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L’ARLÉSIENNE

ACTE PREMIER.

PREMIER TABLEAU.

LA FERME DE CASTELET.

Une cour ouvrant dans le fond par une grande porte charretière sur une route bordée de gros arbres poussiéreux, derrière lesquels on voit le Rhône. — A gauche, la ferme, avec un corps de logis faisant retour dans le fond. — C’est une belle ferme très-ancienne, d’aspect seigneurial desservie extérieurement par un escalier de pierre à rampe de vieux fer forgé. — Le corps de logis du fond est surmonté d’une tourelle, servant de grenier et s’ouvrant tout en haut dans les frises par une porte-fenêtre, avec une poulie et des bottes de foin qui dépassent. — Au bas de ce corps de logis, le cellier; porte ogivale et basse. — A droite de la cour, les communs, hangars, remises. — Un peu avant, le puits; un puits à margelle basse, surmonté d’une maçonnerie blanche, enguirlandée de vignes sauvages. — Çà et là, dans la cour, une herse, un soc de charrue, une grande roue de charrette.

SCÈNE PREMIÈRE.

FRANCET MAMAÏ, BALTHAZAR, L’INNOCENT, puis ROSE MAMAÏ.

Le berger Balthazar est assis, un brûle-gueule aux dents, sur le bord du puits. — L’Innocent, par terre, la tête appuyée sur les genoux du berger.— Francet Mamaï devant eux, un trousseau de clefs dans une main; dans l’autre, un grand panier à bouteilles.

FRANCET MAMAÏ.

Hé bé! mon vieux Balthazar, qu’est-ce que tu en dis?... En voilà du nouveau à Castelet?

BALTHAZAR, dans sa pipe.

M’est avis...

FRANCET MAMAÏ, baissant la voix et jetant un coup d’œil sur la ferme.

Ma foi! écoute. Rose ne voulait pas que je t’en parle avant que tout fût terminé, mais tant pis... entre nous deux, il ne peut pas y avoir de mystère...

L’INNOCENT, d’une voix dolente, un peu égarée.

Dis, berger...

FRANCET MAMAÏ.

Puis, tu comprends, dans une grosse affaire comme celle-là, je n’étais pas fâché de prendre un peu l’avis de mon ancien.

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