‹ L'AiglonChapitre 23 sur 66 · 5 SCENE V

5 SCENE V

LE DUC, PROKESCH, puis THERESE.
Un laquais entre, pose sur la table un plateau avec des lettres, et sort. C’est celui que le Duc a désigné tout à l’heure comme le gardant la nuit, l’homme que l’huissier a appelé le Piémontais.

PROKESCH
Le courrier qu’on apporte.

Il montre les lettres au Duc.

Beaucoup de lettres.

LE DUC
Oui… de femmes. Celles-là,
On les laisse arriver.

PROKESCH
Que de succès !

LE DUC
Voilà
Ce que c’est que d’avoir l’auréole fatale !

Il prend une lettre que Prokesch lui passe, décachetée.

« Dans votre loge, hier, comme vous étiez pâle !… »
Je déchire.

Il déchire, et en prend une autre.

« Oh ! ce front qui… » Je déchire.

Il déchire, et Prokesch lui en passe une troisième.

« Hier
Je vous vis, à cheval, passer sur le Prater… »
Je déchire.

Même jeu.

PROKESCH
Toujours ?

LE DUC, prenant encore une lettre.

« Prince, votre jeunesse,
Votre inexpérience… » Ah ! c’est la chanoinesse !
Je déchire.

La porte s’ouvre doucement, et Thérèse paraît.

THERESE, timidement.
Pardon…

LE DUC, se retournant a sa voix.
Petite Source, vous ?

THERESE
Mais pourquoi donc toujours ce surnom ?

LE DUC
Il est doux.
Il est pur. Il vous va.

THERESE
Je pars demain pour Parme.
Votre mère m’emmène.

LE DUC, avec un sourire forcé.
Essuyons une larme !

THERESE, tristement.
Parme !…

LE DUC
C’est le pays des violettes.

THERESE
Oui…

LE DUC
Si ma mère ne le sait pas, dites-le-lui !

THERESE
Oui, Monseigneur. – Adieu.

Elle remonte lentement pour sortir.

LE DUC
Reprenez votre course,
Petite Source !

THERESE, s’arrêtant.
Mais… pourquoi « Petite Source » ?

LE DUC
Mais parce qu’elle m’a rafraîchi bien des fois,
L’eau qui dort dans vos yeux et court dans votre voix.
— Adieu…

THERESE remonte, puis, sur le seuil, comme attendant, espérant encore.

Vous n’avez pas autre chose à me dire ?

LE DUC
Pas autre chose.

THERESE
Adieu, Monseigneur.

Elle sort.

LE DUC
Je déchire.

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