‹ L'Amour impossible; La bague d'AnnibalChapitre 83 sur 148 · LXXVII - LXXVIII

LXXVII - LXXVIII

«Du moins,--se disait mon héros,--je ne serai point trompé par elle. Elle ne jouera pas avec mon cœur, la gracieuse chatte, comme avec un peloton de fil! Et si un jour elle en trompe un autre, elle ne montrera pas mes lettres, mes cheveux ou la tristesse de mon front, comme un trophée d’armes. Je veux briser comme du verre sa vanité sous mon orgueil.»

«Je veux briser!» Et il était brisé lui-même de la résolution stoïque qu’il prenait; mais, indomptable dans ses brisures, il n’était pas abattu. Comme Diogène, qui se roulait dans le sable ardent, sous le ciel le plus dévorant de l’été, il s’exposait sans sourciller à toutes les amertumes d’une passion comprimée. Il se regardait, impassible, brûler le cœur, comme Scævola se regardait brûler la main. Souffrir, pour lui, c’était vivre, c’était remplir sa vocation d’homme.--Il aurait eu des chevaux de poste pour fuir la douleur, qu’il eût refusé de les monter!

Page 1