‹ L'État juifChapitre 7 sur 10 · L’OPÉRATION FINANCIÈRE

L’OPÉRATION FINANCIÈRE

On a supposé, comme capital social de la Jewish Company, une somme fantastique. Le chiffre véritablement nécessaire devra être fixé par des spécialistes financiers. Il sera, en tous les cas, énorme. Comment cette somme peut-elle être réunie? Elle peut l’être par trois moyens différents, que la Société aura à examiner. La Société, cette grande personne morale, le Gestor des Juifs, se compose de nos hommes les plus purs, les meilleurs, qui ne peuvent ni ne doivent tirer aucun profit matériel de l’affaire. Bien qu’au commencement la Société ne dispose que d’une autorité morale, celle-ci suffira cependant pour accréditer la Jewish Company auprès du peuple juif. La Jewish Company n’aura vraiment des chances de réussite commerciale que lorsqu’elle aura reçu en quelque sorte l’estampille de la Société. Pour former la Jewish Company, il ne suffira donc pas qu’un groupe quelconque de financiers se réunissent. La Société examinera, choisira, décidera, et, avant de donner son approbation à la fondation, elle s’entourera de toutes les garanties nécessaires à la réalisation consciencieuse du projet. Il ne saurait être fait des expériences avec des forces insuffisantes, car cette entreprise doit réussir du premier coup. L’insuccès de la chose compromettrait l’idée pour des années et peut-être la rendrait pour toujours impossible.

Les trois moyens par lesquels on peut réunir le capital social sont: 1º la haute banque; 2º la banque intermédiaire; 3º une souscription nationale.

La fondation par la haute banque serait la plus facile, la plus rapide et la plus sûre. L’argent nécessaire peut être trouvé dans le plus bref délai, au sein des grands groupes financiers existants, par simple délibération. Cela aurait le grand avantage que le milliard--pour nous en tenir à ce chiffre supposé--n’aurait pas besoin d’être versé immédiatement en totalité. Il aurait en outre cet autre avantage que le crédit de ces très importants groupes financiers serait acquis à l’entreprise.

Dans la puissance financière juive sommeillent encore beaucoup de forces politiques inutilisées. Cette puissance financière est représentée par les ennemis du judaïsme, comme étant aussi active qu’elle pourrait être, ce qu’elle n’est pas en réalité. Les Juifs pauvres n’éprouvent que la haine que provoque cette puissance financière, mais le profit, l’allègement de leurs maux qui pourrait en résulter, les Juifs pauvres ne l’ont pas. Le crédit des grands Juifs de la finance devrait être mis au service de l’idée nationale. Mais si ces messieurs, naturellement très satisfaits de leur situation, n’éprouvent pas le besoin de faire quelque chose pour leurs frères de race, que l’on rend, à tort, responsables des grandes fortunes de quelques-uns, alors la réalisation de ce projet offrira l’occasion d’effectuer une séparation marquée entre eux et le reste du judaïsme.

La haute banque ne sera d’ailleurs nullement invitée à fournir, par bienfaisance, une somme aussi énorme. Ce serait une folle prétention. Les fondateurs et actionnaires de la Jewish Company doivent bien plutôt faire une bonne affaire, et ils pourront d’avance juger des chances en perspective. Car la Society of Jews sera en possession des documents propres à leur permettre de se rendre un compte exact de l’avenir réservé à la Compagnie. La Society of Jews aura étudié avec soin l’étendue du nouveau mouvement juif et sera à même de faire connaître d’une façon absolument sûre aux fondateurs de la Compagnie quelle sera la participation sur laquelle celle-ci pourra compter. Par l’établissement de la nouvelle statistique universelle des Juifs, la Société accomplira pour la Compagnie des travaux analogues à ceux que les «Sociétés d’études» ont l’habitude d’exécuter en France, avant que l’on passe à l’opération financière d’une grande entreprise.

Néanmoins, la chose n’aura peut-être pas le précieux suffrage des magnats de la finance juive. Ceux-ci essaieront peut-être même, par leurs valets et leurs agents secrets, d’engager la lutte contre notre mouvement. Une pareille lutte, nous la soutiendrions, comme toutes celles qui pourraient nous être imposées, avec une âpreté exempte de tout ménagement.

Les magnats de la finance se contenteront peut-être aussi d’expédier l’affaire par un sourire d’excuse.

Elle est réglée par cela?

Non pas!

Alors on a recours, pour réunir le capital social, au second moyen, c’est-à-dire aux Juifs de fortune intermédiaire. La banque juive intermédiaire devrait être rassemblée, au nom de l’idée nationale, contre la haute banque, en une seconde et formidable puissance financière. Ce qui aurait l’inconvénient de ne constituer, tout d’abord, qu’une affaire financière, attendu que le milliard devrait être versé intégralement--autrement on ne doit pas commencer--et, comme cet argent n’aurait d’utilisation que lentement, il se produirait, pendant les premières années, toutes sortes d’affaires de banque et de crédit. Et il ne serait pas impossible que le but primitif tombât ainsi peu à peu dans l’oubli. Les Juifs de fortune intermédiaire auraient de la sorte trouvé une nouvelle grande affaire, et la migration juive s’enliserait.

L’idée de cette réunion de capitaux n’est nullement fantastique. A différentes reprises, on a essayé de réunir l’argent catholique contre la haute banque juive. Qu’on puisse aussi la combattre avec de l’argent juif, c’est ce à quoi l’on n’a pas pensé jusqu’à présent.

Mais que de crises tout cela aurait pour conséquence! Que de préjudices éprouveraient les pays où se produiraient de pareilles luttes financières! Et combien de progrès y ferait l’antisémitisme!

Cette façon de procéder ne m’est donc pas sympathique. Et, si j’en fais mention, c’est simplement parce qu’elle est dans le développement logique de l’idée.

J’ignore d’ailleurs si les banques intermédiaires saisiront la balle au bond.

En tous les cas, l’affaire n’est pas terminée non plus par le refus des riches intermédiaires. C’est, au contraire, alors qu’elle s’affirme avec force.

Car la Society of Jews, qui n’est pas composée de gens d’affaires, peut en ce cas essayer la fondation de la Compagnie en faisant appel aux éléments nationaux.

Le capital social de la Compagnie peut être trouvé, sans le concours de la haute banque ou du syndicat de la banque intermédiaire, par une souscription immédiate. Non seulement les pauvres petits Juifs, mais encore les chrétiens qui veulent se débarrasser des Juifs, souscriront à cet emprunt, divisé en très petites parts. Ce serait une forme caractéristique et nouvelle du plébiscite, par laquelle quiconque veut se prononcer pour cette solution de la question juive, pourrait exprimer son opinion par une souscription conditionnelle. Dans la condition se trouve la bonne sûreté. Le versement intégral serait à effectuer si toute la somme est souscrite; dans le cas contraire, le premier acompte serait rendu.

Mais, si la somme nécessaire est couverte dans le monde entier par l’imposition nationale, alors chacune des petites sommes est garantie par les innombrables autres petites sommes.

A cet effet l’appui formel et décisif des gouvernements intéressés serait naturellement nécessaire.

LES GROUPES LOCAUX

Transplantation.

Je me suis borné jusqu’ici à faire voir comment l’émigration peut s’effectuer sans secousse économique. Cependant une pareille émigration ne va pas sans beaucoup de fortes et profondes émotions. Il y a de vieilles habitudes, des souvenirs qui nous attachent aux lieux, car nous sommes des hommes. Nous avons des berceaux, nous avons des tombes, et l’on sait ce que sont les tombes au cœur juif. Les berceaux, nous les emportons avec nous--en eux sommeille, rose et souriant, notre avenir. Nos chères tombes, il nous faut les abandonner; je crois que c’est d’elles que--peuple avide--nous nous séparerons le plus difficilement. Mais il le faut.

Déjà nous éloignent de nos lieux d’habitation et de nos tombes la nécessité économique, la haine et la pression politique. Déjà, présentement, les Juifs passent à chaque instant d’un pays dans l’autre. Il se produit même un fort mouvement d’émigration par delà l’Océan, jusqu’aux États-Unis--où, non plus, l’on ne nous aime pas. Où nous aimera-t-on, aussi longtemps que nous n’aurons pas de patrie qui nous soit propre?

Mais nous voulons donner aux Juifs une patrie. Non pas en les arrachant violemment de leur sol. Non, mais en les enlevant prudemment avec toutes leurs racines et en les transplantant dans un sol meilleur. Car, si nous voulons, dans la vie politique et économique, créer des conditions nouvelles, nous entendons, par contre, dans la vie du sentiment, conserver religieusement tout un passé auquel nous sommes si profondément attachés. Je ne veux donner à ce sujet que peu d’indications. Car, ici, le projet court le plus grand danger d’être considéré comme un rêve mystique.

Et cependant cela aussi est possible et vrai. Seulement, dans la réalité, cela apparaît comme quelque chose d’un peu confus et vague, que l’on peut cependant, par l’organisation, rendre rationnel.

LA MIGRATION PAR GROUPES

Nos gens doivent émigrer par groupes, par groupes de familles et d’amis. Personne n’est obligé de se joindre au groupe de son lieu d’habitation. Chacun peut, après avoir liquidé ses affaires, partir et voyager comme il l’entend. Chacun voyageant à ses propres frais, peut choisir, en chemin de fer et en bateau, la classe qui lui convient. Nos trains de chemins de fer et nos bateaux n’auront d’ailleurs peut-être qu’une classe. Car, au cours d’un si long voyage, la différence de possession constitue pour les pauvres quelque chose de pénible à supporter. Et, bien que nous ne conduisions pas nos gens à un amusement, nous ne voulons pas, cependant, gâter leur bonne humeur.

Personne ne voyagera dans la misère. Par contre, l’agrément et l’élégance ne perdent point leurs droits. On s’entendra déjà longtemps à l’avance, car il se passera sans doute encore des années, même dans le cas le plus favorable, avant que le mouvement gagne les différentes classes possédantes. Les personnes aisées se réuniront en sociétés de voyage. On emmènera avec soi toutes ses relations personnelles. Nous savons que, les plus riches exceptés, les juifs n’ont presque pas de relations avec les chrétiens. Dans certains pays, la situation est telle que le Juif qui n’entretient pas quelques couples de parasites, mangeant à sa table et lui empruntant à fonds perdus,--et qu’il considère d’ailleurs comme des valets--ne connaît point de chrétien.

Dans les classes moyennes, on se préparera longuement et soigneusement au voyage. Chaque localité formera un groupe. Dans les grandes villes, plusieurs groupes se constitueront d’après les quartiers et entretiendront les uns avec les autres des relations par l’intermédiaire de représentants élus. Cette division par quartiers n’a rien d’obligatoire. Elle n’est imaginée, à vrai dire, que comme une facilité en vue des moins fortunés, et aussi pour empêcher que, pendant le voyage, aucun malaise, aucune nostalgie ne se produisent. Chacun sera libre de voyager seul, ou de se joindre au groupe qui lui plaira. Les conditions--divisées par classes--sont égales pour tous. Si une société se réunit suffisamment nombreuse, elle obtient de la Compagnie, d’abord tout un train, puis tout un bateau. Le service des logements de la Compagnie aura procuré un abri convenable aux plus pauvres. A l’époque ultérieure où émigreront les classes aisées, le besoin reconnu, parce que facile à prévoir, aura déjà donné lieu à la construction d’hôtels de la part d’entrepreneurs particuliers. Et puis, les émigrants fortunés auront sans doute déjà bâti leurs habitations, de sorte qu’en quittant leur vieille maison, ils n’auront qu’à s’installer dans la nouvelle.

Nous n’avons pas besoin de rappeler leur devoir à nos classes cultivées. Quiconque s’associe à la pensée nationale saura de quelle façon il devra agir sur les gens qui l’environnent, en vue de sa propagation et de sa mise en action. Nous faisons principalement appel au concours de nos pasteurs.

NOS PASTEURS

Chaque groupe a son rabbin, qui marche à la tête de sa communauté. Tous s’assemblent naturellement. Le groupe local se forme autour du rabbin. Autant de rabbins, autant de groupes. Les rabbins seront ainsi les premiers à nous comprendre, à s’enthousiasmer pour la cause, et à communiquer leur enthousiasme aux autres du haut de la chaire. Point n’est besoin, à cet effet, de convoquer des assemblées bavardes. On intercalera ce que l’on aura à dire dans le service divin. Et il faut qu’il en soit ainsi. Nous ne reconnaissons notre nationalité qu’à la foi de nos pères, car nous nous sommes depuis longtemps assimilé de façon indélébile les langues de différentes nations.

Les rabbins recevront régulièrement les communications de la Société et de la Compagnie et les porteront à la connaissance de leurs communautés en les expliquant. Israël priera pour nous et pour lui-même.

LES HOMMES DE CONFIANCE DES GROUPES LOCAUX

Les groupes locaux constitueront de petites commissions d’hommes de confiance, sous la présidence du rabbin. Dans ces commissions seront discutées et résolues toutes les questions d’ordre pratique.

Les établissements de bienfaisance seront transférés librement par les groupes locaux. Les fondations continueront, là-bas, à demeurer au milieu des anciens groupes. Cependant, d’après mon avis, les édifices ne devront pas être vendus mais consacrés aux indigents chrétiens des villes abandonnées. Dans le partage des terres, là-bas, on en tiendra compte aux groupes en leur accordant gratuitement des terrains à bâtir, et toutes les facilités de construction. A propos du transfert des établissements de bienfaisance, l’occasion s’offre de nouveau comme elle s’est offerte dans maints autres endroits de ce projet de faire une expérience en vue du bien général de l’humanité. Notre actuelle bienfaisance privée, mal ordonnée, accomplit fort peu de bien par rapport aux dépenses faites. Les établissements de bienfaisance peuvent et doivent être systématisés de façon à se compléter réciproquement. Dans une société nouvelle, ces institutions peuvent être organisées conformément aux exigences de la conscience moderne, avec l’utilisation de toutes les expériences sociologiques faites jusqu’à ce jour. La chose est pour nous très importante, parce que nous avons beaucoup de mendiants. Étant donné la pression intérieure, qui les décourage, et la bienfaisance attendrie de nos riches, qui les gâte, les natures faibles parmi nous se laissent facilement aller à la mendicité.

Appuyée par les groupes locaux, la Société consacrera, sous ce rapport, à l’éducation populaire, la plus grande attention. Et par là sera ouvert un champ fertile à beaucoup de forces qui, maintenant, s’étiolent inutilisées. Quiconque est animé de bonne volonté doit être convenablement employé. Celui qui, comme homme libre, ne veut rien faire, sera mis à la maison de travail.

Par contre, nous ne reléguerons pas les vieux à l’hospice des incurables. L’hospice des incurables est un des bienfaits les plus cruels qu’ait inventés notre sotte bonté d’âme. A l’hospice, le vieillard meurt de honte et de mortification. A vrai dire, il est déjà enterré. Mais nous voulons garder jusqu’à la fin la consolante illusion de leur utilité même à ceux qui se trouvent placés aux derniers échelons de l’intelligence. A ceux qui sont inaptes aux gros travaux, il sera assigné des besognes faciles. Il nous faut compter avec les pauvres atrophiés d’une génération en décrépitude. Mais les générations qui suivront devront être élevées autrement, dans la liberté, par la liberté.

Nous chercherons pour tous les âges, pour tous les degrés de la vie, le bonheur dans le travail. C’est ainsi que notre peuple retrouvera sa vigueur dans le pays de la journée de sept heures.

LES PLANS DES VILLES

Les groupes locaux enverront leurs représentants pour faire le choix des lieux. Dans le partage des terres, on fera le nécessaire afin qu’une transplantation douce et la conservation de tout ce qui veut être conservé puissent s’effectuer.

Dans le local des groupes, se trouveront exposés les plans des villes. Nos gens sauront d’avance où ils vont, dans quelles villes, dans quelles maisons ils habiteront. Il a déjà été parlé des plans de construction, ainsi que des figures facilement intelligibles qui devront être distribuées aux groupes.

A l’inverse de l’administration, qui est fortement centralisée, le principe des groupes locaux est l’absolue autonomie. Ce n’est que de cette façon que la transplantation peut s’effectuer sans douleur.

Je ne me présente pas la chose plus facile qu’elle ne l’est; il ne faut pas non plus se la représenter plus difficile.

Page 1