XIV
Il est vrai que cette explication n’explique pas grand’chose; mais les autres sont tout aussi impuissantes, et prêtent aux mêmes objections. Celles-ci sont diverses et nombreuses, et il est plus facile de les soulever que d’y répondre. Par exemple, on peut se demander pourquoi, la subconscience ou les esprits, puisqu’ils lisent dans l’avenir et savent nous annoncer un malheur imminent, ne nous donnent presque jamais le seul renseignement utile et précis qui nous permettrait de l’éviter? Quelle est donc la raison puérile ou mystérieuse de ces bizarres réticences? Dans bien des cas, elles sont presque criminelles; ainsi dans l’exemple rapporté par le professeur Hyslop[17], on voit la prémonition du plus grand malheur qui puisse atteindre une mère, germer, grandir, se ramifier, se développer comme une plante gourmande et fatale, pour s’arrêter net au dernier avertissement, à l’unique détail, insignifiant en soi, mais indispensable, qui eût sauvé l’enfant. Il s’agit d’une femme qui commence par éprouver l’impression confuse mais puissante qu’une épreuve douloureuse est suspendue sur sa famille. Le mois suivant, cette impression se renouvelle fréquemment, se précise et finit par se concentrer autour de l’enfant de la malheureuse femme. Chaque fois qu’elle fait un projet qui se rapporte à l’avenir de cette enfant, elle entend une voix lui murmurer à l’oreille: «Elle n’en aura pas besoin.» Un mois avant la catastrophe, sans cause apparente, une violente odeur de brûlé envahit la maison. Ensuite, c’est l’obsession du danger des allumettes que la mère recherche dans tous les coins et cache soigneusement. Enfin, une heure avant l’accident, cette obsession devient irrésistible elle veut détruire toutes les allumettes qui se trouvent dans la chambre; mais elle se dit que son fils aîné, absent en ce moment, en aura besoin à son retour et remet à plus tard l’exécution de son projet. Elle couche l’enfant, et tandis qu’elle arrange le berceau, la voix habituelle et mystérieuse murmure à son oreille: «Retourne le matelas»; mais comme elle est très pressée, elle dit à l’enfant: «Je retournerai ton matelas quand tu auras dormi.» Elle descend s’occuper de besognes urgentes. Aussitôt, des cris lui parviennent, elle accourt, trouve le berceau et les couvertures en flammes et la fillette si terriblement brûlée qu’elle meurt trois heures après.
[17] Proceedings, vol. XIV, p. 266-270.