‹ L'hôte inconnuChapitre 108 sur 109 · XIV

XIV

Dans cet antagonisme, quel triomphe souhaiter et toute alliance entre les deux forces ennemies est-elle à jamais impossible, tant que nous sommes dans notre chair? En attendant, que faut-il faire? S’il est indispensable de choisir, vers quoi penchera notre choix et quelle sera l’Iphigénie que nous immolerons? Écouterons-nous ceux qui nous disent qu’il n’y a plus rien à gagner ni à apprendre en ces parages inhospitaliers où tous les phénomènes qui nous intriguent aujourd’hui étaient connus depuis que l’homme est homme? Est-il vrai que l’occultisme,--comme on l’a fort improprement appelé, car la science qu’il poursuit n’est pas plus occulte que les autres,--est-il vrai qu’il piétine, s’embarrasse sans espoir dans les mêmes faits équivoques et que depuis sa renaissance qui date de plus d’un demi-siècle, il n’ait pas fait un pas en avant? Il faut tout ignorer de l’admirable effort de ces années fécondes pour oser hasarder une telle assertion. Ce n’est pas le lieu de traiter cette question qui exigerait de longs développements; mais il est permis d’affirmer qu’aucune science jusqu’ici, en aussi peu de temps, n’a débrouillé pareil chaos, n’a constaté, contrôlé et classé une telle quantité de faits, n’a plus rapidement éveillé, cultivé et discipliné dans l’homme certaines facultés qu’on n’avait jamais sérieusement cru qu’il possédât, n’a fait reconnaître comme incontestable et introduit ainsi dans le cercle des réalités, sur quoi nous fondons notre vie, certains phénomènes invraisemblables qu’on avait dédaigneusement négligés jusqu’à ce jour. On attend encore, il est vrai, l’application pratique et d’utilité quotidienne, la domestication de la force nouvelle. On attend encore la manifestation révélatrice et décisive qui emportera les derniers doutes et éclairera le problème jusqu’au fond de ses origines. Mais convenons qu’on attend également cette manifestation dans la plupart des sciences. Nous voici déjà, en tout cas, en présence d’un surprenant amas de matériaux pesés et vérifiés, qu’on avait pris jusqu’ici pour des déchets de rêves, des débris de chimères ou de légendes sans importance, sans signification. Durant plus de trois siècles, la science de l’électricité demeura à peu près au point où se trouvent aujourd’hui nos sciences psychiques. On enregistrait, on accumulait, on tentait d’interpréter une foule de phénomènes bizarres et sans portée; on s’amusait autour de la machine de Ramsden, des bouteilles de Leyde, de la pile de Volta encore indécise. On croyait avoir découvert un passe-temps anodin, une ingénieuse distraction de laboratoire ou de cabinet de physique; et, on ne soupçonnait nullement qu’on effleurait les sources d’une puissance universelle, irrésistible, inépuisable, invisiblement présente et active en toutes choses, qui allait bientôt envahir la surface de notre globe. Rien ne nous dit que les forces psychiques, que nous commençons à peine d’entrevoir, ne nous réservent pas d’analogues surprises, avec cette différence qu’il s’agit ici d’énergies et de mystères plus hauts, plus grandioses et sans doute bien plus lourds de conséquences, puisqu’ils touchent à nos destinées éternelles, passent à travers notre vie et notre mort et débordent notre planète.

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