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Chapitre 34

Ici repose peut-être quelque Hampden de village dont l’âme intrépide résista au petit tyran de son hameau, quelque Milton muet et ignoré, quelque Cromwell qui n’a pas fait couler le sang dans son pays.

GRAY.

Trente-trois ans s’étaient écoulés depuis l’entrevue rapportée dans le chapitre qui précède, et une armée américaine se trouvait encore une fois en armes contre la patrie de ses ancêtres ; mais la scène sur laquelle se passaient les événements de cette nouvelle guerre était transférée des rives de l’Hudson à celles du Niagara. Les dépouilles mortelles de Washington avaient déjà disparu dans la corruption du tombeau ; mais le temps ayant effacé toutes les impressions de l’inimitié politique et de l’envie personnelle, chaque jour faisait briller son nom d’un nouvel éclat, et chaque instant faisait mieux connaître à ses concitoyens et à l’univers entier son mérite, ses talents et ses vertus. Il était reconnu comme le héros d’un siècle éclairé par la raison et la vérité, et les jeunes guerriers qui formaient en 1814 la fleur de notre armée sentaient leur cœur battre d’enthousiasme quand ils entendaient prononcer son nom, et brûlaient du désir de s’illustrer comme lui.

Aucun de ces militaires n’éprouvait plus vivement ce désir, inspiré par un sentiment vertueux, qu’un jeune officier qui, dans la soirée du 25 juillet de cette année qu’une campagne sanglante a rendue mémorable, debout sur le rocher de la Table, contemplait la grande cataracte. Il était grand, bien fait, et toutes ses proportions annonçaient, la force et l’agilité. Ses yeux noirs lançaient des éclairs qui pénétraient jusqu’au fond de l’âme. Tandis qu’ils se fixaient sur cette masse d’eau qui se précipitait à ses pieds, on en voyait jaillir des regards pleins d’audace et de fierté qui annonçaient l’ardeur de l’enthousiasme ; mais cette expression mâle était adoucie par ce sourire plein de malice et de gaieté qui semble la propriété exclusive du sexe féminin. Les boucles de ses beaux cheveux blonds brillaient sous les rayons du soleil couchant comme autant d’anneaux d’or, tandis que le vent venant de la cataracte les agitait doucement sur un front dont la blancheur prouvait que son visage plus brun, et brillant de santé, ne devait cette teinte qu’à l’action réunie de l’air et de la chaleur. Près de ce jeune homme favorisé par la nature était un autre officier, et l’intérêt qu’ils prenaient au spectacle qu’ils avaient sous les yeux annonçait que c’était la première fois qu’ils voyaient cette merveille du Nouveau-Monde. Ils gardaient depuis quelques minutes un silence d’admiration ; quand le plus jeune des deux, s’adressant à son compagnon, et lui désignant sur l’eau un objet qu’il lui montrait avec la pointe de son sabre, s’écria :

– Voyez, Dunwoodie ! voyez ! voilà un homme qui traverse le fleuve sur le bord même de la cataracte, dans une barque qui n’est pas plus grande qu’une coquille de noix.

– C’est sans doute un soldat, répondit l’autre ; car il me semble qu’il porte un havresac. Allons le joindre, Mason, il nous apprendra peut-être des nouvelles.

Ils furent quelque temps avant de pouvoir le joindre, et contre leur attente, au lieu de voir un soldat, ils trouvèrent un homme dont la tournure n’avait rien de militaire, et qui était d’un âge fort avancé. Il pouvait avoir vu soixante-dix hivers, et ses années s’annonçaient par ses cheveux blancs plutôt que par aucun signe de faiblesse et de décrépitude ; ses muscles indiquaient une vieillesse verte et vigoureuse ; sa maigreur ne semblait pas le résultat d’une santé délabrée, et si sa taille était courbée, il était facile de voir que c’était uniquement un effet de l’habitude. Ses vêtements grossiers, mais propres et raccommodés avec soin en plusieurs endroits, étaient une preuve de l’économie de celui qui les portait. Sur ses épaules était une balle médiocrement remplie, et c’était ce qui avait donné le change sur sa profession. Après s’être réciproquement salués, les deux jeunes officiers lui témoignèrent leur surprise de voir un homme de son âge se hasarder à traverser le fleuve si près de la cataracte, et il leur demanda avec un léger tremblement dans la voix des nouvelles des armées.

– Nous avons battu l’autre jour les habits rouges au milieu des grandes herbes des plaines de Chippewa, et nous les avons fait courir jusqu’ici en les fouettant comme une toupie, répondit le jeune officier qui se nommait Mason ; depuis ce temps, mon vieux, nous jouons à cache-cache avec eux. Mais à présent nous retournons d’où nous sommes partis, secouant la tête et fiers comme le diable.

– Vous avez peut-être un fils parmi nos soldats, dit son compagnon d’un air plus rassis, et avec un ton de bonté. Si vous voulez me dire quel est son nom et à quel régiment il appartient, je pourrai peut-être vous conduire vers lui.

Le vieillard secoua la tête, et passant la main sur ses cheveux blancs, il leva un moment les yeux vers le ciel avec un air de résignation, et répondit avec douceur :

– Non, je suis seul dans le monde.

– Capitaine Dunwoodie, s’écria Mason avec une gaieté insouciante, vous auriez dû ajouter : si vous pouvez le trouver ; car plus de la moitié de notre armée est en marche, et est peut-être déjà sous les murs du fort George, autant qu’on peut le croire.

Le vieillard s’arrêta tout à coup, et regarda alternativement et avec attention les deux jeunes officiers. Ceux-ci s’en étant aperçus, s’arrêtèrent également.

– Ai-je bien entendu ? dit enfin le vieillard en levant la main pour mettre ses yeux à l’abri des rayons du soleil couchant. Comment vous a-t-il nommé ?

– Je me nomme Wharton Dunwoodie, répondit le jeune officier en souriant.

Le vieillard fit un geste comme pour le prier d’ôter son chapeau ; le jeune homme y consentit, et ses cheveux blonds et fins comme la soie, flottant au gré du vent, exposèrent toute sa physionomie aux regards curieux et attentifs de l’étranger.

– C’est comme notre pays natal ! s’écria le vieillard avec une vivacité qui surprit les deux amis ; tout y marche en s’améliorant avec le temps. Dieu les a bénis tous deux.

– Pourquoi ouvrez-vous ainsi de grands yeux, lieutenant Mason ? demanda le capitaine Dunwoodie en riant et en rougissant un peu. Vous avez l’air plus étonné que vous ne l’avez été en apercevant la cataracte.

– Oh ! la cataracte, c’est un spectacle qu’aimeraient à voir au clair de lune votre tante Sara et ce joyeux vieux garçon le colonel Singleton. Mais il faut autre chose pour causer de la surprise à un gaillard comme moi, et ce vieillard vous regarde d’un air si extraordinaire.

L’émotion de l’étranger s’était dissipée aussi promptement qu’elle s’était montrée, mais il semblait écouter cette conversation avec beaucoup d’intérêt. Dunwoodie interrompit son ami, et lui dit d’un ton un peu grave :

– Allons, allons, Tom, point de plaisanterie sur ma bonne tante, je vous prie. Elle est pleine de bontés et d’attentions pour moi, et il court un bruit que sa jeunesse n’a pas été très-heureuse.

– Si nous en sommes sur les bruits, dit Mason, il en court un dans Accomac. On prétend que le colonel Singleton lui demande sa main régulièrement tous les ans le jour de la Saint-Valentin, et il y a des gens qui ajoutent que votre vieille grand’mère favorise ses prétentions.

– Ma tante Jeannette Peyton ! dit Dunwoodie en riant ; je crois qu’elle ne pense plus guère au mariage, sous aucune forme, depuis la mort du docteur Sitgreaves. On prétendait autrefois qu’il lui faisait la cour, mais tout s’est borné à des civilités réciproques. Je présume que toute cette histoire a pris sa source dans l’intimité du colonel Singleton avec mon père. Vous savez qu’ils ont servi dans le même régiment de dragons ainsi que votre père.

– Sans doute, je sais tout cela ; mais vous ne me ferez pas croire que le vieux garçon aille si souvent chez le général Dunwoodie uniquement pour s’entretenir avec lui de leurs anciens faits d’armes. La dernière fois que j’étais chez vous, cette femme de charge de votre mère, cette vieille à nez jaune et pointu, me fit entrer dans l’office, et me dit que le colonel Singleton n’était nullement un parti méprisable, et que la vente de son habitation en Géorgie lui avait valu ma foi, je ne me souviens plus combien.

– Rien n’est plus probable, répondit le capitaine ; Katy Haynes sait calculer à ravir.

Ils s’étaient arrêtés pendant cette conversation, et semblaient incertains s’ils devaient quitter leur nouveau compagnon.

Le vieillard écoutait chaque mot qui sortait de leur bouche avec le plus vif intérêt ; mais vers la fin de ce dialogue, son air d’attention fit place à un sourire secret. Il secouait la tête, passait la main sur son front, et semblait penser à un temps déjà bien éloigné. Mason ne fit que peu d’attention à l’expression de ses traits, et continua :

– Oui, elle calcule bien, et je crois que ses calculs ont quelquefois pour but son propre intérêt.

– Si elle a quelque égoïsme, c’est sans nuire à personne, dit Dunwoodie en souriant, comme s’il se fût rappelé quelques événements passés. Ce qu’elle a de particulier, c’est son aversion pour les nègres. Elle dit qu’elle n’en a jamais connu qu’un qui lui ait plu.

– Et qui était-il ?

– Il se nommait César, et il appartenait à feu mon aïeul M. Wharton. Je ne crois pas que vous puissiez vous le rappeler, car il est mort la même année que son maître, quand nous étions encore enfants. Katy chante tous les ans son requiem, et je crois, ma foi, qu’il le mérite. J’ai entendu dire qu’il a aidé mon oncle l’Anglais, comme nous nommons le général Wharton, à se tirer d’un grand danger dans l’ancienne guerre. Ma mère ne parle jamais de lui qu’avec affection. César et Katy sont venus avec elle en Virginie lors de son mariage. Ma mère était…

– Un ange ! s’écria le vieillard avec une énergie et une vivacité qui fit tressaillir les deux officiers.

– Vous l’avez donc connue ? s’écria Dunwoodie les yeux rayonnants de plaisir.

Le bruit soudain et redoutable de l’artillerie interrompit la conversation. Des décharges de mousqueterie y succédèrent, et en quelques instants l’air fut rempli du tumulte du combat.

Les deux amis coururent avec précipitation vers leur camp, accompagnés de leur nouvelle connaissance. L’intérêt qu’ils prenaient à ce qui se passait, et l’impatience qu’ils avaient d’arriver, ne leur permirent pas de renouer l’entretien, et tous trois se dirigèrent vers l’armée, faisant des conjectures sur la cause de cet engagement, et sur la probabilité qu’il deviendrait général. Pendant leur marche, qui fut courte mais rapide, le capitaine Dunwoodie jeta plusieurs regards d’affection sur le vieillard, qui marchait avec une vitesse étonnante pour son âge, car l’éloge que cet étranger venait de faire d’une mère qu’il adorait avait ouvert son cœur en sa faveur. Ils rejoignirent bientôt le régiment dont les deux officiers faisaient partie, et le capitaine, serrant la main du vieillard, le pria instamment de s’informer le lendemain matin où il pourrait le trouver, et de venir le voir dans sa tente, après quoi ils se séparèrent.

Tout annonçait dans le camp américain qu’on touchait à l’instant d’une bataille. A quelques milles de distance, le bruit du canon et de la mousqueterie se faisait entendre par-dessus celui de la cataracte. Les troupes furent bientôt mises en marche, et l’on fit un mouvement pour soutenir la division qui était déjà engagée. La nuit était tombée avant que la réserve et les troupes irrégulières eussent atteint le pied de Lundy’s-Lane, chemin qui, s’éloignant de la rivière, passe sur une éminence de forme conique, à peu de distance de la grande route conduisant au Niagara. Le sommet de cette hauteur était couronné par une batterie anglaise, et dans la plaine au-dessous étaient les restes, de cette intrépide brigade écossaise qui avait longtemps soutenu un combat inégal avec une bravoure distinguée. On lui opposa une nouvelle ligne, et une brigade américaine fut chargée de gravir la montagne parallèlement à la route. Cette colonne prit les Anglais en flanc, et les attaquant à la baïonnette, elle s’empara de la batterie. Les Américains furent joints aussitôt par leurs camarades, et l’ennemi fut débusqué de la hauteur. Mais le général anglais recevait des renforts à chaque instant, et ses troupes étaient trop braves pour céder si facilement la victoire. Les Anglais firent plusieurs charges sanglantes pour se remettre en possession de leur batterie ; mais ils furent toujours repoussés avec perte.

Dans la dernière de ces charges, l’ardeur du jeune capitaine dont nous avons parlé l’entraîna à quelque distance en avant avec sa compagnie pour disperser un peloton ennemi qui tenait encore ferme. Il réussit dans son entreprise ; mais en rejoignant la ligne, il s’aperçut que son lieutenant n’était pas à la place qu’il aurait dû occuper. Peu de temps après cette charge, qui termina le combat, des ordres furent donnés aux troupes dispersées de retourner au camp. Les Anglais avaient abandonné le champ de bataille, et l’on se disposa à relever les blessés qui pouvaient être transportés. En ce moment Wharton Dunwoodie, inquiet pour son ami et pressé par son affection, saisit une torche, et se faisant suivre par deux soldats, alla le chercher dans l’endroit où il supposait qu’il avait pu tomber. Il trouva Mason assis sur le revers de la montagne, ayant l’air fort calme, mais ne pouvant marcher parce qu’il avait une jambe cassée. Dunwoodie l’aperçut, courut à lui, et s’écria :

– Ah ! mon cher Tom ! je savais que c’était vous que je trouverais le plus près de l’ennemi !

– Doucement, doucement, dit Mason ; touchez-moi avec précaution. Non, il y a un pauvre diable qui en est encore plus près que moi, et je ne sais qui ce peut être. Je l’ai vu sortir du milieu de notre fumée, près de mon peloton, pour faire un prisonnier, ou je ne sais pourquoi ; mais il n’en est pas revenu… Tenez, le voilà étendu sur ce tertre. Je lui ai parlé plusieurs fois, mais je crois qu’il ne peut plus répondre.

Dunwoodie s’approcha de l’endroit indiqué, et à sa grande surprise il reconnut l’étranger qu’il avait vu cette même soirée.

– C’est le vieillard qui a connu ma mère ! s’écria-t-il. Il n’existe plus ; mais pour l’amour d’elle il aura une sépulture honorable. Qu’on le relève et qu’on l’emporte. Ses restes reposeront sur son sol natal.

On obéit à ses ordres. Le vieillard était étendu sur le dos, le visage exposé à la clarté de la torche. Ses yeux étaient fermés comme s’il eût sommeillé. Ses lèvres flétries par les années semblaient entr’ouvertes par un dernier sourire. A côté de lui était un mousquet. Ses deux mains étaient pressées sur sa poitrine, et l’une d’elles tenait quelque chose qui brillait comme de l’argent. Dunwoodie se courba sur lui, lui écarta les mains, et vit le passage par où la balle avait pénétré dans son cœur. L’objet de sa dernière sollicitude était une petite boîte d’étain à travers laquelle la balle fatale avait passé, et les derniers moments du mourant devaient avoir été employés à la tirer de son sein. Dunwoodie l’ouvrit, y trouva un papier, et y lut à son grand étonnement ce qui suit :

« Des raisons politiques de haute importance, et qui intéressaient la fortune et la vie de plusieurs personnes, ont obligé de garder secret jusqu’à présent ce qui va être maintenant révélé. Harvey Birch a toujours été un serviteur fidèle et désintéressé de sa patrie. Puisse Dieu lui accorder la récompense qu’il n’a pas reçue des hommes !

« GEORGE WASHINGTON. »

C’était l’espion du Territoire Neutre… il mourut comme il avait vécu, dévoué à sa patrie et martyr de la liberté.

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[1] Charles Brockden Brown, romancier américain, né à Philadelphie, vécu longtemps obscur et ignoré. Il est mort en 1813, à l’âge de trente-cinq ans. - TR.

[2] Roman de C. B. Brown. - TR.

[3] Tout le monde sait qu’on donne le nom de laine aux cheveux épais et crépus des nègres. - TR.

[4] Nègre qui joue un grand rôle dans l’Espion.

[5] L’auteur se moque ici des préjugés aristocratiques qui, ont survécu à la domination anglaise en Amérique. Les familles républicaines de ce pays n’oublient pas leur généalogie.

[6] Chaque Etat de l’Union américaine ayant ses propres comtés, il arrive souvent que plusieurs portent le même nom. La scène de ce roman est placée dans la Nouvelle-York, et le comté de West-Chester qui en fait partie est le plus voisin de la capitale.

[7] La ville de New-York est située sur une île appelée Manhattan mais elle est, dans un point, séparée du comté de West-Chester par une petite baie qui n’a que quelques pieds de large. Le pont placé à cet endroit s’appelle Pont-du-Roi. Il fut, durant la guerre, le théâtre de plusieurs escarmouches dont il est question dans cet ouvrage.

[8] Ce mot, qui répond à celui d’improvements, est appliqué par les Américains à toutes les variations par lesquelles les terres passent de l’état inculte à celui de culture. Employé dans ce sens, abattre des arbres est une amélioration ; et on l’évalue justement par le montant total de la dépense.

[9] Terme de mépris par lequel les Anglais désignaient les Américains. Nous avons déjà donné l’étymologie de ce nom, qui est une corruption du mot english prononcé par les Indiens, etc.

[10] C’est ainsi que les nègres prononcent, en général, le mot monsieur.

[11] Ecorcheurs. On avait donné ce nom à une troupe de volontaires républicains, tolérée plutôt qu’autorisée, attendu leurs pillages et leurs cruautés.

[12] Cow-boys.

[13] Loyalisme : loyauté dans le sens de fidélité au prince ; royalisme.

[14] Percy et Dotant. Voyez le recueil des vieilles poésies publié par l’évêque Percy.

[15] Les Américains firent pendre le major André comme espion. Voyez, sur le major André, l’ouvrage intéressant du marquis de Barbé-Marbois, Conspiration d’Arnold, etc.

[16] A la révolution, les Américains changèrent les noms de plusieurs villes et de plusieurs rues, ainsi qu’on l’a fait depuis en France : à New-York, par exemple, Crown-Sreet (rue de la Couronne) est devenue de la Liberté ; King-Street, Pine-Street ; et Queen-Sreet, alors un des quartiers les plus à la mode de la ville, Pearl-Street. Pearl-Street, ou rue de la Perle, est maintenant principalement occupée par des marchands à l’encan, et par des négociants qui y ont leurs magasins et leurs comptoirs.

[17] Le tabac. Ces détails, dont le goût français peut s’effaroucher, rappellent que M. Cooper fut marin avant d’être auteur.

[18] Il y avait beaucoup plus d’esclaves dans les colonies du sud que dans celles du nord.

[19] Dix aunes d’Angleterre.

[20] L’auteur a voulu ici peindre un nègre au grotesque ; car il y a aussi le beau idéal nègre, comme par exemple dans le monument funèbre de Fox à Wesminster-Abbey.

[21] Ude, île qui a plus de quarante lieues de long, est placée en face des côtes de New-York et du Connecticut. Le bras de mer qui la sépare du continent se nomme Sound, et dans ces comtés on dit par excellence The Sound. La largeur de cette nappe d’eau varie de 5 milles à 30.

[22] A l’image de Charles III d’Espagne.

[23] Il est mort, il y a peu d’années, à Bedford dans le West-Chester, un paysan aisé nommé Elisha H. Cet individu était un des espions les plus affidés de Washington. Par la teneur de leur traité, H. ne devait jamais être mis en rapport avec trois personnes. Les risques qu’il courait étant trop imminents, on lui permit aussi de s’attacher au service de sir Henry Clinton. Son amour pour le pays et sa discrétion inspiraient une telle confiance à Washington, qu’il était souvent instruit des mouvements militaires les moins importants, depuis assez longtemps, lorsque le hasard l’amena dans la capitale, alors occupée par les Anglais, au moment qu’une expédition allait partir pour attaquer un poste assez faible établi à Bedford, son village natal, où les Américains avaient un dépôt de provisions. H. s’assura facilement de la force et de la destination du détachement chargé de cette mission, mais il ne savait comment transmettre cet avis à l’officier qui commandait à Bedford, sans dévoiler son véritable caractère à une troisième personne. Le temps manquait pour prévenir Washington, et, pressé par la circonstance, il se décida à hasarder d’adresser une courte note au commandant américain, lui signalant le danger et précisant le moment, où l’on devait s’attendre à être attaqué ; il s’aventura même à mettre au bas de cette note ses initiales E. H., quoiqu’il eût déguisé son écriture, dans la pensée qu’étant suspect à ses concitoyens, cette précaution pourrait contribuer à donner plus de poids à l’avertissement. Sa famille demeurant à Bedford, la note fut aisément remise, et arriva en temps convenable. H. resta à New-York.
L’officier américain fit ce que tout autre aurait fait à sa place, il envoya un courrier avec la note à Washington, pour demander ses ordres, et en attendant prépara sa petite troupe à se défendre le mieux possible.
Le quartier général de l’armée américaine était alors dans ltes hautes terres. L’exprès rencontra heureusement Washington faisant une tournée d’observation sur la frontière ; la note lui fut remise, il la lut sans descendre de cheval, ajouta au crayon « croyez tout ce que E. H. vous dira : George Washington, » et rendit ce papier au courrier, en lui ordonnant de ne pas perdre une seule minute.
Lorsqu’il atteignit Bedford, l’attaque était commencée, l’officier prit le papier et le mit dans sa poche. Les Américains furent défaits, leur chef tué, et l’on trouva sur lui la note de H. avec la note écrite par Washington.
Le lendemain, H. fut mandé en présence de sir Henry Ctinton, qui, après l’avoir questionné sur plusieurs objets, lui montra tout à coup le papier qu’il tenait, lui demandant s’il connaissait l’écriture, et s’il savait qui était ce E. H. « C’est Elijah Hadden, l’espion que vous avez fait pendre avant-hier, à Powles-Hook. » La promptitude de cette réponse, le fait de l’exécution d’un espion portant les mêmes initiales qui avait eu lieu la veille et le sang-froid de H. le sauvèrent. Sir Henry Clinton le laissa sortir et ne le revit jamais.

[24] Le verbe anglais to salute signifie également saluer et embrasser.

[25] C’est entre ces deux nappes d’eau, qui ne sont qu’à quelques milles de distance l’une de l’autre que se passent les scènes de cet ouvrage.

[26] Connues sous le nom de Skinners, c’est-à-dire écorcheurs, comme on l’a déjà dit.

[27] Il y a dans le texte bitch-doctor. On sait combien en Angleterre et aux Etats-Unis le mot bitch (chienne) est dur pour une oreille féminine. Voilà pourquoi le docteur se récrie sur l’impolitesse du terme.

[28] Le mot needle signifie une aiguille à coudre, et l’aiguille aimantée, l’aiguille de la boussole. Katy l’emploie dans le premier sens, et le docteur le prend dans le second.

[29] Traduction littérale des mots northern lights, qui signifient l’aurore boréale.

[30] En anglais locked-jaw, tétanos de la machoire, appelé plus généralement trismus.

[31] Usage anglais conservé en Amérique. On n’offre pas de vin au commencement du dîner ; mais chaque convive peut en inviter un autre, et le plus souvent une dame, à en boire un verre avec lui. L’usage ne permet pas de refuser cette invitation mais si, quand on la reçoit, on n’a pas envie de boire, on peut se borner à se mouiller les lèvres dans son verre, en adressant une inclination de tête à celui qui l’a faite, comme pour boire à sa santé.

[32] Le corps de partisans, appelé dans la langue du pays, cow-boys, était sous les ordres de Delancey. Ce gentleman, car il méritait ce nom par sa naissance, et son éducation, devint odieux aux Américains par la cruauté qu’on lui supposait, sans qu’on ait jamais eu aucune preuve qu’il se soit rendu coupable d’actes inusités dans ce genre de guerre. Le colonel de Delancey appartenait à une famille de la plus haute importance dans les colonies américaines ; son oncle mourut l’un des administrateurs du gouvernement de New-York. Il ne doit pas être confondu avec d’autres gentlemen, de son nom et de sa famille, qui servaient aussi dans l’armée royale. Son cousin, le colonel Olivier de Delancey, était, à l’époque de notre récit, adjudant-général des armées anglaises en Amérique. Il avait succédé au malheureux André. On donnait quelquefois aux Cow-boys le nom de refugees, parce qu’ils s’étaient réfugié sous la protection de la couronne.

[33] L’auteur fait ici une allusion d’une nature trop locale pour être comprise par la généralité des lecteurs. Il est bien connu qu’André fut arrêté par trois habitants de la campagne, qui étaient à l’affût pour piller les derrières de l’ennemi. Le principal d’entre eux se nommait Paulding. Le désintéressement avec lequel ils refusèrent les offres de leur captif est historique.

[34] Un usage anglais, conservé en Amérique, est d’inscrire sur une page blanche de la Bible la date des mariages, naissances, décès et autres événements qui arrivent dans une famille.

[35] D.D. est l’abréviation d’usage pour désigner un docteur en théologie, un divine, comme disent les Anglais.

[36] Etrangle-chien.

[37] L’auteur ajoute : « Notre marche ressemble autant à un convoi que de vieux « chiffons ressemblent à un Continental. » Pour expliquer le dicton de la vivandière, il met en note : Le papier-monnaie, créé par le Congrès, était appeté vulgairement continental-money. Ce terme continental était appliqué à l’armée, au congrès, aux vaisseaux de guerre ; enfin à presque tout ce qui avait rapport au nouveau gouvernement. Il semble qu’il avait été inventé en opposition à la situation insulaire de la mère-patrie.

[38] Arnold le conspirateur.

[39] La traduction littérale serait : S’il est d’en haut ou d’en bas. Le parti américain était appelé le parti d’en haut, et le parti anglais le parti d’en bas. Ces désignation étaient en rapport avec le cours de l’Hudson.

[40] Officier américain qui fut exécuté comme transfuge.

[41] On découvrit dans le camp anglais un officier américain de ce nom qui cherchait, à la faveur d’un déguisement, à se procurer quelques informations. Il fut jugé et exécuté, ainsi qu’on le rapporte dans le texte, dès qu’on eut fait les préparatifs nécessaires. On prétend que, placé sous le gibet, il s’entendit reprocher de déshonorer, par une telle fin, le rang qu’il occupait. « Quelle mort pour un officier ! s’écria un Anglais. – Toutes les morts sont honorables, gentleman, lorsqu’on meurt pour une cause semblable à celle de l’Amérique, » fut sa réponse.
André périt au milieu des larmes de ses ennemis. Hale mourut sans rencontrer de pitié. Des paroles de blâme furent les dernières qui frappèrent son oreille, et cependant l’un tombait victime de l’ambition, et l’autre de son dévouement à son pays. La postérité les jugera.

[42] Le texte porte : De produire aucun témoin en faveur du peuple, et il ajoute en note : En Amérique, la justice est administrée au nom du bon peuple (good people), etc., et la souveraineté réside en lui.

[43] On entend par les Etats de l’est ceux de la Nouvelle-Angleterre, qui, étant dans l’origine fondés par les Puritains, conservent encore quelques traces de leur caractère distinctif.

[44] Loyal dans le sens de royaliste.

[45] Général anglais souvent cité avec orgueil par les Américains à cause de sa défaite.

[46] Sir Henry Clinton.

[47] Cette épigraphe mérite d’être remarquée comme l’aveu d’une imitation du dénoûment de la Dame du Lac.

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œuvre du domaine public

Source :

B.N.F. - Wikisource

Ont contribué à cette édition :

Gabriel Cabos

Fontes :
David Rakowski's
Manfred Klein
Dan Sayers
Justus Erich Walbaum - Khunrath

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