. --Joseph se rappelle une cicatrice de son père.--Il est reconnu par son grand-père, mais sa sœur hésite d'abord. --Une démarche auprès du duc de Penthièvre--Elle réussit. --Le prince accorde une pension de 800 livres au jeune Solar. --Le paiement en est bientôt suspendu.--Pourquoi.--Curieuse lettre de l'abbé de l'Épée.--Le premier semestre de la pension est payé.

Chapitre XIV 101

Cazeaux, accusé d'avoir, de concert avec la comtesse de Solar, supprimé la personne et l'état de l'enfant sourd-muet, est arrêté à Toulouse et amené à Paris, les fers aux pieds et aux mains. --Ses moyens de défense.--Il demande à être transféré, avec le sourd-muet, partout où la justice croira que sa présence peut devenir nécessaire pour éclaircir l'affaire.--Cette requête est jointe au fonds; on refuse son élargissement provisoire, ainsi que le transfert de l'enfant et de sa sœur sur les lieux.--Enfin, une sentence du Châtelet déclare Joseph fils du comte de Solar, reconnaît Cazeaux innocent et le renvoie absous.--Commentaire des juges.

Chapitre XV 108

Lettre de l'abbé de l'Épée à Me Élie de Beaumont, défenseur de Cazeaux.--Preuves, suivant le célèbre instituteur, de l'identité de Joseph et du comte de Solar.--Particularités remarquables. --Détails peu édifiants sur la mère du sourd-muet.--Réponse de Me Tronçon-Ducoudray à l'abbé de l'Épée.--Extrait mortuaire constatant, à son avis, le décès.--L'illustre avocat modifie, plus tard, son opinion.--Ses aveux à M. Bouilly, auteur du drame de L'abbé de L'ÉPÉE..--Confirmation de la sentence du Châtelet par le parlement de Paris, qui ordonne, en outre, un supplément d'enquête et d'instruction.

Chapitre XVI 116

Foi robuste de l'abbé de l'Épée.--Ses occupations et ses infirmités ne lui permettent pas d'accompagner le jeune Solar dans ses courses au midi de la France--Diverses personnes intéressées dans l'affaire prennent la même direction.--Recherches longtemps infructueuses.--Joseph ne se reconnaît nulle part, pas même en présence de la tombe de son père.--On en exhume une tête d'enfant, avec une surdent semblable à celle qu'on a arrachée à Joseph.--Aventures d'un sourd-muet de Charleroi.--Parti qu'en tire le défenseur de Cazeaux.--Contradictions palpables, graves accusations formulées contre le pupille de l'abbé de l'Épée et contre les divers témoins qui déposent en sa faveur.--Nouvelle sentence confirmative du Châtelet.

Chapitre XVII 122

Redoublement d'efforts des adversaires du pupille de l'abbé de l'Épée.--Ils réussissent à faire suspendre l'exécution de la sentence. --Joseph perd ses protecteurs le duc de Penthièvre et l'abbé de l'Épée.--Les parlements sont détruits par la révolution.--Le nouveau tribunal de Paris casse le jugement rendu en faveur du pauvre délaissé.--Sans appui, sans famille, sans ressource, l'ex-comte de Solar s'enrôle dans l'armée républicaine et meurt, suivant les uns, sur un champ de bataille, selon d'autres, dans un hôpital.--Son interprète, le sourd-muet Didier, suit son exemple et s'engage dans l'artillerie.

Chapitre XVIII 132

Coup d'œil rétrospectif sur l'épisode du comte de Solar.--Est-ce une aventure réelle on un roman historique?--Bonne foi, conviction de l'abbé de l'Épée.--Ses efforts pour rendre l'innocence et l'honneur à Cazeaux.--Un dilemme pour en finir.--M. Fournier des Ormes voit dans cette aventure une mystification.--Suivant lui, le pupille du célèbre instituteur n'aurait pas été complètement sourd.--Cette opinion combattue par M. Valade-Gabel.--La pièce de Bouilly.--Première représentation.--Grand succès.--Incident de la seconde.--L'abbé Sicard mis en liberté.

Chapitre XIX 143

Le buste du célèbre instituteur des sourds-muets offert à M. Bouilly par les jeunes élèves de l'École nationale de Paris.--Félicitations du premier consul Bonaparte et du roi Louis XVIII à l'auteur du drame de L'abbé de L'ÉPÉE..--Souvenirs intéressants de Mme Talma. Deux traits de présence d'esprit de cette admirable actrice à deux représentations de la pièce.--Tribut d'éloges de Monvel à son élève.--Conclusions de M. Villenave.--Heureux résultats pour les sourds-muets du succès du drame de L'abbé de L'ÉPÉE..

Chapitre XX 151

Efforts tentés auprès du gouvernement pour suspendre les représentations du drame de L'abbé de L'ÉPÉE..--L'auteur accusé par la presse d'avoir voulu troubler le repos et compromettre l'honneur de certaines personnes.--M. Bouilly se disculpe.--Il offre de changer le lieu de la scène et efface du titre la qualification de CO MÉDIE HISTORIQUE.--Mort de l'abbé de l'Épée.--Touchant spectacle de ses derniers moments.--Tableau du sourd-muet Peyson.--Le célèbre instituteur inhumé à Saint-Roch.--On se dispute son image.--Sa répugnance à laisser reproduire ses traits, de son vivant.--Le sculpteur sourd-muet de Seine.--La Commune de Paris demande à l'Assemblée nationale que l'État adopte les sourds-muets privés de leur père.--Ce vœu est réalisé.--Oraison funèbre de l'abbé de l'Épée, prononcée dans l'église Saint-Étienne-du-Mont.--Supplice du panégyriste.

Chapitre XXI 159

L'Assemblée nationale décrète que le nom de l'abbé de l'Épée sera inscrit parmi ceux des citoyens qui ont bien mérité de l'humanité et de la patrie, et que son Institution sera subventionnée par l'État.--Fondation de 24 bourses gratuites, projet de translation à l'ancien couvent des Célestins.--La Convention fonde, dans chacune des écoles de Paris et de Bordeaux, 60 bourses, portées successivement, pour la première, à 80 et à 100.--La Convention avait eu, un instant, le projet de fonder, pour l'éducation de 4000 sourds-muets, une école normale et six grandes institutions, avec ateliers et travaux agricoles.--Transfert de l'établissement de Paris dans le local actuel, à l'ancien séminaire Saint-Magloire.--Les frais d'éducation des sourds-muets rangés, en 1832, parmi les dépenses facultatives des budgets départementaux.--M. de Gerando avait infructueusement proposé que ce fût parmi les dépenses obligatoires.

Chapitre XXII 166

Mode d'administration successif des Institutions nationales de sourds-muets de Paris et de Bordeaux.--Projets divers ayant pour but de généraliser en France cet enseignement spécial.--Sollicitations infructueuses jusqu'à ce jour.--Pétition adressée en 1851, par la Société centrale d'éducation et d'assistance pour les sourds-muets en France à l'Assemblée nationale législative.--Éloges de l'abbé de l'Épée par MM. Bébian, ancien censeur des études de l'Institution nationale de Paris, et d'Aléa, ancien directeur du collège royal des sourds-muets de Madrid.--L'auteur des TEMPLIERS, M. Raynouard, de l'Académie française, voulait, à sa mort, fonder un prix pour le meilleur poème à la gloire de l'abbé de l'Épée.--Nomenclature complète des œuvres du célèbre instituteur.

Chapitre XXIII 172

Violation des sépultures de l'église Saint-Roch en 93.--Le plomb des cercueils fondu en balles sur les autels.--Mission que l'auteur s'était imposée de retrouver la tombe de l'abbé de l'Épée.--Lettre aux journaux pour se plaindre de ce que son portrait ne figure pas au Musée historique de Versailles; de ce que sa statue ne se voit, ni dans sa ville natale, ni à Paris; de ce que la tombe enfin de son successeur, l'abbé Sicard, languit sans honneur, dans un déplorable abandon.--Demande de renseignements au curé de Saint-Roch sur le lieu de la sépulture de l'abbé de l'Épée dans cette église.--Comment on découvre que ses restes reposent dans le caveau de la chapelle Saint-Nicolas--L'auteur y descend avec le sourd-muet Forestier et le docteur Doumic.--Spectacle déchirant!--Souscription ouverte dans les journaux pour élever un monument aux cendres du célèbre instituteur et faire apposer deux inscriptions en français sur la maison où il est né et sur celle qui fut le berceau de son enseignement.

Chapitre XXIV 185

Une commission se forme pour régulariser la souscription destinée à élever un monument à l'abbé de l'Épée.--M. Dupin aîné en accepte la présidence; M. Villemain consent à en faire partie.--Elle se compose, en outre, de MM. de Schonen, de Gérando, Chapuys-Montlaville, Cavé, l'abbé Olivier, Monglave, Nestor d'Andert, et de trois sourds-muets, Ferdinand Berthier, Forestier et Lenoir.--Regrets de M. de Chateaubriand et du premier président Séguier.--Première séance à l'hôtel de la présidence de la Chambre.--Remercîments des trois membres sourds-muets.--Projet de M. Victor Lenoir, architecte du gouvernement.--Voies et moyens: représentations à bénéfice, souscription de la famille royale.--Où s'élèvera le monument?--On repousse la cour de l'Institution; on préfère la chapelle Saint-Nicolas, à Saint-Roch.--Organisation de la souscription.--Recherches à faire au Palais de Justice, à l'Hôtel de Ville, aux Archives nationales, sur le lieu de l'inhumation.--MM. Montlaville, Monglave et Berthier, délégués pour aller constater l'identité des restes découverts ou à découvrir.

Chapitre XXV 195

Exhumation des restes mortels de l'abbé de l'Épée par MM. Garay de Monglave, Chapuys-Montlaville et Ferdinand Berthier.--Découverte de fragments de souliers, de rabat, de soutane, de bonnet carré et d'étole, reconnus par une personne qui a eu des rapports avec le grand instituteur.--La pipe de terre.--Oubli ou profanation.--Noms des premiers souscripteurs.--Appel éloquent à toutes les âmes généreuses.--Propositions de MM. Michaut (des Monnoies), Victor Lenoir, architecte, et Auguste Préault, statuaire.--Appel aux ambassadeurs étrangers, aux cours de cassation et des comptes, aux cours d'appel, etc.--Réponse de l'ambassadeur de Bavière.

Chapitre XXVI 211

Rapport de M. Nestor d'Andert sur les projets soumis à la commission.--Préférence acquise à celui de M. Préault.--Les ministres invités à compléter la somme nécessaire à l'érection du monument.--Celui de l'Intérieur, M. de Montalivet, souscrit pour 3,000 fr.--Devis à forfait de M. Préault.--La commission l'accepte, à condition que l'artiste ne pourra exiger les sommes à recevoir qu'à mesure des rentrées, et que le monument sera prêt en février 1841.--Nouvelle circulaire, nouvelles démarches auprès des grands corps de l'État.--Appel à Louis-Philippe et à sa famille.--On en ignore le résultat.--L'ancien curé de Saint-Roch, devenu évêque d'Évreux, regrette de ne pouvoir prêcher le jour de l'inauguration du monument.--On s'adresse à l'abbé Cœur, qui ne peut, à cause de ses nombreux travaux, accepter cette honorable mission.--Fixation ultérieure du jour de la cérémonie.

Chapitre XXVII 221

La Commission cesse de s'assembler.--M. Préault, presque abandonné à lui-même et n'ayant plus que les conseils de MM. de Monglave et Berthier, tient religieusement sa promesse.--Le monument est inauguré en août 1841, sans cérémonie et presque à huis clos.--Description et éloge de cette œuvre remarquable.--Mais pourquoi une inscription latine?--Sur 33,000 sourds-muets que renferme la France, il n'y en a pas 22 qui sachent le latin.--Hommage des sourds-muets suédois.--Couronne de bronze due aussi à M. Préault, ainsi que la statue de l'abbé de l'Épée qui orne la façade de l'hôtel de ville de Paris.--Cruels sacrifices pécuniaires de l'artiste pour le monument de Saint-Roch et pour celui qu'il a élevé au général Marceau sur une place de Chartres.--Un buste du grand instituteur dû à un sculpteur sourd-muet, offert à l'école de Paris.--Séance d'inauguration.--Souscription ouverte pour élever une statue à l'abbé de l'Épée sur une des places de Versailles, sa ville natale.--L'Institution de Paris s'associe à cet acte de reconnaissance.

Chapitre XXVIII 229

Ces hommages, rendus, de toutes parts, à la mémoire de l'abbé de l'Épée, avaient été devancés, dès 1835, dans un banquet commémoratif de sa naissance, par une proposition que je fis aux sourds-muets et à leurs amis d'acquérir un buste en bronze du célèbre instituteur.--Empressement unanime de tous les convives. --Le buste est commandé au sculpteur Parfait Merlieux, et inauguré sur la fin du banquet de l'année suivante.--Transports d'allégresse de tous les assistants.--Mon allocution.--Bienfaits de la Société centrale des sourds-muets.--Projet de cours publics et gratuits en faveur des ouvriers atteints de cette infirmité.

Chapitre XXIX 235

Toast porté en langue mimique à la gloire des sourds-muets par leur ami Eugène Garay de Monglave.--Revue des célébrités de cette nation exceptionnelle.--Professeurs, lauréats, jurisconsultes, prosateurs et poëtes, bacheliers, mathématiciens, chimistes, physiciens, inventeurs, peintres (histoire, sujets religieux, portraits, marines, pastel, daguerréotype et lithographie), statuaires, graveurs, mécaniciens, horlogers, imprimeurs, ouvriers en tout genre, marins et militaires.--Trait héroïque de dévouement et de courage d'un sourd-muet de douze ans.--Le gouvernement lui décerne une médaille.--Ses condisciples se cotisent pour lui fournir le moyen d'assister è notre banquet.--Mon toast à M. Bouilly, et la réponse de ce doyen de nos auteurs dramatiques.

Chapitre XXX 248

Résumé des travaux de la commission créée pour l'inauguration d'une statue de l'abbé de l'Épée sur une des places publiques de Versailles, sa ville natale.--Communication officieuse du maire du chef-lieu de Seine-et-Oise.--Honorable initiative d'un citoyen, M. le docteur Bataille.--Sa lettre à un journal du département.--Nobles sentiments.--Modèle de la statue de notre illustre instituteur par M. Michaut, le célèbre graveur des monnaies.--Offres désintéressées.--Premier noyau de la commission de Versailles.

Chapitre XXXI 256

Membres présents à la première réunion.--Formation du bureau définitif.--Comment on pourra activer les souscriptions.--Voies et moyens.--Plusieurs projets.--Divers modes de publicité.--Le maire de la ville accepte les fonctions de membre de la commission.--La statue sera en bronze et de taille héroïque.--Divers emplacements proposés.--Deux seuls paraissent convenables.--Autorisation à demander au conseil municipal.--Comité de trois membres, chargé, sous le titre de jury de surveillance, de suivre l'exécution des travaux.--Publication de la liste des souscripteurs tous les deux mois.

Chapitre XXXII 262

Mort du président de la commission, M. le marquis de Sémonville.--M. le baron de Fresquienne élu à sa place.--Demande d'autorisation au Ministre de l'instruction publique pour élever la statue sur l'axe de la grille de clôture du jardin de l'École normale.--Réponse favorable.--M. Michaut s'engage à ce que les frais de la statue ne dépassent pas dix mille francs, et demande à en commencer le modèle en argile plastique.--M. l'architecte Petit invité à dresser un devis estimatif des dépenses du piédestal et des grilles.--Autorisation du conseil municipal, émettant toutefois le vœu qu'on choisisse un emplacement plus convenable.--Projet d'une médaille en bronze, destinée à chaque souscripteur.

Chapitre XXXIII 270

M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise, avant de donner son approbation complète au projet de monument qu'on prépare à l'abbé de l'Épée, désire être mieux édifié sur diverses circonstances qui s'y rattachent.--Réponses de la commission aux différentes questions qui lui ont été soumises par M. le préfet.--Première pensée d'une entrevue de quelques membres du conseil municipal de Versailles avec quelques membres de la commission du monument, ayant pour but d'essayer de lever en commun ces obstacles.--Délibération favorable du conseil municipal en réponse aux objections soulevées par M. le préfet.--Rédaction d'un prospectus à répandre pour activer les souscriptions.

Chapitre XXXIV 276

Lettre d'envoi du prospectus.--Premières listes de souscriptions.--Empressement des évêques et du clergé.--Offrande de 300 francs de la part du roi Louis-Philippe.--Les membres de la commission invités à donner chacun son avis sur le modèle de la statue. --Le statuaire Michaut promet d'en profiter.--Souscriptions des sourds-muets, recueillies par le docteur Doumic.--Projet d'exposition du modèle de la statue dans la cour de l'Institution des sourds-muets de Paris.--Le préfet de Seine-et-Oise accepte les fonctions de président d'honneur de la commission.--MM. Molé, Lepelletier-d'Aunay, Bertin de Vaux et le duc de Luynes désignés pour en être membres d'honneur.--Le Ministre de la guerre regrette de ne pouvoir accorder le bronze qu'on lui demande pour la confection de la statue.

Chapitre XXXV 284

Exposition du modèle de la statue dans la cour de l'Institution des sourds-muets de Paris.--Description. Éloge.--Visite du préfet de Seine-et-Oise, du maire de Versailles, d'un de ses adjoints, de délégués du conseil municipal, de membres de la commission des souscripteurs.--Mes impressions en présence de la statue.--Engagement du fondeur.--Adoption de la statue par le conseil municipal, qui décide qu'elle sera placée à la croix des rues Royale et d'Anjou.--M. Michaut se soumet aux corrections indiquées. --L'architecte de la ville mis à la disposition de l'œuvre. --Nouveaux moyens à employer pour activer les souscriptions.

Chapitre XXXVI 298

Hommage, par la commission des souscripteurs, au conseil municipal de la statue de l'abbé de l'Épée.--Examen du bronze destiné à cette œuvre.--Déficit de 2,700 fr. sur la somme nécessaire à l'achèvement des travaux.--Le conseil municipal en vote 2,000.--Projet d'une plaque commémorative.--Inscription de la face principale du monument.--Travaux du fondeur surveillés par le statuaire.--Érection fixée au 3 septembre 1843.--Dernières dispositions. --Programme de la fête.--Décision du conseil municipal.--Je suis invité à adresser une allocution mimique aux sourds-muets qui assisteront à la cérémonie.

Chapitre XXXVII 310

Inauguration de la statue de l'abbé de l'Épée à Versailles, sa ville natale.--Autorités, garde nationale, les sourds-muets de Paris et d'Orléans.--Désintéressement du chemin de fer.--Absence regrettable du clergé.--Nombreuse affluence de spectateurs.--Discours du préfet, au nom de la commission des souscripteurs. Réponse du maire.--Notice sur la vie et les travaux de l'abbé de l'Épée, par M. de Sainte-James, secrétaire de la commission du monument.--Mon allocution mimique.--Salves d'artillerie. --Absence du vénérable Paulmier.--Discours qu'il devait prononcer.

Chapitre XXXVIII 322

Pièces de vers auxquelles donne naissance l'inauguration de la statue de l'abbé de l'Épée, à Versailles. Improvisation poétique du sourd-muet Pélissier, avec épigraphe du sourd-muet Lenoir.--Le conseil municipal autorise le maire à accepter le monument, et adresse des remercîments aux commissaires, aux souscripteurs et au statuaire.--La commission sollicite en vain de M. le Ministre de l'intérieur, par l'intermédiaire de M. le préfet, une dernière subvention pour solder ses comptes.--Relevé définitif des recettes et dépenses.--Tribut de regret de la commission à quatre de ses membres décédés.--Ses remercîments à M. le préfet Aubernon. --Elle décerne une médaille au statuaire Michaut.--Désir des souscripteurs sourds-muets de voir leurs noms imprimés dans les journaux, afin de constater leur reconnaissance pour l'abbé de l'Épée. La commission ne peut que faire lithographier des listes générales.--Conclusion: sept vœux émis; trois encore à exaucer, une statue dans l'Institution, berceau de l'art d'élever les sourds-muets; deux inscriptions, l'une, sur la maison modeste où il naquit, à Versailles, l'autre, sur la maison modeste où il commença à enseigner, à Paris.

Notes 335

· · ·

Notes de bas de page:

[1] Résumé des travaux de l'ex-Société centrale des sourds-muets de 1838 à 1843, par MM. Lenoir et Allibert, professeurs sourds-muets.--Rapports sur l'état des recettes et dépenses de cette Société dans le même intervalle de temps, par MM. Dubois et Imbert, le premier sourd seulement, le second sourd-muet.

[2] Toutefois, il y a apparence que ces infortunés étaient mieux traités chez les Romains, pourvu toutefois qu'ils montrassent de l'aptitude à une spécialité quelconque, puisque nous voyons Pline citer l'un d'eux, nommé Pedius, comme s'exerçant dans les beaux-arts.

[3] Extrait de l'Annuaire de l'Institut des sourds-muets et des aveugles de Bruges, 1841, par M. l'abbé Carton, directeur de cet établissement.

[4] Voyez la note A à la fin du volume.

[5] La maison qui fut son berceau n'existe plus. Elle était située sur le terrain actuel de l'hospice, à l'angle des rues de Bourbon et de l'Abbé-de-l'Épée (naguère de Clagny).

[6] Voyez la note B.

[7] Voyez la note C.

[8] Voyez la note D.--Copies authentiques de six pièces émanées des anciennes archives du diocèse de Troyes et déposées à la préfecture de l'Aube, précédées de la réponse de M. le chanoine Coffinet, secrétaire de cet évêché, à M. Sainte-James de Gaucourt, secrétaire de la Commission pour l'érection de la statue de l'abbé de l'Épée à Versailles.

[9] En 1743.

[10] La Revue ecclésiastique, 33e livraison, février.

[11] Voyez la note E.--Observations d'un ecclésiastique aussi tolérant qu'éclairé, M. l'abbé Bouchot, aumônier de l'institution des sourds-muets d'Orléans.

[12] Éloge de l'abbé de l'Épée, par Bébian, censeur des études de l'institution des sourds-muets de Paris.

[13] Chateaubriand a dit quelque part en parlant des sauvages de l'Amérique:

«La conversation devint bientôt générale, c'est-à-dire par quelques mots entrecoupés de ma part et par beaucoup de gestes, langage expressif que ces nations entendent à merveille et que j'avais appris parmi elles.»

[14] Lettre seconde de l'instituteur des sourds-muets à M. l'abbé *** en 1772 (Institution des sourds-muets par la voie des signes méthodiques).

[15] Institution des Sourds-Muets, par la voie des signes méthodiques. 1re partie. Page 89.

[16] La Polygraphie ou écriture universelle, cabalistique, de Trithème.--L'ouvrage de Comenius intitulé: Janua linguarum reserta (1601).--Bécher de Spire (1661). Character pro notitiâ linguarum universale.--John Wilkins, an essay towards a real character and philosophical.--La Pasigraphie, ou écriture universelle, du chevalier de Maimieux.--L'anti-pasigraphie de Vater.--Manuel polyglote de Cambry, d'après le plan de Bécher.--Essai pasigraphique de Zacharie Nather.--Cours de Pasigraphie de Schmid, ouvert en 1807 au lycée de Dilengen.

Ces citations sont extraites de l'Investigateur, journal de l'institut historique. Tome IX, 172e livraison.--Mars 1849.

[17] Une liste de leurs ouvrages serait ici bien longue. Contentons-nous donc de citer quelques-uns, de ceux qui ont été publiés en français:

Essai sur l'articulation de la voix, par Laurent de Blois, 1831.

--La parole rendue aux sourds-muets, par le même.--Tableau des éléments de la parole artificielle et de la lecture sur les lèvres à l'usage des sourds et demi-sourds de naissance et par accident, par M. Piroux, directeur de l'institution des sourds-muets de Nancy, 1838.--Méthode de phonologie et de labéologie, par le même, idem.--Mécanisme de la parole mis à la portée des sourds de naissance, par M. Vaïsse, professeur de la classe de perfectionnement de l'institution nationale des sourds-muets de Paris.--Brochure de M. Valade-Gabel, ancien directeur de l'institution, nationale des sourds-muets de Bordeaux, 1839, intitulée: Quel rôle l'articulation et la lecture sur les lèvres doivent-elles jouer dans l'enseignement des sourds-muets?--La parole enseignée aux sourds-muets, sans le secours de l'oreille, par J. B. Puybonnieux, professeur et archiviste-bibliothécaire à l'institution nationale des sourds-muets de Paris, 1843.--Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et morales, par le même, 1846.

[18] Voyez à la note F. un certificat délivré par l'abbé de l'Épée à Mademoiselle Blouïn, certificat publié par M. Piroux, directeur de l'institution des sourds-muets de Nancy dans son intéressant journal mensuel: l'Ami des Sourds-Muets. (2e année, 1839-1840.)

[19] Né le 11 avril 1715 à Péniche, ville de l'Estramadure portugaise, à 36 kilomètres de Lisbonne. D'autres placent son berceau à Berlango, dans l'Estramadure espagnole. On appelait alors indifféremment, a-t-on remarqué à cet égard, juifs portugais ou nouveaux chrétiens les premiers Israélites venus de la péninsule hispanique et admis légalement en France par les ordonnances de Henri II.

[20] Jacob Rodrigues Pereire, déjà cité.

[21] M. Bébian remarquait en 1827, dans son excellent Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets, que plusieurs institutions d'Allemagne ne faisaient usage d'aucun alphabet manuel, mais qu'on y traçait en l'air la forme des lettres comme si on les écrivait. Selon cet instituteur éminent, les lettres ainsi tracées sont beaucoup trop fugitives; elles supposent d'ailleurs une grande habitude d'écrire sur le papier et ne peuvent être par conséquent d'aucune utilité pour les premières leçons.

[22] Voyez à la note G:--1º ma lettre au directeur de l'institution nationale des sourds-muets de Paris sur la dactylologie de M. Leménager; 2º celle que j'ai adressée à la Commission consultative de cet établissement sur la dactylographie de M. Ch. Wilhorgne.

[23] Institution des Sourds-Muets, chap. 1, pag. 9-10.

[24] C'est par ce moyen que le père Vanin avait commencé l'éducation des deux sœurs sourdes-muettes.

[25] Il a fait paraître un grand nombre de traductions d'ouvrages anglais qui lui étaient commandés par des éditeurs, des lettres sur la dactylologie et un mémoire publié par le Journal de Physique, en 1770.--Il avait, en outre, formé lui-même quelques élèves, parmi lesquels se distinguait une demoiselle de Rennes, dont Le Bouvier Desmortiers cite quelques écrits.--La dactylologie était l'instrument favori de ce sourd-muet très-remarquable, auquel nous sommes redevables, dit-on, de l'adoption de ce mot grec.

[26] Ce moine anglo-saxon passe pour avoir composé le premier un travail méthodique ayant trait au langage doigté.--Il a pour titre Loquela digitorum, art d'exprimer les nombres par la position des doigts sur les mains ou des mains sur le corps. Il se compose d'un texte très-court et n'ayant guère que l'étendue d'une des pages du Magasin pittoresque (16e année), et de 55 figures. Les 36 premières expriment les nombres avec les doigts seulement et constituent ainsi ce que l'on est convenu d'appeler la dactylonomie; les 19 autres, relatives à la Chiromamie, empruntent leur signification aux diverses positions des mains.

Des savants font remonter de pareils systèmes à une haute antiquité. Ils en citent pour preuves un assez grand nombre de passages des auteurs anciens, sacrés et profanes.

[27] Paralipomenn, lib. III, cap 3, tome XVI de la collection de ses œuvres, page 462.--De utilitate ex advertis capiendâ, lib. II, cap. 7, tome II de ses œuvres, pag. 73.

De subtilitate, lib XIV, pag. 425 (édition de Bâle, 1622).

[28] Extrait de la vie de saint François de Sales, par Marsollier. Paris, Dufour, 1826. Tome 1er, livre 5e, page 394.

[29] J'ai été induit en erreur, comme beaucoup d'autres, quand j'ai écrit autre part qu'il était muet de naissance.

[30] C'est ce que m'a assuré, du moins, M. Coquebert de Montbret, homme fort instruit, membre sourd-muet de la Société Asiatique, qui, en 1847, a, par son testament, légué non seulement sa fortune, mais sa riche bibliothèque à la ville de Rouen. Voyez la note H où il est parlé de ce legs d'après les Annales de l'éducation des Sourds-Muets et des Aveugles, publiées par M. Edouard Morel, 4e année, 4e volume, 1847.

[31] J'ai lu dans l'Illustration, 3 novembre 1849, nº 349, vol. XIV, que M. de Carignan, frère aîné du Comte de Soissons, qui était bègue, eut pour percepteur M. de Vaugelas. La grande occupation de ce dernier pendant quatre ans fut de lui enseigner les plus ingénieuses décompositions des mots pour lui en faciliter la prononciation. Le maître étant mort de chagrin de voir ses efforts échouer devant les organes rebelles de l'élève, un Italien nommé Vicenzio Barini prit sa place. Le nouvel instituteur imagina un moyen de lui faire prononcer et assembler quelques lettres on ne sait comment. D'après Armand de Barenta, à qui j'emprunte cette note, il ne paraît pas que M. de Carignan en ait mieux profité.

[32] Ce traité, dont Locke, Leibnitz, Fontenelle, dans son éloge de Leibnitz, et le célèbre philosophe écossais Dugald Stewart, faisaient un grand cas, était devenu si rare, en 1834, qu'une société de bibliophiles de Glascow, connue sous le nom de club Maitland, résolut d'en faire, à Edimbourg, tirer, au nombre de cent exemplaires seulement, une nouvelle édition réservée à ses membres. L'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris, grâce aux soins éclairés de M. Edouard Morel, alors son secrétaire-bibliothécaire, est parvenu à s'en procurer un, malgré l'énormité du prix, 120 francs.

[33] Il comptait déjà treize ans, et avait reçu un commencement d'instruction de M. Lucas aîné, entrepreneur des bâtiments du Roi pour les ouvrages de plomberie, quand il fut mis en pension, le 26 octobre 1750, chez Pereire, quai des Augustins, par le duc de Chaulnes, son parrain.--Selon M. Coquebert de Montbret, ce sourd-muet, fils d'un maréchal des logis des chevau-légers de la garde, aurait été l'oncle de notre grand orateur Berryer.

[34] Voir son Dictionnaire de Musique, art. Chant.

[35] Voici le commencement de quelques vers de La Condamine, qu'une considération inconnue ne permit pas, dit-on, d'inscrire sur le tombeau de Pereire:

Pereire! ton génie et tes puissants secours Ont rendu la parole à des muets nés sourds! Des muets ont parlé!.......

Saboureux de Fontenay avait répondu par une dissertation remarquable aux questions de ce savant. Peu importe, d'ailleurs, l'époque précise! A quoi notre frère d'infortune devait-il d'être arrivé à cette supériorité de connaissances qui excitait l'admiration générale? L'abbé de l'Épée pense que c'était bien plus à la lecture qu'à l'habileté de son maître Pereire.

[36] Voir l'Encyclopédie et ses Lettres sur les Sourds-Muets.

[37] Voir son Traité des Sensations.

[38] Voir sa Dissertation sur la manière d'apprendre à parler aux muets.

[39] C'est seulement comme instituteur et non pas comme savant que je considère ici Pereire.--Il mourut à Paris, en 1780, revêtu du titre de membre de la Société Royale de Londres, et fut enterré dans le cimetière des juifs portugais, à La Villette.

[40] L'abbé de l'Épée a supprimé, par modestie sans doute, quelques expressions de cette lettre qui s'adressaient à lui.

[41] Toutes les pièces furent fournies en latin de part et d'autre.

[42] Léopold Loustau a exposé au salon de 1839 un grand tableau qui représente saint Pierre guérissant un boiteux;--en 1840, le Sermon de Jésus-Christ sur la Montagne, dont le ministre de l'intérieur a fait l'acquisition;--en 1844, Jésus enfant parmi les docteurs de la loi, tableau donné par le ministre à la chapelle du lycée de Strasbourg et pour lequel le jeune artiste a obtenu une médaille d'or;--en 1842, Jésus-Christ bénissant les petits enfants, tableau commandé par le ministre pour servir de pendant à ce dernier;--en 1845, l'Apparition de Saint-Nicolas devant Constantin le Grand, tableau placé par ordre du ministre dans la cathédrale de Haguenau (département du Bas-Rhin), dont le saint est le patron;--en 1846, Bonaparte quittant l'Égypte pour venir sauver la France. Il est accompagné des généraux Murat, Lannes, Marmont, Berthier, Andréossy et de deux savants, Monge et Berthollet. Loustau excelle également dans les portraits, dont il reçoit chaque jour de nouvelles commandes.

[43] La comtesse de Courcel, sa nièce, ne l'évalue qu'à 7 ou 8,000 fr.

[44] Revue ecclésiastique, 33e livraison, février.

[45] Voyez la note 1.(44)

[46] Mlles Cornu, Trumeau, Vissera, Duhamel et Lefebure.

[47] Il était alors âgé de soixante-quatre ans.

[48] La date du 1er août n'a été connue de l'auteur de la note que depuis les informations faites par ordre du ministère.

[49] Voyez à la note J la différence entre les mots sourd-et-muet et sourd-muet.

[50] Cette pièce a été donnée à M. Théodore Tarbé, par Mesd. Moreau de Vormes, ses parentes, petites-filles de M. Moreau de Vormes, avocat au Conseil, à qui elle était adressée.

Elle se trouve maintenant entre les mains de M. Amant, artiste aimé du public, du théâtre Montansier, qui possède une magnifique collection d'autographes des souverains qui ont régné sur différentes nations, des savants les plus illustres, des plus profonds génies, des hommes les plus vénérables, les plus remarquables, des célébrités féminines enfin qui ont brillé sur la scène du monde.

[51] Des témoins prétendaient avoir vu la lentille; c'étaient la nourrice de Joseph de Solar, la maîtresse de pension de l'île Saint-Louis et un maître d'école de Toulouse.

[52] Plus tard M. Tronçon-Ducoudray avoua à M. Bouilly, auteur du drame de l'Abbé de l'Épée, que l'instruction du procès, modifiant son opinion, avait achevé de le convaincre que l'élève du célèbre instituteur était bien véritablement l'unique rejeton mâle de la noble famille qui le reniait. Il l'entretenait même si souvent de cette cause, dans laquelle il n'avait pu qu'admirer l'ascendant irrésistible des plus douces vertus unies à la philanthropie la plus chrétienne, qu'il n'avait pas peu contribué à échauffer l'imagination si vive et l'âme si sensible de son interlocuteur dont il soutenait et affermissait les pas après l'avoir présenté lui-même, en 1787, au barreau français. On n'ignore pas que Tronçon-Ducoudray, déporté à la Guyane, paya, dans la suite, de sa liberté et de sa vie, la gloire d'avoir défendu la reine Marie-Antoinette au tribunal révolutionnaire.

[53] Ce maître d'école de Toulouse a été accusé d'avoir suborné ses écoliers pour les engager à ne pas reconnaître le sourd-muet en question.

Le 2 décembre 1772, il reçut Guillaume-Jean Joseph, sourd-muet, né à Clermont le 1er novembre 1762, et il marqua sur son registre la sortie de cet enfant au 2 septembre de l'année suivante.

[54] Extrait du rapport du procès Solar, fait le 5 juin 1792 et jours suivants à l'audience publique du second tribunal criminel, établi par la loi du 14 mars 1791, et séant à Paris, au Palais de Justice, par Jean-François Eude, juge à ce tribunal, sur l'appel de la sentence définitive rendue au Châtelet de Paris le 8 juin 1781.

C'est par le plus grand des hasards que cette pièce est tombée tout récemment entre mes mains. Sur ma demande, des recherches, relatives à ladite annulation, avaient été faites jusque-là, mais infructueusement, dans les minutes du greffe de la cour d'appel, au greffe du tribunal de première instance et aux archives nationales.

[55] Il n'est, selon le rapporteur, autre que Pierre-Hyacinthe-Joseph, fils de Matthias Pinchon de la Motte, employé dans les Pays-Bas aux travaux des mines.

[56] On a remarqué qu'elle a varié dans ses déclarations sur Joseph. Pour se justifier, elle disait que c'était sur la foi d'autrui qu'elle croyait qu'il était son frère, mais que, devant la justice, elle devait à la vérité de déclarer qu'elle ne le reconnaissait pas. C'est pour cette raison que, par l'organe de son tuteur, celui-ci a formé contre elle une demande en communication de l'inventaire fait après le décès de la comtesse de Solar. C'était, selon lui, un moyen d'arriver ainsi à faire reconnaître judiciairement l'état de Joseph et son identité avec le comte de Solar.

[57] Depuis lors, nous apprend le rapporteur par post-scriptum, Me Avril, défenseur de Cazeaux, lui fit donation, à sa mort, de tous ses biens, pour le dédommager du tort involontaire que sa compagnie lui avait fait éprouver. Cette donation, évaluée à 200,000 fr., et qui consistait principalement en une jolie maison, sise aux environs de Brunoy, donna lieu au mariage de Cazeaux avec Caroline de Solar.

[58] Voici la distribution des rôles:

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE Monvel. JULES Mad. Vanhove-Talma. DARLEMONT Grandménil. SAINT-ALME Damas. FRANVAL Baptiste aîné. DOMINIQUE Dazincourt. MAD. FRANVAL Mad. Suin. CLÉMENCE, SŒUR DE FRANVAL Mlle Mézerai. MARIANNE Mad. Lachassaigne.

[59] L'abbé Sicard fut réintégré dans ses fonctions le 22 nivôse an

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