L'ENFANT. - L'AVEUGLE.
Mais quel bruit viens-je d'entendre? on dirait une décharge de mousqueterie.
Ce sont les pétards dont tu parlais tout à l'heure.
Je ne me trompe pas, une balle vient de siffler à mon oreille.
Enfant, ne reconnais-tu pas le bruit que fait une fusée en s'échappant des mains de celui qui l'allume?
(Le même sifflement retentit une seconde fois aux oreilles de l'aveugle; il étendit la main vers son fils pour le rassurer; l'enfant n'était plus à ses côtés, il gisait sur le pavé.)
COUPS DE LANCETTE.
--Il y a donc eu beaucoup de personnes tuées hier? demandait mademoiselle Duch... à un gendarme qui se trouvait dans les coulisses le lendemain du désastre de la rue Saint-Denis.
--Mais non, répondit le naïf militaire; pas trop.
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C'est comme parrain des 76 que M. Vil... a fait distribuer des dragées au peuple.
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M. Vil... fait quelques corrections au calendrier, il vient de changer le jour des Morts.
CORRESPONDANCE MILITAIRE
JEAN PICHU A SES PARENTS.
Jeudi, 29 novembre 1827.
Respectables parents,
I n'y a qu'un mois et un jour que je sui-t-au service, et l'on vient déjà de m'lancer au feu. Attention!... J'vas vous narrer la chose. V'là qu'à dix heures du soir not' coronel mont' sur son grand cheval de bataille. «Fantassins.... qui dit.... i n's'agit pas d'ça: la patrie est en danger; i faut nous mett'en route.» Moi, j'étai-t-en train d'jouer à breling-chiquet; j'plante la partie là, et je cour-t-aux armes. Nous défilons tous en silence, tambour battant, le long d'not'faubourg, et nous faisons, une pause au coin d'la rue St-Denis, qui ce jour-là était tout illuminée d'lampions comme un volcan. Alors j'apercevons çà et là pas mal de péquins (sauf vot' respect), qui avaient l'air de t'nir conciliabule... A c'te vue, le ventr' commence à me grouiller... mais, à mesure que nous avançons, v'là les péquins qui fouinent... ça me donne du courage. Une échelle barre not'marche triomphante; all' nous sert à monter à l'assaut... oui; mais on fait d'la résistance... Pour lors, not' coronel qui n' s'embête pas dans les feux d'file, nous crie: En joue... feu!... Moi, j'tire!... pass'que, voyez-vous, mes bons parents, l'soldat est un état à part; nous sommes tous des automates, comm' dit not' coronel, qui d'vons toujours obéir sans préambule. Après cett' petite charge, nous nous précipitons sur les fuyards à travers les lampions. Au détour d'une rue, moi, j'vois un bergeois en retard... j'veux l'empoigner.... Pan! i m'donne un soufflet soigné, et s'sauve en m'appelant blanc-bec, dont j'ai la joue encore tout' rouge. V'là pour le premier jour. Le lend'main, c'est à r'commencer. Je r'çois un éclat de pétard sur l'oeil gauche, et pour changer j'ai la figure toute noire. L'troisième jour, même manége; mais i n'y avait plus personne. Stapendant, on me place t'en faction pendant quatre heures d'horloge, ousque j'attrapai un rhume de cerveau; j'battis la semelle avec un brave marchand de marrons en plein vent, qui m'permit d'prendre un air de feu à son fourneau. J'y brûlai un pan de ma nouvelle uniforme. J'croyais qu'à l'odeur du roussi mon coronel allait m'fourrer aux z'haricots... au contraire, i m'fit carporal sur le champ de bataille. Bref, je suis présent'ment à l'hôpital pour guérir ma chienne de catarrhe. Envoyez-moi de la bonn' réglisse vivement.
Adieu, papa, maman; je suit en toussant votre fils bien-aimé.
JEAN PICHU, fantassin.
COUPS DE LANCETTE.
La Gazette parle de liberté comme une prostituée de pudeur.
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Au lieu de décorer les gendarmes et de casser les boutiques, on ferait mieux de décorer les boutiques et de casser les gendarmes.
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On a vu M. Piet assis sur les ruines du pot-au-feu ministériel, ces deux grands débris se consolaient entre eux.
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La nuit dernière, M. V... a senti un bourgeois de la rue Saint-Denis qui le tirait par les pieds.
JOURNÉE D'UN BON GENDARME.
«Le premier devoir d'un bon gendarme qui veut devenir brigadier est d'aller à la messe, de même que le premier devoir d'un employé supérieur des postes est d'inspecter les lettres, et celui de M. Piet d'avoir un chef de cuisine. Je me lève donc frais et dispos; je passe mon costume de ville, ma redingote bleue, je mets ma cravate et mes bottes à éperons; je prends ma grosse canne à pommeau d'ébène, je me mets en route... me voilà à l'église.
«Je me place d'ordinaire là où je vois le plus de monde; mais je laisse chanter les prêtres et dire la messe aux bonnes âmes qui m'entourent: ce n'est pas pour cela que je suis venu. Je regarde, j'observe, j'écoute, ce serait une bonne fortune pour moi si je pouvais mettre M. Franchet sur la trace d'un bon sacrilége!... Je serais brigadier demain.
«Rien à faire à l'église. Parcourons quelques quartiers de la capitale. Diable! qu'est-ce qu'on chante là-bas? Les Bons Gendarmes!... Quelle audace! Si j'attrape cet Odry, qui est sans doute un des rédacteurs du Constitutionnel, il passera un vilain quart d'heure. Quelle est donc cette rumeur chez ce libraire? Ah! j'y suis, on saisit des in-32. Bien! saisissez toujours. J'en saisis moi-même plusieurs exemplaires. Cela montera ma bibliothèque.»
Le bon gendarme continua ses travaux philanthropiques. Dix-sept exploits signalèrent sa matinée; et midi sonnait à peine qu'il était déjà de retour à la caserne, le menton enfoncé dans sa cravate, agitant sa grosse canne, et sifflant la marche de Robin des bois avec autant de plaisir qu'un étudiant sifflerait Quatremère de Quincy.
Enfin il fallut endosser la livrée guerrière. Le regard oblique de l'observateur fit place à l'air farouche d'un apprenti maréchal de France à 2 fr. 50 c. par jour. Ainsi costumé, il quitte sa caserne et reprend ses courses avec la ferme résolution de remplir sa mission avec conscience, afin d'être nommé brigadier.
«Oh! oh! voilà qu'on crie au voleur! à l'assassin! c'est mon affaire. J'empoigne l'individu, je le tiens ferme. Mais on se presse là-bas... qu'est-ce donc? C'est un élève en droit qui s'est échappé de Sainte-Pélagie. Un élève en droit! Vite, je lâche mon assassin, et je cours après l'étudiant. Je parie que ce mauvais sujet aura écrit contre le ministre ou contre les gendarmes. Si je l'attrape, je suis brigadier.»
L'étudiant courait plus vite et disparut.
Désolé de sa mésaventure, notre héros, après une longue promenade, finit par découvrir un simple perturbateur, et le conduisit au corps de garde. Il ne devint pas brigadier.
FEUILLE VOLANTE
ENVOLÉE D'UN VOLUME SUR LA VOLONTÉ
=Par M. Dud=***.
«Il ne faut jamais s'arrêter dans son vol.»
Prenons notre vol ée en riant du vol can vol tairien et ré vol utionnaire dont vol ontiers les malé vol es font peur aux vol uptueux. Qu'espère ce vol can ou plutôt ce camp vol ant de vol tigeurs vol ages, fri vol es et faux, vol ontaires, par ses é vol utions contre une ferme vol onté qui peut dans son vol chasser ces vol atiles dans une vol ière?
Mais ces vol ereaux, par leur vol ubilité, pourront vol atiliser les esprits, et la ré vol te naître de cette vol atilisation. Il faut vol ontairement paraître affaiblir son vol, vol eter même, et, par d'adroites circon vol utions, s'emparer des béné vol es; puis faire vol te-face, et nous avons la vol e; car les vol tigeurs ne pourront con vol er à d'autres ré vol utions.
La vol onté ferme a fait vol er jusqu'à nous les noms de Scé vol e et de l'hôte des Vol sques. Nous vol erons aussi; et après sept ans ré vol us de travaux vol umineux, un char nous fera vol er à nos vol uptueuses demeures, où, grâce aux biens qui nous seront dé vol us, nous nous reposerons d'un long vol en vol tigeant autour des vol ages en ba vol et.
Soyons vol ontaires; mais si les fri vol es ré vol tés, élevant vol onté contre vol, faisaient en vol er nos espérances, en vol ons-nous avec elles avant qu'ils ne nous rattrapent au vol.
Passant des adorateurs de Vol ianus aux anciens croyants de Vol a, et poussé par Vol turne jusqu'aux autels de Vol utma; voguant sur le Vol turnon en parcourant la Vol hinie, bien fourré dans notre vol vi, nous attendrons, pour vol ter et re vol er près de nos pénates, le temps où Vol taire et la ré vol ution ne rendront plus des esprits fri vol es et vol atilisés semblables aux malheureux atteints du vol vulus.
COUPS DE LANCETTE.
Suivant M. de Clerm... Tonn..., on ferait d'excellentes bourres avec la Charte.
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Enfin M. de Peyr... vient de rendre justice à quelqu'un, il s'est donné sa démission.
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Les démissions deviennent à la mode en Angleterre; E. Vil... devrait bien imiter les modes anglaises.
=CIRCULAIRE SECRÈTE=
TROUVÉE PAR UN INDIVIDU QUI VENAIT DE PRENDRE SON PASSEPORT
Nascuntur mouchards, fiunt gendarmes.
A tous les intéressés qui ces présentes liront, salut.
Faisons savoir que les aspirants mouchards qui pullulent autour de nous d'une manière étourdissante (et, par cela, nous mettent à même d'être plus difficiles sur le choix), qu'ils doivent se dispenser de s'inscrire sur les rangs, s'ils n'ont pas les vertus morales et les qualités physiques requises par le présent cahier des charges:
Art. 1er. Il faut qu'un mouchard soit bête, parce qu'un homme d'esprit ajoute toujours quelque chose dans ses rapports.
2. Qu'il soit sans pitié, parce que son père peut être républicain.
3. Qu'il soit discret, parce qu'il connaît toutes les bévues administratives.
4. Il devra boire comme un Suisse, mais garder le sang-froid d'un Italien. In vino veritas.
5. Il est de toute nécessité qu'il soit lâche: car la peur donne des jambes, et un poltron est moins exposé qu'un autre à laisser saisir sur lui sa carte d'électeur.
6. Il importe qu'il n'ait pas de religion, pour mieux surveiller la conduite des impies dans les églises.
7. Il est de rigueur qu'il soit escroc, pour ne pas faire rougir ses camarades. Il ne serait pas mal qu'il sortît du bagne.
8. Il lui est enjoint de ne pas faire de cuirs dans un salon et de ne parler que l'argot dans un cabaret.
9. Ses oreilles doivent être aussi étendues que l'esprit de César, pour entendre de quatre côtés à la fois.
10. Son omoplate doit être revêtue d'une épiderme fortement trempée, parce que les cuirasses de papier gris sont chères: l'administration a renoncé à en fournir.
11. On exigera des certificats authentiques d'une campagne sous le fameux Lebon, de trois ans de service sous Savary, et une attestation en règle de sa présence à Nîmes en 1815.
12. Il ne peut être affilié à aucune congrégation, parce que son temps est trop précieux.
Nota. S'il a toutes les qualités requises, il sera reçu à cinquante sous par jour. On lui paiera les coups de bâton à part et à la douzaine, et il aura des gratifications pour les avaries.
1828
COUPS DE LANCETTE.
Monseigneur a fait augmenter la garnison de Paris: est-ce pour donner des étrennes aux habitants de la rue Saint Denis?
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Malgré le jour de l'an, M. de Peyr... reste déconfit.
TÉLÉGRAPHE DE MONTROUGE
--Mingrat est calme dans sa prison.
--On espère que les électeurs du Jura opteront pour Sa Grandeur.
--On dit Contrafatto bien malade.
--L'empoisonneur Royer a été marqué; il a conservé toute sa tête pendant l'exécution.
--Un avocat général d'Amiens refuse de poursuivre les écrits clandestins sortis des presses du baron de Villebois, s'ils ne sont dénoncés à Bourges, à Lyon et à Paris.
--Les agraviados qui habitent Toulouse ont reçu l'ordre de quitter cette ville.
--Les catholiques de la paroisse de Saint-Sauveur, à Gand, seront appelés à l'office au son de trois cloches, au lieu d'avoir le chagrin de n'en entendre qu'une.
--Le père don Pablo Abbella vient d'être sacré évêque in partibus de Thibériopolis.
--Ferdinand VII prend le titre de chanoine de la cathédrale de Barcelone. Il a reçu trois années d'avance de son traitement et quarante mille francs en sus. Le jour de sa nomination, il a assisté au Te Deum et à l'embarquement des agraviados pour les galères de la côte d'Afrique.
--N'ayant pu empêcher qu'un bâtiment à vapeur, parti de Batavia, vînt mouiller à Singapore, on a eu soin de faire croire aux indigènes de ce port que le diable faisait marcher le bâtiment.
--On entretient toujours dans l'esprit du peuple des idées de sorcellerie. Un jeune garçon de ferme, aidé d'un vagabond, a abusé de la confiance d'un mari pour violer sa femme, sous prétexte de chasser le démon dont elle était possédée. Le tribunal de Laval a condamné les imposteurs.
--On ne compte que 4,206 enfants déposés à l'hospice de la Maternité.
--On continue à mettre en vigueur, à Francfort, la loi nouvelle qui ne permet que quinze mariages par an sur mille familles juives.
--Grande distribution de croix de la Légion d'honneur aux fonctionnaires qui ont fait preuve de zèle lors des élections du Nord.
--Pas de gratifications cette année aux commis du ministère des finances: elles avaient été données aux électeurs.
COUPS DE LANCETTE.
Je suis ici contre la volonté du peuple, s'est écrié M. de Vil..., et j'y resterai par la force des baïonnettes.
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M. de Corb... a été fouillé à la barrière de Rennes; pour la première fois, il n'avait pas fait la fraude.
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M. de Peyronnet a manqué faire une chute pour commencer la nouvelle année; nous la lui souhaitons bonne.
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On dit que M. de Corbière n'est plus malade; il est toujours bien bas.
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M. Martignac est ministre de l'intérieur, espérons que tout finira par des chansons.
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On dit que M. de Peyron.... se retire avec des millions; nous avions toujours cru que c'était un pauvre homme.
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On dit que M. de Clerm..... Ton..... bourre tout le monde, depuis qu'il ne fait plus fusiller personne.
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On dit que, dans le nouveau ministère, il y a déjà des chefs de division.
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Le ministère n'est franc qu'à demi, il sera dissous.
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M. de Vatisménil est nommé député de la Corse; c'est bien pour son âge, on dit qu'il n'a que trente-huit ans.
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Les élections auraient porté de mauvais fruits, si on les jugeait sur l'écorce.
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M. de Vatimesnil, étranger dans son pays, a été réduit à se faire nommer en pays étranger.
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Montrouge est pour la France la barrière du trône.
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M. le duc de Wellington a l'ouïe dure, c'est peut-être qu'autrefois on lui a frotté les oreilles.
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Il y avait des gendarmes au mariage de mademoiselle Laf...: voilà qui est bien ministériel.
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Deux académiciens sont, dit-on, nommés censeurs; est-ce que l'Académie s'ennuierait d'être honnête?
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L'année dernière, on comptait sur l'ineptie des députés; aujourd'hui, on craint leur adresse.
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Qu'on dise que les jésuites ne se fourrent pas partout, il y en a même aux galères.
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M. le duc de Raguse est en procès avec son cuisinier; est-ce qu'il serait jaloux de ses lauriers?
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Le chef de brigade Coco a partagé la disgrâce de M. Franchet: il aura une recette particulière.
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On désirerait savoir quel commerce fait M. de Saint-C......
Samedi, 2 février 1828.
LA PARTIE DE CARTES
VILL.--Allons, Peyr, et vous, d'Herm, faisons une petite partie de cartes. Il faut bien maintenant que nous occupions notre temps à quelque chose.
DUD., s'élançant vers la table.--D'abord, je prends... les cartes. Que jouons-nous?
PEYR.--L'honneur.
DUD.--C'est amusant! jouer toute une soirée sans pouvoir gagner ni perdre.
VILL.--Je suis de votre avis; il faut rendre la partie intéressante. Je suis fort pour l'intérêt... Mais quel jeu choisissons-nous? le boston?
DUD.--A la bonne heure, on y fait des levées.
CORB.--Oui; mais de tous côtés on entend prononcer le mot de misère... ça donne des idées qui empêchent de dormir.
DEL., d'un ton imposant.--Enfin, messieurs, c'est un jeu séditieux.
TOUS.--Séditieux!
DEL.--On y parle d'indépendance.
PEYR.--C'est vrai, messieurs; revenons donc aux doux et naïfs plaisirs de nos ancêtres, jouons le mariage.
VILL.--C'est un jeu divin; on peut y coter ses points, si on en fait. Où est l'heureux temps où je tournais et retournais le roi comme je voulais.
CORB.--Vous n'en cachiez pas moins bien votre jeu. (Ils se placent et ils jouent tous successivement.)
PI.--Ce diable de Vill, comme il a rempli ses poches! il nous a tous gagnés.
VILL.--J'en ai gagné bien d'autres.
PI.--Grâce à mes brioches.
D'HERM.--Grâce à mes écoles.
CORB.--Quant à toutes les écoles, si vous m'aviez écouté...
PEYR.--Ah! ouais! parlez-moi du piquet: on y fait des tierces, même contre des cartes supérieures.
DUD.--Et l'écarté? c'est ça un jeu charmant; on peut y faire des voles!
PI.--Oui, c'est charmant; surtout quand on a la fourchette.
Jeudi, 7 février 1828.
UNE HEURE AVANT LE LEVER DU RIDEAU[6].
Tous les acteurs sont prêts, la pièce est sue, dans une heure on va commencer. Tandis que le public attend avec impatience le lever du rideau, les individus qui doivent concourir à l'ensemble de la représentation sont diversement occupés. Ceux-ci, s'imaginant que le comble de l'art est dans la manière de se présenter en scène, s'étudient devant une glace à prendre de nobles poses: ils feront d'excellents mimes: l'emploi des personnages muets est assez tombé en discrédit pour qu'il ne conduise plus aux subventions.
Ceux-là pensent que toute la magie du débit est dans la variété des inflexions de la voix; ils s'écoutent rendre des sons et, fiers de quelques intonations assourdissantes, ils ne s'aperçoivent pas qu'ils ne sont autre chose que des instruments à vent.
Nous sommes dans les coulisses; je veux vous conduire au milieu de chacun de ces groupes.
Le premier n'est pas nombreux; mais ceux qui le composent doivent faire trembler pour le sort futur du drame: ils ont stipendié les misérables qui peuplent nos parterres pour murmurer contre les artistes les plus remarquables. Ils n'ont d'autre but que d'empêcher l'effet d'une belle scène: par exemple, celle où un vengeur de la patrie accuse publiquement un traître, et brave les poignards de quelques scélérats en traînant le misérable devant les magistrats qui doivent le punir.
Le groupe le plus voisin est formé d'autres acteurs à qui l'usage a donné le nom d'utilités, ne sachant comment désigner leur nullité. Moins hardis que ceux que nous venons de voir, mais non moins dangereux, ils ont promis aux ennemis des premiers sujets de la troupe d'interrompre maladroitement une réplique sublime, de se faire siffler même, pour que le bruit pût couvrir la voix d'un des héros ou détourner l'attention publique d'une situation hardie ou d'une partie intéressante de l'exposition.
Par ici nous apercevons quelques débutants, qui se sont glissés par intrigue dans la société dramatique: le désir de porter l'habit de théâtre leur a donné de l'audace; mais, au lever du rideau, les spectateurs sauront bien reconnaître la fraude. Gare aux huées lorsqu'ils paraîtront!
Plus loin, et c'est là que doivent se porter nos regards, sont les principaux personnages de la pièce. Sans étudier leurs poses, ils en ont trouvé d'admirables; car ils se sont pénétrés de leurs rôles. Ils essaient quelques passages de l'ouvrage qu'ils vont représenter, et, sans avoir cherché des inflexions de voix, leur débit fait tressaillir, enflamme, inspire l'admiration. Ils ont demandé leurs inspirations à de nobles sentiments; ils n'ont cherché qu'à traduire l'expression de la vérité.
Dans une heure le rideau sera levé; dans une heure un drame vraiment national aura commencé. Quelques malveillants sans doute troubleront cette représentation; l'ensemble aura peut-être à souffrir de l'ineptie de quelques acteurs, des dispositions coupables de quelques autres, de petites jalousies, de grandes passions; de vils intrigants tendront à neutraliser les efforts des premiers sujets: mais un nouveau système administratif n'accordera plus de feux aux comédiens nuls ou malintentionnés, pour les consoler du mépris et de la vengeance publique; la cabale ne sera plus grassement rétribuée pour applaudir à l'incapacité impudente et insulter au public qui paye.
Allons, courage! qu'une noble émulation tourne au profit de tous! Méritez un succès; car, si la représentation n'était pas satisfaisante, il faudrait craindre un déficit à la caisse.
COUPS DE LANCETTE.
Le corpulent Dec... se croit d'un grand poids à la guerre; ce n'est qu'une grosse charge.
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M. de Martignac a dit à un fonctionnaire de la Corse: «Pour vous conduire ainsi dans les élections, il fallait que vous fussiez sous-préfet.»
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Depuis longtemps on attaquait M. de Vaulchier, directeur général de l'administration des postes, sur le cabinet noir, nom donné au local dans lequel on décachète les lettres, soit au départ, soit à l'arrivée. Organisé par Louis XIV, il avait toujours été maintenu sous tous les régimes et, sous Charles X, il était devenu un des grands moyens d'espionnage de la congrégation. Voici les détails qui furent officiellement donnés dans la séance du 3 mai:
«Le cabinet était le laboratoire d'un comité de vingt-deux membres; ils profitaient des ténèbres pour se rendre, à des heures convenues, dans cet odieux repaire, et n'en sortaient qu'avec les plus grandes précautions pour se dérober aux regards du public. 30,000 fr. par mois, pris sur les fonds d'un ministère, servaient à solder ces vils employés. Dans la nuit du 31 janvier dernier (1827), le comité a été dissous.» (Mémoires secrets, 1828.)
Si triste que fût la cause du cabinet noir, M. Marcassus de Puymaurin essaya de la défendre. Toute sa logique consistait à dire que, puisqu'il avait existé, il devait être maintenu; qu'au surplus, le gouvernement n'employait ce moyen de connaître les manoeuvres de ses ennemis que pour le grand bien du peuple et la plus grande gloire de la religion.
--Parlez un peu moins de religion et de morale, lui répondit M. Daussant, et n'amollissez pas les cachets.
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L'administration des postes a reçu l'ordre de fournir le nom des employés du cabinet noir. M. Roger n'est pas blanc.
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Lorsque toutes les maisons des jésuites seront à vendre, nous aurons une chambre à louer.
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Quand M. Genoude imprime, ses presses gémissent.
ÉPIGRAMME.
Bon! Récam... guérir, c'est une gasconnade, Il a l'esprit dévot, mais n'a pas l'esprit sain; Et si Montrouge est si malade, C'est qu'il l'a pris pour médecin.
COUPS DE LANCETTE.
M. Pantoufle vient de faire une chanson-circulaire sur l'air: Je suis libraire.
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On conseille à M. Gen.... de ne plus imprimer; il s'affiche.
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La congrégation va pendre la crémaillère plus loin; c'est chez nous qu'elle devrait être pendue.
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M. Pantoufle, parce qu'il a imprimé quelques livres, veut qu'on l'élise.
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Quand M. Pardessus discute une question de droit, il fait presque toujours une école.
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Chacun dit: Où diable M. Pantoufle s'est-il fourré?
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Un honnête homme s'est fâché hier parce qu'on l'appelait préfet.
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Quoi qu'en dise Sganarelle, il est évident que le coeur n'est pas à droite.
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Il n'y a que deux académiciens qui aient pris M. de Pongerville pour Lucrèce.
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Extérieurement, M. de Martig... laisse maltraiter les préfets, mais il les caresse dans son intérieur.
Dimanche, 24 février 1828.