‹ L'Aiglon: Drame en six actes, en versChapitre 22 sur 60 · L’EMPEREUR.

L’EMPEREUR.

D’où tenez-vous l’art des gamineries?

LE DUC.

Mais c’est d’avoir joué, petit, aux Tuileries.

L’EMPEREUR, le menaçant du doigt.

Ah! vous y revenez?

LE DUC.

J’y voudrais revenir.

L’EMPEREUR, fixant gravement l’enfant agenouillé.

En avez-vous gardé, vraiment le souvenir?

LE DUC.

Vague...

L’EMPEREUR, après une seconde d’hésitation.

Et de votre père?

LE DUC, fermant les yeux.

Il me souvient d’un homme Qui me serrait, très fort,--sur une étoile. Et comme Il serrait, je sentais, en pleurant de frayeur, L’étoile en diamants qui m’entrait dans le cœur.

(Il se lève et fièrement.)

--Sire, elle y est restée.

L’EMPEREUR, lui tendant la main.

Est-ce que je t’en blâme?

LE DUC, avec chaleur.

Oui, oui, laissez parler la bonté de votre âme! Lorsque j’étais petit, vous m’aimiez, n’est-ce pas? Vous vouliez avec moi prendre tous vos repas. Nous dînions tous les deux, tout seuls...

L’EMPEREUR, rêvant.

C’était un charme!

LE DUC.

J’avais de longs cheveux. J’étais prince de Parme.

(Il s’assied sur le bras du fauteuil.)

Quand on me punissait, toi, tu me pardonnais!

L’EMPEREUR, souriant.

Et te rappelles-tu ton horreur des poneys?

LE DUC.

Un jour qu’on m’en montrait un blanc comme la neige, Je trépignais de rage au milieu du manège.

L’EMPEREUR, riant.

Dame! un poney pour toi, tu prenais ça très mal!

LE DUC.

Furieux, je criais: «Je veux un grand cheval!»

L’EMPEREUR, secouant la tête.

Et c’est un grand cheval, encor, que tu demandes!

LE DUC.

Et lorsque je battais mes bonnes allemandes!

L’EMPEREUR, entraîné par ces souvenirs.

Et lorsque, avec Colin, vous creusiez, sans façon, Des grands trous dans mon parc!...

LE DUC.

On faisait Robinson.

L’EMPEREUR, grossissant sa voix.

C’était vous, Robinson!

LE DUC.

J’entrais dans ces cachettes, Et j’avais un fusil, deux arcs et trois hachettes!

L’EMPEREUR, s’animant de plus en plus.

Puis, tu montais la garde à ma porte!...

LE DUC.

En hussard!

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