V.
UN FILS NATUREL OU LÉGITIME D'ANNE D'AUTRICHE.
Barbezieux écrivait à Saint-Mars, le 17 novembre 1697: Sans vous expliquer à qui que ce soit de ce qu'A FAIT votre ancien prisonnier[73]. Ce prisonnier avait donc fait quelque chose qui motivât sa rigoureuse prison? Le ministre ne se fût pas servi de cette locution précise, dans le cas où l'inconnu n'aurait eu que sa naissance à expier.
[73] M. Weiss, dans son article de la Biographie universelle, cite cette phrase si décisive sans indiquer la source d'où il l'a tirée; néanmoins on peut s'en rapporter à M. Weiss pour l'exactitude d'une citation.
Au reste, ce système n'a jamais produit un seul document authentique, et ne repose que sur des présomptions romanesques: on pourrait se dispenser de le combattre.
Saint-Mars aurait donc reçu par écrit communication d'un si grave secret, puisqu'il ne quitta pas son poste depuis l'année 1665, où il fut envoyé à Pignerol pour la garde spéciale de Fouquet, jusqu'en 1684 où il eut un congé pour aller à la cour, suivant l'État de la France de cette année-là? son lieutenant Rosarges commandait à Exilles en son absence.
Certes un fils d'Anne d'Autriche n'était point à Pignerol en 1680, lorsque Louvois écrivait à Saint-Mars après avoir donné des ordres pour l'entretiennement de Lauzun: A l'égard des AUTRES prisonniers dont vous êtes chargé, Sa Majesté vous en fera payer la subsistance à raison de QUATRE LIVRES pour chacun par jour. Ces autres prisonniers étaient à peine de bons bourgeois, si on juge leur état au tarif de leur nourriture[74].
[74] «Un tarif réglait la dépense des prisonniers (à la Bastille) pour la table, le blanchissage et la lumière, selon leur état. Un prince du sang était à 50 livres par jour; un maréchal de France, à 36 livres; un lieutenant-général, à 24 livres; un conseiller au parlement, à 15 livres; un juge ordinaire, un prêtre, un financier, à 10 livres; un bon bourgeois, un avocat, à 5 livres, un petit bourgeois, à 3 livres, et les membres des moindres classes étaient à 2 livres 10 sols: c'était le taux des gardes et des domestiques.» Bastille dévoilée, 2e livraison, p. 40.
Est-ce au sujet d'un fils de Louis XIII ou d'un bâtard d'Anne d'Autriche que Louvois aurait écrit à Saint-Mars en 1687: Il n'y a point d'inconvénient de changer le chevalier de Thezut (C'est un faux nom comme Marchialy) de la PRISON où il est, pour y mettre votre prisonnier jusqu'à ce que celle que vous lui faites préparer soit en état de le recevoir[75]? Est-ce en parlant d'un prince, que Saint-Mars aurait dit, la même année, à l'exemple du ministre: Jusqu'à ce qu'il soit logé dans la PRISON qu'on lui préparera ici, où il y aura joignant une chapelle[76]?
[75] Mémoires historiques sur la Bastille, par Carra, p. 323. «Saint-Mars, qui fut gouverneur de la citadelle de l'île Sainte-Marguerite avant que de l'être de la Bastille, obtint la permission d'y faire bâtir des prisons pour les criminels d'état.» Description de la France, par Piganiol, t. 5, p. 376.
[76] La lettre entière se trouve dans l'ouvrage de Roux-Fazillac, ainsi que celle dont est extraite la citation suivante.
Enfin, ce prisonnier n'était donc pas plus important à garder que Fouquet et Lauzun, puisque Saint-Mars mandait à Louvois en 1683: Pour son linge et autres nécessités, MÊMES précautions que je faisais pour mes prisonniers du passé.