‹ L'Epouse du soleilChapitre 43 sur 52 · Chapitre 11 LA PRISON DE GRANIT S’OUVRIRA-T-ELLE ?

Chapitre 11 LA PRISON DE GRANIT S’OUVRIRA-T-ELLE ?

Il essaya, posément, tranquillement, domptant la tempête intérieure qui l’eût précipité aveuglément contre ce rempart, de trouver le joint. Ordonnant à ses mains de ne pas trembler, il tenta de glisser la partie plate de l’outil entre les deux pierres, mais n’y réussit point. C’était le miracle de leur architecture que, sans ciment, ces pierres étaient si bien ajustées, qu’il était souvent difficile d’en trouver la ligne de démarcation. Comment les remuait-on ? Comment les avait-on remuées ? Car, enfin, on les avait tirées de leur alvéole. Elles tournaient peut-être sur elles-mêmes ? Mais où fallait-il toucher ou frapper ? Et, pendant ce temps, Marie-Thérèse mourait dans sa prison de granit.

Désespéré, il reprit la pioche qu’il dut disputer encore à Orellana, lequel l’étourdissait déjà de ses gémissements effrayants et il lança, à tout hasard, sur la gauche de la pierre, un coup, à toute volée. Il avait donné là toutes ses forces. Il avait rassemblé toutes ses énergies. Il avait donné un coup de titan. La pierre tourna un peu sur elle-même, à droite. Oui, elle dépassa le joint ! Il poussa un cri de victoire et continua de frapper avec rage.

L’alvéole semi-circulaire était ainsi faite que la pierre pouvait glisser et tourner sur la droite et sortir de son cadre sur la droite. Alors, il commença d’appeler : « Marie-Thérèse ! Marie-Thérèse ! » comme si déjà elle pouvait entendre, et Orellana qui tournait derrière lui criait : « Maria-Christina ! Maria-Christina ! » Raymond frappait, frappait ! Et le moment vint où la pierre fut suffisamment sortie sur la droite pour qu’il pût la prendre entre ses mains, entre ses ongles qui, inutilement s’y arrachèrent. Alors, avec le manche de sa pioche, il continua de pousser à gauche et le côté droit vint tout entier.

Cette fois, il put prendre la pierre et Orellana se joignit à lui et ils attirèrent à eux la pierre, à eux, à eux !… elle venait à eux : Marie-Thérèse ! Marie-Thérèse !… Il délivrait Marie-Thérèse !… Ah ! elle était sauvée !…

Un suprême effort, un prodigieux han !… et la pierre bascula tout à fait, tomba avec fracas sur le parvis du temple. Marie-Thérèse !… La figure entourée de bandelettes apparaît au fond de son trou noir… Ce n’est pas Marie-Thérèse !…

Raymond pousse un cri de rage inexprimable… C’est le visage mort d’une reine morte, c’est la momie d’une ancienne coya qu’il a devant lui !… Il s’est trompé !…

Secoué d’un tremblement affreux, il se retourne vers Orellana, les mains prêtes à étrangler le misérable fou qui s’était attaqué avec sa pioche à une autre tombe ! Et lui, le plus insensé, Raymond, avait continué l’ouvrage du fou !… s’était laissé diriger, à cette minute suprême d’où dépendait la vie de Marie-Thérèse, par un fou !…

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