‹ L'abîmeChapitre 8 sur 14 · 2 Vendale se décide

2 Vendale se décide

Lorsque Vendale entra dans son bureau le lendemain matin, il était dans des dispositions toutes nouvelles. Le jeune homme ne trouvait plus insipide sa routine commerciale du Carrefour des Éclopés : Marguerite, désormais, était intéressée dans la maison. Tout le mouvement qu’y avait produit la mort de Wilding, son associé ayant alors dû procéder à une estimation exacte de la valeur de l’association, la balance des registres, le compte des dettes, l’inventaire de l’année, tout cela se transformait à présent aux yeux de Vendale en une sorte de machine, une roulette indiquant les chances favorables ou défavorables à son mariage. Après avoir examiné les résultats que lui présentait son teneur de livres et vérifié les additions et les soustractions faites par ses commis, Vendale tourna son attention vers le département du prochain inventaire, et il envoya aux caves un messager qui demandait un rapport.

Joey Laddle apparut bientôt. Il passa la tête par la porte entrebâillée du cabinet ; cet empressement donnait à penser que cette matinée avait dû voir quelque événement extraordinaire. Il y avait un commencement de vivacité dans les mouvements du garçon de cave ; et quelque chose même, qui ressemblait à de la gaieté, se lisait sur son visage.

— Qu’y a-t-il ? demanda Vendale surpris, quelque mauvaise nouvelle ?

— Je désirerais vous faire observer, mon jeune monsieur Vendale, que je ne me suis jamais érigé en prophète…

— Qui prétend cela ? fit Vendale.

— Aucun prophète, si j’ai bien compris ce que j’ai entendu dire de cette profession, n’a jamais vécu sous terre, continua Joey. Aucun prophète n’a jamais pris le vin du matin au soir par les pores, pendant vingt ans. Lorsque j’ai dit à monsieur Wilding, mon pauvre jeune défunt maître, qu’en changeant le nom de la maison, il en avait changé la chance, me suis-je alors posé en prophète ?… Non… Et pourtant tout ce que j’ai dit est-il arrivé ?… Oui… Du temps de Pebblesson Neveu, monsieur Vendale, on ne sut jamais ce que c’était qu’une erreur commise dans une lettre de consignation… Eh bien, maintenant, en voici une. Je vous prie seulement de remarquer qu’elle est antérieure à la venue de mademoiselle Marguerite dans cette maison ; donc, il n’en faut point conclure que j’ai eu tort d’annoncer que les chansons de la jolie demoiselle devaient nous ramener la chance… Lisez ceci, monsieur… Lisez, reprit-il en indiquant du doigt un passage du rapport. C’est une chose étrangère à mon tempérament que de décrier la maison que je sers. Mais, en vérité, monsieur George, un devoir impérieux me commande de vous éclairer en ce moment. Lisez.

Vendale lut ce qui suit :

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