‹ L'hôte inconnuChapitre 15 sur 109 · II - I

II - I

LA PSYCHOMÉTRIE

Ayant éloigné les dieux et les morts, que reste-t-il? Nous-mêmes et toute la vie qui nous entoure, et c’est peut-être suffisant. C’est en tout cas bien plus que nous ne pouvons embrasser.

Étudions à présent certaines manifestations absolument pareilles à celles que nous attribuons aux désincarnés et tout aussi surprenantes. Pour celles-ci, il n’y a pas le moindre doute quant à leur origine. Elles ne viennent pas de l’autre monde; elles naissent et meurent sur cette terre, et c’est uniquement et incontestablement de notre inconnu vivant qu’elles émanent. Elles sont, en outre, parmi toutes les manifestations psychiques, celles qu’il est le plus facile d’examiner et de contrôler, attendu qu’on peut les répéter presque indéfiniment et qu’un certain nombre de médiums excellents et connus sont toujours prêts à les reproduire devant qui voudra bien s’y intéresser. Ce n’est plus de l’observation précaire et fortuite, mais presque de l’expérimentation scientifique.

Il s’agit de divers phénomènes d’intuition, de lucidité, de clairvoyance ou de clairaudience, de vision à distance et même de vision de l’avenir. Ces phénomènes sont dus à l’intuition pure et spontanée du médium dans l’état d’hypnose ou de veille; ou bien sont provoqués ou facilités par l’un ou l’autre procédé empirique qui ne sert apparemment qu’à réveiller les facultés subconscientes du sujet, à déclancher en quelque sorte sa lucidité subliminale. Parmi ces procédés, les plus usités, comme chacun sait, sont les cartes, le marc de café, les épingles, les lignes de la main, les globes de cristal, l’astrologie, etc. Ils n’ont aucune importance par eux-mêmes, aucune vertu propre et ne valent que ce que vaut le médium qui les emploie. «En réalité, comme le dit excellemment M. Duchatel, il n’y a qu’une seule et unique Mancie. La faculté de voyance dans le Temps, comme la faculté de voyance dans l’Espace, est une, quelle que soit sa forme extérieure ou le procédé employé.»

Sans nous arrêter pour l’instant à ces manifestations qui, sous des apparences parfois puériles ou vulgaires, cachent souvent des réalités surprenantes et incontestables, nous ne nous occuperons ici que d’une série de phénomènes qui embrasse à peu près tous les autres et qu’on a groupée sous le nom général et d’ailleurs assez mal choisi et mal composé de Psychométrie, qui est, pour emprunter la bonne définition du Dr Maxwell, «la faculté qu’ont certaines personnes de se mettre en relation, soit spontanément, soit le plus souvent par l’intermédiaire d’un objet, avec des choses et des gens inconnus et souvent fort éloignés d’elles».

L’existence de cette faculté n’est plus sérieusement niée, et il est facile, à qui veut s’en donner la peine, de la constater par soi-même, car les sujets qui la possèdent, s’ils sont assez rares, ne sont pas inaccessibles. Elle a fait l’objet d’expériences déjà nombreuses (voir, entre autres, le rapport de M. Warcollier, dans le numéro de juillet 1911 des Annales des Sciences psychiques) et de quelques études, parmi lesquelles je citerai, en toute première ligne, celle de M. Duchatel: Enquête sur des cas de psychométrie, et le récent livre du Dr Osty: Lucidité et Intuition, qui est le travail le plus consciencieux, le plus complet et le plus pénétrant que jusqu’ici nous possédions sur la matière. Néanmoins l’on peut dire que ces parages tout récemment annexés à la métapsychique sont à peine explorés; et que de fécondes surprises y attendent sans doute les chercheurs de bonne volonté.

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