L’ÉVÊQUE ERRANT
Celui-là est un Canadien de la Nouvelle-France, Canadien comme Mgr Provencher, Mgr Langevin--le grand blessé de l’Ouest,--Mgr Taché, comme le Père Lacombe.
Pareil à eux, il est Oblat. Sur cette terre aimée de Dieu, la Foi est une nécessité de l’existence. Elle est dans l’air que l’on respire, elle bouillonne dans le jaillissement des eaux, aux courbes des rapides, les arbres millénaires l’attestent dans la forêt impénétrable, elle passe sur la prairie avec la voix des cloches et le vent la porte qui peigne la moisson.
Famille canadienne aux mœurs patriarcales qui a su résister à la folie des siècles, tu es la plus pure manifestation de l’Esprit, puisque tu as su conserver malgré tout, malgré tous, la tradition léguée par les ancêtres.
Normands, Picards, Poitevins et Manceaux, vous avez gardé dans la persécution l’âme des premiers néophytes, et vous portez avec joie l’orgueil magnifique de votre terre canadienne.
Dans le miroir des eaux du lac des Deux-Montagnes, Charlebois, tout enfant, a lu sa destinée.
Sa vie pouvait couler unie et douce, pastorale et sereine, il a choisi d’autres chemins.
Croyant, il savait que Jésus n’a jamais été plus beau, plus rayonnant que cloué sur la Croix.
De son sang, l’Eglise a jailli, triomphante. Elle est née dans la douleur d’une étable, elle a grandi sous la verge des bourreaux, mais les cris de la populace n’ont jamais pu étouffer la voix de ceux qui annonçaient au monde que les temps étaient révolus.
Mgr Charlebois a subi toutes les souffrances du Nord. Sa jeunesse s’est usée dans la longue patience de la solitude, mais son âme est sortie de l’épreuve marquée du signe révélateur.
Le jour où la mitre a ceint son front humilié, une voix s’est élevée qui disait: «On n’est jamais plus grand que dans la douleur. Vous avez été préparé par l’épreuve et par le sacrifice. Vingt-trois ans sont passés qui, jour par jour, ont pesé lourdement sur vos épaules solitaires, mais votre zèle est inlassable.»
Et le R. P. Dozois, provincial des Oblats, ajoutait:
«Il a souffert en martyr, il a pleuré en saint.»
Mais, la crosse en main, l’Evêque est resté missionnaire.
Guidé par la volonté de Saint Pierre à l’épiscopat, Mgr Charlebois a vu s’ouvrir à son activité dévorante le diocèse le plus ingrat qui soit.
Ah! certes, elles n’offrent rien aux convoitises humaines, ces terres du Keewatin, au nord du Cercle arctique! Sur cette terre glacée, séjour de l’épouvante et de la mort, Mgr Charlebois est allé, acceptant son calvaire.
Ainsi il accomplit la mission qu’on lui a confiée.
«Votre cœur est plein de l’amour de Dieu, qu’il se déverse sur les âmes les plus abandonnées; allez là-bas dans l’Extrême Nord, allez-y par Marie--Ad Jesum per Mariam, c’est là que votre modèle divin vous attend.
«Votre cathédrale, ce sera la tente de toile ou la voûte des cieux, pour véhicule, vous n’aurez que la misérable traîne à chiens. Votre peuple, ce sera le peuple indien, allez au Calvaire, allez!»
Et Mgr Charlebois est parti; depuis, comme le juif de l’opprobre, il a marché, portant à ceux qui souffrent la consolation de sa présence, aimant d’un amour surnaturel les plus bas, les plus ravalés. Il s’est donné avec passion au recrutement des soldats de la Foi, et nombreux sont ceux qui ont répondu: Présent! à son appel d’apôtre.
Je n’ai pas la joie de le connaître, mais j’ai vu son image. Il marchait courbé sous le faix, les genoux cassés, les jambes molles, ses yeux cherchaient la piste, il semblait prêt à s’écrouler et à mourir.
Mais on sentait que par un effort sublime, d’un coup d’épaule, il allait remonter son fardeau, assurer sa démarche et partir d’un pas mesuré mais sûr, vers des buts toujours plus lointains.
Mgr Charlebois, évêque de Bérénice, en Libye, vicaire apostolique de Keewatin, sait que sa journée n’est pas faite, il ne doit pas connaître les matins calmes où l’homme se réjouit de vivre.
«Quand je serai élevé entre le ciel et la terre, j’attirerai tout à moi.» L’heure de Mgr Charlebois n’est pas venue. C’est pourquoi dans l’humilité la plus absolue, dans la foi la plus ardente, Kitchi ayamihewikimaw--le grand chef de la Prière--continue à subir la pauvreté et toutes les misères que l’on trouve sur cette terre où ses prières ont fait descendre la bénédiction du Seigneur.
Il va, on le croit loin, il est ici.
Des Indiens l’ont reconnu. Ils crient:
«Makawob kitchi ayamihewikimaw!» Voici le grand Priant qui arrive.
Et le Père sort de sa hutte de bois, il accueille un homme qui vient de faire un portage de deux lieues dans la boue et dans l’eau jusqu’aux genoux. C’est l’Evêque. Sa droite se lève, il bénit ses enfants.
... Un soir, le missionnaire dort. Il est très tard, la journée a été rude.
Un poing heurte la porte:
--Haw! Wanishka! Allons, allons, debout!
C’est Sa Grandeur qui passe.
Mission Saint-Joseph, Mission Sainte-Gertrude, Mission du Caribou, Mission Saint-Pierre, où le R. P. Gasté est resté quarante-trois ans de sa vie, mission du Sacré-Cœur à Pakitawagan que le Père Bonnald a fondée, étapes d’une route qui ne finit jamais, vous avez vu passer--combien de fois depuis des ans?--l’évêque errant, dévoré par la vermine, n’ayant ni pain, ni sel, ni sucre, il a fait halte un soir, au matin, il est reparti. Rien n’arrêtera sa ronde. Ses pas font des trous dans la neige; il est seul, dites-vous? Non, il y a une ombre auprès de lui. C’est Jésus, fils de David, qui l’accompagne[49].
[49] Les deux frères de Mgr Charlebois appartiennent à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée.
POUR LA PREMIÈRE FOIS
--Tout est paré?
--Oui.
--Larguez.
Doucement, le Nascopie s’éloigne du quai où les amis font des signes d’adieu. Il prend le courant et bientôt les hauts élévateurs défilent, puis les dernières maisons de Montréal et voici la campagne qui verdoie au soleil de juin.
A six heures, on double le cap de la Madeleine, sur la maison des Bonnes Sœurs, il y a un drapeau qu’un vent léger fait palpiter comme un cœur.
Sur son rocher, Québec--la bonne ville--veille dans toute la splendeur de son passé et de sa gloire.
Le pilote descend, un autre monte à bord qui conduira jusqu’à la pointe au Père.
Le brouillard tisse de brume l’estuaire. On jette l’ancre et l’on attend.
26 juin, ouatée la voix des cloches vient chanter l’allégresse en l’honneur de Madame Sainte Anne, grand’mère du Petit Jésus et patronne du Canada, mais chaque 17 secondes la sirène du phare gémit. La plainte monte déchirante qui semble dire:
«Où allez-vous? Arrêtez-vous! Là-bas sont les dangers, là-bas sont les souffrances. Les démons en folie rôdent sur l’Océan. Restez ici, restez!»
Mais avec le soleil, l’espoir renaît. On part.
L’Empress passe, géant, près du Nascopie pygmée.
Il va vers les vieux pays, le destin du petit navire est de remonter parmi les icebergs toute la côte du Labrador.
... Voici leurs escadres redoutables descendues du Septentrion, conduites par des mains invisibles, elles arrivent lentes, mais irrésistibles, fortes comme le Destin, aveugles comme lui.
Le froid est intense. Le brouillard pesant comme un suaire.
Avec prudence, le navire louvoie.
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Carterets, une anse parmi les rochers abrupts, quelques maisons de bois. Cela sent la morue, le goudron, la saumure.
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Départ dans la brume. Le temps est froid, humide et sombre.
Rigolet, à 45 milles en amont de Hamilton Inlet. Pour la première fois, voici les Esquimaux. On embarque des barils pour l’huile de phoque, des madriers. Sur le pont, les canards, les poules, les cochons, voisinent, autour d’eux grondent les chiens faméliques et batailleurs.
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Le 9 août, le Nascopie double le cap Childley. La côte est âpre, sauvage, dénudée, pittoresque.
Le bateau joue à cache-cache avec les icebergs et les îlots rocheux que forme l’entrée du Lake Harbour.
Là, une goélette d’Ecosse a péri corps et biens, à l’automne dernier. Les flots gardent leur secret... la mer efface le souvenir des hommes.
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Cap Wolstenholme. Extrémité S.-O. du détroit. Un poste de l’Honorable Compagnie et trente familles d’Esquimaux. Ils sont là sur la rive rocheuse, malpropres, huileux et rieurs.
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Enfin, le mardi 3 septembre, fête de la Mère du Bon Pasteur, par un temps clair et calme, voici Chesterfield Inlet.
Deux hommes descendent qui vont vivre là, des mois et des mois, dans la misère et la douleur, dans l’espérance aussi.
Les Pères Turquetil et Le Blanc arrivent pour fonder sur ces rivages la première mission esquimaude.
Après quarante-deux jours d’angoisse et de péril, Dieu les a conduits au port. Ils viennent pour travailler à sa sainte gloire.
Les deux Oblats dressent leur tente, la nuit descend; à genoux, ils remercient le Très Haut et pour la première fois sur cette terre montent vers lui les oraisons du soir.
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Pendant les heures nocturnes, la tempête a soufflé, la mer démente a mugi, mais au matin, le calme est revenu, alors les deux hommes commencent à bâtir la Maison du Seigneur.
Dur travail, travail sain, des chansons rythment le tapage des marteaux, planche à planche l’édifice s’élève;[50] six jours, les hommes peinent, le septième ils l’offrent à Dieu et leurs mains rudes, tailladées de coupures, crevées d’ampoules, consacrent l’Hostie sainte qu’ils élèvent pour la première fois aux yeux des païens étonnés.
[50] Tout a dû être apporté de Montréal, matériaux, outils, le ravitaillement aussi, pour une année entière. Sur ces terres il n’y a rien, absolument, ni arbre, ni végétation.
Mains travailleuses, mains agiles, vous étiez douces à Celui qui songeait à des mains pareilles qui se tendaient vers un petit enfant, là-bas, sous un ciel de Judée, dans un atelier où un Compagnon Charpentier s’activait.
Mains de Joseph, ô mains consolatrices, vous releviez des boucles blondes pour lire le destin sur le front d’un enfant, et vos yeux de bonté rencontraient l’énigme de ces grands yeux qui portaient, au fond de leurs prunelles, le rachat des péchés de la terre.
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Le Kyrie, le Gloria, le Credo... le chant grégorien monte; les femmes, les enfants, les hommes écoutent, graves et réfléchis, ces mots qu’ils ne comprennent pas. Alors le Père Turquetil, le crucifix tendu, explique aux indigènes pourquoi il est venu et pourquoi désormais il vivra de leur vie.
Pour la première fois, les Esquimaux épellent lettre par lettre, mot par mot, le livre de Dieu.
La Croix les intrigue, le Sacré-Cœur les attire, pauvre Sacré-Cœur, ballotté par les vagues, qui est venu jusqu’ici, ouvrant à ces enfants déshérités ses bras secourables. Il est pitoyable, il est triste, il est bon. Un Esquimau demande:
--Père, c’est ton portrait?
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Maintenant, ils sortent: dans leur langue gutturale, ils commentent ce qu’ils ont compris, ce qu’ils ont vu. Les enfants croquent des bonbons, les femmes jacassent. Un vieillard, la joie au cœur, murmure:
--Kouillounamik! Kouillounamik! Je suis content! Je suis content!
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Les années ont passé; dans la misère et dans la joie, l’œuvre s’est poursuivie. La mort a couché un des deux ouvriers de la première heure, ce bon Père Le Blanc dont l’âme dévorante a usé le corps.
Il est tombé et Dieu l’a pris. Le Père Turquetil est resté seul; tenace, volontaire et têtu, il n’a pas désarmé.
Qui dira ses tristesses et ses désespérances, alors que la famine rôdait, décimant les plus chers de ses fils, usant la patience des cœurs les mieux trempés?
Le second hiver, le ravitaillement n’est pas venu... on a vécu comme on a pu... et depuis... et depuis. Ah! Seigneur! quelle longue misère! Mais quelle joie aussi: après cinq ans de labeur acharné, le grain a germé et le 2 juillet 1917 douze Esquimaux, instruits, édifiés, recevaient le baptême.
Cinq ans de travail sans relâche, cinq ans de luttes, cinq ans d’efforts. Douze baptêmes!
Depuis, huit ans se sont écoulés. Le Père Turquetil a vu son troupeau croître. Notre-Dame-de-la-Délivrande est une église bénie de Dieu, une mission florissante. L’humble père est désormais préfet apostolique, il porte déjà son effort vers des rivages toujours plus au nord, où errent, dans l’ignorance et dans la nuit, des hommes... la Terre de Baffin l’appelle, il ira, il y vient[51].
[51] Pour 1927 est décidée la fondation de Pond Inlet, à l’extrémité nord de la Terre de Baffin, au 73°, à 700 kms au nord du Cercle Polaire.
Au-delà il n’y a plus rien, plus rien que l’immensité désolée des régions polaires où seules les glaces monstrueuses affirment la puissance divine.
Comment va-t-il vivre, Seigneur? Et son troupeau?
Les démons arctiques ricanent, ils tendent déjà leurs mains crochues, ces âmes ne sont-elles pas des proies faciles?
Mais le Berger fait bonne garde; il sait que si la croix est lourde, il faut la porter jusqu’au bout.
Après le Golgotha, le Christ est ressuscité, le Christ, sauveur du Monde.
Le Bon Pasteur veille sur les brebis.
ROSE DE FRANCE
Dans cette baie d’Hudson, si redoutable, au nord du 60°, un cap de rochers et de glaces, sur ce cap quelques huttes misérables, battues par la tempête, dans ces huttes des êtres vivants: ces Esquimaux aux mœurs primitives, païens vêtus de peaux de bêtes, mangeurs de viande crue, dont l’âme se déchire écartelée aux quatre vents de la superstition.
Ces hommes qui attaquent au javelot, dont la pointe est une dent de morse, l’ours polaire et dont le poing ne tressaille pas, tremblent comme des petits enfants, devant les manifestations de l’esprit des ténèbres.
Sakkayut, le devin; Angatkokreartut, le faiseur de tours, évoquent dans l’ombre l’âme des ancêtres disparus. A leur appel, la haine et le meurtre se lèvent, dressant, face à face, le père et le fils comme des ennemis.
On suit la piste du renard, on guette le sommeil du phoque, un harpon invisible frappe entre les deux épaules. Sur la neige, il y a le sang du fratricide, Caïn passe, le sort est conjuré.
Le vieillard se traîne inutile, on le supprime. Une fillette naît, on la tue. La femme est un objet que l’on achète et que l’on vend.
En vérité, ce sont des âmes malheureuses; sur cette terre, sur ces âmes, Mgr Turquetil a fait descendre la paix religieuse du cœur.
A la pointe du Cap Esquimau, l’homme-de-la-prière a placé un flambeau qui rayonne dont il a confié la garde à Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, «la petite sœur» née comme lui de la glèbe normande et son aînée de quatre ans.
Et désormais, malgré les rafales du vent et la hurlée de la tempête, il y a sur la neige des pétales de roses.
Cœur virginal qui s’effeuille et qui se donne, dans la joie de l’abandon et du sacrifice, cœur mystique qui «passe son ciel à faire du bien sur la terre».
Mission de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, phare debout aux extrémités du monde, tu as connu la misère de tes fils, alors que, clou à clou, ils élevaient ton autel. Misère du Père Ducharme et du frère Girard, serviteurs fidèles d’un idéal de charité!
Pendant que vous bâtissiez la maison, les éléments se déchaînaient, autour de vous tout s’écroulait, le cierge qui brûlait devant l’image de la «petite Française» ne vacillait pas. Sa flamme montait droite comme la volonté de Dieu, pure comme la Mère Douloureuse.
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Des ombres dans le brouillard, une ombre d’homme, une ombre de chien et titubant une ombre de vieille femme, une ombre qui chancelle et qui s’abat.
... Ils ont marché pendant le jour, ils ont marché pendant la nuit. Depuis dix jours, ils vivent d’huile de phoque et de lanières de caribou.
Les chasseurs de la tribu sont là.
--Ittikoudjouk, qu’est devenue ta femme?
Le chasseur fait un geste, elle est là-bas, très loin.
--Elle ne pouvait plus marcher. Je l’ai portée pendant trois étapes et trois étapes je l’ai traînée, puis je ne pouvais plus, alors je l’ai laissée.
L’homme refait un geste, elle est là-bas, très loin... Depuis, dix fois la nuit est revenue...
Le groupe autour de lui commente la chose.
--Peut-être elle est morte, peut-être elle vit...
Et chacun retourne chez soi.
Les hommes de la police viennent:
--Ta femme?
--Elle est là-bas, très loin... dix jours...
Et les hommes de la police rentrent dans la hutte où le poêle fait son ronron.
Alors l’homme-de-la-prière arrive.
Ittikoudjouk répète:
--Elle est là-bas, très loin... dix jours...
--J’y vais.
L’Oblat n’a pas hésité, il y a une chance sur deux de sauver une âme, vite des chiens, un traîneau, et en route.
... Un soir, dans un iglou, une larve humaine où vit une dernière lueur. La femme paralysée s’est traînée jusqu’au lac, elle a brisé la glace, elle a pris un poisson; dans le trou, une voix se lamente.
--Ikki, ikki, ikkikani, je gèle, je gèle à mort.
C’est le retour dans les rafales.
Alors se manifeste le miracle d’amour. L’Esquimaude demande à connaître ce Dieu dont les serviteurs bravent la mort pour sauver une femme.
L’eau du baptême coule sur son front, l’eau qui efface, l’eau qui absout. Maintenant dans son trou de neige, elle peut bien mourir. Le froid qui habitait en elle disparaît, peu à peu, elle entre dans la paix du Seigneur.
Le Père Lionel Ducharme l’a cousue dans une peau de renne; au-dessus d’elle, il a construit une voûte de glace, la misérable qui a tant peiné, tant souffert, connaît enfin la grâce de l’éternel repos.
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Ceci se passait, il y a quelques mois à peine, au Cap Esquimau, dans cette mission perdue à l’autre bout de la terre où la petite Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus étend son manteau blanc de carmélite pour protéger, pour consoler et pour bénir les âmes de bonne volonté.
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Sous le ciel polaire, dans les tourbillons de la bourrasque, il neige des pétales de roses.
Rose d’amour, rose de charité, rose qui vient du beau pays de France.
ELLES ÉTAIENT QUATRE...
Elles étaient quatre qui partirent un matin de printemps[52].
[52] 24 avril 1844.
On avait fait appel au sacrifice, spontanément elles s’étaient offertes.
Elles avaient abandonné le monde pour vivre, dans le calme, des jours de prière et de foi.
Solitude du couvent, paix de l’esprit et du cœur, allégresse d’être la servante humiliée du Seigneur, joie de contempler sa Face adorable dans le silence obsédant de la chapelle où la veilleuse agrandit les ombres; être toute faiblesse devant le Tout-Puissant; à force d’abnégation, atteindre le sublime et ne pas le savoir, avoir tué l’orgueil, la beauté, le désir; être une petite chose sans nom dans le troupeau confus des brebis du Pasteur, être toute vertu et toute obéissance, ne voir le ciel qu’à travers la cime des arbres; et quand le soir descend, dans le jardin, retrouver son enfance joueuse.
Prier, à l’aube, pour ceux qui souffrent, prier, à la lumière du soleil, pour les âmes dans la peine, prier, quand le soir vient, pour ceux qui ont péché pendant ce jour.
Tournée vers la lumière, chercher le Dieu secourable qui remet les offenses et le trouver toujours miséricordieux.
N’être qu’une femme et demander pour soi tout le poids de nos fautes.
Elles étaient quatre qui partirent, un matin de printemps parce qu’un vieil évêque était venu frapper à la porte du couvent.
Il avait parcouru des contrées inconnues, il avait vu la misère des hommes.
Il lui fallait des mains de femmes pour soigner des infirmes et consoler des orphelins.
Mgr Provencher disait:
--Lesquelles d’entre vous seraient disposées à venir à la Rivière Rouge?
Les Sœurs Grises répondirent:
--Nous voici, envoyez-nous.
Elles étaient quatre, qui partirent un matin de printemps.
L’une d’elles s’appelait La France[53].
[53] Sœur Valade, supérieure, Sœur Lagrave, Sœur Coutlée, et Sœur La France.
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Depuis des centaines ont suivi la voie du sacrifice.
Descendant la Rivière Rouge, elles ont traversé le lac Winnipeg, elles ont remonté les grands rapides et la Saskatchewan. Elles ont traversé des lacs immenses, pataugé dans des marécages, parcouru la Prairie dans des charrettes traînées par des bœufs, elles ont dormi à la belle étoile, dans la ronde insensée des maringouins, elles ont bravé les orages, les blizzards et les poudreries.
Rien ne les a arrêtées, rien n’a troublé la sérénité de leur âme.
Je les ai vues dans le Grand Nord, attentives et douces, se pencher sur les détresses humaines, le cœur débordant de pitié, je les ai vues, maternelles et divines, au milieu de leurs petits enfants.
Elles avaient des yeux où vivait la lumière.
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Elles étaient quatre qui partirent un matin de printemps.
Sur une barge, elles allaient vers l’Ouest.
Huit hommes aux bras robustes rament, scandant leur effort au rythme d’un refrain.
Les quatre petites sœurs sont installées au milieu des ballots et des caisses.
Montréal s’éloigne, Ville-Marie qui vit l’effort des pionniers et le dévouement de la Mère d’Youville, la première Sœur Grise. Leur Mère! Le Mont Royal se dresse à l’horizon. Un tournant l’efface. Et voici l’inconnu.
Elles sont seules pour deux mois.
Des regrets? Que sais-je? Le vent qui enfle le flot du Saint-Laurent les emporte dans sa furie.
Dans leurs doigts glissent les grains du chapelet. Elles prient, demandant à Dieu «la force d’aller jusqu’au bout».
Il pleut. Le vent est debout, les mariniers s’impatientent.
Le soir, on dresse la tente. Elles sont transies et se pressent autour du foyer. Tandis qu’on brûle d’un côté, on gèle de l’autre.
Voici les rapides. Les saintes filles sont mortes de frayeur, mais peu à peu elles s’habituent, bientôt elles plaisantent.
Les portages sont longs, il faut gravir la montagne, se frayer un chemin dans les broussailles, franchir des ravins sur des arbres couchés qui tremblent au passage.
D’un ciel bas, la pluie tombe, inlassable; quand on marche, c’est la vase et la boue et l’eau jusqu’à mi-jambes.
Epreuve, la Sœur Lagrave tombe et se foule la cheville: on doit la transporter à travers des fondrières. Les hommes grognent et veulent les abandonner. Etre parvenues si loin pour échouer! Enfin, deux Iroquois s’offrent qui porteront la blessée. La mission est sauvée.
Pendant dix jours, c’est un déluge et dans leur âme inaccoutumée la détresse grandit. Mais elles réagissent et trouvent la consolation dans un amour infini pour Celui-qui-les-mène.
On campe. Sous la toile, l’eau dégouline, on barbote, et l’on retrouve la gaieté devant un feu clair qui pétille. Le repas terminé, on songe au pays, à ceux qu’on a quittés.
Alors un Iroquois, un guerrier splendide, qui est assis dans l’eau, les mains nouées aux tibias, parle.
Il fixe le foyer de son regard aigu comme si du tourbillon des flammes, les légendes de l’héroïque nation allaient surgir.
«Alors, au commencement, il tomba tant de neige que la terre en était couverte. Le sommet des arbres seul apparaissait. Ce n’était plus tenable.
«Alors tous les animaux qui demeuraient avec l’homme partirent pour aller chercher la chaleur du ciel.
«Leur voyage dura plusieurs heures. Enfin, l’écureuil fit un trou au firmament. Ce trou, c’est le soleil.
«C’est par là qu’ils pénétrèrent tous dans la Terre d’en haut.
«Là, un ours gardait la chaleur. Elle était suspendue, ainsi que les autres éléments, dans différents sacs, à un grand arbre, les uns disent que c’était un érable, d’autres un sapin. Cet arbre était au milieu d’une île.
«Le caribou se dirigea aussitôt en nageant vers l’arbre et s’empara du sac qui contenait la chaleur.
«L’ourson dit:
«--Mon père, on vole la chaleur!
«Et l’ours, en grondant, poursuivit le voleur dans son canot, mais la souris ayant rongé l’intérieur de la pagaie, celle-ci cassa. Et les animaux s’enfuirent avec la chaleur. Le sac étant lourd, ils le portèrent à tour de rôle.
«Mais la souris--depuis elle est maudite--rongea l’enveloppe, l’outre creva et la chaleur se répandit sur la Terre et fit fondre en un instant l’immense quantité de neige qui la couvrait.
«C’est pourquoi il n’y eut plus de Terre. Nihnaouldé!
«Tous les hommes et tous les animaux périrent.
«Un vieillard, seul, eut le bon esprit de construire un grand radeau--certains disent que c’était une barge--sur lequel il se retira avec quelques animaux.
«Alors les Montagnes Rocheuses apparaissaient hors de l’eau.
«Tout à coup, l’eau a recouvert les montagnes.
«C’était fini. Il n’y avait plus de terre.
«Cela dura des jours et des jours. C’est pourquoi tous les animaux et tous les oiseaux plongèrent pour aller chercher la terre, mais de terre point.
«Alors l’aigle s’envola à la recherche d’une cime. En vain.
«La pie partit à son tour, elle vit la tête des sapins et rapporta un bourgeon dans sa patte. Mais on sut qu’elle avait menti, le bourgeon, elle l’avait trouvé flottant sur les eaux.
«Et les eaux montaient toujours.
«Le vieillard dit au Kankanwi:
«--Kankanwi, mon ami, tu plonges fort bien, va donc voir si tu trouves la terre.
«Le canard plongea et revient bientôt, tout essoufflé, il n’avait rien trouvé.
«L’homme le remet sur le radeau et s’adresse au castor:
«--Tu plonges encore mieux que le Kankanwi, va donc voir si tu trouves la terre.
«Le castor obéit, il reste longtemps sous l’eau, mais il remonte épuisé, il n’a rien vu.
«L’homme dit alors au rat musqué:
«--Mon petit frère, tu es ma dernière espérance, mais j’ai confiance en toi; plonge et tâche de trouver la terre.
«Et le rat musqué plonge. Il reste un jour entier sous l’eau, puis il reparaît plus mort que vif, couché sur le dos. Il respire avec peine. Le vieillard le hisse à bord, le ranime. Quelle joie, le rat musqué a de la boue aux pattes.
«L’homme la ramasse avec soin, l’aplatit en couche bien mince entre ses mains et la pose sur l’eau. Puis il se met à souffler dessus.
«Alors ce peu de terre, grand comme une feuille de peuplier, commence à s’étendre.
«A chaque souffle, elle se développe. L’homme continue de souffler jusqu’à ce qu’il voie une grande île assez solide pour le porter.
«Il demande:
«--Où sont les cadavres des hommes?
«La pie dit:
«--J’ai vu des oiseaux qui les mangeaient sur le rivage.
«Le radeau aborde. Le vieillard et les animaux débarquent.
«Depuis ce temps-là, la terre existe et les hommes sont sur la terre.»
L’Indien s’est tu. Il reste hiératique, les yeux fixés sur la flamme qui diminue.
Les mariniers se sont étendus à même le sol.
Les quatre petites Sœurs Grises bénissent Dieu qui a mis dans l’âme obscure du sauvage une lueur.
Elles ont foi dans leur mission de charité, de dévouement, d’obéissance.
Le sommeil berce la simplicité de leur cœur.
Elles étaient quatre qui partirent, un matin de printemps[54].
[54] J’unis ici dans un même amour, un même acte de Foi, non seulement les Sœurs Grises, mais toutes les Religieuses de l’Ouest et du Grand Nord. Toutes sont des femmes admirables, d’admirables servantes du Seigneur. L.-F. R.
A L’OMBRE DE LA CROIX
A l’ombre de la croix, il y a des ombres qui se meuvent.
Ce n’est pas l’ombre de ceux que le Christ appela, après une nuit de prière, sur la montagne sainte.
Ce n’est pas Simon qui fut nommé Céphas, ni André, le pécheur de Bethsaïde, ni Jean, fils de Zébédée, ni Barthélémy que les prêtres des idoles arméniennes écorchèrent vif, ni Simon le Chananéen, ni Jude, ni Thomas, ni Jacques, ni Mathieu. Ce n’est pas Judas qui déjà portait dans son cœur le serpent d’envie.
Non, ce ne sont pas ceux qui «se tenaient debout tous ensemble sous le portique de Salomon» et qu’une multitude entourait, longue théorie montant vers le Temple de Jérusalem pour les voir et les entendre.
Non, non, ceux qui se trouvent à l’ombre de la Croix, ce sont les serviteurs fidèles, les cœurs naïfs et dévoués, les humbles et les chastes qui vivent une vie de labeur sans gloire, obscurément, et qui, après une rude journée, mourront dans la paix du Seigneur «parce qu’ils ont tout quitté pour le suivre sur les routes du monde, par amour pour lui».
Ce sont ceux qui, ayant purifié leur âme, aident l’oblat à porter sa misère dans les régions les plus ingrates.
Aux heures de tristesse, ce sont les compagnons, les confidents, les amis, les frères.
Ce sont les apôtres inconnus qui marchent à côté des Porteurs de lumière; ils n’ont pas l’éclat, mais ils ont la sérénité.
Ce sont des ombres qui se meuvent à l’ombre de la Croix.
Le Père a tout abandonné. Il est parti «orné de sa science et de son sacerdoce» pour glaner les âmes dans les champs infinis de l’incrédulité; aux jours de la moisson, il nouera les épis en gerbe pour les offrir à Celui qui console et qui absout.
Il est l’incarnation la plus pure, la plus sublime de l’esprit de sacrifice, il est celui-qui-combat-en-avant.
Mais l’humble soldat le suit, toujours volontaire et volontairement effacé, il est humilité, il est obéissance, il est le Frère Coadjuteur.
A la forge, à la scierie, abattant les arbres de la forêt, relevant les filets sous la glace des lacs, tirant avec les chiens les traîneaux aux passes difficiles, halant les barges, semant le grain pour la première fois aux flancs de la glèbe nouvelle, poursuivant le caribou qui brâme, se penchant, paternel, sur les cœurs puérils, il est partout, c’est l’auxiliaire indispensable de l’envoyé de Dieu, missionnaire comme lui, Oblat comme lui.
Quand, à la voix des prêcheurs, les Chevaliers se sont armés, sur la terre occitane, pour délivrer le sépulcre du Christ, des cœurs croyants les ont accompagnés, ils se sont croisés pour courir sus aux Infidèles. C’est la foule de ceux dont l’Histoire n’a pas gardé le nom. Mais ce sont ceux qui au jour du sacrifice ayant payé leur dette de souffrance, sont montés s’asseoir à la droite de Dieu.
Pour la croisade des âmes, des cœurs aussi simples sont partis, la même foi les anime, ils n’espèrent rien que servir, obéir et mourir à l’ombre de la Croix.
Cette Croix, ils l’ont façonnée de leurs mains et l’ont placée, avec amour, sur le clocheton de l’église.
Il n’y avait rien sur la page blanche, la carte était nue; avec une patience attentive leurs doigts noueux ont tracé des croix, et voici que s’éveillent à la civilisation, au monde, à Dieu, des régions inconnues: Saint-Jean-Baptiste à Mac Murray, la Nativité à Chippewayan, Sainte-Marie à Fitzgérald, Saint-Isidore à Fort Smith, Saint-Joseph à Résolution, Sainte-Anne à la Rivière-aux-Foins, que sais-je encore? Notre-Dame des Sept Douleurs à Fond-du-Lac, au nord du grand lac des Esclaves et Notre-Dame du Rosaire dans la baie Dease, à l’extrémité du grand lac de l’Ours.
La rivière la Paix et la rivière aux Liards, la rivière Athabaska et la rivière des Esclaves reflètent, aux rares beaux jours, le signe merveilleux.
Mgr Faraud a dit:
--Le jour où nos bons et vaillants frères viendront à nous manquer, nous n’aurons plus qu’à fermer les portes de nos orphelinats, hôpitaux, hospices et à renvoyer aux horreurs de l’abandon, au fond des bois, tous les malheureux que nous avions sauvés.
Ils ont quitté la douce France ou les rives du Saint-Laurent pour vivre une vie de peine; l’hiver arctique pèse sur leurs âmes, mais la désespérance n’entre pas. Tout les émeut, tous les console, un noël chanté par des voix enfantines devant une crèche qu’ils ont édifiée.
Tendrement ils ont façonné les personnages de la plus belle histoire du monde. D’un couteau naïf ils ont taillé l’âne et le bœuf, leurs doigts ont semé des étoiles sur le manteau de la Vierge; est-ce parce que Joseph était charpentier qu’il a une barbe de copeaux? Et voici les Rois, porteurs de myrrhe, et les bergers vêtus de peaux, et les chiens au regard fidèle.
Ces cantiques en montagnais que les orphelins chantent, ce sont eux qui patiemment les leur ont appris.
Tout est liesse et joie dans l’éternel dénûment où ils se trouvent.
C’est la voix du Frère Rio, qui monte dans les gorges de la rivière Nelson et qui chante, pour oublier sa peine, l’Ave Maris Stella, de Sainte-Anne-d’Auray, mais le rapide happe la frêle embarcation et le bouillonnement des eaux arrête la chanson.
La mort qui les guette les abat sur la route, en pleine activité, en pleine force, en plein travail.
La fatigue ne compte guère, la fièvre importe peu; n’est-ce pas, frère Ancel, qui grelottant êtes tombé sur la neige pour vous relever dans un suprême effort et pour mourir?
Frère Kearney, qui dira votre vie d’abnégation et de souffrances quotidiennes, vous qui avez conduit le Père Petitot de Simpson à Good Hope, au delà du Cercle Polaire, vous qui, perdu, à genoux dans la neige, avez invoqué le nom de Mgr de Mazenod et qui avez été entendu, filiation des âmes qu’un même amour a pétri?
A Notre-Dame de Bonne Espérance, le Père Grollier qui n’avait vu personne depuis deux ans, s’écrie en vous apercevant:
--Dieu nous aime!
Il vous aimait vraiment ce Dieu qui fit de vous son serviteur le plus fidèle.
--Dieu nous aime!
Et le «petit frère» se met à l’œuvre. Il ne devait s’arrêter que cinquante-six ans après[55].
[55] Le Père Robin l’ensevelit auprès du Père Grollier, dont le petit frère avait lui-même creusé la tombe cinquante-quatre ans auparavant.
Il œuvrait tout le jour; et la nuit, on le trouvait les bras en croix priant dans la chapelle, appelant au secours des humains la charité du Tout-Puissant.
Il faut espérer que nous aurons un jour la joie suprême de voir s’unir dans une même gloire et le Grand Evêque qui créa les Oblats et le dernier de ses serviteurs, le plus humble et le plus ignoré qui, jusqu’au soir de sa vie, pria pour le salut des âmes.
Celui-là, la mort vint le prendre en fin de journée, alors que sa tâche était accomplie.
Mais la liste est longue de ceux qui furent frappés avant l’heure.
Frères Rio, Welsch, Nicolas, Hand, Thouminet, où êtes-vous? Où êtes-vous? Et vous, Gaudmer, Portelance, Cadieux? Et les autres, tous les autres?
Les Sœurs Grises sont en prière, les Pères vous attendent depuis des heures, depuis des jours. Le gouffre bâille, il vous a pris; la glace sournoise s’est ouverte; le sauvage païen vous haïssait, vous passiez avec votre traîne et vos chiens, derrière un bouquet de saules un coup de feu est parti. Votre sang souille la pureté de la neige.
Et toi, Alexis Reynaud, ô mon frère, qui, comme moi, vins à la lumière dans ce Languedoc, fils du soleil et de la vigne, le Languedoc des garrigues caillouteuses où le thym croît, des oliviers à têtes rondes, des marais où paissent les taureaux noirs et les cavales blanches.
C’est bien la volonté divine qui t’a pris par la main et t’a conduit du Grau, qui vit partir le Saint-Roi-Chevalier, jusqu’aux rivages polaires. Dans la grande nuit de huit mois, tu n’as pas regretté les splendeurs nocturnes où passaient, avec l’errance des étoiles, toutes les légendes de notre vieille terre.
Et quand elles apparaissaient, tu reconnaissais le chemin de Saint-Jacques, l’Ourse et le Berger. Mais ici on ne les nommait plus dans la langue sonore, c’était Yedhtaa-thèn, Denintchyé, Thèn-Thosé.
Vigneron, Dieu t’avait promis aux célestes vendanges.
... On lui avait offert la prêtrise, il avait renoncé; pareil à saint François d’Assise, il s’estimait indigne, il voulait servir simplement, se dévouer jusqu’à la mort.
Elle vint.
Mgr Clut lui avait donné la mission de conduire une orpheline aux Sœurs Grises du lac La Biche.
Il remontait l’Athabaska, où les rapides succèdent aux rapides. Un Iroquois guidait sa route. Mais devant la violence des eaux, il voulut couper à travers la forêt pour arriver plus tôt, plus vite.
Plus tôt! Plus vite!
... On trouva, dans une clairière, des cendres, des tisons et des ossements calcinés, et, sous du sable, des débris humains.
Le sauvage avait abattu l’homme au moment où il priait. Il avait fait un abominable festin, puis il était parti, emmenant la fillette que nul ne revit jamais.
Sous une croix de bois, Mgr Clut a écrit lui-même:
R.I.P. In memoria æterna erit justus F. Alexis o. m. i.
Elle serait longue l’histoire de ces âmes naïves; du reste mon ami le Père Duchaussois l’a contée avec amour[56] mais il me semble que j’aurais un remords d’oublier une des plus belles figures de la mystique de notre temps.
[56] Apôtres inconnus, 1 vol. Œuvres des missions, 75, rue de l’Assomption, Paris.
La vie du Frère Leriche qui semble échappée de la plume de ce Jacques de Voragines qui a bercé nos cœurs aux pures harmonies de la Légende dorée, feuillet du moyen âge arraché aux livres d’heures des monastères.
Il était pareil à ce jongleur, qui, pour honorer Notre Dame, avait repris ses hardes de baladin et chantait et dansait devant son Image.
A ceux qui s’indignaient, le Prieur disait:
--Heureux les simples, ils verront Dieu!
Et l’on vit Madame la Vierge ouvrir ses bras, se pencher et couvrir de son manteau le corps chétif du pauvre hère.
Frère Leriche était saltimbanque; il allait de foire en marché, de la Mayenne à la Vendée, amusant les badauds par ses tours et ses jongleries, et gagnant à ce jeu une maigre pitance.
Souvent, le ventre creux, il s’endormait aux bords des routes, à la belle étoile «auberge du Bon Dieu qui fait toujours crédit».
Un jour de misère trop dure, le froid, la pluie, la faim, le chassent à travers les rues où rien ne vit. Une église est là, accueillante. Il entre. L’ombre chaude l’enveloppe et le prend, peu à peu, il voit des lumières et des fidèles attentifs. Une voix monte qui parle de la Vierge. Ces mots qui se suivent font une musique très douce à son oreille. C’est un ronron qui chante, berce, console, et la vie qu’il mène lui fait soudain horreur. Il veut se reprendre, se racheter, se sacrifier totalement.
Mgr Grandin passe, qui demande des serviteurs. Il dit:
--N’oubliez pas que votre vie ne sera qu’un long martyre.
Et le saltimbanque va trouver celui qui se fit une gloire d’être «l’évêque pouilleux».
--Monseigneur, si vous daignez me prendre, je suis prêt.
Le Prélat hésite, ce Leriche n’est pas un riche cadeau à faire aux missions. Faire un Oblat de ce coureur d’aventures qui, par vaux et chemins, amuse la canaille qui gouaille et rit?
Un matin, l’Evêque, songeur, suit la route qui mène d’Aron à Mayenne. Un couple devant lui l’intrigue: un grand diable dégingandé qui conduit avec précaution une bonne vieille en coiffe paysanne, cassée par l’âge et les douleurs.
C’était notre homme qui menait sa mère à l’hospice, l’entourant de soins minutieux et de puériles tendresses.
--S’il y a place en ce cœur pour la pitié filiale on peut compter sur lui!
Et l’Evêque emmena le baladin.
Trente-deux ans après, Mgr Grandin prononçait ces mots devant la tombe où le corps qui avait tant souffert allait dormir son dernier somme:
--C’était un missionnaire très humble... le modèle des pénitents... un homme de Foi.
Ainsi vivent, ainsi meurent aux missions du Grand Nord les apôtres inconnus.
Ils ont à jamais renoncé aux biens de ce monde, rien ne les signale à l’attention de ceux qui passent, mais Dieu les voit, ce sont des ombres qui se meuvent à l’ombre de la Croix.
SOUS LE SIGNE DE LA VIERGE
--Le traîneau est prêt.
--Merci, Tomkins.
Allons, il faut partir. Sur le perron de bois de l’évêché baigné de lune, les Pères sont rangés, visages rudes aux yeux si clairs!
Mgr Grouard est là et mes amis, tous mes amis.
Qui dira l’angoisse du dernier serrement de main?
Il y a quelques minutes, c’était la causerie familière autour du poêle qui ronflait. Des Indiens frileux se chauffaient dans la salle commune, et nous, nous évoquions le Vieux Pays si cher à nos pensées.
Nos cœurs vibraient d’un même amour. Il faisait si bon moralement aux côtés de ces hommes.
Mais voici qu’une porte s’ouvre. Tomkins, le métis, lance:
--Le traîneau est prêt.
On se lève aussitôt et c’est le brouhaha du départ, les souhaits, les recommandations ultimes.
--Vous n’aurez pas chaud sur le lac.
Un frère annonce:
--42° sous zéro.
--Bah! J’en ai vu bien d’autres!
Puis un silence, un silence peuplé de mille choses fragiles. Des fils ténus se multiplient, se tendent, se croisent, une trame se forme qui demain, ce soir déjà, sera tissée de souvenirs.
Au revoir ou adieu, qui peut prévoir cela?
L’Evêque, casqué de castor, enveloppé dans une houppelande, est debout. Sa barbe de patriarche met une tache claire dans la nuit. Il m’a semblé qu’elle tremblait un peu. Le vent, peut-être?
Le traîneau vire. Sur les marches, les Pères et Monseigneur forment un groupe immobile.
--Allons, adieu, adieu, vous tous.
Un ordre. Les grelots tintent. Nous glissons lentement dans l’ombre.
C’est la descente sur Grouard. La cité sommeille. Je me retourne. Voici, sur la colline, la chapelle, l’hôpital, la mission. Sur la pente, plus bas, l’étroit cimetière, les tertres neigeux et les croix.
Devant moi, le petit lac des Esclaves est bleu de lune.
Le vent souffle, emportant mes pensées.
Je vais partir, je suis parti, je laisse derrière moi des cœurs fidèles. Combien de fois suis-je parti ainsi?
La sirène des paquebots gémit et pleure, la mer drosse le chalutier, le rivage s’estompe, des arbres, une ligne floue qui s’affaisse et disparaît et l’on est seul entre le ciel et l’eau.
Regrets d’Islande, nuit profonde qui agrandissait le ciel groënlandais, adieux sobres au pays de l’or.
--Bon voyage, garçon. Evitez les mauvaises rencontres.
Et déjà la porte du bar est close. La nappe de lumière crue s’est repliée brusquement.
Je suis seul dans le gel et dans les ténèbres, comme à présent. Mais, ce soir, plus que jamais mon âme est en peine, pourquoi?
N’ai-je pas maintes fois abandonné bien des désirs aux ronces des chemins comme les brebis des lambeaux de leur laine? Combien d’images se sont effacées de mon cœur que j’avais gardées longtemps au fond de mes prunelles?
Ces boqueteaux de sapins, ces maigres saules, vision accoutumée. Je les ai déjà vus sur les pistes de Last Chance. Cette eau figée, est-ce la Porcupine, la Rivière Plumée, le Yukon qui miroitent, prisonniers des glaces pour huit mois?
Les douze soleils passeront. Après le soleil où le soleil est sous la terre, viendra le soleil où les chiens se chauffent et le soleil de la débâcle et le soleil où les oiseaux muent.
Ainsi revient au cœur des hommes le printemps qu’on croyait disparu.
Courage! Ceux que je viens de quitter sont des porteurs d’espérance; les magnifiques serviteurs, les Oblats, d’une cause sainte, sublimisée par le renoncement, l’abnégation et la souffrance.
Ils ont les paroles pour apaiser, pour instruire, pour consoler. Ils ont des mots pour toutes les défaillances; ils endorment la douleur, fille de la solitude et mère des orages de la passion.
Tout ce qui souffre, tout ce qui chancelle, tout ce qui est irrésolu vient vers eux et la guérison, l’apaisement, la volonté se lèvent à l’appel de leur voix. Eternel miracle de Lazare surgissant du tombeau!
A quel prix achètent-ils la conversion des âmes? Depuis des mois, des années, ils se consacrent à l’œuvre du manque-de-tout, usant leur vie dans une lutte quotidienne contre le froid, la solitude, la faim, hydre tricéphale de cette terre nordique où ils ont fixé volontairement leur destin.
Je ne raconte pas leur histoire, mais devant le mirage de la nuit polaire qui se déroule à mes yeux, j’évoque l’Epopée blanche dont ils ont écrit tous les chants, des bords du Saint-Laurent jusqu’aux extrêmes limites du monde.
A cette heure, Mgr Turquetil, là-haut, dans vos steppes stériles, que faites-vous? Où êtes-vous?
C’est une symphonie merveilleuse, unique dans notre siècle dévorant.
A l’heure où les humains se ruent à la conquête de buts matériels, pour la satisfaction de leurs appétits, je veux simplement dire qu’il y a des prêtres qui font le sacrifice absolu, le complet abandon d’eux-mêmes pour ramener à Dieu ceux qui sont les plus déshérités, les plus pauvres, les plus abandonnés parmi les fils d’Adam.
Ce qu’ils font ici, leurs frères l’accomplissent aux antipodes. Le vicariat de Keewatin a sa réplique dans le Basutoland. La préfecture de Pilcomayo, en Bolivie, naît à la vie apostolique, cependant que la Cimbébasie offre ses six cent mille kilomètres carrés au zèle des Oblats et Ceylan berce leur foi au rythme de ses palmes[57].
[57] Exactement: les vicariats apostoliques du Nord-Américain, Mackenzie, Yukon, Athabaska, Keewatin et Baie d’Hudson; ceux de l’Afrique australe, du Basutoland, du Natal, du Transvaal, de Kimberley, de la Cimbébasie; les diocèses florissants de Colombo et de Jaffna, dans les Indes, et la Préfecture de Pilcomayo, au centre de l’Amérique du Sud.
D’autres diront la gloire de ces hommes.
Je ne suis qu’un pèlerin qui vint s’asseoir, un jour, à leur foyer, mais mon âme a gardé l’empreinte de leur âme et mon cœur les vibrations de leur cœur.
Le traîneau glisse, je passe dans la féerie blanche, léger comme un souvenir, ouaté de neige comme ces fantômes qui viennent aux veillées de Noël dans les contes populaires.
Oui, c’est une symphonie, dont tous les tons s’harmonisent, que m’apportent les vents descendus du Septentrion.
Symphonie grise comme les petites Sœurs penchées sur les pires calamités.
Symphonie noire comme la robe des Oblats qui, dans ses plis, porte la Rédemption et la promesse d’une vie éternelle.
Symphonie rouge comme le sang des Pères Fafard, Marchand, Rouvière, Le Roux, rouge comme le cœur du Christ, déchiré et saignant de la misère des hommes.
Symphonie blanche comme les lys de France, blanche comme votre pureté, Mère très chaste, qui effeuillez la rose mystique de votre cœur aimant aux plus généreux de vos fils.
«Vierge immaculée dans votre corps, dans votre âme, dans votre foi, dans votre amour»[58], c’est votre manteau qui s’étend, ce soir, sur la plaine, donnant à ceux qui vous sont chers protection et miséricorde.
[58] Pie X.
Le salut du monde était en vous, vous nous l’avez donné. Toute grâce, toute charité vient de vous. C’est un don de Dieu et les «dons de Dieu sont sans repentance».[59]
[59] Bossuet.
Vous êtes la lumière et la consolation, le refuge et l’espérance de tous ces pauvres Indiens que j’ai vus, à genoux, implorant avec une ferveur digne des premiers âges, la fin de leurs angoisses, de leurs périls et de leurs tentations.
Quel sort réservez-vous à ces tribus jadis innombrables? Elles s’étiolent, elles s’anémient, elles meurent, peu à peu.
Que seront-elles demain?
Les Oblats qui se dévouent pour elles, qui souffrent pour elles, qui donnent leur vie pour elles, savent que leur œuvre est périssable et cependant ils la poursuivent avec toute la force de leur apostolat.
Faut-il dire avec le poète:
Et puis c’est bien plus beau lorsque c’est inutile.
Non, c’est une parole impie. Rien n’est inutile de ce qui touche à la gloire de Dieu.
A l’heure où nous sommes, plus que jamais, nous devons avoir une mystique. Les esprits du mal s’agitent, promettant aux crédules humains des jouissances immédiates, des satisfactions promptement réalisées--par quels moyens, Seigneur?
Alors, pourquoi pas la mystique chrétienne, d’amour, de lumière et de paix?
Un sifflet strident déchire la nuit. Sur la neige, il y a une longue traînée noire, dans le ciel des tourbillons de fumée.
Voici la civilisation qui s’avance. Une baraque de bois--halte et village--c’est Enilda.
Demain, je serai à Edmonton, demain il y aura une ville, des maisons, l’activité et les misères de la vie.
Le train part.
Mon traîneau est un point perdu dans la plaine, il s’efface bientôt.
Là-bas, au delà des monts, des lacs et des forêts, il y a des cœurs en prière qui, sous le signe de Marie, mère admirable, préparent les voies de Dieu.
O Pères, ma faiblesse se joint à votre isolement.
Toutes les tristesses de la terre, vous les avez dissipées par vos actes de foi.
En vérité, l’Agneau a racheté les brebis.
Sur la terre canadienne--si vieille et si jeune à la fois--l’esprit de sacrifice a passé; je suis son vol, je vois ses ailes frémissantes dissiper les ombres de la nuit, et dans l’aube qui naît, le ciel s’ouvre aux béatitudes éternelles.
Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée sont expulsés de France.
NOTES ET REFERENCES
La Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (o. m. i.)
La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée (o. m. i.) a été fondée le 25 janvier 1816, à Aix-en-Provence, par Mgr de Mazenod, qui lui donna comme devise: Evangelizare pauperibus misit me. Il m’a envoyé évangéliser les pauvres. (Luc, IV, 18).
Le pape Léon XII approuva, le 17 février 1826, cette œuvre, disant: «Cette Société me plaît. Je sais le bien qu’elle a déjà fait. Je suis certain de ce qu’elle accomplira par la suite. Un bref d’éloges ne suffit pas: Non laudanda sed approbanda.»
Destinée à la France, bientôt elle déborde son cadre trop étroit et porte la parole du Christ jusqu’aux dernières marches du monde.
En 1841, Mgr Bourget, l’éminent évêque de Montréal, demande des Oblats pour le Canada. Et le rude sacrifice commence que rien n’arrêtera, de la Province de Québec à la Baie d’Hudson, des côtes du Labrador aux boucles du Mackenzie, de la Mer Glaciale à l’Océan Pacifique.
Les Oblats sont en Asie, à Colombo et à Jaffna; en Afrique, au Natal, à Kimberley, au Zoulouland, en Cimbebasie, en Australie aussi et maintenant en Bolivie.
En France, jusqu’en 1904, ils furent les réalisateurs du Vœu National. Mgr Guibert leur confia la garde de la Basilique du Sacré-Cœur.
L’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne, l’Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, l’Italie, la Belgique, ont leurs provinces apostoliques.
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Aujourd’hui, plus de trois mille Oblats--prélats, prêtres ou simples frères coadjuteurs--accomplissent leur mission de charité sous le signe de Marie.
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En un siècle, la Congrégation a donné à l’Eglise un cardinal (Mgr Guibert, archevêque de Paris) et 39 archevêques ou évêques.
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Mgr de Mazenod.--Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, né à Aix le 1er août 1782. Ordonné prêtre le 21 décembre 1811, il déclina l’offre de Mgr Demandolx, évêque d’Amiens, qui voulait en faire son vicaire général, pour aller à Aix se «consacrer entièrement à la jeunesse et aux pauvres».
Toute la population accourait le dimanche pour l’entendre prêcher en provençal.
En 1816, il fonda la Congrégation des Oblats. Le 21 mai 1861, le vénérable prélat mourait, ayant vu son œuvre se développer au delà de toute espérance.
· · ·
Abbé Thibault.--L’abbé Jean-Baptiste Thibault, un des douze prêtres séculiers qui vinrent évangéliser l’Ouest canadien. Il consacra aux missions 39 ans de sa vie sacerdotale. Ses onze compagnons s’appelaient: Sévère Dumoulin, Destroismaisons, Hayer, Boucher, Poiré, Demers, Belcourt, Mayraud, Darreau, Laflèche et Bourassa.
Quatre pères jésuites les avaient devancés au XVIIIe siècle, de 1732 à 1751, mais ils ne purent dépasser le Fort Saint-Charles (sur le lac des Bois) et le Fort la Reine (Portage La Prairie).
Saluons la mémoire du Père Messager et du Père Aulneau, tués par les Sioux à l’Ile aux Massacres.
L’Ouest ne revit les «robes noires» que soixante-sept ans après le départ du dernier jésuite.
La «première» fut celle de Mgr Norbert Provencher. Mgr Provencher avait abordé à la Rivière Rouge le 14 juillet 1818. Là devaient s’élever Saint Boniface et Winnipeg.
Le R. P. Aubert et le R. P. Taché furent les deux premiers Oblats qui débarquèrent à Saint-Boniface (1845).
· · ·
Mgr Laflèche.--Louis-François Laflèche partit pour la Rivière Rouge sur un canot d’écorce. Douze ans il évangélisa le Nord-Ouest, mais terrassé par la maladie il dut rentrer à Québec. Le 21 février 1867, il fut nommé évêque d’Anthédon. Il était tout zèle et toute charité, allant toujours à pied; à sa mort, on ne trouva pas cent francs dans «son palais épiscopal» (1818-1898).
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Mgr Taché.--Alexandre-Antonin Taché, 1823-1894, «l’évêque d’action», qui créa les diocèses, les vicariats apostoliques. C’est lui qui ouvrit à l’immigration canadienne française les immenses terres de l’Ouest.
Patriote passionné, c’est grâce à lui que le Canada conserva l’Ouest, au moment où il fallait peu de chose pour qu’il passât sous la domination américaine.
Il sauva l’Œuvre des Missions sur le point de sombrer dans la désespérance. Ce fut un Oblat magnifique d’obéissance et de volonté.
· · ·
Mgr Faraud.--Henri-Joseph Faraud, né à Gigondes, dans le Vaucluse (1823-1890).
Enfant, c’était le pire garnement qui fût, intelligent et batailleur, il affligeait sa mère qui annonça: «Tu ne feras jamais rien de bon.» Un jour, en désespoir de cause, elle le conduisit au pied de la Vierge, disant: «Bonne mère, je vous le donne, moi je ne peux rien en faire.»
Le miracle s’accomplit, l’indiscipliné devint le plus studieux des enfants, il entra bientôt au juniorat des Oblats, à Notre-Dame des Lumières: le 8 novembre 1846, il arrivait au Canada.
Il parcourut d’abord la Prairie, puis il monta au Nord, pionnier de son futur vicariat.
D’une force herculéenne, il faisait l’admiration des Indiens, qui trouvaient auprès de lui un père dévoué, un consolateur aimant, un ami toujours fidèle.
Le 13 mai 1862, il recevait le titre d’évêque d’Anemour et de vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie. Il prit à Saint Martin sa devise: «Non recuso laborem, je ne refuse pas le travail.»
· · ·
Mgr Grandin.--Vital-Justin Grandin, né à Saint-Pierre-sur-Orthe (Mayenne), le 8 février 1829. Il fut «l’évêque pouilleux», celui qui fit l’abandon absolu de soi-même, qui, brisé par le mal, marchait quand même, trouvant dans sa souffrance même une façon de louanger le Seigneur.
Missionnaire accompli, administrateur sans reproche, il fut l’âme des missions du Grand Nord.
En 1855, il assista le Père Faraud à la Nativité, il apprit le montagnais sur les bords de la rivière au Sel, en juillet 1858 il reçut le redoutable honneur de l’épiscopat: évêque de Satala, in partibus infidelium. En 1872, il devenait le premier évêque de Saint-Albert, où il mourut le 3 juin 1902.
· · ·
Mgr Clut.--Isidore Clut, «l’évêque de peine», né le 11 février 1832, à Saint-Rambert-de-Rhône. Le 8 décembre 1854, il est Oblat, le 20 décembre 1857 il est prêtre, le 7 octobre 1858 il arrive au bord du lac Athabaska, neuf ans après c’est là qu’il reçoit la consécration épiscopale (15 août 1867).
Ce fut lui qui tenta avec le Père Lecorre l’évangélisation du Yukon et de l’Alaska. Pour ce faire ils descendirent le Mackenzie et de la pointe du delta se dirigèrent à pied vers les montagnes Rocheuses; transportant leur canot ils atteignirent enfin la Porcupine, qu’ils suivirent jusqu’au Yukon.
Il passa d’horribles nuits sous le cercle polaire, mais il portait en lui le soleil de la Foi. Il aima ses chers sauvages avec passion. Il mourut ayant accompli son œuvre, le 31 juillet 1903, à la mission de Saint-Bernard, sur le bord du Petit Lac des Esclaves.
· · ·
R. P. Eynard.--Germain Eynard, 1824-1873. Ancien élève de l’Ecole Polytechnique, il abandonna les hautes distinctions laïques pour se réfugier en Dieu. En 1853, il est Oblat, en 1858 il arrive à Fort Résolution.
Pendant quinze ans, voyageur infatigable, il desservit les missions du Grand Lac des Esclaves, humble parmi les plus humbles. «Je n’ai connu de religieux plus parfait, disait Mgr Grandin.»
· · ·
R. P. Grollier.--Pierre-Henri Grollier, né à Montpellier le 30 mars 1826. Il prononça ses vœux perpétuels le 15 octobre 1848, à Notre-Dame de l’Osier; il fut ordonné à Marseille le 29 juin 1851.
Placé d’abord à Notre-Dame de la Garde, il reçut bientôt son obédience pour le Nord-Ouest (en janvier 1852). Départ en février par Liverpool, avec Mgr Taché, qui venait d’être sacré. On l’envoya d’abord à la Mission de la Nativité (Lac Athabaska), avec le futur Mgr Faraud, qui l’attendait.
Il fonda successivement les missions suivantes: Notre-Dame des Sept Douleurs (Fond du lac Athabaska), chez les Mangeurs de Caribous, en septembre 1853: Saint-Michel (Rae) chez les Plats-côtés-de-chiens: Grosse Ile ou Wrigley; Sacré-Cœur (Fort Simpson); Sainte-Thérèse (Fort Norman) chez les Esclaves; Notre-Dame de Bonne-Espérance (Good Hope), en 1859, chez les Peaux-de-lièvres; Saint-Nom de Marie (Peel’s River, aujourd’hui Arctic Red River) chez les Loucheux et de là il essaya de convertir les Esquimaux.
Il est mort le 4 juin 1864.
C’était une âme ardente et forte qu’une Foi passionnée animait. Il fut le premier Oblat qui mourut à la peine, la terre canadienne garde sa dépouille périssable, mais son souvenir est vivant dans toutes les mémoires.
· · ·
Mgr Grouard.--Emile Grouard est né le 2 février 1840, à Brûlon, dans le pays manceau.
Petit cousin de Mgr Grandin, il le suivit au Canada. Il avait vingt ans, depuis il ne s’est jamais arrêté. Mgr Taché l’ordonna prêtre le 3 mai 1862. Le 8 juin, il partait pour le lac Athabaska, le 2 août il arrivait à la Nativité. Le 18 octobre, il recevait les bulles le nommant évêque titulaire d’Ibora et vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie.
Son livre Soixante ans d’apostolat est la plus vivante expression de ce que peut faire la volonté d’un homme qui a voué sa vie à la gloire de Dieu.
Mgr Grouard est l’âme de cette terre nord-canadienne qu’il a parcourue en tous sens, défrichant les forêts, traçant des routes, amenant sur les fleuves le premier bateau à vapeur, faisant tourner le premier moulin.
Tous les Indiens sont ses enfants. Ils le vénèrent, ils l’admirent. Ils l’appellent: Yaltri-bé-da-ra-shlan, le priant à la belle barbe. (Mot à mot: yaltri, le priant; bé, son; da, menton; ra, poil; shlan, il y en a beaucoup.)
A quatre-vingt-cinq ans, je l’ai vu aussi intrépide, aussi ardent que jamais, parcourant son immense diocèse en raquettes, en traîneau, sur son cheval «Bidet», ou en canot, il est partout et partout il apporte avec lui les mots qui consolent et l’espérance qui élève les cœurs.
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Mgr Pascal.--Albert Pascal, 1848-1920, né à Saint-Genest-de-Beauzon (Ardèche). Mgr Clut passait, il le suivit.
C’est lui qui resta de 1875 à 1881 à Notre-Dame des Sept Douleurs seul au milieu des Indiens aux mœurs les plus dissolues, c’est lui qui a écrit: «La solitude sera toujours ici, mais je chante, je chante.»
Le démon des espaces vides le hantait. «Un jour, dit-il, l’isolement dans lequel j’étais plongé, se fit sentir d’une manière écrasante. Tout devint si sombre pour moi, que l’âme pleine d’angoisse et n’en pouvant plus, j’allai me prosterner dans la petite chapelle. Là, la tête appuyée sur l’autel, absolument seul avec Jésus vivant pour moi dans cette étroite prison, je lui parlai comme un ami à son ami; je lui confiai mes troubles, mes lassitudes, mes tristesses.»
Mais l’accablement ne dure pas. Dieu lui apporte ses consolations et l’Oblat se relève «fort comme un lion».
Mgr Pascal fut le premier évêque de Prince Albert.
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Mgr Legal.--Emile-Joseph Legal, né à Saint-Jean-de-Boiseau, diocèse de Nantes, le 9 octobre 1849, ordonné prêtre le 29 juin 1874, il fait son oblation le 24 septembre 1880.
Il a été sacré évêque titulaire de Pogla et coadjuteur de Mgr Grandin le 17 juin 1897; il est devenu évêque de Saint-Albert le 3 juin 1902 et archevêque d’Edmonton le 30 novembre 1912. Il est mort dans cette ville le 10 mars 1920.
Dans son testament, il a écrit: «N’ayant personnellement aucune somme d’argent à ma disposition, je ne puis rien laisser pour faire célébrer des messes pour le repos de mon âme. Je suis reconnaissant envers la congrégation des Oblats de Marie Immaculée qui m’a accueilli dans son sein.»
Paroles dignes d’un croyant à la foi toujours vibrante et d’un homme de bien qui a laissé un souvenir dans la mémoire des hommes.
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R. P. Gascon.--Zéphyrin Gascon, 1824-1914, fils de cette race canadienne française, si belle, si forte, si grande par son dévouement et sa foi, il se leva à l’appel de Mgr Taché et dès le 12 août 1859 il était au Grand Lac des Esclaves. Le premier il apporta la parole du Christ sur les rives de la rivière aux Liards. L’histoire de sa vie est une épopée magnifique. Rien n’égale la splendeur de ses courses à travers ces terres désolées, disputant les âmes à l’hérésie, soutenant l’espérance chancelante des néophytes indiens.
Les Dénés voyant sa détresse et «son manque de tout» le nommaient Yalbri-Dougé, le priant de misère. Rongé de vermine, ne mangeant pas à sa faim, les yeux rougis par la neige, les jarrets brisés par le mal des raquettes, il marche en priant Dieu, en offrant au Seigneur ses souffrances, il avait la ténacité de saint Paul, le zèle de saint François Xavier.
La veille de sa mort--à 87 ans--3 janvier 1914, le chapelet glissa de ses doigts impuissants.
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Mgr Joussard.--Célestin Joussard est né le 2 octobre 1871, à Saint-Michel-de-Geoirs, dans le diocèse de Grenoble. C’est encore une recrue de Mgr Clut, qui l’ordonna prêtre à Autun et l’emmena.
Du lac des Esclaves au Fort Smith, du Fort Smith au Fort Vermillion, sur la rivière la Paix, il a, selon la devise des Oblats, «évangélisé les pauvres» et donné tout son cœur aux Montagnais, aux Cris, aux Castors.
Le 11 mai 1909, l’Oblat était consacré évêque d’Arcadiopolis et coadjuteur de Mgr Grouard. La nouvelle lui parvint au temps de la fenaison. Le religieux rentra sa récolte et se hâta vers Vancouver. Comme ses frères, il ne possédait rien, on lui prêta une soutane violette et Mgr Dontenwill un anneau.
Après le sacre, il partit pour Québec et traversa en «char» express la prairie immense qu’il avait parcourue vingt-sept ans auparavant, aux pas lents des bœufs.
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R. P. Ducot.--Georges Ducot quitta les terres riches du Bordelais pour les terres désolées du Grand Nord Canadien. Le 14 septembre 1875, il arrivait à Fort Good Hope. Il y passa l’hiver, puis il partit pour Fort Norman. Il évangélisa les Flancs-de-chiens. Comme Mgr Grandin, comme Mgr Breynat, comme tant d’autres parmi ses frères, il connut la longue misère de la solitude et les angoisses de la faim, il s’égara sur le grand lac de l’Ours, mangeant des chiens, dévorant des chandelles de suif de renne, c’était Pâques et l’Oblat puisant dans son âme un dernier rayon, chanta l’Alleluia de la Résurrection.
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Mgr Charlebois.--Ovide Charlebois est né à Oka (Lac des Deux Montagnes), diocèse de Montréal, le 12 février 1862; après avoir passé six ans au Collège de l’Assomption, a fait son noviciat, à Lachine, en 1882-1883, il est passé ensuite--17 août 1883--au Scolasticat d’Ottawa, où il a prononcé ses vœux perpétuels le 15 août 1884. Ordonné prêtre à Ottawa, le 17 juillet 1887, il a reçu son obédience pour le vicariat de la Saskatchewan: Mission de Cumberland (juillet 1887). Nommé évêque titulaire de Bérénice et vicaire apostolique du Keewatin le 29 août 1910, il fut sacré à l’Assomption, par Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, le 30 novembre de la même année.
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Mgr Breynat.--Gabriel Breynat est né à Saint-Vallier-sur-Rhône, le 6 octobre 1867.
Devenu Oblat, Mgr Grouard l’ordonna prêtre (21 février 1892). Deux mois après, il traversait l’Océan. A la mi-septembre, il arrivait à Fond-du-Lac. Il resta neuf ans parmi les Mangeurs de Caribous: nommé vicaire apostolique du Mackenzie, il fut l’apôtre nomade, le pasteur errant qui a donné son cœur à ses brebis.
C’est une âme forte qui porte en elle la sérénité de Dieu.
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Mgr Turquetil.--Arsène-Louis-Eugène Turquetil, est né le 3 juin 1876, à Reviers, diocèse de Bayeux. Après avoir fait ses études secondaires au petit séminaire de Villiers-le-Sec et commencé ses études philosophiques au grand séminaire de Bayeux, il est entré chez les Oblats, à Angers, le 7 septembre 1896. Son noviciat terminé, il est passé au scolasticat de Liége, où il a fait son Oblation perpétuelle le 15 août 1899. Ordonné prêtre (à Namur) le 23 décembre 1899, il a reçu son obédience pour le vicariat de la Saskatchewan en août 1900, et nous le trouvons au lac Caribou, dès le 8 septembre de la même année. Le 8 décembre 1911, il prend la direction de la nouvelle Mission esquimaude de Chesterfield Inlet. Et le 6 avril 1925, il est nommé par la Sacrée Congrégation de la Propagande, supérieur ecclésiastique (avec les pouvoirs d’un Préfet apostolique) de la Mission de la Baie d’Hudson. Cette mission ayant été érigée en Préfecture, par bref apostolique du 15 juillet 1925, Mgr Turquetil, par Décret de la S. C. de la Propagande, est devenu à la même date Préfet apostolique de la Baie d’Hudson.
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Le 21 juin 1925, à la Basilique de Saint-Pierre, à Rome, selon le rite habituel, ont été béatifiés les bienheureux Jean de Brébœuf, Gabriel Lalemand, Antoine Daniel, Charles Garnier, Noël Chabanel, Isaac Jogues, René Goupil, Jean de la Lande, évangélisateurs de la Compagnie de Jésus, martyrisés en Canada.
Du sang des martyrs a germé la moisson.
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Cali-malia: colin maillard. Chicoteux: tracassier. Avoir des chimères: idées noires, chagrins, inquiétudes.
(Expressions employées par les Coureurs-des-bois, les «voyageurs-des-pays-d’en-haut», que les métis ont conservées.)
BIBLIOGRAPHIE
RELATIONS des R. P. Jésuites, 1632 et suivantes.
R. P. JOGUES.--Lettres. Relations, 1643-1644.
MARIE DE L’INCARNATION.--Lettres, 1646.
M. JÉRÉMIE.--Relation de Détroit et de la Baie d’Hudson (a été publiée pour la première fois dans le Recueil des voyages du Nord par Jean-Frédéric Bernard, à Amsterdam, en 1732).
G. BELCOURT.--Mon itinéraire du lac des Deux Montagnes à la Rivière Rouge (1831).
F. DE KASTNER.--Les La Vérendrye père et fils, Dufrost de la Jemeraye et la découverte du Nord-Ouest.
PARKMAN.--Pioneers of France in the New World (Boston, 1895).
Mgr NORBERT PROVENCHER.--Lettres 1818-1852.
Mgr TACHÉ.--Rapport à MM. les directeurs de l’Œuvre de la Propagation de la foi (16 juillet 1832).
DOM BENOIT.--Vie de Mgr Taché (Montréal, 1904, 2 vol.).
R. P. E. JONQUET.--Mgr Grandin (Montréal, 1903).
X.--Vie du Père Lacombe.
Mgr CLUT.--Cahiers (journal inédit).
Mgr GRANDIN.--Journal.
GARNEAU.--Histoire du Canada (Alcan).
JOHN FINLEY.--Les Français au cœur de l’Amérique.
R. P. EMILE PETITOT.--Quinze ans sur le Cercle Polaire (1889).
R. P. EMILE PETITOT.--Autour du Grand Lac des Esclaves.
R. P. A.-G. MORICE (o. m. i.).--Histoire de l’Eglise catholique dans l’Ouest canadien.
R. P. DUCHAUSSOIS (o. m. i.).--Aux glaces polaires.
--Apôtres inconnus.
--Femmes héroïques (les Sœurs Grises dans l’Extrême Nord Canadien).
Mgr GROUARD.--Soixante ans d’apostolat.
Rapport de la Royale Gendarmerie à Cheval du Nord-Ouest (Nº 28, 1918).
RÉMY DE GOURMONT.--Les Français au Canada.
GEORGES GOYAU.--Les origines religieuses du Canada (Grasset).
Archives des Missions des R. P. Oblats de Marie Immaculée.
PETITES ANNALES DES MISSIONNAIRES OBLATS DE MARIE IMMACULÉE. Paris. Mgr Turquetil, Mgr Grouard, Mgr Breynat, RR. PP. Duchaussois, Bonnald, Quémeneur, Moulin, etc.
REVUE APOSTOLIQUE DE MARIE IMMACULÉE. Lyon.
[Illustration: CARTE ECCLÉSIASTIQUE DU NORD-OUEST CANADIEN]
TABLE DES CHAPITRES
Pages. Liminaire 5 Lettre de S. E. le Cardinal Dubois 7 Lettre de S. E. le Cardinal van Rossum 9 La croix de Dieu, la croix des hommes 13 Ceux qui préparent la moisson 21 Vers l’Ouest 29 La course du flambeau 37 La chanson du pays 45 Misère! 51 Dans la prairie 57 Natoya Nikowan, l’homme divin 65 «Je me souviens» 71 L’homme-au-bon-cœur 77 Le bon Samaritain 89 De l’Océan à l’Océan 97 La chanson du travail 103 Un souvenir parmi mes souvenirs 111 Solitude 119 L’horrible nuit 123 La mort du sage 133 Hoc fac et vives 139 L’évêque du vent 145 Au cœur de la tempête 153 «Jamais plus» 159 Le sang des martyrs 165 Sous une tente en peau de buffle 175 L’évêque errant 183 Pour la première fois 189 Rose de France 197 Elles étaient quatre 203 A l’ombre de la Croix 211 Sous le signe de la Vierge 221 Notes et références 231 Bibliographie 245 Carte ecclésiastique du Nord-Ouest Canadien.
FIN
ACHEVÉ D’IMPRIMER PAR L’IMPRIMERIE RAMLOT ET Cie 52, AVENUE DU MAINE, 52 PARIS POUR J. FERENCZI ET FILS ÉDITEUR LE 20 FÉVRIER 1926.
Œuvres de Louis-Frédéric Rouquette
LES ROMANS DE MA VIE ERRANTE
LE GRAND SILENCE BLANC Roman vécu d’Alaska
LES OISEAUX DE TEMPÊTE Roman vécu des mers australes
LA BÊTE ERRANTE Roman vécu du Grand Nord Canadien