LXXXVI - LXXXVII
Émotion vive, sans nom et bientôt passée! toute semblable à l’écume rosée et légère d’une bouteille de bourgogne mousseux frappé de glace.--Elle n’avait point été pétrie d’une brûlante poussière; et j’ai plus de lave à ma pipe qu’il n’en entrait dans la composition de toute sa personne.
Un jour, c’était au mois de mai, le 17 de mai (j’aime les dates dans les histoires de cœur: elles ressemblent à de petits bâtons d’ivoire sur lesquels les souvenirs--ces bouvreuils à la poitrine sanglante--viennent plus commodément percher), Aloys avait passé toute la journée à la campagne. Le corps, chez cet élégant stoïcien, était moins robuste que l’âme. A force de souffrir moralement, il avait gagné une gastrite, un commencement de pulmonie et une inflammation du cerveau, légère encore, il est vrai, mais qui pouvait s’aggraver,--aimable espérance!--Son médecin l’avait mis à la gomme, aux sangsues et au lait d’ânesse.
LXXXVIII
Il était allé passer quelques jours, à la première floraison des roses, au château de madame de Dorff, la grande amie de Joséphine, une de ces bonnes amies... comme il est doux et consolant d’en avoir une quand on est femme, car il est rare d’en avoir deux,--une de ces liaisons qui consolent et qui vengent de la perfidie des hommes,--quoique les mauvaises langues prétendent que deux femmes ne sauraient s’aimer.