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Chapitre 36

Je n’essaierai pas de répéter mes autres dialogues piétinants avec Aristote, comment, par exemple, je m’efforçai de lui expliquer que l’homme distinguait trois couleurs dans notre noir, que certains rayons colorés pour nous ne parlaient point à ses organes et que les vibrations qui donnaient des sensations à la fourmi et à la montagne qui marche sur deux pieds offraient aux deux spectateurs des spectacles tout à fait dissemblables.

La seule chose que je pus lui faire admettre, c’est que l’énorme différence de taille devait modifier toutes les formes et toutes les lignes.

— Oui, dit-elle, appauvri par sa hauteur et par sa masse, il doit voir bien petits les rares objets qui n’échappent pas à ses lointains regards.

— Il voit petites les choses que nous voyons grandes. Mais il voit normal son compagnon que nous ne pouvons embrasser d’un seul regard et son œil sait, immobile, contenir le territoire de plusieurs fourmilières.

— Peut-être, dit-elle, mais quel intérêt peuvent offrir ces immensités, que l’ignorance du détail lui transforme en monotones déserts ?

Nos conversations finissaient toujours de même. Aristote, impatientée, m’invectivait presque. Ses antennes hostiles disaient en coups rapides :

— Tu affirmes comme des certitudes les plus folles hypothèses. Si encore tu les donnais pour des jeux ingénieux, on pourrait, tout en les souhaitant moins invraisemblables, s’amuser de leur branlante et, au moindre choc de la raison, croulante hardiesse. Mais tu parles, folle présomptueuse, comme quelqu’un qui saurait.

Je manquais de courage. Je répondais la vérité, mais d’un frémissement aimablement sceptique, qui la transformait en joyeux badinage :

— Tu sais bien que j’ai été homme.

Elle s’irritait de plus en plus :

— Cette mauvaise plaisanterie t’autorise à des absurdités excessives même pour des suppositions de fourmi qui s’amuse et te dispense de toute observation. Je suis vraiment trop bonne de prêter des antennes attentives à la bavarde incohérente et mystificatrice que tu es !

Je ne dirai pas non plus la puérile absurdité des expériences faites sur nous par l’homme ni les conclusions ridicules qu’il dut en tirer. Vous trouverez ces vanités pauvres, ou de semblables, dans tous les livres sur les fourmis.

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