‹ L'amour au pays bleuChapitre 47 sur 104 · II

II

C'est alors qu'il fit bâtir la maison des champs, le haouch, comme nous l'appelons, que l'on voit non loin des marais d'Ain-Chabrou à une demi-journée de Djenarah, la Perle du Souf, dont son frère puîné, le fils de sa mère Kradidja, était le caïd.

Il voulait vivre seul, à l'écart des chemins et des hommes, «loin des sultans», le rêve de tout Arabe; loin des envieux, des moqueurs, des curieux et des jaloux, l'aspiration de tout sage. Il voulait surtout préserver la petite fille des contacts impurs des douars et des exemples plus impurs des villes.

Car même avec sa mère et au milieu de ceux qui le veillent, l'enfant surprend les choses qui pour son bien doivent lui être cachées. Un coup d'oeil, un mot, un geste suffisent pour déflorer une âme. L'impression reçue s'y grave comme l'empreinte d'un sceau rouge et ne s'efface plus. L'âme s'enferme avec le souvenir, et là germe le mal.

Aussi, expérimenté et devenu prudent, il se traça un plan de conduite: «Cette fleur élevée par moi sera sans souillure, disait-il; pas de larve ne viendra baver sur ce bouton non éclos. Rose de ma vieillesse, elle enveloppera ma dernière heure de lumière et de parfums. Jusqu'à la nuit bénie où je la porterai dans ma couche, elle sera vierge comme celles du Paradis.»

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