‹ L'américaineChapitre 10 sur 14 · X

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M. de Solis avait hâte de revoir Sylvia. Ne venait-elle pas de lui dire furtivement qu'elle avait à lui parler? Quand? Le plus tôt possible. Une visite nouvelle dans une même journée ne pouvait-elle sembler déplacée, éveiller les soupçons? Et pourquoi? Y avait-il donc imprudence à se montrer à la villa, aujourd'hui même, puisque Sylvia lui demandait de revenir «dans un moment»? Ne pouvait-il reparaître sous le prétexte de lui apporter quelque livre, une partition? Et puis il ne raisonnait pas. Il n'y avait point d'obstacle: il en eût souhaité, tout prêt à la lutte, las de son existence plate, de cet amour latent, en quelque sorte résigné, caché. Ses appétits d'aventures, sa soif de nouveau s'éveillaient, le poussaient à rêver quelque brusque exode, un départ avec cette femme partageant désormais ses explorations, ses dangers et sa vie. Quelle folie!

Et pourtant cette pensée lui venait, depuis quelques jours, le tenaillait comme un supplice. Il y songeait en allant vers la villa, après avoir chez lui reconduit sa mère, sa mère qu'il trompait en lui disant qu'il s'arrêtait un moment au Casino, lire les journaux, alors qu'il retournait vers l'adorée, vers le péril.

Sylvia était encore dans le grand salon quand M. de Solis se fit annoncer. Elle avait approché de la porte ouverte un _rocking-chair_, et, étendue là, elle regardait la mer, très verte, par-dessus des touffes poudreuses de tamaris.

Elle accueillit M. de Solis comme quelqu'un qu'on attend. Certaine qu'il reviendrait, elle était demeurée là; elle lui tendit la main et il resta, un moment, à la regarder, heureux de ce silence qui troublait un peu la jeune femme.

--Vous n'avez pas vu Éva? demanda-t-elle, pour parler.

--Non. Et pourquoi aurais-je vu miss Meredith?

--Une idée. Je ne sais pas.

--Ne trouvez-vous point qu'elle a depuis quelque temps, qu'elle avait, aujourd'hui surtout, l'air agressif... ou triste, je ne saurais dire au juste le mot?

--Je n'ai pas remarqué, dit Georges. Mais hier elle semblait si heureuse... elle riait d'un rire d'enfant.

--Hier? demanda Sylvia.

--Hier soir.

--Vous l'avez vue hier?

Et Sylvia étonnée, interrogeait Solis du regard plus encore que de la voix.

--Je l'ai rencontrée chez la mère Ruaud; elle venait furtivement apporter un secours à la pauvre femme. Moi, voulant voir si le petit Francis avait menti, vous savez, quand il nous parlait....

--Oui, oui! dit Sylvia qui pensait à Éva, à cette rencontre d'Éva et du marquis.

Et M. de Solis continuait, évoquant le souvenir de la veille, la triste demeure des pêcheurs où il avait retrouvé miss Meredith, la mère souffrante, le père à demi alcoolique....

--Elle! ah! c'était elle! interrompit Sylvia.

--Qui donc?

--Rien! Une absurdité que m'a rapportée mistress Montgomery.

--Quelle absurdité?

--Après tout, ce colonel, vous ayant reconnu, avait pu croire....

Elle s'interrompit pour dire:

--Je remarque qu'Éva s'habille maintenant comme moi, oui, comme moi, et, peut-être, qui sait? quand elle espère vous rencontrer....

--Je ne vous comprends pas, dit M. de Solis, miss Meredith ne pouvait croire qu'elle me verrait chez ces Ruaud. Elle a été étonnée de me trouver au chevet de la pauvre femme et je l'ai, là, prise comme en faute. Oui, elle rougissait, la pauvre fille! dit Georges vivement. Mais que venez-vous de me dire? Le colonel? Quel colonel? Le colonel Dickson? Une absurdité? Il m'a vu, reconnu? Ah! je comprends!... Et il a cru, le colonel, que, là-bas, c'était vous? Eh bien, quoi? Quand c'eût été vous? Il doit savoir que vous vous cachez pour accomplir vos oeuvres de charité comme d'autres pour commettre leurs fautes! C'est tout simple.

--Mais, fit Sylvia, il a pu trouver étrange que je me cache pour aller chez cette pauvre femme à la même heure que vous.

--Et il l'a dit? Et il l'a raconté?

--Évidemment, puisque mistress Montgomery m'en a avertie! Ah! après les méchants, je ne sais rien de plus détestable que les sots! Et, sot et méchant, qui sait si cet homme n'est pas à la fois l'un et l'autre?

M. de Solis tordait nerveusement la pointe de sa barbe noire, comme prévoyant un malheur et songeant au moyen de l'éviter.

--Il y a un moyen bien simple de répondre à la niaiserie du colonel Dickson, fit froidement Sylvia. C'est de lui dire la vérité.

--La vérité! Et après? S'il a inventé et colporté sur vous quelque méchante histoire, il en inventera une autre, analogue, sur miss Éva, voilà tout.

--C'est vrai, dit Sylvia. Mais....

--Mais quoi?

--Mais Éva est libre, elle!

--Libre! Eh bien? demanda Solis, indifférent.

Mistress Norton rassembla toutes ses forces pour ne pas sembler tremblante et, lentement, glissant presque les mots au coeur de M. de Solis:

--Elle est charmante, dit-elle.

Georges répéta, très sincèrement:

--Charmante!

--Si j'avais un frère, je ne lui souhaiterais pas d'autre femme que miss Meredith!

Elle avait, cette fois, parlé avec une fermeté qui laissait deviner toute sa pensée, cette pensée du sacrifice où il y avait un conseil, et, dans une idée de renoncement, presque un ordre.

Georges, amèrement, lui demanda:

--Et alors, c'est vous, vous qui me conseillez....

Elle voulut, par un geste, effacer ce qu'elle venait de dire.

--Vous?... Dans une minute, vous allez me parler, à moi, d'épouser Éva, comme m'en a parlé Norton! Est-ce pour m'éprouver ou pour me torturer?

--Vous torturer? fit-elle, de sa voix triste.

--Est-ce une épreuve? Est-ce pour savoir si je vous aime toujours, et toujours aussi profondément, aussi follement?

--On peut aimer Éva. Est-ce que je sais? On oublie!...

--Qui oublie? s'écria Solis en regardant cette femme, qui? Les sages, les êtres raisonnables! Ceux qui ouvrent ou ferment leur coeur à volonté. Je ne suis pas de ceux-là! Et comment oublierais-je, quand je vous ai revue, quand j'ai, de nouveau, respiré la même atmosphère que vous, et quand, moi, malheureux, je vous ai retrouvée malheureuse, souffrant de la même souffrance qui me déchire et qui me tue?

Sylvia s'était levée, comme pour fuir un entretien qu'elle avait voulu, mais qu'elle trouvait douloureux, dangereux.

--Si je souffre, dit-elle fièrement, ne craignez rien, je suis assez forte pour supporter ma souffrance!

Le marquis haussa les épaules.

--Assez forte! Et je vous vois pâle, triste, et chaque jour mon inquiétude s'accroît et j'ai peur en vous regardant. Ah! j'aurais voulu vous fuir et j'aurais dû le faire, et je l'aurais fait, je vous le jure, si je vous avais vue souriante, heureuse, ne songeant plus à ce passé dont j'emportais partout le souvenir avec moi. Mais comment partir, oui, comment, quand, en partant, il m'eût semblé que je vous laissais frappée d'un mal que le docteur Fargeas cherche où il n'est pas, et qui est là, là, dans votre coeur, dans vos souvenirs, comme dans les miens?

--Monsieur de Solis!

--Ah! vous ne le direz pas, parbleu! vous ne le direz pas, que vous n'avez rien oublié de nos pauvres rêves, mais je le vois, mais je le devine, mais je le sais!

Il se rapprochait d'elle, il lui parlait presque à l'oreille, il évoquait les visions passées:

--Vous vous les rappelez nos chères causeries, là-bas, dans la maison de votre père, et nos espoirs et nos chastes serments?...

Par la fenêtre maintenant, comme un accompagnement voulu, ordonné par le hasard, entrait, lointain, caressant, apporté par le vent et coupé comme par bouffées, un air de valse effacé, à peine perceptible, et cependant troublant, exquis, comme de la poussière d'harmonie.

Et, entraîné doucement sur la pente des souvenirs, Solis redisait les choses enfuies, abolies, perdues dans le brouillard mort--et les premières rencontres, et ce soir où, lors du mariage d'une amie de Sylvia--une amie disparue depuis--ils s'étaient trouvés, lui, le Français, et elle, la jolie Américaine, sous la cloche de fleurs destinée aux époux, une cloche faite de roses, une sorte de coupole embaumée pour couronner, comme un dôme d'église, le premier baiser de la mariée, du marié.

Et comme elle avait rougi, Sylvia. Et comme, lui, était devenu pâle lorsque les amies, battant des mains, avaient dit:

--Ils ont passé sous la cloche de fleurs! Ils sont fiancés!

Leurs mains alors s'étaient désunies et, sous ces roses, au lieu de se sentir rapproché de Sylvia, Georges de Solis, pauvre, s'en était senti si loin, si loin....

C'était pour le mariage de Norton et de miss Harley qu'elle devait embaumer la cloche de roses, _the marriage bell_!

--Je vous en prie... je vous en supplie... disait mistress Norton, que ces souvenirs torturaient.

Sa voix demandait le silence, l'implorait; mais, avec une sorte d'âpre joie douloureuse, Georges continuait, revivant ce passé:

--Ah! j'ai été fou alors de ne pas tout dire à votre père, de ne pas lui crier que je n'aimerais jamais que vous et de ne pas vous emporter comme mon bonheur vivant!

--Tout cela est le passé, dit Sylvia, debout et essayant de dominer son émotion. Souvenez-vous que vous parlez aujourd'hui à une honnête femme comme vous parliez alors à une honnête fille!

--C'est le passé, mais il est toujours là, puisqu'il me navre et qu'il vous tue!

Il y avait autant de douleur dans la voix de Solis que de résolution dans celle de Sylvia, et la jeune femme répondait:

--Non, on ne meurt pas de chagrin, je vous le jure, monsieur de Solis.

--Voulez-vous dire que si l'on en mourait vous seriez déjà morte?... Ah! Dieu! vous avoir revue, vous sentir frappée au coeur et vous savoir à un autre!...

--Ne parlez pas de Norton.... C'est le plus loyal des hommes!...

--Il ne vous comprend pas, il voit dans vos yeux des larmes et il ne fait rien pour les empêcher de couler. Ah! il me semble, moi, que, pour ramener à vos lèvres un sourire, je remuerais ciel et terre!

--Norton est votre ami! Ne parlez pas de Norton! répéta Sylvia fermement.

--Eh! dit le jeune homme avec colère, il est votre mari!... Et, quand j'y songe, toute cette amitié me pèse et je la déteste, et je voudrais le haïr!...

--Georges!

--Vous aime-t-il autant que moi? s'écria M. de Solis. Vous devine-t-il comme moi? A-t-il pour pensée unique, dans son existence, vous, toujours vous, rien que vous? Moi, je ne pense à rien, qu'à vous, Sylvia! J'ai harassé ma vie à chercher un autre but, une autre passion! Je vous ai partout emportée et partout retrouvée!... Là-bas, vous étiez avec moi! Et si je me désolais de vous avoir perdue, je me consolais du moins avec cette pensée que vous étiez heureuse! Eh bien! non, vous souffrez, vous pleurez... vous m'aimez.

--Ah! au nom du ciel, mon ami! dit-elle effrayée.

Et il répéta fermement:

--Vous m'aimez, Sylvia, et comme il n'y a de bonheur pour moi qu'avec vous, il n'y en a, pour vous, qu'avec moi....

Elle fit un mouvement pour s'éloigner. Il la retint.

--Laissez-moi.... Laissez-moi parler... laissez-moi tout vous dire.... J'ai fait des rêves encore, depuis que je vous ai vue, mais des rêves possibles, cette fois, des rêves qui sont à portée de notre main... des rêves qui se réaliseront... demain... si vous voulez!

--Que signifie?...

Il était tout pâle, avec une folie dans les yeux, un feu de fièvre.

--Il n'est pas seulement dans le passé, dit-il tout bas, ce bonheur que nous avons laissé fuir et que nous pouvons retrouver. Il est dans l'avenir, il est devant nous! Je vous adore, Sylvia! Je vous aimerai toujours! Voulez-vous de mon dévouement éternel, de mon existence vouée tout entière à votre bonheur?

--Votre dévouement... votre existence....

Elle balbutiait, comprenant bien, comprenant tout et ne voulant pas comprendre.

--Pour vous sauver la vie, je donnerais cent fois la mienne, dit-il avec une fermeté soudaine, comme un homme qui joue sa tête prend une résolution brusque. Eh bien! vous souffrez, vous mourez! Je ne vois que vous, je ne pense qu'à vous. J'oublie le reste du monde! Je veux que vous viviez! Je le veux.... Voulez-vous?

Ce n'était pas la folie d'une heure que rêvait Solis, c'était le sacrifice de toute une existence refaite, affranchie, le passé retrouvé tout à coup. Elle tremblait. Elle sentait s'abattre sur elle une tentation. Éperdue, chancelante, elle était tombée sur le _rocking-chair_, et les mains jointes, ayant peur de lui et d'elle-même, elle disait d'une voix d'enfant tremblante:

--Monsieur de Solis, monsieur de Solis... je vous en supplie, je vous en conjure. Vous ne savez pas quel mal vous me faites. Partez, partez!

Elle comprenait, oui, elle comprenait. Ce qu'il lui disait lui donnait au coeur une angoisse, au cerveau une griserie de liberté....

Mais, plus il la sentait troublée, plus il faisait, avec l'égoïsme des amoureux, saigner la blessure qu'il avait mise à nu.

--Est-ce que ce n'est pas vrai que tout ici vous pèse et vous tue? Est-ce que ce n'est pas vrai que votre coeur étouffe? Est-ce que ce n'est pas vrai que j'ai deviné, Sylvia?

Et elle, toujours effarée:

--Pas un mot.... Plus un mot... mon ami... au nom de cette affection même dont vous parlez....

--C'est que ce n'est plus, comme autrefois, l'affection qui se résigne; c'est, vous voyant ainsi, l'amour vrai qui se révolte!... Je ne parle pas de Norton.... C'est un homme d'honneur, oui, le plus loyal des hommes, mais, encore une fois, qui ne vous comprend pas, qui vous laisse souffrir, qui ne se doute même pas de ce qu'il y a de mortelle tristesse au fond de votre coeur!... Eh bien! pour toute créature humaine, Sylvia, il y a le droit de vivre, le droit d'exister, de sentir son coeur battre! Il faut regarder son droit en face, et la vie que j'ai menée m'a donné le culte de l'absolu. L'absolu, ici, c'est notre salut et c'est notre amour. Je vous aime et je n'ai jamais aimé que vous, et je vous aimerai toujours, et je veux vous donner toute ma vie, tout mon être, et je veux vous emporter je ne sais où, où l'on ne meurt pas et où l'on s'aime!

--Georges! Georges! dit-elle, entraînée, soulevée par ce souffle de passion, cette folie de vivre. Ah! si vous saviez à quelles tortures vous me condamnez sous prétexte de me consoler et de me plaindre!

--Si ces tortures sont les dernières, qu'importe? s'écria Solis.

--Les dernières?... Hélas!

--Vous voyez bien que tout en vous se débat, que vous souffrez à en mourir! Eh bien! pour le salut de la créature humaine qu'on aime le plus au monde, tout est permis!

--Tout?

--Demain, cette nuit, quand vous voudrez, nous partirons. Une fuite, un enlèvement, est-ce que je sais? Un coin d'Europe où nous nous cacherons. Une maison ignorée au bout de cette mer qui est là et qui nous appelle, et où nous serons libres....

--Êtes-vous fou?

--Libres, oui, et, si vous le voulez, une vie nouvelle commence, et qu'importe le monde et qu'importent les autres! Nous sommes innocents et on nous calomnie? Eh bien, puisque les propos de Dickson vous atteignent, vous, il pourra médire à son aise, le monde! Et nous aurons, du moins, vécu de ce qui était notre vie:--notre amour!

--Monsieur de Solis! Ah! monsieur de Solis, au nom de votre mère....

--Je vous adore, dit-il éperdu, et je veux que vous viviez! Je veux que tu vives! Eh bien! c'est à vous, sachant combien je vous aime, de savoir si vous m'aimez assez pour sacrifier votre existence comme je vous donne la mienne et pour toujours! Ah! pour toujours, je vous le jure!

· · ·

Elle était blême, torturée, et cependant heureuse, heureuse comme dans une hallucination, un rêve fou.

Et elle se demandait si ce n'était pas la sagesse, cette folie que lui proposait cet homme. Un homme d'honneur. Aujourd'hui comme autrefois, il lui parlait d'une éternité d'amour. Et il était à eux, cet autrefois, refleuri tout à coup comme un printemps retrouvé. M. de Solis lui aurait donné son nom en Amérique. Il lui offrait ici toute son existence, tout son être.

Et c'était maintenant une griserie délicieuse qui l'enveloppait toute, c'était une sorte d'étourdissement léger comme dans le vaporeux état des morphinées. Une voix, la voix de Norton, la rappela tout à coup à la réalité.

Il était là, Norton, à quelques pas. Il donnait un ordre ou demandait un renseignement à un domestique.

Norton! Le mari! La loi! Le devoir!

--C'est lui! fit-elle.

--Norton? Je ne veux pas le voir!

Et d'un mouvement instinctif, Georges de Solis se dirigea brusquement vers la porte opposée à celle par laquelle arrivait la voix de Richard.

Alors, comme avec une tristesse amère, Sylvia lui disait:

--Déjà, le remords!

--Non, la jalousie! répondit-il, presque farouche. A bientôt!

Et Sylvia restait seule, regardant la porte que venait de franchir M. de Solis, et entendant encore Norton parler, à côté, prêt à entrer sans doute.

Elle éprouvait une sensation d'affaissement, une sorte de délabrement moral. Il lui semblait que, matériellement, Georges lui avait fait une blessure. Et comme il parlait cependant! Quelles tentations, quels beaux rêves!

--Il m'a fait mal! songeait-elle.

Et pourtant elle n'eût point voulu qu'il eût gardé le silence.

Elle se raidit, d'ailleurs, contre elle-même, lorsque Norton entra.

· · ·

Très pâle, l'air préoccupé, presque sombre, il regarda autour de lui, dans le salon, comme s'il cherchait quelqu'un, et demanda:

--Qui était là?

--Ici? dit-elle.

--J'ai entendu une autre voix que la vôtre!

--C'était M. de Solis, répondit-elle.

--Ah!

Et Norton resta silencieux.

Puis, brusquement:

--Et il s'en va quand j'arrive, M. de Solis?

--Il ignorait peut-être que c'était vous!

--Vraiment?... dit Norton.

Sa voix devint vibrante.

--Vous ne savez pas mentir, ma chère Sylvia! Vous êtes toute pâle!

--Mentir! Pourquoi mentirais-je?

--De quoi vous parlait M. de Solis? demanda Richard soupçonneux.

--Mais je ne sais pas.... De rien.... De choses insignifiantes....

Elle cherchait, balbutiait presque.

--Insignifiantes? répéta Norton, ironique. Insignifiantes? Nécessairement. Et tout ce que vous disait M. de Solis vous était parfaitement indifférent, n'est-ce pas? Indifférent, absolument?

--Pourquoi me demandez-vous cela?... Pourquoi me parlez-vous de M. de Solis?

--Pour rien!... fit-il en s'efforçant de garder un calme sous lequel grondait une colère. Parce que je viens d'en entendre parler au Casino, par hasard, et cela par des gens qui ne se doutaient guère que j'étais là et que je pouvais entendre.... Tout le monde ne me connaît pas à Trouville.

--Et que disaient-ils de M. de Solis, ces gens? fit Sylvia, s'apprêtant à recevoir--comme un coup de poignard--une calomnie en pleine poitrine.

--Peu vous importe. Mais j'ai à vous annoncer, ma chère Sylvia, une nouvelle qui vous sera, je le crains, moins indifférente que la conversation de M. de Solis.

Elle attendait, silencieuse.

--Une nouvelle désagréable! précisa le mari.

--Laquelle?

--Mes affaires nécessitent ma présence immédiate à New-York. Nous partons après-demain!

--Après-demain?

--Samedi, dit-il froidement.

Sylvia laissa simplement échapper un «ah!» qui pouvait paraître résigné.

--Et pour ne plus revenir en France! dit lentement Norton, en la regardant bien en face, de ses yeux gris.

Elle ne pouvait se tromper sur l'intention de ces derniers mots et elle dit, un peu ironique à son tour, puis vraiment triste:

--Vous avez une manière de m'annoncer que nous ne reviendrons jamais qui ressemble à quelque chose comme une menace. Vous ne m'avez pas habituée à ce ton-là.

--Je vous remercie d'y avoir pris garde, répondit Norton. Mais, chaque jour, on découvre du nouveau auquel il faut s'accoutumer, si l'on peut. Moi, je ne pourrais pas!

--Vous parlez par énigmes. Je ne vous comprends pas. Mais pas du tout.

--Il n'est pas utile que vous compreniez, pourvu que vous partiez!

Il se promenait maintenant à travers le salon, sa haute taille et ses épaules larges un peu tassées comme sous un fardeau inattendu, et faisant craquer ses doigts, machinalement.

--Mais, en vérité, dit Sylvia, vous semblez bien moins préoccupé de retourner en Amérique pour arranger vos affaires que de me faire quitter la France?

Il s'arrêta et, très froid, avec un sourire:

--Vous voyez donc bien, ma chère Sylvia, que vous comprenez parfaitement.

Sylvia redressait fièrement sa jolie tête fine et dont l'expression mélancolique devenait maintenant militante, comme indignée:

--Je comprends que je ne sais quel soupçon absurde... odieux... pis que cela, insultant, vous est entré dans l'esprit! Et j'avais assez de mes souffrances sans qu'il vous prît la fantaisie de les venir augmenter par un doute qui m'outrage.

--Je ne vous ai parlé de rien. J'ai fait simplement allusion à des propos absurdes et odieux, comme vous dites, et vous appelez cela un outrage!

--C'est que, par hasard aussi, je connais les propos que vous pouvez avoir entendus!

--Qui vous les a rapportés? M. de Solis? fit Norton, dont l'impatience croissait visiblement.

--Ah! laissez là M. de Solis! A chaque parole que vous me dites, il me semble que vous allez me jeter au visage le nom de M. de Solis!

--J'en parle, je crois, encore moins que vous n'y pensez, ma chère amie! dit Richard, la voix âpre.

--Moi?

--M. de Solis--j'aurais dû m'en souvenir--avait été l'hôte de votre père, il y a trois ou quatre ans?

--Oui! répondit-elle simplement.

--M. de Solis vous aimait.... M. de Solis pouvait vous épouser!

--Oui!

--Et s'il avait demandé votre main, vous la lui auriez accordée?

--Oui! dit-elle nettement.

--Alors, cette tristesse, ces larmes, ces soupirs, que je voyais en vous et qui me rendent si malheureux, c'est parce que, pensant à M. de Solis, vous l'aimiez toujours et vous ne m'aimiez pas, moi?

Sylvia répondit avec la même franchise loyale:

--J'ai juré d'être votre femme et je vous donnerai toute ma vie comme vous m'avez donné votre nom.

--Un serment! Parbleu! fit Norton dont les nerfs tendus semblaient se tordre. Mais on oublie les serments d'amour, pourquoi n'oublierait-on pas les autres? Imbécile! Imbécile que j'étais! Et je me croyais aimé! Et je n'avais des pensées de luxe que pour cette femme! Et moi qui vivrais de pain et de riz, je souhaitais des palais et une richesse insensée, pour qui? pour cette femme! Oui, pour vous! Machine à travail, le mari! Et elle... elle....

--Je ne vous demandais rien, et je vous suis reconnaissante de tout votre dévouement, Richard! répondit lentement Sylvia.

Il avait repris, à travers le salon, sa marche saccadée, et, séparée de lui par la table, Sylvia voyait sa large carrure tantôt se détacher sur le fond de mer tantôt s'enfoncer dans la pénombre de la vaste pièce.

Et, lui, s'exaltant, allant, venant, s'arrêtant parfois pour lui parler, jetait des exclamations emportées:

--Reconnaissante!... Ah! oui, sans doute. Reconnaissante!... Reconnaissante comme au portefaix qui traîne le fardeau durant le voyage!... Ce n'était pas votre reconnaissance que je voulais, moi, c'était votre amour!

--Je vous ai gardé loyalement la parole que je vous ai donnée loyalement! dit-elle encore.

--Oui. Et cependant les indifférents et les sots connaissent assez, paraît-il, votre amour pour M. de Solis pour qu'une allusion ou une raillerie vienne me souffleter tout à coup et me crever le coeur dans un casino de bains de mer!

--Est-ce que vous allez me rendre responsable de la sottise de ceux que je ne connais pas, qui ne me connaissent pas?

--Au reste, fit-il, les désoeuvrés, en France, pourront demain, s'ils veulent, parler à leur aise de l'Américain Norton et du départ de mistress Norton l'Américaine!... Je vous ai dit que nous partions.... Nous pouvons attendre le paquebot au Havre.... Inutile de rester plus longtemps à Trouville.... Ayez la bonté de donner vos ordres....

--Sur-le-champ? dit-elle étonnée.

--Sur-le-champ! Nos places sont retenues. Celles que vous avez occupées sur la «_Normandie_» pour venir en France.

--Il est impossible que je ne fasse pas mes adieux aux rares amies qui me restent ici....

--Des amies? Éva nous accompagne.

--Mistress Montgomery!

--Vous la retrouverez quelque jour, en Amérique.

--C'est de la folie, dit Sylvia. Et si ce départ n'est qu'une fugue soudaine, si votre caprice devient une tyrannie, il est inutile d'insister. Je ne partirai pas!

Elle avait mis toute sa résolution nerveuse dans ce refus, et Norton connaissait l'énergie de cet être résistant sous son apparence frêle.

--Je serai cependant en route dans trois jours, et je vous prie--je vous prie, mistress Norton--dit-il en insistant, de ne point me laisser partir seul.

--Je n'ai pas demandé à venir en France. Je ne quitterai pas la France parce que le propos d'un passant aura effleuré mon nom! Et, d'ailleurs, pour ceux-là mêmes qui sont ici--pour le colonel Dickson ou mistress Dickson, vous voyez que je les connais ceux qui peuvent parler de moi--un départ aurait l'air d'une fuite. Leur calomnie aurait semblé m'avoir atteinte en me contraignant à la retraite. Je ne partirai pas.

--Sylvia! dit Norton, dont le visage, pâle tout à l'heure, se congestionnait violemment.

--Eh bien?... fit-elle résolue, très calme.

--Vous ne me connaissez pas, dit le Yankee. Vous m'avez vu toujours soumis à vos caprices, humble devant vous comme un enfant! Vous vous figurez que je puis renoncer à ce que je veux quand ma volonté a décidé quelque chose? Vous oubliez que tout ce que j'ai voulu, dans ma vie, je l'ai fait. Je ne suis pas un esprit romanesque comme M. de Solis, je suis un homme qui sait où il va et ce qu'il veut. Eh bien, je vous jure, Sylvia, que je veux que vous ne restiez pas un jour de plus à Trouville et que vous m'accompagniez en Amérique, où je vais.

La jeune femme regarda, un moment, ce colosse qu'elle sentait furieux, et, lentement, avec une douceur implacable, elle refusa, répondant:

--Votre volonté, lorsqu'elle devient une injure, ne peut rien contre la mienne.... Rien!... Vous voulez que je parte parce qu'il vous plaît de me soupçonner?... Accusez-moi, insultez-moi, je ne partirai pas!...

Il répéta, menaçant comme tout à l'heure, ce nom aimé pourtant:

--Sylvia!

Puis s'arrêtant devant le regard clair, calme, attristé aussi, de cette femme:

--Ah! non... non... non.... Vous voulez m'affoler, me pousser à bout! Vous voulez que je croie tout?...

--Quoi, tout? Tout ce que la calomnie ramasse je ne sais où? Des folies ou des infamies?

--Voyons, oui, c'est de la folie; oui, c'est absurde, je le sais, dit-il... mais je ne veux pas que vous restiez ici.... Je suis injuste, je suis brutal... soit.... Mais, après tout, n'ai-je pas fait preuve d'un sang-froid qui m'étonne lorsque, tout à l'heure, de ces mains-là--et il montrait les poings nerveux du fendeur de bois--je n'ai pas écrasé les imbéciles qui contaient, en ricanant, les aventures de l'Américaine de la villa normande.... Oui, j'avais bondi, le sang aux yeux... et j'allais faire quelque esclandre--un malheur--lorsque cette idée m'est venue que le scandale était plus redoutable pour vous que les vilenies... les calomnies de ces niais féroces.... En relevant leur propos, je lui redonnais une force.... Je le relançais, au lieu de le laisser traîner à terre et crever comme un ballon chargé de gaz empoisonné.... Mais le sang-froid, ce n'est pas ma vertu, à moi, Sylvia! Vous devez le savoir et le voir!... J'étouffe.... J'ai devant moi des visions qui m'affolent.... Il faut me comprendre, Sylvia.... Il faut m'excuser....

Il répéta, cette fois, d'un ton net, absolu:

--Il faut me suivre!

--Alors, c'est un ordre?

--Ordre ou prière, peu importe!

--Il importe si fort que j'aurais cédé à une prière et que je n'obéirai jamais à un ordre!

--Jamais?

--Jamais!

--Ah! malheureuse, fit Norton, le visage rouge. Et qui me prouve que ces misérables n'ont pas dit vrai et que vous ne voulez demeurer ici pour y rester avec votre amant?

--Mon amant?... C'est une infamie, s'écria Sylvia, et vous venez de dire un mensonge!

--Il était ici. Il s'est enfui devant moi. Où est le mensonge? Sur mes lèvres ou sur les vôtres? M'avez-vous avoué, oui ou non, tout à l'heure, que vous l'aviez aimé?

--Ce n'était pas un aveu, c'était la vérité! dit-elle, ayant retrouvé sa fierté calme.

--Et la vérité... la vérité d'autrefois et la vérité d'aujourd'hui... c'est que vous l'aimez toujours?

--Toujours! Oui, je l'aime toujours! répondit-elle, la tête haute. Après?

--Vous osez!... Tu oses!

--Je l'aime et vous n'en avez pas moins menti! Je l'aime et les lâches dont vous me parliez m'ont calomniée! Je l'aime et je suis une honnête femme!

Il écoutait, fou de colère, ayant peur de lui-même, sentant une rage lui monter aux yeux.

--Une honnête femme dont le nom est Norton! dit-il. Allons, appelez Éva! Donnez vos ordres, vous dis-je, nous partons!

Et comme elle ne bougeait pas, il alla au timbre électrique, près de la glace et pressa sur le bouton d'ivoire.

--Vous partez, soit, dit Sylvia. Moi, je reste.

Elle s'était appuyée contre la table pour ne pas tomber. Elle était blême, les lèvres tremblantes. Dans son visage, les yeux seuls vivaient.

--Je pars, dit Norton, et je vous emmène.

--De vive force? C'est possible. Vous pouvez aussi me cadenasser en route!

Un domestique parut et, derrière lui, le docteur Fargeas qui revenait, très guilleret.

Norton, en l'apercevant, fit au valet signe de s'éloigner.

Fargeas arrivait, en belle humeur; mais, d'un coup d'oeil, il devina qu'entre ces deux êtres une sorte de choc électrique venait de se produire--les orages moraux ont aussi leur odeur de soufre--et, allant à Sylvia, presque défaillante:

--Qu'y a-t-il?... Madame.... Eh bien! mais, quoi donc?

--Rien!... Rien, docteur! disait-elle.

Elle essayait de sourire. Elle chancelait.

--Comment, rien! Mais c'est une crise, dit le docteur.

Et, interrogeant Norton brusquement:

--Enfin, quoi?...

--Je pars ce soir pour le Havre; dans trois jours pour New-York, répondit Richard froidement, et mistress Norton refuse de partir avec moi!

--Elle refuse! elle refuse!... Elle a bien raison! Vous voulez donc la tuer?

--La tuer? dit-il, et dans sa voix une angoisse soudaine passa, l'étranglant presque.

Fargeas faisait respirer à Sylvia, qui s'était assise, une ampoule de nitrite d'amyle qu'il avait cassée du bout des doigts, sur son mouchoir, et elle remerciait du regard, pendant que le docteur, à demi tourné vers Norton:

--Ah! ça dépend de vous, ça! Ses nerfs sont dans un tel état!... Si vous l'aimez....

--Si je l'aime? fit Richard.

--Vous avez remis entre mes mains sa santé. Eh bien! Un départ, avec la dépression barométrique et la saute de vent qu'on nous annonce, jamais! Je m'y oppose.

--La tuer? songeait Norton.

Et il lui semblait qu'un grand trou noir s'ouvrait devant lui; et il avait envie de s'y jeter, de s'y enfouir, de disparaître avec cette adorée qui, dans le coeur, gardait le nom d'un autre.

· · ·

Tout à coup, dans le grand silence de la villa, un bruit éclata comme au signal d'un régisseur dans un théâtre, une fanfare retentit, une trombe de gaieté entra; et, pareille à une farandole se déroulant à travers les escaliers et les couloirs, une traînée de gens, guidés par mistress Montgomery, se précipita, et Liliane, élégante, armée d'un mirliton, Montgomery essoufflé, Bernière donnant la main à la belle Arabella que suivaient le colonel et la colonelle, la petite juive Offenburger et son père le gros banquier apoplectique, tout une poussée de fous s'invitant eux-mêmes, arrivant à l'américaine, dans cette _partie de surprise_ qui rappelait les fantaisies du pays, tous, riant, criant, jetaient à l'air les échos de leurs fanfares:

--Hip! hip! hurrah!... _Surprise-party!_ disait Liliane.

--Nous sommes chez nous!

--_Go ahead!_ s'écriait Bernière.

Et Liliane, commandant comme à l'assaut:

--Au piano, Arabella! au piano!

--Volontiers!

Miss Dickson ôtait ses gants; elle s'installait, pendant que le colonel disait à Norton:

--Quel dommage! Elle a oublié son violoncelle!

Cette brusque invasion, assourdissante, Fargeas ne la détestait pas. Elle amenait chez Sylvia une réaction soudaine dont les nerfs de la jeune femme avaient besoin. Et, pendant que mistress Norton se redressait, essayant de sourire à cette invasion, à ces affolés qui, par droit de conquête fantaisiste, prenaient possession de son domicile, Norton composait son visage, sentant aussi que les Dickson ne venaient pas seulement là en désoeuvrés qui s'amusent, mais en curieux qui épient.

Et, à cette bande éperdue, Éva venait se joindre, à son tour, attirée par le bruit.

--La voilà, la _surprise-party_! lui disait en riant mistress Montgomery.

--Plaisir américain, ajoutait la petite Offenburger. Cela doit vous plaire, miss Éva? Cela ne vaut pas l'anthropologie, mais c'est drôle! Très drôle. Original.

Sylvia faisait toujours des efforts pour sourire, restant un peu pâle.

Alors, le colonel, avec une affectation d'intérêt:

--Mais, docteur, voyez donc... mistress Norton.

--Eh bien! quoi, mistress Norton? dit froidement Richard. Un peu de fatigue, voilà tout.

--Ce n'est-rien, répondait Sylvia.

Et Liliane, la belle Liliane, avide du bruit éternel, leva hardiment, comme un bâton de commandement, son mirliton enrubanné, et de sa voix claire, joyeusement:

--Allons, allons, Sylvia, un peu de gaieté! Arabella, attaquez la _Marche des Milligans_! Nous accompagnerons, nous!... Fête de Saint-Cloud à Trouville! Hip! hip!

--Hurrah! cria Bernière.

Et, pendant que la grande belle fille du colonel Dickson jouait crescendo, sur le piano, l'air anglais, sautillant, entraînant, plein de titillations et de saccades, Bernière et mistress Montgomery accompagnaient en s'interrompant pour rire, et Éva examinait tour à tour le colonel qui, avec une gravité de clergymann, battait la mesure, tandis que la colonelle épongeait son front, la petite Offenburger qui causait avec son père, le banquier imitant la grosse caisse, et Montgomery parlant à l'oreille de Norton. Puis le regard de la jeune fille s'arrêtait sur le mélancolique visage de Sylvia, assise à côté de Fargeas qui hochait la tête. Et la jolie Éva, sérieuse et comme navrée par tout ce bruit qui, lui semblait-il, sonnait faux dans cette villa où, pour la première fois, elle avait pleuré, où elle sentait instinctivement comme un amer parfum de larmes, la petite Américaine se disait, toute triste:

--Si la marquise de Solis était là, elle dirait, cette fois, que les Américaines sont décidément folles! Oui, elle le dirait!

Furieusement, Arabella Dickson enlevait la _Marche des Milligans_, et Liliane, entre deux accords de mirliton, disait à Bernière:

--Tout à l'heure, nous pillerons les buffets pour le lunch! Aujourd'hui, Sylvia n'est plus chez elle. Expropriation pour cause de distraction publique. _Surprise-party!_

--Le _mildew_! songeait Éva Meredith.