Chapitre 2 Récit de Doublemain
J’ai vu le vizir Assaf errer, son cimeterre à la main, autour de la salle de cristal, car la salle a trois cent soixante-cinq portes, et il ne sait par laquelle j’entrerai pour aller vers son maître. Je ne veux pas tout de suite prendre l’âme de Salomon, mais je voudrais quelque chose qui émane de lui et participe de sa sagesse et de la splendeur de son corps. Je veux avec mes ciseaux verts cueillir une touffe de la candeur de sa barbe, du moins : puisque son crâne ferme comme une voûte polie le cellier de son cerveau, où des djinns savants brassent son intelligence. Mais quand j’aurai avec mes ciseaux tranché ce tentacule visible de l’esprit du roi des prophètes, la feuille de laquelle pend le principe de sa vie croulera de l’arbre Sidrat-Almuntaha, l’oiseau vert absorbera son âme et son corps astral naviguera à l’ombre de mes rames sur les eaux calmes qui encorbellent le paradis des croyants. Plaise à Dieu que cette satisfaction me soit laissée, et que je ne trouve pas en frappant à l’une des portes de la salle de cristal – je préférerais croiser mes ciseaux minuscules contre le cimeterre circulaire du vizir – le cadavre étendu sur le parquet transparent, l’âme envolée vers les hauteurs où perche le simurg, et le corps astral flottant dans l’air mobile pour venir s’asseoir à l’avant de ma barque, derrière moi, m’avertissant par son poids léger mais sur ma barque encore plus frêle, qu’il faut que je rame vers la justice d’Ankir et de Menkir.
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