‹ L'Aiglon: Drame en six actes, en versChapitre 14 sur 60 · L’ARCHIDUCHESSE.

L’ARCHIDUCHESSE.

On m’a dit...

LE DUC.

Ce n’est rien!

L’ARCHIDUCHESSE, lui prenant la main.

Cependant...

LE DUC, voyant Dietrichstein qui entre aussi, rapidement, l’air préoccupé, amenant le docteur Malfatti.

Le docteur!... je ne suis pas malade!

(A l’archiduchesse.)

Rien. Un étouffement. J’ai quitté la parade: J’ai trop crié, voilà!

(Au docteur, qui, pendant qu’il parle, lui tâte le pouls.)

Docteur, vous m’ennuyez!

(A Sedlinsky, qui profite de l’émotion générale pour gagner la porte.)

C’est très gentil à vous, de ranger mes papiers. Vous me gâtez. Déjà vous m’aviez par tendresse, Donné tous vos amis pour laquais.

SEDLINSKY, interdit.

Votre Altesse Se figure?...

LE DUC, nonchalamment.

Et vraiment j’en serais très heureux, Si le service était un peu mieux fait par eux, Mais on m’habille mal, ma cravate remonte. Enfin, je vous ferai remarquer, mon cher comte, --Puisque c’est vous ici que regardent ces soins,-- Que depuis quelques jours mes bottes brillent moins.

(Il s’est assis, se dégantant, après avoir donné son sabre et son chapeau à son ordonnance qui les emporte.--Un laquais a posé un plateau de rafraîchissements sur la table.)

L’ARCHIDUCHESSE, voulant servir le duc.

Franz...

LE DUC, à Sedlinsky qui de nouveau gagnait la porte.

Vous ne prenez rien?

SEDLINSKY.

J’ai pris...

LE DOCTEUR.

Une couleuvre.

LE DUC, à un des officiers de sa maison.

Aux ordres, Foresti!

LE CAPITAINE FORESTI, s’avançant et saluant.

Mon colonel?

LE DUC.

Manœuvre Après-demain.--Qu’on soit aux premiers feux du ciel A Grosshofen.--Compris?--Va.

FORESTI.

Bien, mon colonel.

LE DUC, aux autres officiers.

Vous pouvez me laisser, Messieurs. Je vous salue.

(La maison militaire se retire. Sedlinsky va pour sortir avec les officiers. Le duc le rappelle.)

Mon cher comte!...

(Sedlinsky revient. Le duc lui tend du bout des doigts une lettre qu’il tire de son frac.)

Une encor que vous n’avez pas lue!...

(Sedlinsky remet, d’un air piqué, la lettre sur la table, et sort.)

DIETRICHSTEIN, au duc.

Je vous trouve, avec lui, d’une sévérité!

L’ARCHIDUCHESSE, à Dietrichstein.

Le duc n’a-t-il donc pas toute sa liberté?

DIETRICHSTEIN.

Oh! le prince n’est pas prisonnier, mais...

LE DUC.

J’admire Ce mais! Sentez-vous tout ce que ce mais veut dire? Mon Dieu, je ne suis pas prisonnier, mais... Voilà. Mais... Pas prisonnier, mais... C’est le terme. C’est la Formule. Prisonnier?... Oh! pas une seconde! Mais... il y a toujours autour de moi du monde. Prisonnier!... croyez bien que je ne le suis pas! Mais... s’il me plaît risquer, au fond du parc, un pas, Il fleurit tout de suite un œil sous chaque feuille. Je ne suis certes pas prisonnier, mais... qu’on veuille Me parler privément, sur le bois de l’huis Pousse ce champignon: l’oreille!--Je ne suis Vraiment pas prisonnier, mais... qu’à cheval je sorte, Je sens le doux honneur d’une invisible escorte. Je ne suis pas le moins du monde prisonnier! Mais... je suis le second à lire mon courrier. Pas prisonnier du tout! mais... chaque nuit on place A ma porte un laquais,--

(Montrant un grand gaillard grisonnant qui est venu reprendre le plateau, et traverse le salon pour l’emporter.)

tenez, celui qui passe!-- Moi, le duc de Reichstadt, un prisonnier?... Jamais! Un prisonnier!... Je suis un pas-prisonnier-mais.

DIETRICHSTEIN, un peu pincé.

J’approuve une gaieté... bien rare.

LE DUC.

Rarissime!

DIETRICHSTEIN, saluant pour prendre congé.

Votre Altesse...

LE DUC, gravement.

Sérénissime.

DIETRICHSTEIN.

Hein?

LE DUC.

... Ré-nis-sime! On m’a donné ce titre, il m’est particulier: Tâchez une autre fois de ne pas l’oublier!

DIETRICHSTEIN, saluant le duc.

Je vous laisse...

(Il sort.)

SCÈNE III

LE DUC, L’ARCHIDUCHESSE.

LE DUC, à l’archiduchesse, amèrement.

Sérénissime... hein? Admirable!...

(Il se jette dans un fauteuil, et remarquant l’album qu’elle a repris sur la table.)

--Que portez-vous?

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