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Je ne passerai pas en revue les moyens divers et bien souvent bizarres d’interroger l’avenir qui sont le plus pratiqués aujourd’hui: cartes, chiromancie, vision dans le cristal, marc de café, aiguilles, blanc d’œuf, graphologie, astrologie, etc. Ces moyens valent ce que vaut le médium qui les emploie. Ils n’ont d’autre but que de réveiller la subconscience de ce médium et de mettre celle-ci en rapport avec la subconscience de celui qui l’interroge. Au fond, tous ces procédés simplement empiriques, ne sont que des formes variées de la faculté que nous avons étudiée dans le chapitre consacré à la psychométrie.
Il résulte des expériences de MM. Duchatel et Osty, qu’en psychométrie, la notion du temps, comme le remarque le Dr J. Maxwell, est très floue, c’est-à-dire que le passé, le présent et le futur se confondent presque toujours. La plupart des sujets lucides ou psychomètres, s’ils sont de bonne foi, ne savent pas, «ne sentent pas, comme le dit fort bien M. Duchatel, ce que c’est que l’avenir. Ils ne le distinguent pas des autres temps du verbe; par conséquent, il leur arrive bien d’être prophètes, mais prophètes sans le savoir.» En un mot, et c’est une indication importante au point de vue de la coexistence probable des trois temps, il semble qu’ils voient ce qui n’est pas encore aussi nettement et sur le même plan que ce qui n’est plus; mais qu’ils soient incapables de séparer les deux visions et d’y faire le triage de l’avenir qui seul nous intéresse. A plus forte raison leur est-il impossible de préciser des dates. De là la plupart des déceptions dont se plaignent ceux qui les interrogent. Il n’en reste pas moins, lorsqu’on prend la peine de dépouiller leurs témoignages et qu’on a la patience d’attendre la réalisation de certains faits dont l’échéance est parfois lointaine, que l’avenir est assez fréquemment perçu par quelques-uns de ces devins étranges.
Il y a cependant des psychomètres, notamment Mme M..., le sujet favori du Dr Osty, qui ne confondent jamais l’avenir et le passé. Elle situe ses visions dans le temps, d’après la place qu’elles occupent dans l’espace. Ainsi, elle voit l’avenir devant, le passé derrière elle, et le présent à ses côtés. Mais, malgré ces visions nettement échelonnées, il lui est également impossible de préciser les dates; et ses erreurs, à ce point de vue, sont même si générales que le Dr Osty considère la réalisation d’une prédiction, au moment annoncé, comme une pure coïncidence chronologique.
Remarquons en outre, qu’en psychométrie, ne peuvent être perçus que les événements qui se rapportent directement à l’individu en communication avec le sujet; car c’est moins le sujet qui voit en nous que nous-mêmes qui lisons en notre subconscience que sa présence éclaire momentanément. Il ne faut donc pas lui demander des prédictions d’ordre général, s’il y aura, par exemple, une guerre au printemps, une épidémie en été ou un tremblement de terre en automne; dès qu’il s’agit d’événements, si importants soient-ils, où nous ne sommes pas intimement mêlés, il devra nous répondre, ce que font du reste tous les sujets sérieux, qu’il ne voit rien.
L’aire de sa vision ainsi limitée, y découvre-t-il réellement l’avenir? Après trois années d’expériences nombreuses, serrées et méthodiques, avec une vingtaine de sujets, le Dr Osty l’affirme catégoriquement. «Tous les faits, dit-il, qui ont peuplé ces trois années de mon existence, voulus ou non par moi ou même absolument contraires au sens de mon activité, m’avaient toujours été prédits non pas tous par chacun des sujets lucides, mais tous par l’un ou l’autre d’entre eux. En raison de l’expérimentation de tous moments, trois années complètement employées dans ce but me semblent devoir donner quelque valeur à mon opinion sur les présages.»
C’est incontestable, et l’honnêteté, le scrupule scientifique, les hautes qualités intellectuelles du beau travail du Dr Osty, inspirent la plus entière confiance. Malheureusement, il se contente de citer trop sommairement quelques faits et ne nous donne pas, comme il faudrait, in extenso, le détail de ses expériences, de ses contrôles et de ses preuves. Je sais bien que ce serait une tâche ingrate et fastidieuse qui exigerait un gros volume qu’une foule d’incidents puérils et de redites inévitables rendrait à peu près illisible. Elle prendrait en outre, et presque fatalement, la forme d’une sorte d’autobiographie intime et indiscrète, de confession publique à laquelle il n’est pas facile de se résoudre. Mais il faut en passer par là. Dans une science qui se fonde, il ne suffit pas de montrer le but atteint et d’affirmer sa conviction; il est avant tout nécessaire de décrire les sentiers de l’itinéraire et par l’accumulation incessante et infinie de faits contrôlés et prouvés, de permettre à chacun de tirer ses propres conclusions. C’est, depuis plus de trente ans, la méthode encombrante et pénible des Proceedings, mais c’est la seule bonne. La discussion n’est possible et féconde qu’à ce prix. En toutes ces matières d’outre-conscience, nous n’en sommes point aux inductions définitives, mais seulement au charroi des matériaux à pied d’œuvre. Encore une fois, je n’ignore pas qu’en l’occurrence, plus que partout ailleurs, j’en ai fait l’expérience, les faits réellement probants sont forcément très rares. Si le sujet, comme Mme M... semble le faire facilement, vous prédit, par exemple, dès le matin l’emploi de votre journée, vous voit dans telle rue, dans telle maison, rencontrant telle ou telle personne, il est impossible de savoir si, d’une part, elle ne lit pas déjà dans vos intentions ou projets encore inconscients; ou si, d’un autre côté, en exécutant ce qu’elle a prévu, vous ne subissez pas une suggestion contre laquelle vous ne pourrez lutter qu’en faisant violemment le contraire de ce qu’elle exige, ce qui serait de la suggestion à rebours. Ne vaudraient donc que les prédictions de faits improbables, indépendants de l’activité de l’intéressé et bien caractérisés. Comme le dit le Dr Osty, «le présage idéal serait évidemment celui d’un événement si rare, si brusque et inattendu, si transformateur d’existence que l’hypothèse de coïncidence ne puisse décemment être avancée. Mais comme chacun n’est pas, dans le déroulement calme de sa vie, sous la menace d’un événement si parfaitement probant, le sujet lucide ne peut pas toujours révéler à l’individualité qui expérimente, et pour une échéance relativement prochaine, un de ces faits dont la réalisation imposerait une conviction définitive.»