‹ L'AiglonChapitre 19 sur 66 · 1 SCENE I

1 SCENE I

SEDLINSKY, LES LAQUAIS, L’HUISSIER.
SEDLINSKY, assis dans un fauteuil.
C’est tout ?
PREMIER LAQUAIS
C’est tout.

SEDLINSKY
Rien d’anormal ?

DEUXIEME LAQUAIS
Rien d’anormal.

TROISIEME LAQUAIS
Il mange à peine.

QUATRIEME LAQUAIS
Il lit beaucoup.

CINQUIEME LAQUAIS
Il dort très mal.

SEDLINSKY, à l’huissier.
Es-tu sûr des valets de chambre de service ?

L’HUISSIER
Oh ! ces messieurs, Monsieur le préfet de police,
Sont tous des policiers de carrière.

SEDLINSKY
Merci.

Il se lève pour sortir.

Mais j’ai peur que le duc ne me surprenne ici.

PREMIER LAQUAIS
Non. Le duc est sorti.

DEUXIEME LAQUAIS
Comme à son ordinaire.

TROISIEME LAQUAIS
En uniforme.

QUATRIEME LAQUAIS
Avec sa maison militaire.

L’HUISSIER
On doit manoeuvrer.

SEDLINSKY
Donc… du flair, du tact. – Enfin,
Surveillez-le sans qu’il s’en doute.

L’HUISSIER, souriant.
Je suis fin.

SEDLINSKY
Pas de zèle. Quand on fait du zèle, je tremble.
Surtout, n’écoutez pas aux portes tous ensemble.

L’HUISSIER
C’est un soin dont je n’ai chargé qu’un seul agent.

SEDLINSKY
Lequel ?

L’HUISSIER
Le Piémontais.

SEDLINSKY
Oui, très intelligent.

L’HUISSIER
C’est lui que chaque soir je mets dans cette pièce
Sitôt que dans sa chambre a passé Son Altesse.
Il désigne à gauche, la porte de la chambre du Duc.

SEDLINSKY
Il est là ?

L’HUISSIER
Non. La nuit ne pouvant fermer l’oeil,
Le jour, quand le duc sort, il dort dans un fauteuil.
Il sera là sitôt le duc rentré.

SEDLINSKY
Qu’il veille !

L’HUISSIER
C’est compris.

SEDLINSKY, jetant un regard sur la table.
Les papiers ?

L’HUISSIER, souriant.
Explorés.

SEDLINSKY, se penchant pour regarder sous la table.
La corbeille ?

Il s’agenouille vivement en voyant des petits bouts de papier sur le tapis, autour de la corbeille.

Des morceaux ?…

Il cherche à les réunir.

C’est peut-être une lettre… De qui ?

Entraîné par la curiosité professionnelle, il est tout à fait sous la table, ramassant, cherchant à lire. A ce moment une porte, à droite, s’ouvre, et le Duc entre, suivi de sa maison militaire : général Hartmann, capitaine Foresti, etc. Les laquais se rangent précipitamment. Le Duc est en uniforme : l’habit blanc boutonné à collet vert, les pattes d’ours en argent sur les manches, un grand manteau blanc sur les épaules. Bicorne noir au retroussis duquel est piquée une verte feuille de chêne. Sur la poitrine, les deux plaques de Marie-Thérèse et de Saint-Etienne. Se mêlant au ceinturon du sabre, la ceinture de soie, jaune et noire, à gros glands. Bottes.

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