L’ATTACHÉ.
Le rendez-vous... c’était ici. Je le savais Par vous. J’y suis venu. Tout va bien. Je m’en vais!
LE DUC.
Le rendez-vous? Mais c’est le pavillon de chasse! Ils vont assassiner la comtesse à ma place! --Rentrons!
CRI GÉNÉRAL.
Oh! non!
UN CONSPIRATEUR.
Pourquoi?
LE DUC, avec désespoir.
La comtesse!...
PROKESCH, voulant le retenir.
Elle peut Se faire reconnaître...
LE DUC.
Ah! tu la connais peu! Mais cette femme-là se fera, par ces brutes, Tuer dix fois pour que je gagne dix minutes! --Rentrons!...
PLUSIEURS.
Non!
LE DUC.
Je ne peux pourtant--rentrons là-bas!-- Souffrir qu’on m’assassine et que je n’y sois pas!
D’OTRANTE.
Tous nos efforts perdus!
UN CONSPIRATEUR, furieux.
S’il faut qu’on reconspire!
MARMONT.
Vous ne pourrez plus fuir!
UN AUTRE.
Et la France?
UN AUTRE.
Et l’Empire?
(Ils sont tous autour de lui.)
LE DUC.
Arrière!
MARMONT.
Il faut partir!
LE DUC, avec force.
Il faut rentrer!
PROKESCH.
Oui mais... Rentrer, c’est abdiquer peut-être à tout jamais La couronne!
LE DUC.
Partir, c’est abdiquer mon âme!
MARMONT.
On peut sacrifier quelquefois!...
LE DUC.
Une femme?
MARMONT.
Risquer, pour une femme, au moment du succès...
FLAMBEAU.
Allons! décidément, c’est un prince français!
LE VICOMTE D’OTRANTE, résolument au duc.
Voulez-vous partir?
LE DUC.
Non!--Otez-vous, que je passe!
LE VICOMTE D’OTRANTE, aux autres.
S’il ne veut pas partir, qu’on l’enlève!
TOUS, se précipitant vers le duc.
Oui! Oui!
LE DUC, levant sa cravache.
Place! Place! ou, levant ce jonc qui vous cravachera, Je charge à la façon de mon oncle Murat! --A moi, Prokesch! Flambeau!
UN CONSPIRATEUR.
De force, il faut le prendre!
LE DUC, à l’attaché français.
Et vous! vous qui veniez ici pour me défendre, C’est en voulant m’ôter le scrupule et la foi Qu’on veut m’assassiner vraiment: défendez-moi!